‹ Vie de Léon XIIIChapitre 102 sur 148 · LÉON MIL · texte numérisé non relu

LÉON MIL

à des propriétaires qui ne font rien i)oiii' leurs terres et dépensent hors de l'île l'argent arraché aux sueurs et an sang do leurs malheureux fermiers; qîi une casie sans intelligence et sans entrailles persiste à vouloir récolter même dans les années de complète stérilité; où les cultivateurs, pendant des siècles, ont été réduits pour subsister à se nourrir uniquement de pommes de terre, à vivre dans des Jiuttes misérables, dans des lanières immondes. Puis, quand la récolte de la pomme de ferre fait défaut, et que la famine se montre terrible et inévitable, ces propriétaires appellent à leurs secours la force publique, chassent de leurs cabanes toutes les familles qui ne peuvent payer la rente du semestre, abattent en leur présence le toit et les murs de ces chétives demeures et lancent dans le chemin hommes, femmes, enfants, vieillards, infirmes, malades, comme on jette par-dessus les murs de son jardin les mauvaises herbes que l'on vient d'arracher.

Trente mille personnes au moins sont ainsi chassées tous les ans de leurs habitations. Et Ton s'étonne (jue la population de cette île, qui, du temps d'O' Connell, était de huit à neuf millions d'âmes, en compte à peine la moitié aujourd'hui! Dans un paivs opprimé, maltraité avec cette barbarie, les hommes poussés au désepoir deviennent facilement la proie des sociétés occultes.

De l'état de choses en apparence irrémédiable que nous venons de décrire, sont nés les fénians, les invincibles et les (' dynamitards » irlandais; et cela chez une des nations les plus intelligentes qu'il y ait au monde, chez une race caractérisée par sa foi profonde, sa pureté et sa générosité, chez un peuple dont il est facile de conquérir l'affection avec une bonne parole et de qui l'on peut tout obtenir après avoir gagné son cœur.

Suivant sa coutume, le gouvernement répondit aux violences de 1879 par une terrible répression. Depuis l'union avec la Grande-Bretagne en janvier 1800, à l'exception de dix ans, l'Irlande a toujours été gouvernée par des lois militaires. N"était-il pas opportun en 1880 et en 1881 d'essayer ce que pourraient la clémence et les concessions?

Rendons justice au grand homme d'État, qui a été premier ministre de la reine d'Angleterre et qui se trouvait à la tête du

LEON Xlll ET L inLAiN'DE.

gouvernenieni en 1880. Il pi-épara un remède efficate au mal dont souiïrail ragricullure en Irlande. Mais cet acte, la plus large mesure de justice à laquelle l'Angleterre ait jamais songé pour l'Irlande, fut suivi d'une loi odieuse. Plus de

Fis- 82. — » L'Église est l'cniicmic de la violente, de l'agiiation et' du crime. Prêtre exiiorlant à la résignation de pauvres irlandais.

cinq cents personnes, membres du parti national, furent emprisonnées à la fois. Enfin M. Gladstone fit ouvrir la porte des prisons; aussitôt les crimes cessèrent cl peu à peu l'ordre se rétablit. En somme, voilà les circonstances au milieu desquelles Léon Xlll écrivit les deux lettres que nous allcjns ana-

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lyser. Le lecteur se sera sans doute demandé quelle était la conduite des évêques et des prêtres irlandais pendant cette triste période de souffrances , de désordres et de terribles mais inutiles répressions. Ils faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher l'infraction à la loi, la violence et l'agitation. Mais, à cette époque, il ne régnait entre les membres de la hiérarchie à ses divers degrés, entre les chefs du parti national, Tépiscopat et le clergé, ni l'accord parfait, ni l'union cordiale qui existent depuis que M''"'" Walsh a été élevé au siège archiépiscopal de Dublin, en juin 1885. L'épiscopat irlandais, de 1880 à 1881 et jusqu'à la confirmation de M^' Walsh, n'avait ni l'action sufBsante sur les masses populaires, ni l'entière coopération de la ligue nationale et du parti parlementaire.

Les lettres remarquables du souverain pontife auraient exercé sur la race irlandaise une action plus efficace, si elles avaient paru dans les circonstances actuelles, sous l'épiscopat de M*'' W^alsh, qui possède la confiance illimitée de son peuple, de son clergé, de ses frères dans l'épiscopat et des représentants de la nation, au lieu d'avoir été adressées au cardinal Mac Cabe, saint et dévoué prélat sans doute, mais qu'un funeste malentendu privait de son influence sur la majorité de la nation. Il n'y avait, en effet, qu'un malentendu ; mais il suffisait pour entraver le bien.

Les lettres de Léon XllI produisirent néanmoins une impression profonde. Aujourd'hui elles seront lues de nouveau par les Irlandais dans tout l'univers et elles seront interprétées avec justice, après l'acte qui vient d'accorder à l'Irlande un évêque comme celui de Dublin. Une de ces lettres est datée du 4 ^"^ août 1882. Cette année fut néfaste pour l'Irlande à cause de la loi de répression que le gouvernement avait mise en vi-> gueur, de l'emprisonnement de M. Parnell et de ses collègues et du libre champ qui était laissé aux sociétés révolutionnaires de commettre leurs attentats. Il y eut un autre phénomène caractéristique, dans cette année sanguinaire : là où l'évêque et' le clergéVétaient prononcés pour la cause nationale et avaient laconfiaVice du peuple, lessociétés secrètes ou n'existaient pSs, ou n'usaient pas lever la tête; là au contraire, comme à Du-

LEON Xill ET L IRLANDE.

blin, où le clergé et l'évêque avaient perdu leur influence en s'opposaat au sentiment national, les sociétés secrètes étaient les maîtresses et commettaient des crimes révoltants. Dans, ces tristes conjonctures, Léon XIII écrivit au cardinal

Fig. 83. — L'Irtande catholique. — Église cathédrale du Christ, à Dublin. Vue prise sur le Liffey.

archevêque de Dublin. « L'afTection que nous portons aux Irlandais, dit-il, affectionquiaugmenteàproportion des difficultés où ils se trouvent, nous engage à suivre le cours desévénemenls dans votre île avec la profonde sollicitude d'un cœur paternel. La considération de ces événements nous cause plus de souci

LEON Mil.

que de consolation; car nou^ voyons que chez vous la condition des affaires publiques est loin d'être aussi prospère et tranquille que nous le désirons. Vous avev, encore à vous plaindre de bien des misères; l'cxcilalion des esprits provenant des passions de parti pousse un très grand nombre de personnes à former des desseins violents; il y en a même qui se sont souillés par d'horribles meurtres, comme si le bonheur de la nation pouvait s'acheter par la honte et le crime . Pour vous comme pour nous cet état de choses est une cause de tristes appréhensions conlirn)ées et par l'expérience (Ui passé et par les résolutions adoptées dans votre réunion de Dublin. Tremblant pour le sort de votre peuple, vous avez bien indic[ué ce dont chacun doit s'abstenir dans la crise actuelle et au milieu éo la lutte nationale.

«En cela vous avez rempli votre devoir episcopal el fail ce que demandait l'intérêt public. En aucun temps un peuple ne peut avoir plus grand besoin du conseil de ses évêques que lorsque les hommes se laissent emporter par quelque passion puissante et séduire par des espérances trompeuses. C'est quand la multitude se sent inésisliblement portée à commettre un crime ou à se déshonorer, qu'elle a besoin de la voix et de la main de l'évèque pour la contenir et pour la rappeler, par des exhortations opportunes, à la modération et à la justice. €'esl donc bien à propos que vous avez averli votre peuple de ne pas oublier le jnéceple du Sauveur : Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa juslice (1); car tous les chrétiens sont obligés par ce précepte de considérer l'affaire de leur saUit éternel dans toutes les actions de la" vie et même en celles qui regardent l'ordre civil, et de placer les devoirs de la religion au-dessus de tous les intérêts de la terre. »

Le "pontife ajoute que les Irlandais, tout en suivant celle rè.gle de conduite, pourront faire tous leurs effoi ts [)Our se relever de l'état de misère oii ils sont tombés. Ils ont certainement le droit de demander qu'on leur rende justice ; on ne doit pas croire que les Irlandais seuls ne peuvent faire ce qui est

(I) s. MiiUi., VI, :t3. Rirucil i\r l'.niscs cl de I.illc, \. 1, p. 288.

Ci, o

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sa-

permis à toutes les autres nations. Néanmoins, il faut, dans la recherche de ces avantages, conformer sa conduite aux préceptes de l'honnêteté, et consiciérer sérieusement que la cause même la plus juste peut être déshonorée par les moyens que l'on emploie pour la servir. Qr, la justice est inconcihable avec la violence, et surtout avec les sociétés clandestines, qui, sous le prétexte de défendre le droit, tendent à troubler la société. Les évoques ont agi avec sagesse, en donnant des avertissements sérieux à leur troupeau. « Mais, continue Léon XIII, comme ces dangers peuvent revenir, il sera de votre vigilance de répéter ces admonitions, suppliant les Irlandais, au nom de leur vénération pour la religion catholique et de leur amour pour la patrie, de n'avoir rien de commun avec ces sociétés secrètes. De telles associations ne peuvent, en aucune manière, aider un peuple à obtenir ses justes droits, et, la plupart du temps, elles poussent au mal ceux qui se laissent prendre à leurs promesses. Puisque les Irlandais se glorifient avec raison de porter le nom de catholiques, c'est-à-dire, selon saint Augustin, de gardiens de la justice et d'amis de l'équité, qu'ils accomplissent tout ce qu'implique ce titre glorieux. »

La lettre contient ensuite des règles sages pour le jeune clergé concernant son innnixtion dans les affaires politiques. Mais la partie la plus significative est peut-être la conclusion. En suivant ces règles de conduite, l'Irlande parviendra, sans blesser le droit de personne, à regagner la prospérité qu'elle désire. « En effet, comme nous l'avons dit dans une autre circonstance, nous avons la confiance que le gouvernement finira par donner satisfaction aux justes réclamations des Irlandais; car non seulement ces réclamations sont fondées sur la vérité, mais les hommes d'Etat ont trop de prudence politique pour ne pas apercevoir clairement que le salut de l'Irlande est inséparable de la tranquillité de l'empire tout entier. En attendant, appuyé sur cette espérance, nous ne cesserons jamais d'aider le peuple irlandais de l'autorité de nos conseils, et de faire monter vers Dieu des prières pleines de ferveur et de charité, pour qu'il regarde avec miséricorde un peuple qui déjà s'est rendu si glorieux par tant de vertus, et que, mettant

LÉON Xlir -ET -L'IRLANDE. 399

fin à ces tempêtes, it lui accorde la paix et la prospérité si longtemps désirées (1). »

Ces nobles paroles se faisant entendre au milieu' de l'agonie nationale et arrivant au peuple par l'intermédiaire de l'archevêque de Dublin, alors ouvertement hostile à M. Parnell et à ses collègues, n'eurent pas tout l'effet qu'elles auraient produit en d'autres circonstances. Aujourd'hui le prélat défunt est mieux connu, et on ne se rappelle que sa sainte vie, son amour des pauvres et sa simplicité apostolique, et surtout on révère en Léon XIII l'ami et le bienfaiteur de l'Irlande; on aimera donc, nous le répétons, à peser ces paroles et à bénir le nom de celui qui les prononça.

Ce ne fut pas en vain, toutefois, que le souverain pontife fit un si éloquent appel à l'amour de l'Irlandais pour le nom de catholique. Il empêcha bien des gens, indignés d'une injustice qui semblait s'aggraver, d'être pris dans les filets des sociétés révolutionnaires.

A l'automne de 1882, l'épiscopatirlandais trouvant que les anciennes difficultés avaient diminué pendant que d'autres naissaient sur ses pas, écrivit au saint-père pour le remercier de sa première lettre et pour le consulter sur la situation présente. « Votre lettre », dit Léon XIII dans sa réponse, « est une nouvelle preuve du respect et de l'affection que vous nous portez, vous et les autres prélats irlandais; c'est' un témoin gnage de votre amour spécial et de votre' reconnaissance, en retour de la sollicitude que nous éprouvons pour la prospérité de l'Irlande et des conseils que nous avons pensé devoir vous donner dans notre dernière lettre..., conseils inspirés par l'agitation qui continuait à régner dans votre pays et par le désir de faire du bien à nos très chers enfants, les catholiques d'Ir-r lande.

« Nous ne pouvons que nous féliciter... du zèle que vous mettez à calmer ces agitations, et à contrôler la conduite de vos peuples... Nous félicitons aussi ces fidèles enfant? de l'Eglise, qui ont suivi avec tant de docilité vos exhortations, qui,

(1) Acta, IH, 129-133. — Sur la question irlandaise, voir W Perraud, Etude sur l'Irlande contemporaine.

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endurant leurs souffrances avec une force chrétienne, ont sii contenir leurs justes ressentiments dans les limites de la modération.

« Bien que les catholiques irlandais continuent à donner d'éclatants témoignages de leur zèle pour la religion et de leur obéissance au pasteur suprême, la condition des affaires publiques demande qu'ils ne perdent point de vue les règles de conduite que notre sollicitude affectueuse nous a fait tracer pour leur direction. Les sociétés secrètes, comme nous l'avons appris avec douleur dans ces derniers mois, persistent à mettre leur espoir dans l'emploi même du crime, à exciter jusqu'à la fureur les passions populaires, à chercher pour l'injustice qu'endura la nation des remèdes pires que le mal même, à suivre, en un mot, un chemin conduisant à la ruine plutôt qu'à la prospérité.

« Aussi, nous vous l'avons déjà dit, il est absolument nécessaire de convaincre votre peuple bien-aimé que l'utile et l'honnête sont soumis à la même loi et que la cause légitime de leur patrie doit être complètement séparée des desseins, des complots, des actes des associations criminelles; qu'il est juste et licite, quand on souffre 1 injustice, de chercher à en obtenir la réparation par tous les moyens honorables; mais qu'il n'est ni juste ni licite de chercher à réparer l'injustice par le crime; que la divine Providence donne enfin aux justes de recueillir des fruits abondants et délicieux de leur longanimité ei de leur conduite vertueuse, tandis que les méchants, ayant fini leur carrière en vain, encourent la rigoureuse condamnation de Dieu çt des hommes'.

« En vous rappelant ces vérités, nous sentons le vif désir de procuner à l'Irlande quelque répit dans ses douleurs, quelques mo'ments de tranquillité et de bien-être réel. Mais nous avons en même temps la confiance que vous, unis comme vous êtes par l'amour fraternel, et agissant de concert, vous ferez tous vos efforts pour empêcher votre peuple d'avoir rien de commun avec les hommes, qui, emportés paf la fougue de leurs passions, croient rendre service à leur pays, en com-' mettant les plus grands crimes^ et qui ^ en engageant les au^

LÉON XIII HT l'iRLANDR. 40l

'1res à les imiter, souillent et déshonorcnl la cause du peuple (1). »

Il était digne du cœur de Léon XIII, épriMivé par tant dt douleurs et oppressé par tant de soucis, d'exprimer en termes si solennels et si pathétiques ses sentiments relatifs à l'Irlande et à la bonté de sa cause. Mais, pendant tju'il cherchait à encourager et à fortifier cette nation infortunée, la misère augmentait et, avec elle, la volonté énergiqtre de mettre un terme à l'injustice. Le peuple, conseillé par M. Parnell et par l'archevêque de Cashel, M''"'' Crôke, avait trouvé une arme puissante, l'organisation. Avec l'aide de répiscoi)at et des membres du clergé paroissial que les évoques ont autorisés à prendre part au mouvement national, on s'est mis à l'œuvre. (Juelques années encore, et l'organisation sera complète. Les archevêques, celui de Dublin en tête, et tous leurs suffragants, forment un corps compact avec les 80 députés au parlement de Londres; le peuple et le clergé se conqjrennent et s'aident, travaillant ensemble à réaliser par toutes les voies que Dieu aime à bénir et que les hommes de bien peuvent approuver, à conquérir pour I'lilandf une juste part d'autonomie.

En 18<S.{, un incident malheureux faillit ruiner tout le bien (lue le sain.t-[)ère avait fait en Irlande. Nous voulons parler de la fameuse circulaire qui défendait de faire, à la porte des églises, des collectes pour le chef du parti national, dont la fortune privée avait été sérieusement couqjromise par son dévouement à la cause po[)ulaire.

Le siège archiépiscopal de Dublin étant devenu vacant, en février 1885, par la mort du cardinal Mac Cabe, le souverain pontife se réserva de conlirmer ou d'invalider le choix que le chapitre et le clergé du diocèse avaient fait du docteur Walsh, supérieur du collège de Maynooth. La désignation d'un tel homme indiquait déjà une révolution complète dans les idées politiques qui avaient jusque-là dominé dans le clergé, ou, du moins, que les archevêques y avaient fait prévaloir. L'élection à peu près unanime d'un prêtre distingué autant par son patriotisme que par son savoir, disait assez, haut qu'il n'y avait

(1) Acta, ni, 187-llM. La leUre |)oiililkale porte la date du 1*^' janvier 1883. Kccueil, t. il, p. 1.

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plus désormais de dissentiments sérieux parmi les prêtres irlandais sur la cause nationale. Nous passons sous silence l'opposition que fit à Rome un personnage officieux. Il agissait, disait-on, sous Tinfluence du ministère anglais.

L'épiscopat irlandais se réunit à Rome, au mois de mai. Le souverain pontife avait ainsi sous la main les moyens les plus infaillibles de s'informer des mérites du nouvel élu et de la situation politique de l'Irlande. Le prétendu représentant du cabinet anglais n'eut, en ces circonstances, aucune occasion de s'aboucher avec le saint-père.

Vers la fin de juin, celui-ci confirma l'élection du docteur Walsh, et peu de jours après, il lui manda de venir à Rome pour y recevoir la consécration épiscopale. Jamais, depuis les jours d'O'Connel, les Irlandais de tous les pays n'accueillirent une nouvelle avec une joie plus enthousiaste, avec une satifaction plus profonde, que cet acte de Léon XIII.

Nous ne prétendons pas ici donner au lecteur la pensée intime du pontife sur la question irlandaise. Mais les extraits des lettres que nous avons cités lui permettront de former son jugement sur ce point. Sans doute, le chef suprême de l'Église catholique a les plus grands égards pour le gouvernement britannique qui laisse tant de liberté aux catholiques de son vaste empire. Comme nous l'avons dit, c'est en Irlande seulement que la politique anglaise, si libérale partout ailleurs, se montre étroite, exclusive et contradictoire. L'Irlande est en ce moment réduite à la plus profonde misère par suite de la législation exceptionnelle qu'on lui applique; les quatre cinquièmes de ses habitants demandent au parlement anglais ce qu'ils possédaient il y a un siècle, et ce que l'Angleterre a concédé à la moindre de ses colonies. Ils ne veulent rien de plus (1).

M. Gladstone se couvre, à la fin de sa longue et difficile carrière, d'une gloire immortelle, en proposant d'accorder à l'Irlande cette simple mesure d'équité conseillée par le bon sens et par les intérêts les mieux compris de la Grande-Bretagne elle-même. Léon .XIII l'entendait ainsi quand il écrivait que les hommes plocés à la tête du gouvernement attachaient la paix

(I) La fiuesiiori des fermiers est osiit-e plus vivement que jamais en Irlande. Voir le journal l'Univers, mardi 30 iiu\L'mbre ISSti.

de l'empire à cette satisfaction accordée aux justes reclamations de l'Irlande. Du reste la passion que montre la majorité de l'aristocratie anglaise et des députés à la Chambre des communes prouve au monde entier que l'Irlande a pour elle contre l'Angleterre la raison et le droit.

Léon XIII a prédit le triomphe de la bonne cause et il a prié Dieu d'en hâter le jour. Espérons. L'agitation et le trouble dont la Grande-Bretagne a ressenti la commotion à propos de la question irlandaise sont des présages assurés que l'heure de la justice va bientôt sonnei-. Puissions-nous concevoir la même espérance pour Rome et l'Italie! Mais la révolution, comme nous allons le constater, y exerce toujours ses ravages et semble menacer de plus en plus l'indépendance du souverain pontife (1).

(1) Sur la situation de pape à Rome, voir l'allocution Uu saint-j)ère au sacjè collège, décembre 1886.

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