‹ Vie de Léon XIIIChapitre 105 sur 148 · AAA · texte numérisé non relu

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mesLireqiie lesnaliunalitésse suiit.forlifiées el se sont étendues dans le nouveau monde.

Cet attachement a préservé les Étals-Unis d'Amérique de grandes catastrophes, surtout quand ils ont revendi(jué leur indépendance et leur autonomie.

Dans l'Europe C(jntinentale, révolution veut dii'e bouleversement, destruction des institutions politiques et religieuses léguées aux populations par dix-huit siècles de christianisme. Ce n'est pas là réparer, réformer l'édifice social, c'est l'ébranler jusque dans ses fondements. Aux Étals-Unis, au contraire, où l'on a donné à tort le nom de révolutian à la guerre d'indépendance, un esprit sagement conservateui' a présidé à lotis les changements, à toutes les moditicationsijue demandait une existence nationale séparée.

Les Américains eux-mêmes ne savent j)as se j endre compte de la décadence qui est survenue chez certaines races en deçà et au delà des mers. On dirait une gelée qui aurait tout à coup détruit les promesses du printemps. Soudain a une brillante prospérité a succédé la faiblesse, le dépérissement de toutes choses. Les peuples , arrivés à l'apogée de la grandeur, ont laissé s'altérer les principes fondamentaux qui garantissaient les libertés religieuses et politiques dont l'Église du moyen âge avait cultivé et protégé les germes avec tant d'amour.

Des intrigants, sous prétexte d'améliorer les conditions de la société, détruisirent le vieil édifice social au lieu de le restaurer; ils donnèrent au peuple des institutions qu'il ne comprenait pas, et ils sapèrent la religion par sa base alin d'assurer leur propre domination et le règne de leurs théories.

La race anglo-saxonne du nouveau monde, grâce à son sens religieux et à ses instincts conservateurs, continua la vie sociale qu'elle avait menée sur sa terre natale, chérissant les lois et lescoutumes qui luiétaientsi familières et avaienlpassé dans ses mœurs comme les aliments dans le corps humain. On laissa cependant de côté, dans la constitution fédérale et dans celle des États particuliers de l'Union, les formes qu'exigeaient la royauté traditionnelle, l'aristocratie héréditaire et la religion catholique.

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Fig. 88.— Canada. Cathédrale de Québec.

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Les formes gouvernementales qui existent chez une nation, depuis son berceau jusqu'à son âge adulte, si elles sont sanctifiées par la religion et elles se trouvent en tout couformes au sens moral du peuple et aux conditions physiques du pays et du climat, émanent en partie de la nature ou plutôt de Celui qui créa le monde pour l'homme et nous dirige vers notre destinée, comme l'arbre et ses fruits sont les produits de la terre, de l'air et du soleil.

Les institutions sociales des Etat- Unis, sans être en tout parfaites (1), sont acceptées par le peuple avec un amour et un respect qui approchent de la vénération. Elles sont regardées, sauf les défauts inhérents aux choses humaines, comme l'œuvre de la Providence. Il n'est permis d'y toucher que pour y introduire les modifications nécessaires, comme les Juifs, au temps de Moïse, touchaient à l'arche d'alliance.

Léon XIII, à l'exemple de Pie IX, voit avec intérêt de nouveaux territoires se ilessiner svu' la vaste surface de l'Union américaine et, dans ces territoires, il se hâte d'ériger des vical'iats apostoliipies, qui deviennent des diocèses réguliers quand les Etals eux-mêmes sont reconnus comme partie intégrante de la Confédération. Eglises, écoles, couvents, collèges, asiles de bienfaisance, monastères où les ordres religieux chassés de l'Europe trouvent un refuge et forment des centres civilisateurs, tout se multiplie, abonde et prospère sur chaque point de la république.

Lorsque A^incenl Pecci naissait à ('arpineto, en 1810, les Etats-Unis ne comptaient qu'un seul évèque, M'^' John Carroll, de Baltimore. Des treize colonies qui se révoltèrent contre la Grande-Bretagne et formèrent un pacte fédéral en 177G, une seule, le Maryland, avait été fondée par des Anglais et des Irlandais catholiques. Elle fut la première à proclamer dans le nouveau monde la liberté religieuse. Un des plus illustres signataires cVe la fameuse déclaration d'indépendance, publiée le 4 juillet 1770, fut Charles Carroll, le chef d'une des familles

(t) L'aulcur, qui condamne le faux lil)L-ialisme moderne, ne regarde pas la conslituti(m des États-Unis comme le type du gouvernement parfait; il dit seulement qu'elle est en harmonie avec l(^s mœurs des populations dispersées sur la vaste surface de l'Ainéiique du Nord.

"catholiques irlandaises. II risqua pour la cause de la liberie une fortune des plus considérables. Mais alors les catholiques ne formaient que des groupes peu nonibreux, même dans le Maryland, où jusque-là on les avait persécutés. D'autres groupes existaient dans la Pensylvanie et à New- York.

L'accroissement de ces faibles germes du catholicisme jusqu'à la situation actuelle de l'Eglise dans la grande république est merveilleux. Ainsi, tandis que la révolution radicale et antichrétienne s'avançait toujours plus menaçante en Europe, la rehgion chrétienne jetait de profondes racines en Amérique cl couvrait le sol tout entier.

Dans la klire. pastorale publiée par les Pères du troisième concile national de Baltimore, auquel nous reviendrons dans un instant, nous lison-s un passage remarquable où il est rappelé, sous forme d'exhortation, comment les catholiques des Etals-Unis apprécient leurs institutions politiques et les hommes qui les ont fondées : « renseignez à vos enfants, est-il dit aux fidèles, à prendre un intérêt tout spécial à l'histoire de leur pays Nous regardons l'établissement de notre indépendance nationale, la définition de ses libertés et les travaux de ses législateurs comme l'œuvre spéciale de la Providence; ceux qui élevaient l'édifice travaillaient mieux qu'ils ne pensaient, parce que la main du Tout-Puissant les guidait. Et si jamais cette magnifique construction est détruite ou dégradée, elle le sera par des hommes ayant oublié les sacrifices héroïques de ceux qui l'ont cimentée et les droits sur lesquels elle est fondée, ou par des hommes prêts à sacrifier et principes et vertus aux intérêts des partis où à l'égoïsme personnel.

« Ainsi, de même que nous désirons voir l'histoire des États- Unis enseignée avec soin dans toutes les écoles catholiques, et comme nous avons réglé qu'elle formerait un élément important de l'éducation des jeunes clercs dans nos séminaires préparatoires, de la môme manière nous désirons que cette histoire fasse partie de la bibliothèque de famille et se lise dans ^e cercle qui entoure le foyer domestique. II faut que nous conservions fermes et solides les libertés de notre pays, en gardant fraîche et uoble la mémoire du passé, et en faisant sortir

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du sein de nos familles dans l'arène de la vie publique des générations de patriotes et non de partisans (1). »

La joie fat grande aux États-Unis quand arriva le jour que le délégué apostolique, M^" Gibbons, archevêque de Baltimore, aujourd'hui cardinal, avait fixé pour l'ouverture du concile national. Le 9 novembre 1884, quatorze archevêques, cinquante-neuf évêques, quatre administrateurs de diocèses, six abbés mitres, sept prélats domestiques du pape, trois camériers secrets, trente et un provinciaux ou supérieurs d'ordres réguliers ou de congrégations religieuses, onze supérieurs de grands séminaires et une foule de théologiens prenaient part aux cérémonies solennelles d'ouverture. Le cardinal-archevêque de New-York, six évêques et sept prélats ou supérieurs qui avaient droit de siéger dans l'auguste asssemblée étaient absents.

On remarquait parmi les évêques M^"" Osouf, vicaire apostolique du Japon. Ce prélat contemplait avec bonheur cette jeune église sortant glorieuse et pleine de vie de ce qui était un désert, au siècle dernier; il lui semblait voir l'image de ce que seront les églises du Japon, de la Chine et de l'Australie dans les siècles futurs.

Les matières à traiter et à décider dans le concile avaient été sérieusement élaborées dans les assemblées préparatoires (2). Néanmoins elles firent l'occupation des Pères jusqu'à la première semaine de décembre, tant on désirait dissiper toutes les obscurités, éclaircir tous les doutes. Ces évêques, prélats, abbés, supérieurs d'ordres et théologiens étaient pour la plupart des hommes pleins d'expérience qui étaient entrés jeunes dans la carrière de l'apostolat, en Amérique, et avaient vieilli dans les rudes et incessants travaux du saint ministère.

L'épiscopat des Etats-Unis possède dans ses rangs des sujets de presque toutes les races de l'Europe; mais si la société civile a la puissance de s'assimiler les éléments divers et de les incorporer à sa nationalité, l'Église catholique possède cette vertu

(1) Acta et décréta concilii plenarii Ballimorensis terlii. A. 0. 1884. Baltimore. 1886; partie préliminaire, p. lxxxix.

(-2) Léon XJII lui-même avait préparé le schema et l'avait expliqué aux- archevêques. Sa Sainteté regarde ce concile comme son œuvre.

Fig. 89. — Canada. — Porte d'entrée de l'université Laval, à Québec.

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à un degré supérieur. Les diocèses comptent des prêtres de l'aces et de langues différentes; mais tous parlent les idiornes de leur pays. Ces prêtres ont un seul copur et une seule âme pour créer, pendant que les circonstances .providentielles favorisent leurs travaux, toutes les institutions qui sont de nature à préserver, à développer et à perfectionner la foi et la charité au milieu de leurs peuples.

La ville de Baltimore, la capitale du Maryland, rappelle par son nom une petite ville ou plutôt un village situé sur la côte du sud-ouest du comté de Cork, en Irlande. Au temps des Stuarts, c'était un bourg royal qui envoyait deux membres au parlement irlandais. Ce fut à ce bourg que Léonard Calvert emprunta son titre de lord Baltimore. Il jeta lui-même sur la baie de Chesapeak les premières fondationsde la ville qui porte son nom et est aujourd'hui la métropole catholique de la république et le siège d'un archevêché.

Baltimore n'est point cependant la ville où l'élément irlandais se fait le plus remarquer. Mais le nom même de cette métropole rappelle le rôle que la race celtique joue dans le catholicisme américain. Le premier cardinal-archevêque de Baltimore est un type des qualités morales et inlellecluelles que les exilés de l'Irlande apportent avec eux sur toutes les plages, et transmettent avec la foi ancienne à leurs descendants.

Les 71 (1) archevêques et évêques assemblés dans la cathédrale de Baltimore, le 9 novembre 1884, représentaient, avonsnous dit, presque toutes les races de la vieille Europe. Mais les langues anglaise et allemande dominaient parmi eux et dans toute la ville. C'est pourquoi l'on eut soin de faire prêcher en langue allemande dans l'église de Saint-Alphonse, pendant toute la durée du concile, tandis qu'on prêchait en langue anglaise à la métropole.

Les journaux protestants et leurs correspondants parlèrent avec admiration de la splendeur des cérémonies publiques, de la dignité des prélats, de la piété des fidèles, en un mot du spectacle unique que présentait un si bel ordre et une si

{') i.o 'cli'giaritnie envoyé ai! saiut-pt-rc dit 83 iirélats.

parfaite unité, au milieu d'une telle diversité de races et de coutumes.

La lettre conciliaire que les Pères ont adressée au souverain pontife, à la fin de la dernière session, respire le parfum délicieux qui s'exhale de toutes les réunions : « Nous accourons en esprit aux pieds de Votre Sainteté, unis étroitement par l(.v liens de la divine charité dans les transports d'une joie touff/

Fig:- 00. — Canada. — Porte d'entrée du séminaiie Sainl-Sulpice, à Montréal.

céleste. Le troisième concile national de Baltimore est terminé ; nous vous envoyons, avec l'assurance de notre dévouement, tout ce que nous avons accompli ensemble. C'est bien à vous de revoir, de corriger et d'approuver les actes et les décrets de notre concile, à vous qui êtes le vicaire de Jésus-Christ. C'est vous qui devez donner le couronnement à notre œuvre, puisque c'est vous qui en avez eu et l'initiative et la direction. « Les bons elTets que le concile a déjà produits, soit en fai-

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sanl rejaillir de l'éclat sur la religion, soit en procurant le salut des âmes, et toutes les bénédictions que nous en attendons dans l'avenir, c'est à vous, après Dieu, que nous les attribuons... Et ce n'est pas sans raison ; car vous avez témoigné une aiïection toute particulière pour cette portion du vaste troupeau de Jésus-Christ, au milieu des sollicitudes que s'ous causent toutes les églises. Vous nous avez fourni, dans cette assemblée de tous les prélats des États-Unis, le moyen le plus efticace pour extirper ^es abus même les plus légers qui ont pu se glisser parmi nous, pour faire briller de jour en jour, d'un plus vif éclat, les vertus de la religion et glorifier Dieu en toutes choses et par toutes nos œuvres.

« D'après votre volonté clairement manifestée, nous avons traité toutes les matières contenues dans le schema que la sacrée congrégation de la Propagande nous a envoyé, en y ajoutant un chapitre ou deux sur la discipline.

« C'est Dieu lui-même', le Père-prévoyant et l'Auteur de tous les biens, qui, non content de nous traiter avec tant de miséricorde et de bonté, a été pour nous si magnifique en ses dons, comme nous aimons aie dire avec reconnaissance. Car, depuis le dernier concile de Baltimore célébré en 18G6, nos quarantesix diocèses etvicariats se sont augmentés et ontalteintle nombre de soixante-dix. Au lieu de 2,000 prêtres, il y en a presque 7,000, et les communautés religieuses, les collèges et toutes les institutions de cbarité-ont prospéré merveilleusement'^!).

« Ainsi donCj Très Saint-Père, nous vous remereions de nouveau avec' effusion, car c'est à votre appel que nous nous sommes réunis, c'est sous votre direction que nous avons tenu conseil, c'est en votre présence, pour ainsi dire, que nous avons délibéré; puisque .-vous avez eu l'extrême bonté de noas dire, en nous envoyant votre portrait, que vous- vouliez présiderai personne à notre concile (2). » En effet, le portrait que le pgipe donna comme une marque spéciale de son amour pour l'église d'Amérique, assemblée à Baltimore, occupa la place d'honneur dans la grande salle où se tinrent toutes les sessions privées.

(1) Sur la statistique religieuse aux Étals-Unis, \oir la Semaine catholique du diocèse de Luçon, 1887.

{■2) Acta et Décréta, xxii, xxii'

Léon XÏIIi en recevant et en parcourant les actes et les décrets du concile, manifesta la plus grande satisfaction. Ces hommes supérieurs par leur position, leurs lumières, leurs vertus et leur longue expérience, avaient accompli une œuvre de sagesse et de parfaite maturité.

Une circonstance mérite une attention particulière. On a "même trouvé bon de l'insérer dans la partie historique des actes. « Il est juste, disent les Pères, de mentionner ici avec quelle courtoisie, quelle bonté et quelle hospitalité les habitants de Baltimore, même ceux qui ne sont pas catholiques, ont accueilli et traité les évêques et les autres personnages appelés au concile, et dont le nombre était considérable. Non seulement les simples citoyens, mais les personnes constituées en dignité ont donné aux membres de l'assemblée des marques j)ubliques de respect. >> Ainsi la religion catholique, là où elle jouit de sa pleine liberté d'action, inculque l'obéissance aux lois, le respect de l'autorité, la probité, l'observance stricte de tous les devoirs de la vie privée et de la vie publique.

Une des principales innovations que l'on trouve dans les actes du dernier concile national, est la résolution de fonder une grande université catholique. M^"^ Spalding, évêque de Peoria, fit, sur ce sujet, un éloquent discours dans l'église métropolitaine. Ses paroles trouvèrent de Técho dans la presse américaine et même en celle de l'Europe. Le Canada, depuis trente ans, possédait dans l'université de Laval, fondée par le séminaire de Québec, une de ces grandes écoles dignes des plus beaux siècles du catholicisme et des pays les plus riches etles plus prospères. Le séminaire que M^'' de Montmorency-Laval, premier évêque de la Nouvelle-France, avait bâti de ses deniers et doté avec une magnificence princière, créa l'université que le généreux prélat avait rêvée. Les prêtres remarquables qui dirigeaient le séminaire ne demandèrent de secours à personne : ils consacrèrent à leur belle œuvre les biens dont ils disposaient, leur existence et leur énergie. A leur tête était M. Louis Jacques Casault, dont le cœur était encore plus grand que l'intelligence. Il mourut dans la vigueur de l'âge, après avoir vu son projet réalisé. Il laissait à son successeur, M. El-

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zéar-AIexandre Taschereau, aujourd'hui archevêque de Québec et cardinal, le soin de lui donner toute la perfection dont elle était susceptible. Celle université serait digne de la capitale des Étals-Unis; elle est devenue du moins le centre de la vie catholique pour la confédération canadienne.

Par malheur, les Élals-Unis ne possèdent aucune grande corporation religieuse qui dispose de revenus annuels semblables à ceux que la Providence a mis à la disposition du ééjninaire de Québec et du séminaire de Saint-Sulpice, à Montréal. Aux États-Unis, cathédrales, églises paroissiales, orphelinats, hôpitaux, écoles, académies et collèges, tout se bâtit, tout se maintient avec Taumône de l'ouvrier, l'obole de la veuve, le denier de la pauvre servante.

Cependant, à la première nouvelle que le concile de Baltimore allait proposer la fondation d'une grande université nationale, une généreuse catholique de New-York, M"* Marie Gwendoline Caldwell, se hâta de communiquer à' l'assemblée des prélats qu'elle mettait à leur disposition 300,000 piastres, un million et demi de francs, afm de les encourager à poursuivre leur noble dessein. D'autres ont depuis ajouté des sommes considérables à ce premier don, en particulier M . Eugène Kelly, de New-York, qui a donné 50,000 piastres. On peut désormais regarder l'établissement et le succès de cette université comme assurés-. Les catholiques sont en général moins riches que les protestants, mais ils ne le cèdent pas à ceux-ci en générosité. Un vaste terrain a été acquis près de Washington, sur lequel on éleva d'abord une école de hautes éludes pour le clergé. Les évêques se proposent, quand-celte première partie de l'entreprise aura réussi, de fonder les autres facultés universitaires (1) Voici du reste les termes mêmes du décret : <( Comme ce sont les lèvres du prêtre qui doivent être, en tout temps, les interprètes de la science, personne ne. doit s'imaginer qu'une fois admis aux ordres sacrés il puisse laisser de côté toute étude. 11 faudra au contraire que le jeune prêtre conserve et développe par une étude continuelle et infatigable les connaissan-

(1) L'univcrsilô de Walisinglon esi cléli itivcmenl fouclùc. J.a dircclioii seni confiée aux prêtres de Sainl-Suli)ice,

Fig, (M. .— Canada. — Chaire de Notre-Dame, à Montréal, ces fondatiientales ticquises avant son élévation au sacerdoce.

Quiconque se consacre au gouvernemenl des âmes doit de plus en plus cultiver et son propre cœur et son intelligence, atlende iibi et doctrinx, s'efforçant de ne pas oublier ce qu'il sait déjà et ne négligeant rien pour acquérir ee qui lui manque. Si l'on omet, en effet, de nourrir la lampe de la science, on se trouve bientôt dans les ténèbres; et celui qui a reçu la mission de servir de guide aux autres dans la voie du salut, n'est plus qu'un aveugle qui ne sait plus trouver son chemin. Si un aveugle sert de guide à un autre aveugle, tous deiix tombent dans la fosse (1).

« Que la vie du prêtre soit une vie de travail et de prière, que' son temps soit partagé entre l'étude et le saint ministère. S'il se laisse aller à la paresse, non seulement il tombera dans les pièges du diable et en des périls mortels pour ses mœurs sacerdotales, mais ses lèvres ne seront plus les oracles de la science divine et le Seigneur finira par le rejeter.

« La philosophie et la théologie ouvrent à la spéculation un champ si vaste et une mine si féconde que le temps fixé pour l'étude de ces deux sciences, dans les grands séminaires, ne suffit nullement pour tirer de celte mine les trésors dont on a besoin. Ilestcependant d'un suprême intérêt quel'Kglise, dans nos contrées, ne manque jamais d'hommes profondément instruits dans ces sciences, qui soient capables de défendre victorieusement la cause de la vérité contre toutes les formes que revêt l'erreur, tous les délires et tous les rêves de la philosophie insensée de notre siècle. Il lui faut des hommes capables d'enseignerla science la plus avancée dans nos séminaires, ou d'employer leurs talents à traiter de la jurisprudence ecclésiastique.

« 11 est donc grandement à désirer qu'il existe dans les Ètats- Uni$ une grande institution scientifique centrale, dans laquelle les jeunes gens de grand talent et de grande vertu puissent, à la fin du cours d'étude ordinaire, se livrer pendant trois ou quatre ans à l'étude de la théologie, du droit canonique ou à celle de la philosophie et des sciences proprement dites et aux autres éludes qui conviendraient à notre pays. Ainsi celte

(1) Saint Uic, vî, 3D.

tÉON XIII ET LES ÉTATS-UNIS. 42f

école de hautes études serait le fondement du majestueux édifice, qui, avec l'aide de Dieu, deviendrait avec le temps une véritable université (1). »

Le saint-père s'intéressa très vivement à la création de cette université catholique nationale, et comprit les sacrifices qu'elle exigerait. Pour activer l'apostolat parmi lès peuples de l'Orient, Léon XIII avait conçu le généreux dessein de fonder deux grandes écoles centrales parmi ces peuples, l'une à Athènes, qui seconderait les travaux du collège de Saint-Athanase à Rome, l'autre à Constantinople, pour élever l'élite de la jeunesse catholique appartenant à toutes les nationalités de l'empire ottoman. Il attendait de cette double fondation, un résultat dont il calculait toute l'étendue. Pendant la réunion à Rome des archevêques des Etats-Unis, au mois de novembre 1883, il leur avait expliqué le but de ces deux écoles et leur avait demandé que, de retour en leur pays, ils fissent un appel à la libéralité de leurs peuples en faveur de son noble projet. Pendant le concile de Baltimore, les Pères s'engagèrent à faire une collecte générale et à en remettre le montant au saint-père dans l'espace de dix^huit mois. Ils prièrent aussi l'archevêque de Baltimore de solliciter auprès-du souverain pontife des indications précises sur la nature et le but de son dessein, afin de mieux les faire comprendre à leurs ouailles. Mais celui-ci, apprenant lès efforts que l'on faisait pour créer la grande université nationale, leur écrivit le 22 octobre 1885 et leur exprima son extrême satisfaction au sujet de « leur glorieux dessein » de fonder une université catholique le plus tôt possible. «Nous n'ignorons pas, dit-il, quelles énormes dépenses il vous faudra faire pour mener à bien cette entreprise, et, pour cette raison, nous n''avons pas voulu vous presser de nous envoyer les secours en argent que nous avons demandés avec tant d'instance, pendant que vous étiez à Rome. Le projet auquel nous les destinions était de la plus grande importance, puisqu'il favorisait le retour au giron de l'Eglise des peuples de l'Orient. Nous désirons que vous ne perdiez pas tout à fait de vue un dessein dont l'accomplissement ae

(1) Actuel Décréta, p. 93, 93.

lEON xni.

pourrait que tourner puissamment à la gloire de Dieu et à l'accroissement du troupeau de Jésus- Christ (1). »

Tous les faits dont nous venons de parler prouvent que des relations de paternelle affection, d'un côté, de profonde reconnaissance et de filial dévouement, de l'autre, lient Léon XII l ù l'Eglise des Etats-Unis.

Pendant qu'on se préparait activement, dans tous les diocèses de la république, à tenir l'assemblée plénière de Baltimore, on apprit la confiscation des propriétés de la Propagande. Il est facile de s'imaginer l'alarme et Tindignation que ce sacrilège attentat causa chez les catholiques. Celte môme église dont les prélats se trouvèrent réunis en concile le 9 novembre, doit son origine et son développement à la •congrégation de la Propagande. Elle en est la fille.

Dispersés sur la surface de tout un continent et occupés, au commencement de 1884, des préparatifs du prochain concile, les évêques ne purent se concerter. Une protestation formelle et énergique, jDroposée simultanément dans tous les diocèses, dans toutes les grandes villes, et signée non seulement par les évêques, les prêtres et les principaux laïques catholiq^ues, mais par les Américains protestants les plus distingués dans chaque Etat de l'Union, aurait peut-être décidé le voleur à lâcher sa proie. Cette protestation viendra un jour.

()) Ada et Decrela, lxiv, lxv.

Le poisson et l'ancre, symboles <Je respérance du clirétieû.

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