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CHAPITRE XIV

LEON XllI ET LES BIENS DE LA PROPAGANDE.

L'aposlolal et la Congrégation de la Piopagaiiile. — Vaste champ ouvert au zélé cl au dévouement du clergé calliolique. — Beaux résultats obtenus par la Propagande, — Profit ([u'une habile politique saurait en tirer. — Procès lait à la Propagande par le gouvernement italien. — Discours du pape. — Correspondance diplomatique. — Opinion gim-ralc en Europe cl en An:erique. — Lettres des évcques. — .Mesures pour sauver les ressources de la Propagande, qui proviennent de la charité des fidèles étrangers à l'Italie.

gs^v^^rjjous venons de parler de Tespril apostolique du "^ "'' clergé français, de la générosilé chevaleresque de celte nation, qtii, non conlenle de verser son sang pour défendre ou protéger le nom chrétien dans les pays infidèles, prodigue aussi ses trésors pour la même cause. Des noms bien chers reviennent ici sous notre plume : c'est la société de la Propagation de la foi, si riche en grandes œuvres; c'est cette autre société des Ecoles d'Orient, non moins utile au salut des âmes; c'est l'associafion si touchante- de la Sainte-Enfance, création de l'iliustre Forbin-Janson, de cet évêque missionnaire, qu'on a vu parcourir l'Amérique du Nord en véritable apôtre, ranimant partout de r-on souffle l'indifférence du peuple et le zèle du' clergé.

Au commencement de 1884, alors que le gouvernement italien et la cour de cassation préparaient ensemble une loi de spoliation, le souverain pontife publiait deux lettres qui attestaient, indirectement du moins, les succès obtenus par la Propagande, aux Étals-Unis et en Australie.

Le 4 janvier i88i, parut, ainsi (jue nous lavons dit, la bulle

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Hei catholicœ. incrementum , convoquant le troisième concile national de Baltimore; le môme jour, fut publiée la bulle Dum nobis, érigeant en vicariat apostolique la mission de Queensland, et la confiant aux auguslmiens irlandais, les premiers apôtres de ces contrées lointaines (1). L'année suivante, l'Australie devait avoir son premier concile, présidé par le cardinal Moran. Les deux églises métropolitaines de Baltimore et de Sidney, après la tenue de leurs grandes assemblées, s'envoyèrent des lettres de communion et de felicitation. C'étaient deux filles de la Propagande. Le 9 février suivant, la cour de cassation de Rome, les Chambres étant réunies, déclara les biens de la sacrée congrégation soumis à la conversion.

Les deux pays dont nous venonà de parler n'étaient pas seuls redevables à la Propagande des progrès que la religion y avait réalisés. Dans l'Amérique du Nord, toutes les églises du Canada (2), depuis le temps de Jacques Cartier et de Champlain jusqu'à nos jours, ont reçu et reçoivent encore les secours de cette institution éminemment apostolique. Sur la côte du Labrador, autour de la baie d'Hudson et dans les vastes régions qui s'étendent de ces rivages aux glaces polaires et à l'océan Pacifique, il, n'est pas une mission qui ne soit l'objet des soins paternels du cardinal-préfet et de ses associés. Et dans l'Amérique méridionale : dans les républiques échelonnées le long du littoral de l'océan Pacifiqive depuis Panama jusqu'à la Patagonie; dans les vastes contrées situées à l'est des Andes ; dans les bassins (lu Rio de la Plata, des Amazones et de l'Orénoque avec leurs affluents, on ne trouverait pas une petite mission, une chrétienté, sur laquelle la Propagande n'exerce sa juridiction et son zèle infatigable.

Si, du plus haut sommet des Andes, on compte d'un pôle à l'autre, du rivage de l'Amérique à celui de l'Asie, toutes les îles qui composent l'Océanie et la Polynésie, on ne découvre pas un îlot où le missionnaire n'ait planté la croix, et qui ne soit sous la bienfaisante tutelle de la Propagande. Il en est ainsi de l'archipel indien avec le Japon, terres consacrées par les

(1) Les Annales de la Propagation de la Foi et les Missions catholiques, années 1885 et 188G.

(2) Histoire du Canada,

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travaux de François Xavier et fécondées par les sueurs de tant de martyrs (1), des vastes continents de l'Asie et de l'Afrique, avec les missions de la Chine, de la Gochinchine, du Tonkin, du Thibet, où le sang des apôtres français et de leurs disciples a coulé avec abondance.

Il est inutile de parler du continent africain, qui semble, plus que tout le reste du monde non civilisé, se recommander au zèle apostolique de la France. Celle-ci a déjà fonde des colonies chrétiennes .du nord au midi et jusque dans l'île de Madagascar, qui forme tout un empire ouvert à l'ardeur des jésuites. Ces derniers donnent la main à leurs frères anglais le long du Zambèze et du lac Tanganika.

L'Afrique sur tonte sa surface, sur les lacs et les tleuves qui sillonnent son intérieur, est évangélisée parla Propagande. La croix et, avec la croix, la civilisation, pénètre partout, grâce à cette activité apostolique que Léon XIII dirige et discipline au moyen de cette institution unique même dans l'histoire du christianisme, qu'on appelle la Propagande. L'Italie n'a pas compris quelle forcé puissante d'expansion elle aurait à sa disposition, si elle laissait à la papauté Rome et le patrimoine des pontifes, et se servait de leur influence et de leur action sur tous les points du globe.

Le gouvernement qui se glorifie de la loi des « garanties » et de la liberté qu'il prétend laisser au saint-père, a paralysé, en s'attaquant aux biens de la Propagande, la fonction la' plus essentielle de la papauté, celle de prêcher la foi par toute la terre. S'il ne s'était pas laissé aveugler ou par des passions anlichrétiennes, ou par l'extrême besoin d'argent, il n'aurait pas voulu s'attirer la haine de tous les peuples catholiques et le mépris des nations même non chrétiennes, en faisant violence au texte de ses propres lois pour diminuer, épuiser, confisquer à son profit les ressources de la plus grande institution civilisatrice qui ait jamais existé. C'est cependant ce qu'il a fait, et cela en dépit des déclarations solennelles et réitérées du roi défunt; car les lois invoquées et appliquées par la cour de cassation n'atteignaient nullement les biens de la Propagande.

(1) Léon Xin vient d'établir la hiérarchie catholique au Jnpon : 1890.

LÉON XIII ET LES PÎENS DÉ LA rROr\GANt)Ë.

Cet attentat a été une des plus cruelles épreuves que Léon XIII ait eu à souffrir. Il a fait de plus un mal irréparable à la grande

Fig. 112. — Tombeau de saint Francois Xavier, à Goa, Hlndoiislan.

institution apostolique. La première tentative de spoliation fut faite en 1874, alors que les agents de la commission gouvernementale prirent possession de la villa Montalto, maison de

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campagne du collège de la Propagande, et la mirent en vente. C'était infliger aux jeunes gens de celte maison venus à Rome de tous les pays du monde, un outrage d'adulant plU^cruel, que l'on saisit le moment oij les vacances allaient commencer pour leur interdire le lieu habituel de leur récréation, à Tusculum.

La Propagande n'avait aucun autre moyen d'obtenir justice que de recourir aux voies ordinaires. Pendant qu'elle le faisait, le souverain pontife, sentant toute la gravité de cette affaire, en appela aux cours européennes. Mais la commission, sûre de l'appui des ministres et du parlement, et moralement certaine aussi de l'approbation des tribunaux, vendit la campagne de Montalto sans même attendre une décision judiciaire. La Propagande voulut retirer sa plainte; la commission (1) insista pour que l'on poursuivît la cause, Alors le roi intervint et déclara que la commission avait tort: mais cette intervention ne rendit pas à la Propagande la propriété aliénée. Les choses en restèrent là jusqu'après la mort de Victor-Emmanuel. Le 12 juillet 1881, M. Morena, un des commissaires royaux, publia une liste des terres et autres biens situés en divers lieux de l'Italie, et appartenant à la Propagande, qu'il devait vendre à jour fixe. Il y avait ajouté plusieurs propriétés situées à Rome. En même temps, la Propagande et la .commission portèrent la cause devant les tribunaux civils, qui donnèrent raison à cette dernière. Le 22 novembre, l'affaire était soumise à la cour d'appel.

On vit alors ouvertement combien l'Église, en Italie, avait peu à compter sur les tribunaux du nouveau royaume. La cour d'appel, sans même laisser aux avocats de la Propagande le temps de produire les pièces les plus importantes, confirma la sentence du tribunal civil, et condamna les appelants à payer toutes les dépenses.. Les meilleurs juristes de l'Italie s'indignèrent d'une telle précipitation, et, bien que peu favorables à l'Église, ils protestèrent contre l'iniquité de la sentence.

La Propagande en appela, cette fois, à la cour suprême decassation qui invalida la sentence de la cour d'appel, et ren-

(1) Giunta liguiàotrice.

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