‹ Vie de Léon XIIIChapitre 117 sur 148 · LÉu.N Mil · texte numérisé non relu

LÉu.N Mil

difTérenls sont les motifs qui font agir les ennemis de l'Église au milieu de cette nation catholique- Au lieu de montrer de l'ardeur à trouver des movens de conciliation, ils ne sont occupés, sous le prétexte du droit national, qu'à faire la guerre à rÉuli-e. Ils n"hésitent pas, dans leurs outrageants discours, à enllammer contre le saint-siège les passions populaires. Ils viennent de nous causer, à nous et à tous les catholiques, une nouvelle et cruelle douleur. »

Le saint-père fait allusion aux deux lois néfastes du parlement italien contre les droits sacrés de l'Église : l'une abolit dans toute l'Italie le droit immémorial de percevoir les dîmes ; l'autre enlève à l'Église ses propriétés immobilières et attribue aux laïques seuls le pouvoir de les administrer. C'est la spoliation à peu près complète (I). Et cependant le ministère Crispi ne s'en tiendra point là, et ces mesures vexatoires ne seront pas le dernier mot de la révolution antichrétienne. Le roi Humbert, qui connaît les tendances et les vues de son premier ministre, sanctionne tout en signant les lois et les décrets. De plus, la campagne entreprise en Italie, comme en France, dans le but de laïciser les écoles, est poussée avec une vigueur inouïe. Ûû paraît même décidé à recourir à des voies de rigueur pour enlever aux catholiques les derniers restes de leurs libertés religieuses et civiles. En un mot, le gouvernement piéraontais semble prendre à cœur de mêler l'amertume à cette coupe de bonheur que toutes les autres nations chrétiennes s'efforcent de faire déborder.

Il est facile de comprendre l'émotion du sacré collège , quand le saint-père, après avoir énuméré ses sujets de plainte, conclut en ces termes : « Voilà, vénérables frères, les maux que nous signalons dans cette circonstance solennelle, et à vous et au monde catholique, priant Dieu en même temps qu'il daigne modifier la situation politique de l'Italie, et qu'il lasse contribuer efficacement au vrai bien et à la vraie gloire de la patrie les pi'ojets et les actes de tous ses enfants.

<i Au surplus, vénérables frères, nous mettons toute notre

(1) Le pape, malgré sa détresse, a distribué une somme de cent quarante mille francs aux pauvres de Rome, à l'occasion de son jubilé. Voir la Lettre adressée au cardinal Parocchi, le 2a décembre 1807.

LES NOCES d'or DE LÉON Xfll. 543

conHance dans Ja puissance et dans la bonlé divines Dieu du haut de sa sainte montagne, voit les afflictions de son peuple; et, b.en qu'il tarde à manifester la force de son bras Il ne manquera point, au temps fixé dans ses conseils dan' porler a son Eglise le secours opportun » '

En dehors de l'Italie, les fêtes jubilaires devaient rapprocher du saint-siège , non seulement les États catholiaues quune fausse politique avait rendus indifférents ou à neu près hostiles, mais aussi les puissances que le schisme et Théresie avaient, depuis des siècles, arrachées violemment au centre de 1 unité. L'Angleterre, nonobstant ses préjugés traditionnels contre la cour de Rome, avait reçu le légat du pape avec des honneurs exceptionnels, lors du jubilé' de la reine Victoria. Dès le commencement de décembre 1887 les journaux semi-ofïîciels de Londres annoncèrent que le du^ de INorfolk premier pair de la Grande-Bretagne, allait être charge d une ambassade auprès de Léon XIIL En effet le 17 du même mois, le hoble personnage et sa suite étaient admis par le pape a une audience.solennelle. Le duc remit à Sa Sainteté une lettre autographe de la reine, et, au nom de Sa Majesté, 1 fehcita Léon XIII à l'occasion de son jubilé et le complimenta sur ses grandes qualités de pontife et de médiateur Le pape, dans une réponse gracieuse mais réservée, remercia la souveraine de la liberté accordée aux catholiques dans les Nastes Etats de la Grande-Bretagne (1). On devinait, dans le rnonde politique, que le cabinet anglais, tout en faisant peser sur la malheureuse Irlande une loi de répression impitoyable avait consulté Sa Sainteté sur les meilleures mesures à prendra

s'Tf îTéT \ 'r"'''"'" ' '^''' P°"^^-^' - -"-^'-it un SI vif intérêt et au discours de l'ambassadeur extraordinaire et a la réponse du pape Les Irlandais regardaient avec défiance la mission du duc de Norfolk. Ils auraient préféré qu'on les aissat défendre seuls leur autonomie na«onale. Ils compî taient sur 1 énergique résolution que leurs évoques, leurs prêtres et 1 elite de la population avaient prise de tout souffrir pour protéger contre les lois de lord SaUsbury les restes de

(1) Voir l'Univers des 17, 21 et 22 décembre 1887.

544 LÉON Xlll.

ia race celtique; ils voyaient aussi avec joie que l'opinion publique, même clans la Grande-Bretagne, devenait de jour en jour plus favorable à leurs revendications.

Léon XIII se liouvait dans une situation délicate. D'une part, la cause de l'Irlande opprimée ne pouvait pas lui rester indiiïérenle; d'autre part, il devait se réjouir de voir le gouvernement britannique se rapprocher de la papauté et honorer le chef de l'Église par une ambassade solennelle.

Le duc de Norfolk, après avoir rendu compte à Londres de son ambassade auprès du Vatican, se mit de nouveau en route pour Rome. Ce voyage subit émut un peu l'opinion. Cette fois, cependant, le noble personnage se proposait un but ostensiblement religieux. Interrogé à son passage en France, il aurait répondu qu'il allait à Rome uniquement pour offrir au saint- père les hommages et l'offrande du cercle catholique de la Grande-Bretagne, dont il est président. Ce fut, en effet, avec les députés de ce cercle et un nombreux concours de pèlerins anglais, qu'il obtint une audience le 26 décembre (1). jMais, malgré ses dénégations formelles, plusieurs persistèrent à dire qu'il était chargé par le gouvernement de présenter au pape une nouvelle proposition relative à la question irlandaise. Nous savons aujourd'hui ce qu'il y avait de vrai dans cette rumeur publique.

La Prusse s'associa comme l'Angleterre aux manifestations universelles. Le lendemain de Noël, il y eut à Cologne une fête en l'honneur du pape. Léon XIII y fut d'autant plus sensible qu'il avait travaillé avec plus de zèle à procurer à l'Allemagne le bienfait de la i>aix religieuse et les fruits durables d'une vraie liberté. La ville de Cologne n'avait rien négligé pour que la fête fût magnifique. Dès les premières lueurs du jour, les cloches de toutes les églises invitèrent les fidèles à la solennité qui devait avoir lieu dans la cathédrale gothique, l'un des plus beaux chefs-d'œuvre de l'art chrétien. Le vaste édifice fut trop étroit pour contenir la multitude accourue de tous les pays voisins. Plus de cent confréries et corporations avec leurs

(1) Dans l'audience du 2G décembre 1887, le duc de Norfolk offrit personnellement au pape un don de 300j000 francs.

Page 1