LEON XIII, DANS SES ROBES PONTIFICALES ORDINAIRES
"J>ES NOCKS DOR DE LÉON XÎTI.
bannières el douze corpsde musiciens prirent part à laprocession, que présidait M^' Krementz avec son chapitre mélropolilain, l'élit^du plerg^ réguljQrjt séculier de h yille et les élèves
La vie religieuse et la prédication. Saint Antoine de Padoue démontre la présence réelle.
du grand et du petit séminaires. On remarquait dans le défilé toutes les autorités civiles et militaires, tous les corps de l'État qui s'étaient fait un devoir de paraître au premier rang parmi les enfants dévoués de Léon XIII. La messe pontificale et le
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Te Deum terminés, la procession se rendit au palais municipal. Là, dans la vaste salle d'honneur, décorée pour l'occasion, M. Reichensperger , si connu par son opposition au cul tu rkampf, présida la fête civile, et l'avocat général, M. Sieger, lit l'éloge de Léon XIII. Le soir, la cité entière fut illuminée.
Les autres villes catholiques de l'Allemagne voulurent aussi manifester leur attachement au saint-siège. Aix-la-Chapelle, Bonn, Trêves, Crefeld, Munster, Dusseldorf rivahsèrent avec Cologne. Mayence déploya un zèle tout spécial, grâce à la direction de son évêque et à la sympathie des autorités. A Carlsruhe, le ministre d'État, M. Reyenhauer, présida la fête qui fut célébrée dans une vaste salle où plus de quatre mille personnes acclamèrent Léon XIII. A Breslau, le prince-évêque, M"' Kopp, qui a si heureusement travaillé à la pacification religieuse de la Prusse, se distingua le jour de la Saint-Etienne, par'l'éclat qu'il fît donner aux solennités religieuses et civiles. Le soir il conviait à un banquet 250 des personnages les plus éminents de la province^
Pendant que les nations où le protestantisme domine, s'empressaient de fêter les noces d'or de Léon XIII, un fâcheux incident se produisit à Rome même et vint tout à coup' surexciter l'opinion. Le maire ou syndic de la ville se rendit au Vatican, et pria le cardinal vicaire d'offrir à Sa Sainteté les hommages et les vœux du conseil municipal et des catholiques de Rome. Cet acte de simple courtoisie provoqua la colère du premier ministre. M, Crispi, qui manda le syndic, lui adressa de vifs reproches et le fit révoquer immédiatement par un décret royal. Ce décret parut le vendredi 30 décembre, et remplit de consternation la population catholique de Rome et les milliers d'étrangers accourus, pour les fêtes jubilaires. On afQrmait que le roi Humbert avait lui-même en-, courage le syndic à faire sa démarche^ au Vatican. Mais le premier ministre était, de son côté, bien connu pour ses principes antimonarchiques et son hostilité contre le chef de l'Église. Il devait à ces principes et à la maçonnerie juive, maîtresse de Rome et de l'Italie, de frapper un grand coup devant les représentants des puissances et les pèlerins de .toutes les nations; ce coup "allait, êtr^ une déclaration de
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guerre à outrance contre la papauté/ au moment même de son apothéose dans la personne de Léon XIII. Le Toi d.u Piémont, porté au Quirinal par l'invasion révolutionnaire, ne pouvait rien contre la volonté de M. Crispi. Il y eut donc un moment de pénible incertitude. On se demandait si Saint- Pierre et le Vatican seraient protégés, le premier jour de l'an, contre l'impiété, et si le gouvernement allait répondre de la paix publique et de la sûreté du pape et des pèlerins. Mais, malgré le mauvais vouloir du ministre, il fallut respecter les droits des catholiques et céder devant l'opinion; à la dernière heure, la préfecture de Rome promit au saint-père de maintenir l'ardre aux abords du Vatican et jusque dans l'intérieur de la basilique. Elle observa loyalement sa promesse.
L'heure solennelle approchait. Rome était remplie de pèlerins. Une quarantaine de cardinaux, plus de deux cents archevêques et évêques, des milliers de prêtres et de fidèles apportaient au pied du trùne apostolique des adresses de felicitation et de riches offrandes. Tous espéraient le bonheur d'une audience, d'une bénédiction, d'une parole d'affection, d'encouragement pour eux-mêmes et pour les absents qui avaient si généreusement contribué aux préparatifs de cette fêle de la catholicité. Si le pape eût été libre de franchir le seuil du Vatican, de se montrer à ses enfants bien-aimés, de parcourir les rues de Rome, comme le faisait Pie IX avant la journée néfaste du 20 septembre 1870, la joie et l'enthousiasme n'auraient pas connu de bornes.
Léon XIII n'écoutait point la fatigue et semblait oublier les soins que réclamait sa santé. Le vendredi 30 décembre, il reçut le cardinal Schiafïino et la commission internationale du jubilé. Le commandeur Acquaderni de Bologne, dont le zèle intelligent et infatigable avait été couronné d'un plein succès, lut une adresse au noin de tous et présenta au saint-père deux millions soixante-dix mille francs pour les honoraires de la messe du l^"" janvier. Cette somme, formée de petites cotisations de cinquante centimes, représentait l'oblation volontaire de plus de quatre millions de fidèles qui sollicitaient une part spéciale dans les intentions du souverain pontife, célébcant
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l'augusle sacrifice, le -jour de ses noces d'or. Rien n'était- plus; capable de toucher le cœur paternel de Léon XIII.
Un autre-sujet d'allégresse était réservé au souverain pontife. ;Le 31 décembre, les négociations engagées entre le saintsiège et la Confédération colombienne se terminèrent par un concordat. Le cardinal Rampolla, au nom de Léon XIII, et le général Vêlez, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la Colombie, apposèrent leurs signatures à ce traité de paix, religieuse. Ce fut un événement heureux pour la république de l'Amérique du Sud, qui,. dans les dernières années du règne de Pie IX, avait été menacée d'un schisme total, sous l'influence néfaste et tyrannique de la franc-maçonnerie. Nous savons comment la république de l'Equateur a voulu, rivaliser avec la Colombie pour répondre aux vœux du saintpère.
Au soir de cette belle journée, pendant que le saint-père essayait de prendre un peu de repos pour se préparer aux faligues du lendemain, le télégraphe lui apporta de Gatchina la dépêche suivante de l'empereur Alexandre III : « Très Saint- Père, je prie Votre Sainteté d'accepter mes sincères félicitations, à l'occasion du cinquantième anniversaire de son entrée dans le- sacerdoce de l'Église à laquelle son glorieux pontificat a su rendre de si éclatants services. Désireux d'assurer les intérêts religieux de mes sujets du rite catholique romain, je ne doute pas que la haute sagesse dont Votre Sainteté a donné tant de preuves ne me permette de concilier les besoins de l'Église romaine, en Russie, avec les principes fondamentaux de mon empire (1). »! Les frètes-dû souverain, les grands ducs Serge et Paul, le chancelier impérial et le ministre de l'intérieur envoyèrent aussi leurs félicitations à Léon XIII.
La nuit du 31 décembre s'écoule lentement au gré des pèlerins de toutes les nations ; enfin, une douce lumière brille sur le Vatican et une nouvelle aurore se lève pour le pape prisonnier.
(1) Voir les adresses des autres souverains dans l'Univers de décembre 1881 et de janvier 1888, v'
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Le !*"■ Janvier 1888 doit figurer parmi les plus beaux jours de l'Église (1). La préfecture de.Rome, grâce à l'intervention du roi et de la reine, avait pris, les dispositions nécessaires pour assurer l'ordre et la tranquillité dans les rues, aux abords du château Saint-Ange et sur la placeSaint-Pierre. Les troupes pontificales se chargeaient d'empêcher tout désordre à l'intérieur de la basilique. Le pape ne se sentant pas la force de célébrer une grand'messe pontificale, on modifia le personnel qui devait composer le cortège. Les patriarches, Ips archevêques et les évêques, les divers corps de la prélature 'romaine, les camériers d'honneur décape et d'épée, ne devaient pas figurer dans la procession. Us allèrent, avant la messe, occuper les sièges qui leur avaient été préparés dans l'abside de Saint-Pierre. Le sacré collège seul, le chapitre de la basilique et les officiers de service précédèrent et accompagnèrent la sedia gestatoria. Grâce à cette mesure, on abrégea beaucoup le temps du défilé.
Le majordome de Sa Sainteté, M^"" MacChi, avait distribué trente-cinq mille billets d'invitation, et il avait pris toutes les mesures pour interdire la basilique aux personnes qui n'étaient pas munies de ces cartes d'entrée. Les portes grillées du porche avaient été fermées. Le public n'était admis que par la porte de Charlemagne, à gauche du vestibule-. Les étrangers de distinction, les membres des deputations, les évêques et lesprélats entraieiit par la porte de Pie VL à l'angle le plus rapproché du transept gauche. La garde palatine et les gendarmes pontificaux indiquaient à chacun la place qui lui était résejvée. Enfin la porte Sainte- Marthe, au fond du même transept, donnait ^acces au corps diplomatique et à la noblesse romaine.
Des groupes nombreux de pèlerins avaient passé la nuk sous la colonnade de Berjiini, soit parce que les hôtels re-
(1) M. Cornély; Rome et le Jubilé de Léon XIII.
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gorgeaîenl d'étrangers, soit parce qu'ils voulaient entrer les premiers à Saint-Pierre. Après minuit, les voitures commencèrent à stationner dans les rues, et peu à peu la ville entière se mit en mouvement. A cinq heures et demie, les cloches de la basilique s'ébranlent et toutes celles de la ville leur répondent, annonçant au monde la grande solennité jubilaire. Déjà les pèlerins sont sur pied et s'acheminent vers le pont Saint- Ange. Le froid est vif, les étoiles brillent d'un vif éclat et se détachent sur la voûte grise du firmament. Il faut attendre quatre heures avant la cérémonie; mais, n'importe, on veut s'assurer une place convenable pour voir le saint-père à l'autel en ce jour si cher au cœur de ses enfants.
A six heures, la place Saint-Pierre est occupée militairement par la gendarmerie de la préfecture. Personne ne peut s'approcher de la basilique sans montrer son billet d'invitation. Les premiers arrivés dans l'intérieur du vaste édifice, y trouvent une atmosphère tempérée, et admirent les grandes lignes de l'édifice se dessinant à la lumière dès quatre-vingt-treize lampes qui brûlent jour et nuit autour de la Confession. Les gardes qui veillent déjà dans l'intérieur, dirigent ces premiers venus vers les places non réservées. Une double balustrade destinée à protéger le cortège pontifical . part de la porte qui communique avec le Vatican; elle descend la nef latérale et remonte la grande nef jusqu'au niveau des deux premiers piliers du dôme. L'espace compris dans l'immense carré formé par les quatre piliers et l'abside est réservé aux personnages d'élile accourus à la fête. Les pèlerins, munis de billets, se placent auprès de la balustrade, d'où ils peuvent voir le défilé de la procession et l'autel où le pape doit célébrer le sacrifice divin. On dirait une marée vivante dont les flots remplissent peu à peu la basilique.
A huit heures, l'intérieur présente un coup d'oeil magnifique. Les piliers sont drapés de damas rouge, bordé de galons d'or. Sous le dôme, les colonnes de bronze du baldaquin s'élancent vers les voûtes, qu'illuminent les premiers rayons du soleil levant. L'autel papal, avec ses chandeliers d'or massif et ses riches draperies, attend le grand prêtre de la loi nouvelle; pendant que les lampes, suspendues autour du tombeau
LES NOCES ï>'0ft DE LÉON^XW. gSf
du premier des papes, scintillent toujours et symbolisent la ferveur et la foi du monde chrétien. La gardé palatine avec ses plumets blancs et la gendarmerie pontificale avec ses hauts bonnets à poil, dominent la foule et se joignent aux gardes suisses et aux camériers de cape et d'épée poui: maintenir le bon ordre.
Neuf heures vont sonner. Les tribunes réservées se remplis sent. Ici, se rangent des dames en robes et en mantilles noires; là, des hommes portant des habits noirs et des cravates blanches. Dans la grande nef, en face des deux premiers piliers du dôme et devant la Confessipn, est une estrade élevée d'où le souverain pontife doit donner, après la messe, la bénédiction Urhi et Orhù
Vers le fond de la basilique, est une tribune destinée aux princes et aux souverains; derrière,, s'élève l'estrade d'où le grand maître de la chapelle pontificale doit diriger la musique vocale de la maîtrise et donner le signal aux trompettes et aux chantres qui sont placés dans les galeries de la coupole, à cent cinquante pieds. au-dessus des spectateurs. Les chevaliers de Malte, que l'on distingue à leur armure resplendissante, occupent la tribune voisine des souverains. Cet ordre» rétabli par le pape, sert les pauvres et les malades, en attendant qu'il puisse tirer l'épée pour la défense de l'Éghse. L'aristocratie romaine a aussi sa place d'honneur. La vaste enceinte demicirculaire du rond-point est pleine d'étrangers de distinction. La tribune du corps diplomatique est également au complet, au moment où l'horloge marque neuf heures. La foule a envahi les deux extrémités de la nef et des transepts. L'église de Michel-Ange, disposée pour contenir dans son enceinte les réprésentants du monde entier, est l'image de cette demeure éternelle où Dieu rassem'ble ses élus autour du trône de l'Agneau.
L'émotion gagne déjà les cœurs. L'assistance est debout et regarde vers la nef latérale et la chapelle du Saint-Sacrement. C'est par là que doit entrer le cortège pontifical. Tout à coup, on voit s'ouvrir .une porte à moitié cachée par des rideaux de damas. Voici les suisses de la garde avec leurs casques d'acier, leurs panaches blancs et leurs hallebardes. Suivent les ca-
mériers qui sont de service. Viennent ensuite les cardinaux* en cappa magna. Derrière le sacré collège, s'avancent les g^afdes-nobles avec leurs casques d'or à plumet blanc, puis les nobles de la garde suisse ayant sur l'épaule la grande épée nue à deux mains dont se servaient leurs ancêtres, les libérateurs de rilelvétie. La tête du cortège dépasse la chapelle duTrès-Saint-Sacremént et débouche à l'extrémité de la nef, vers l'entrée du milieu, quand les rideaux de damas rouge se relèvent et laissent apparaître la sedia gestaloria portée par les bussolanti. ^
\ Léon XIII est assis sur son trûne entre deux éventails de plumes blanches; sur sa tête brille la mitre offerte par l'empereur d'Allemagne, et il est vêtu d'une chasuble d'un grand prix. Son visage, demi-transparent comme l'albâtre, est tout radieux, et dans ses traits se reflètent la joie et la tendresse d'un père ; il s'incline vers ses enfants et les bénit (1). Aussitôt, dans la tribune de la maîtrise, des voix graves et sonores entonnent le Tu es Pelrus de Paleslrina, et les trompettes d'argent répondent de la coupole. On dirait l'Église du ciel s'unissant à sa sœur, l'Église de la terre. On ne peut rien imaginer de plus sublime.
A la vue du saint-përe, les trente-cinq mille hommes assemblés dans la basilique, sont saisis d'une émotion irrésistible et ne peuvent maîtriser les sentiments qui les dominent; ils laissent échapper de leurs cœurs des vivats qui couvrent la voix des chantres et le son des trompettes : Vive Léon XI 11! Vive le Pape! Vive le Pape-Bol ! Les larmes couleiit de tous les yeux. .Impossible de contenir l'élan qui s'empare des pèlerins, de la noblesse romaine, du corps diplomatique lui-même. C'est une commotion électrique qui gagne Jtous les rangs.
Les cris de joie retentissent avec plus de force, quand la sedia gestaforia arrive au milieu de la grande nef et que Léon XIII, comme une vision céleste, domine au-dessus de la foule.' Le saint-père est visiblement ému, et ses lèvres semblent articuler des paroles que personne ne peut entendre, mais que
0) Voîr VUniters et te Monde.
Saint Thomas, le prince des théologiens. Le Docteur angélique explique à Saint Louis les gloires de Marie au ciel. Fragment du Couronnement de la Vierge^ de fra Angelico.
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tout ie monde devine. Il esl emprisonné dansson palais, et tout ce qu'il y a de plus criminel et de plus vil peut l'insulter impunément; et voilà qu'il entend un écho du monde entier qui répète : « 0 Père, ô Pontife, ù Roi de nos cœurs, triomphez en ce jour; les princes et les peuples sont à vos pieds; les nations vous acclament .et reconnaissent en vous le Vicaire de Jésus-Christ! »
Le cortège continue sa marche et Léon XIII arrivé à la Confession, descend de la sedia gestatoria. La garde noble se place de chaque côté de l'autel, et la messe jubilaire com^ mence. Le souverain pontife, humblement penché vers le crucifix, §e frappe la poitrine et demande au Seigneur des seigneurs le pardon de ses fautes. Il monte ensuite les m.arches de l'autel. La pâleur de son visage, les larmes qu'il s'efforce en vain de comprimer et le tremblement de. ses mains disent assez combien cette scène indescriptible a remué toutes les iîbres de son être. L'assistance est maintenant à genoux et prie avec le pontife. Sur toute la surface du globe, à cette même heure, destnilliers de prêtres célèbrent le saint sacrifice. Et ainsi le sang de l'auguste Victime coule en même temps sur tous les points de la catholicité et sollicite le saint de l'Eglise et la délivrance de son chef.
Au memento des vivants le pape s'arrête, et embrassant dans sa pensée les deux cent vingt millions d'âmes qui lui sont confiées, il les présente au Dieu des miséricordes. A la consécration, les trompettes d'argent se font entendre sous la coupole comme des voix venant du ciel, tandis que le souverain pontife élève l'Hostie sainte et le Calice du salut, et les offre à l'adoration des fidèles. Au memento des morts Léon XIII s'arrêta longtemps aussi. On lui avait envoyé des raillions composés de sommes minimes; il voulait, à cette heure solennelle, témoigner son affection aux pieux donateurs en priant pour leurs chers défunts.
Les chants que firent entendre les maîtrises de Rome pendant cette messe, empruntèrent aux circonstances leur inspiration et leur caractère. Après l'élévation, deux chœurs, dont l'un était placé dans la coupole, mêlèrent leurs notes graves pour saluer le Dieu de l'Eucharistie. Ces chants, exé-
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'cutés à Saint-Pierre, pour le jubilé d'un pape, rappelaient aux pèlerins de toutes les nations quelles doiveiit être les harmonies des cieux.
A la fin de la messe, le pontife s'agenouille devant l'autel et récite les trois Ave Maria, en alternant avec l'assistance; puis toutes les voix s'unissent pour répéter en l'honneur de Marie le Salve Regina ; enamle le pontife dit d'une voix claire et forte la belle prière qu'il a lui-même composée : il supplie Dieu, notre refuge et notre force, d'exaucer son peuple, et il conjure l'archange saint Michel de refouler au fond de l'abîme son antique ennemi dont la malice s'acharne toujours à la perte du genre humain.
La messe des noces d'or terminée, Léon Xlll entonne le Te Devm d'action de grâces, que continuent la maîtrise et le peuple. Ce chant est familier à toutes les nations de la catholicité; aussi plus de 30,000 voix redisent en chœur les paroles du beau cantique etremplissentle vaste édifice. Lepape, debout entre les évêques assistants, goûte chaque parole de l'hymne sainte, et, après les mots : « J'ai espéré en vous. Seigneur, je ne serai point confondu », il lit les oraisons et remonte sur la sedia (jestatoria. On lui enlève lamître pour lui mettre la tiare dont le diocèse de Paris lui a fait cadeau. Le cortège défile, et le pontife-roi, assis sur son trône, promène ses regards paternels sur la multitude émue et recueillie. On place la sedia sur l'estrade préparée devant la Confession, vis-à-vis de la statue en bronze de saint Pierre. Cette statue, suivant la coutume adoptée pour les solennités pontificales, est revêtue d'une riche chape en drap d'or et porte une tiare sur la tête et un anneau au doigt. Le présent et le passé se confondent dans ces augustes souvenirs, et la longue dynastie des papes s'afTirme flans son immortelle durée.
Le saint père se prépare à donner la bénédiction pontificale. Toute l'assemblée se met à genoux ç le sacré collège forme un demi-cercle auprès de l'estrade, puis autour des cardinaux se rangent les prélats assistants et la garde noble. Le pape ayant déposé la tiare, lit les prières prescrites dans le livre que lui présente à genoux le cardinal vicaire, Mgr Parocchi. Jusqu'aux coins les plus reculés de l'église règne le plus profond
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silence. Tout le monde veut entendre les accents de cette voix qui appelle sur la terre la miséricorde et le pardon du ciel. Les yeux sont fixés sur cette majesté qui semble grandir quand elle élève et étend les hras pour bénir : Benedictio Dci omnipofenlis, Palris, et Filii, et Spirilus sancti, descendal super vos et maneat semper! » Trois fois la main du pontife fait le signe de la croix sur les tètes inclinées. Aux dernières paroles, répond un amen qui sort comme un cri de reconnaissance et de bonheur du sein de la multitude.
Léon XIII reprend la tiare, et le cortège se remet en roule. Mais à peine le trùne apparail-il au milieu de la grande nef, que de toutes paris éclatent de nouveau les vivais enthousiastes : « Vive Léon XIII! Vive le Pape-Roi ! Vive notre Saint- Père! »
Les gendarmes, les gardes, les personnages qui entourent le pape, s'efforcent en vain d'arrêter ces manifestations. Les pélerms accourus pour honorer leur pontife suprême, sont comme transportés hors d'eux-mêmes à la vue de cet auguste visage de ponlife. Chacun, dans sa langue maternelle et avec les expressions que dicte l'ivresse de l'amour filial, salue le Vicaire du Christ, tend les bras vers lui, agile son chapeau, son mouchoir, et sanglote quand il ne peut plus parler. A mesure que le cortège pontifical s'avance vers le bas de l'église, les acclamations deviennent plus chaleureuses, et les cris delà foule se faisant entendre sur la place Saint-Pierre, se mêlent au son de t outes les cloches.
Ces milliers d'étrangers ne verront plus leur père; qu'on "les laisse savourer les joies surhumaines qu'ils goûtent à celte heure à jamais mémorable. Le pape essaye en v'ain de contenir son émotion pendant que, tout autour de lui, ces trente à quarante mille cœurs lui disent si haut leur vénération et leur amour. Penché en avant, il répond à leurs acclamations par des bénédictions, par des gestes éloquents qui leur envoient tendresse pour tendresse. Puis il s'affaisse en arrière, pâle, les yeux fermés, priant pour ce troupeau qui vénère et acclame l'image vivante de l'éternel Pasteur des âmes.
i-^nfin, Léon XIII se dérobant à l'ovation la plus belle, -la plus touchante que jamais pape ait reçue, descendit de Sort
LES NOCES d'or DE LÉON XIII^ 55?
Irùne dans la cfiapelle des paramenéi, ou. délia Ptela, se jeta^ sur son prie-Dieu, et donnai. un libre cours à ses larmes. Personne n'osa interrompre la longue prière du pontife. On se ■contenta de dire intérieurement : « Voilà comment ce père aime ses enfants (i)î )>
Le vénérable cardinaIJoseph Pecci, qui, le 1" janvier 1838, avait assisté son frère à sa première messe, dans la petite chapelle de Saint-Stanislas, au Quirinal, ne pouvait se trouver à côté de Léon XIII à l'autel de la Confession, le 1^' janvier i888. Il n'était pas loin, cependant. Vers neuf heures, il était entré dans la basilique, à demi porté par son secrétaire et escorté par des gardes suisses. Comme il devait être touché, lui aussi, de ce spectacle grandiose, de ce triomphe incomparable (2)1
Les fêtes continuèrent pendant toute l'année, et les pèlerinages ne cessèrent d'afïluer au Vatican. Le mardi 3 janvier, les divers comités italiens furent reçus en audience solennelle par le saint-père dans la salle Ducale. En répondant à leur adresse de felicitation, Sa Sainteté insista sur la satisfaction particulière qu'elle éprouvait en voyant réunis autour d'elle les représentants de sa chère Italie,
L'attitude que le gouvernement avait prise, surtout dans les deux dernières semaines, imposait au souverain pontife le devoir de protester une fois de plus contre la politique du ministère et contre les calomnies de la presse révolutionnaire et ofTicieuse : « Il n'a jamais manqué, dit Léon XIII, de fils ingrats nés au sein même de l'Eglise catholique, qui, méconnaissant les bienfaits insignes de la papauté, se sont donné la tâche delà combattre. Et, pour ne parler que de notre temps,
(1) Dans l'allocuiion consistoriale du !«'' juin et dans l'encycliqu* Eoteùnle jcim anno, publiée le ^ décembre' 1888, Léon XIH rapelle les douces émotions que son jubilé sacerdotal lui a procurées.
(2) Il y a quelques mois à peine, le cardinal Joseph Pecci. s'est, pieusement endormi dans le -Seisticun
OSS' {LÉON XIIK>
une Térilable conspiration s'est faite, ourdie avec l'art le plus perfide, pour dénigrer la papauté et la représenter comme l'éternelle ennemie de l'Italie. Mais vous, très chers fils, bien loin d'accueillir cette accusation insensée, que les siècles démentent solennellement, vous venez ici donner un témoignage de respect et d'attachement à la j)apauté, en vous rangeant courageusement parmi ceux qui en reconnaissent l'inQuence bienfaisante, qui se glorifient de lui être fidèlement dévoués, et qui désirent la voir rétablie dans cette condition de véritable et souveraine indépendance et de pleine liberté qui lui est due à tant de titres...
« Nous le savons bien, à cause de ces sentiments qui sont pour vous un devoir, on vous accuse de ne pas aimer votre pays, d'en vouloir, au contraire, l'avilissement et la ruine. Que cette accusation ridicule ne vous émeuve pas. La vérité, c'est que la papauté est la gloire la plus éclatante et la plus pure de l'Italie. La vérité, c'est que l'Italie, en union avec la papauté, sera la première à en éprouver la vertu salutaire, comme elle en est la plus rapprochée, et qu'en tous les pays du monde où il se trouve des populations catholiques, elle sera- respectée et aimée. Au contraire, si elle est en guerre avec la papauté, il s'ensuivra des divisions et des dissensions à l'intérieur, une diminution de prestige au dehors, et de toutes parts des obstacles et des difficultés sans nombre. La vérité, c'est que les Italiens qui se rallient au pape et réclament son indépendance, non seulement font en cela leur devoir comme catholiques, mais assurent beaircoup mieux et dans une plus large mesure les vrais intérêts de leur patr.ie.
« Regarde?, bien ce qui arrive en ce moment. La simple circonstance de notre jubilé sacerdotal a ému le monde. Non seulement les catholiques et les particuliers, mais les souverains, les princes, les gouvernements et les corps publics ont youlu rivaliser pour prendre part à la fête jubilaire, et nous témoigner leurs sentiments de respectueuse affection et de haute considération. Assurément ce fait est dû à l'action de la divine Providence, qui fait servir à la gloire de l'Église les circonstances les plu? simples et les instruments les moins précieux. Mais ce fait trouve sa vraie raison dans l'importance
LES NOCKS D OR DR LÉON' XIH.
souveraine de la papauté, dece phare lumineux que Dieu a posé au milieu des peuples pour les guider vers le salut; de ce pouvoir universel qui est de tous les temps et de tous les lieux, qui survit et reste debout, même quand tout croule à l'enlOTiT, ^t qui sort des persécutions plus glorieux et plus fort.
« Quelle nation ne s'estimerait heureuse et honorée d'abriter dans son sein cette institution divine? Quelle folie, au con-
Fig. 426. — Tiare offerte à Léon Xlil par 1a ville de Paris.
traire, de vouloir la rapetisser en faisant du mode et des conditions de son existence une question d'ordre intérieur pour un pays Ou une nation! Quelle indignité de vouloir l'opprimer et l'humilier au siège même de sa vie, de vouloir mettre des obstacles à sa libre et bienfaisante action,, de la réduire à des conditions de servitude et de la faire dépendre de la volonté d'une assemblée ou d'un gouvernement! A coup sûr, les catholiques du monde entier, jaloux de la liberté de leur chef et ayant à cœur la cause de l'ordre et du salut de la société humaÏFie, ne pourront jamais le tolérer.
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« Puissent ces considéralions, chers fils, vous confirmer dans les sentiments que vous avez professés et vous fortifier dans la résolution d'y demeurer fidèles. Notre cœur, console par une démonstration si éclatante de votre foi et de voire inébranlable attachement au Vicaire de Jésus-Christ, vous embrasse avec la plus tendre affection de père, et vous souhaite tous les biens du ciel ; en même temps, il ne cesse d'implorer pour l'Italie les bienfaits de la paix et de la concorde, sans porter préjudice, comme de juste, aux droits du siège apostolique et de l'Église (l). »
. Le 5 janvier, Léon XIII célébra dans Saint-Pierre une messe basse pour les Italiens, qui s'y trouvèrent au nombre de 20,000, L'autel de la Chaire, au fond de l'abside, fut préparé pour cette fête, et on prit les mêmes précautions que pour la solennité du jour de l'an. Les troupes italiennes stationnèrent sur la place; tandis que la garde palatine et la gendarnxerie pontificale furent chargées de maintenir l'ordre dans l'intérieur de là basilique. La cérémonie eut tous les caractères d'une grande fêle. La duchesse de Toscane voulut. y assister, afin d'attester par sa présence le dévouement des souverains détrônés par îa révolution.
Le pape entra dans la basilique à neuf heures, assis sur une petite chaise à porteur. Il se rendit à la chapelle du Saint-Sacrement pour se préparer à la messe, puis traversa l'église vêtu du rochet et du camail de velours rouge. Il était escorté des membres de la cour pontificale, d'une douzaine de cardinaux, des gardes nobles et des camériers laïques. Les vingt mille Italiens lui firent un accueil des plus enthousiastes. Les bannières des anciennes villes étaient portées par les plus nobles personnages, comme une promesse et un gage d'union et de conciliation pour l'avenir.
Le saint père prit les ornémeTits sacrés au pied de l'autel de la Chaire où étaient rangés lés chanoines de Saint-Pierre et les cérémoniaires pontificaux. Le corps diplomatique et le patriciat romain occupaient leurs tribunes. Les membres des deputations avaient, aussi leurs places réservées. La muUi^
(4) Voir YUnîvers du 6 janvier t88?,)
LES NOCES d'or DE LÉON XIII. 561
lude des pèlerins remplissait le presbyterium ou l'espace entre l'autel de la Confession et l'autel de la Chaire, le pourtour du dôme , le transept et une bonne partie de la grande nef. Une centaine d'évêques étaient présents. L'affïuence, le coup d'œil, les chants de la maîtrise, le profond recueillement de la multitude, la touchante piété du souverain pontife, les acclamations de la foule offraient un spectacle sans égal à tous ceux qui n'avaient pas assisté à la fêle du 1" janvier.
Après la messe, le pape donna la bénédiction pontificale, et se rendit avec son entourage à la sacristie ou le chapitre avait préparé un déjeuner. Le cardinal Howard, archiprètre de la basilique, était absent pour cause de maladie; le cardinal Monaco la Valetta présida en son nom. Après le déjeuner, il présenta au souverain pontife un beau reliquaire en vermeil, destiné à recevoir une relique insigne du chef de saint Jean-Baptiste. Le pape, en acceptant ce don du chapitre, e.\prima la joie qu'il éprouvait de se x^oir dans cette grande fête de famille, entouré de l'élite de toute la péninsule. C'était pour lui une Vive consolation d'être témoin de cette profession solennelle de foi catholique et de dévouement à la papauté. On distribua aux invités une notice sur le reliquaire(l)-
Le souverain pontife passa de nouveau par la basilique, où les pèlerins l'attendaient. Ce fut une seconde ovation plus enthousiaste encore que les précédentes. Le cœur des Italiens s'était réveillé, si, de fait, il s'était jamais laissé aller à l'indifférence, et il ne savait comment témoigner au pape son amour et son attachement. C'est ^ans ces manifestations que l'âme d'une nation se retrempe et se prépare à de nouvelles luttes et à de glorieux triomphes. Les acclamations cessèrent seulement quand Léon XIII "eut disparu derrière la porte du Vati-
(1) Sur l'une des faces du reliquaire on avait grave ces vers de Léon XIII :
« Désertas Judœœ oras Baptista pererrans, Tçgmen cui cerium ; mella, locusta cibus, 0 vos errorum mersje caligine cajca, Audite, ô gentes, verba salutis, ait.
Instat surania dies; venturam judicis iiam, Effugite : 0 tandem pœnileat scelerum, Dolete liicc gemitu et lacrymis; Numenque piatc; Sic lutum ad cœli régna paraturUer. »
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can. Les soldais qui stationnaient sur la. place et entendaient se renouveler tous ces témoignages de vénération, s'unirent par la pensée aux vingt mille représentants de l'Italie. Ces pauvres enfants arrachés à des familles où la religion est en honneur, ne sont pas encore, malgré l'éducation militaire qu'ils ont reçue , du nombre de ces étrangers dont la haine de sectaire a éteint tout sentiment de respect et de soumission. Si le pape eût été libre de les bénir de la loggia extérieure, ils auraient mêlé leur voix à celle des vrais Romains pour saluer leur roi et leur père.
Le chef de l'Eglise n'est pas seulement la plus haute expression delà puissance sur la terre; il- a aussi pour mission de protéger tous ceux qui s'adonnent ù la haute culture de l'esprit. C'est pourquoi les sciences et les arts devaient contribuer à la magnificence de son jubilé sacerdotal.
Malgré les elTorts de la commission et le concours des étrangers les plus compétents, il ne fut pas possible d'achever les préparatifs de l'Exposition pour le 6 janvier, comme on l'aurait voulu. Les envois ne cessèrent d'arriver et d'encombrer la douane, pendant les mois de novembre et de décembre, et jusqu'au jour même fixé pour l'inauguration. Le 28 décembre, i 2,000 caisses avaient été reçues au Vatican, sans compter les dons innombrables apportés à Rome de toutes les parties du monde par les pèlerins eux-mêmes. Le comité central avait annoncé dans son programme que les cadeaux pouvaient être de deux sortes : les objets d'art et les objets destinés au culte ; l'empressement que l'on mit à répondre à son appel eut des résultats inespérés. Les objets destinés au culte devaient être distribués, après les fêtes, aux églises pauvres et aux missions lointaines. Ces trésors permettraient ainsi à Léon Xlll d'épancher sur l'univers le trop plein de sa charité apostolique. Avant la fin de l'année 1887, on comptait déjà, dans les salles du Vatican, 40,000 aubes et étoles, 50,000 chasubles; les calices et les ciboires formaient de véritables pyramides. 11 aurait fallu un édifice spécial, assez vaste pour cette Exposition vraiment universelle. Mais le pape était emprisonné; il ne pou* vait disposer de rien en dehors de ses appartements. Aussi, £omme le nombre et la Variété des offrandes surpassaient toute