CHAPITRE PREMIER
Attitude des Nations sur le Mariage.— Lettre Encyclique sur le Mariage.— Instruction Magnifique. — Consequents Socials du Mariage Chrétien.— Origine Divine de l'Autorité Sociale.— Lettre I^ncyclique contre les Sectaires Européens. — Avertissements contre le Divorce. — Lettres Encycliques sur l'Esclavage, le Mariage et la Liberté des Hommes.
ES fatigties incroyables, et les grandes émotions, causées par la célébration de son Jubilé Sacerdotal, et dont l'âge avancé du Pape ne l'exempta point, depuis le printemps de 1SS7 jtisqu'au printemps suivant, au lieu de diminuer les forces vitales de l'auguste vieillard, lui valurent au contraire un accroissement de vigueur corporelle et spirituelle.
Les chapitres qui précèdent sont bien loin de donner au lecteur une idée suffisante des travaux multiples de ce pontificat, depuis son commencement jusqu'à la fin de sa première décade, le 20 février 1888. Une histoire complète du règne de ce Pontife doit accorder une place bien marquée aux entreprises des missionnaires catholiques chez les nations païennes, aux grandes lettres encycliques sur l'ordre social établi par le christianisme (qui furent attaqués avec tant d'acharnement par la Presse incrédule ou radicale), et l'apologie triomphante de la Presse chrétienne sur les questions de l'éducation, la protection des classes laborieuses, etc.
Nous avons traité rapidement les deux encycliques qui parurent en 1878, l'une peignant les maux déplorables et les terribles dangers qui menacent l'édifice social, provenant de
ce que l'on ne reconnaît point l'autorité et la maîtrise divine de l'Église, qu'on oublie ses libertés sacrées, tout en permettant plein cours aux plus monstrueuses et pernicieuses erreurs ; l'autre encyclique expose dans toute son étendue l'origine du socialisme, du naturalisme, avec leurs théories congénères.
Ces leçons, si éloquentes et si solennelles, s'adressaient à la chrétienté attentive, alors que le nouvel empire allemand, dans son orgueil inspiré par une puissance sans borne, était déjà lin proie aux agitations socialistes et que la vie de son vénérable empereur se trouvait attaquée, à plus d'une reprise, par des fanatiques insensés. Ces agitations à la fois criminelles et folles, firent une profonde impression sur les hommes sérieux de l'époque.
L, 'empire russe, qui persécutait ses populations catholiques avec une cruauté plus impitoyable que celle de la reine Elisabeth ou de son imitateur sanguinaire, Cromwell, était en même temps couvert, depuis le centre jusqu'aux extrémités, d'un vaste réseau de sociétés secrètes, tant anarchistes que nihilistes. Les souverains qui étaient à la tête de cette nation toute puissante devaient donc prêter une oreille docile aux avertissements prophétiques que Léon XIII communiquait à tous les dépositaires de l'autorité, les exhortant de témoigner un profond respect à cette Église qui puise en Jésus- Christ sa vitalité divine et sa salutaire influence sur les nations.
La doctrine chrétienne, selon la parole inspirée, commande à tous les croyants, au nom de Celui qui est à la fois le créateur de l'homme et l'auteur de la société humaine, d'obéir au suprême pouvoir civil, comme au représentant de Dieu, qui tient en ses mains les rênes de l'autorité et de l'ordre.
Traiter avec mépris l'autorité du Nouveau Testament, ou émettre des doutes sur la vérité des doctrines révélées dans l'Évangile, doit être, aux yeux des princes et souverains chrétiens, l'équivalent de rejeter et de fouler aux pieds le sceau même et la garantie de leur propre pouvoir.
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En France, en Italie, et parmi les races néo-latines, dans l'une et l'autre hémisphère, le terrible poison intellectuel des doctrines anti-sociales sont une menace journalière de destruction pour le foyer domestique, la famille, l'institution sacrée du mariage, r^nï est la racine de la société, de l'ordre social, et le priiici -je fondamental de la race humaine elle-même. En France, la loi infâme du sénateur Naquet sur le divorce menace de porter un coup mortel à la moralité de toute une nation, de détruire, avec la famille chrétienne, la meilleure, l'unique espérance laissée aux Français de préserver leur pays du danger de la division, et le peuple français d'une lente mais inévitable extinction.
Partout, dans ce qui fut autrefois la chrétienté il existe une tendance générale à retirer des mains de l'Église les lois sur le mariage, et tout ce qui regarde le contrat matrimonial afin de les placer sous l'autorité du gouvernement civil, et sous le contrôle immédiat de la magistrature.
Or, en France, plus que dans le royaume d'Italie, absolument dominé par la puissance maçonnique antichrétienue, on a manifesté une ferme résolution de dépouiller le mariage de tout ce qui a toujours été considéré comme sacré, même par les plus anciens peuples païens.
Mais ici-même, dans notre pays si grand et si progressif, où la vérité révélée est encore une autorité et un guide au foyer domestique, et la sainteté du mariage chrétien une tradition, un héritage vénéré — une opinion publique corrompue, introduite dans notre législation sur le divorce, ainsi que les lois nouvelles qu'elle tolère ou encourage sur cette matière, constituent tous les jours un danger social de plus en plus effroyable. Les organes les plus puissants de la Presse protestante ne craignent point de montrer la doctrine et la pratique de l'Église catholique sur l'indissolubilité d'un mariage légitime, comme le modèle que nos législateurs doivent étudier, et le guide à suivre pour nos populations non-catholiques.
L'encyclique de Léon XIII sur le mariage a été publiée It 10 février, 1880.
" Le mystérieux dessein de la Divine Sagesse," dit cette lettre, "que Notre Sauveur Jésus-Christ devait accomplir sur notre terre, avait en vue de nous restaurer en Lui-même et par là également fortifier le monde afifaibli par la marche du temps. C'est ce que Saint Paul veut dire en cette phrase aussi noble que frappante qu'il adresse aux Ephésiens : * Le mystère de Sa Volonté ... de restaurer toutes les choses en Jésus-Christ, qui sont au ciel et sur la terre.' Et vraiment, quand le Christ, Notre Seigneur, commença à exécuter le commandement, qui lui avait été fait par Son Père, il imposa de suite à toutes choses une nouvelle forme et apparence — l'ancienne forme et apparence disparaissant. Jésus-Christ guérit la blessure causée à notre nature humaine par le péché de notre premier père ; tout homme était par sa nature enfant de colère ; Il rendit l'humanité digne de la faveur divine : les hommes étaient fatigués d'errer dans un labyrinthe d'erreurs invétérées : Jésus les rendit à la lumière éclatante de la vérité : ils étaient souillés de toute sorte d'impuretés ; Jésus renouvellaen eux les habitudes de toutes les vertus ; Il leur restitua le plein droit à leur héritage de félicité éternelle, et, avec cet héritage, l'espérance fondée que leur corps mortel, bien que sujet maintenant à la corruption et à la mort, deviendra un jour immortel et éternellement glorieux.
"Afin cependant que ces privilèges extraordinaires fussent assurés ici-bas au genre humain, Il chargea son Église de continuer son œuvre sur la terre ; et II lui commanda aussi de se regarder comme obligée, vu la fragilité humaine, de combattre les erreurs présentes et de réparer toute ruine dans l'ordre social."
Dire que sont là des paroles d'or, n'exprime que très faiblement la vérité divine. La vérité ici formulée dévoile le but divin de Dieu, et il l'a en effet accompli dans l'incarnation et tout le plan sublime du christianisme.
" Bien que cette restauration," dit le Saint Père, "affectât surtout et directement cette portion du genre humain que Dieu avait élevé à l'ordre surnaturel de la grâce, il faut
cependant dire que l'ordre de la simple nature en tira aussi des résultats précieux et salutaires. D.- cette restauration, en effet, les citoyens isolés, et tout le corps social lui-même, reçurent un grand, un magnifique accroissement de perfection morale.
" Car aussitôt que l'ordre chrétien fut devenu un fait accompli, l'homme eut le bonheur de s'instruire, de s'accoutumer à reposer sous les ailes de la Providence, dans la douce certitude d'être toujours aidé par le Tout- Puissant. De cette confiance en Dieu naquit dans la société publique la force morale, la modération, la constance, la sérénité d'âme provenant du contentement des désirs — en un mot ce sont autant de vertus exaltées et de faits glorieux.
" Ce qui mérite surtout d'être remarqué c'est combien la famille chrétienne en retira de dignité, de stabilité, de moralité, non seulement pour elle-même mais aussi pour l'Etat en général. L,' autorité publique respecta davantage les droits de la justice et devint plus digne du respect des peuples, et plus sûre d'être promptement obéie. L'union des citoyens devint plus étroite et plus intime ; la propriété éprouva la sécurité de ses droits, car la religion chrétienne veille constamment surtout ce qui est utile au corps social. Ceci est tellement vrai que Saint Augustin dit hautement que la religion n'eût pu contribuer davantage au bien général de la société, au cas même où son Divin Fondateur n'aurait eu pour fin que de pourvoir avec plus de sûreté à ce qu'il faut pour garantir l'abondance de tout ce qui contribue au bonheur et aux besoins de la vie terrestre."
Nous affirmons que, même durant les premiers siècles de l'Eglise, la religion chrétienne ne donna point au monde, à la famille, à la société, à la civilisation, un plus grand bienfait, en réformant les lois et les coutumes regardant le mariage — que le Pape L,éon XIII ne brûle de lui donner en proclamant de nouveau par l'Église et en affirmant la nature sacrée et surnaturelle du contrat de mariage, comme il a été établi par Jésus-Christ, et en promulguant ainsi chez toutes les nations la vérité en ce qui concerne la constitution de la famille chrétienne.
Jésus-Christ " ramena l'institution du mariage à la noblesse de sa première origine, soit en condamnant les coutumes du peuple hébreu, qui faisait un abus énorme de la pluralité des femmes et de la facilité traditionelle de répudier celles-ci, ou bien par l'ordonnance divine de ne point séparer des époux que Dieu avait unis pour toujours.
" Or, qu'est-ce qui a é'é établi par l'ordonnance divine regardant le mariage, et que les apôtres, messagers apportant la loi de Dieu, nous ont communiquée en termes plus explicites et plus lucides ... à savoir : que Notre Sauveur a imprimé au mariage la dignité d'un sacrement ; qu'il a conféré aux époux ainsi unis la vigueur et la grâce du Ciel, provenant de ses propres mérites, et qui sont nécessaires pour se sanctifier dans le mariage ; que dans le mariage qui a une admirable ressemblance a l'union du Sauveur lui-même avec Son Église, Il élève à la perfection l'amour naturel des époux et cette union d'une homme avec une seule femme, laquelle de sa nature est indissoluble et que Jésus-Christ a rendue plus étroite et durable encore par les liens d'un amour tout divin. ' Maris,' dit Saint Paul aux Ephésiens, ' aimez vos femmes comme Jésus-Christ a aussi aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle afin de la sanctifier . . . Ainsi les hommes doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps . . . car jamais homme n'a haï sa propre chair ; mais il la nourrit et la chérit, comme Jésus-Christ fait de l'Église, parceque nous sommes les membres de son corps, de sa chair et de ses os. C'est pourquoi un homme abandonnera son père et sa mère et s'attachera plus étroitement à sa femme ; ils seront deux en une seule chair. Ceci est un grand sacrement, mais je parle de Jésus-Christ et de son Église.'
" Nous savons, grâce à la même authorité apostolique, que Jésus-Christ a déclaré sainte, et a ordonné de regarder comme inviolable à jamais l'unité et la perpétuelle stabilité du mariage, imposée par Dieu dès le commencement, au paradis terrestre même."
Nous omettons d'autres nobles passages de l'encyclique, touchant la dignité du mariage sous la loi nouvelle, et sur
les devoirs réciproques des époux ayant pour modèle l'amour mutuel de Jésus-Christ et de l'Eglise, et nous citerons ce que le Pontife dit des fonctions que l'Église doit toujours remplir, pour faire son devoir comme la gardienne céleste du mariage chrétien.
"Jésus-Christ donc," dit le Pape plus loin, "ayant restauré le mariage a ce degré élevé de perfection sociale et morale, et ayant recommandé à son Eglise tout ce qui regarde la législation et le règlement de cette institution sociale et divine, a laissé à l'Eglise toute l'autorité en ce qui regarde le mariage parmi les peuples chrétiens ; et l'Église a si bien rempli ce devoir de gardienne divine de cette institution, à toute époque et en tout lieu, qu'il était facile de voir que sa tâche était d'origine divine, et qu'elle cherchait toujours à l'exercer d'après la volonté de Dieu. Et la chose n'est point si douteuse qu'il nous faille en donner de nouvelles preuves.
" Sûrement," dit Léon XIII, " il n'est pas besoin de dire combien fatales sont les conséquences qui découlent du divorce dans les États-Unis. L,a loi qui le favorise rend le contrat matrimonial et ses obligations révocables ; elle anéantit ou affaiblit misérablement l'amour mutuel des époux ; elle fournit à l'infidélité conjugale des stimulants les plus formidables ; elle oppose les plus grands obstacles à la préservation et à l'éducation des enfants nés dans une telle famille ; elle pousse les époux à abandonner leur demeure ; elle sème la discorde entre les familles ; elle dégrade et anéantit la dignité de la femme, exposant les personnes du beau sexe à être abandonnées, après avoir été le jouet et la victime des passions de l'autre sexe.
" Et comme il n'existe point de force plus destructice que la corruption des mœurs, à dépouiller les familles et à faire tomber en ruine les nations les plus puissantes, par conséquent c'est bien évident combien le divorce fait mal à la prospérité au foyer domestique, commençant comme toujours dans l'immoralité populaire, et comme l'expérience nous le montre, ouvrant au public un vaste et sûr chemin à la dépravation privée et publique.
580 LÉON Xllî.
" La grandeur du mal si épouvantable qu'elle est, devient encore plus effrayante, quand on réfléchit que dans l'avenir il viendra un temps où. nulle autorité civile ne sera assez puissante pour fixer une limite à la facilité que les différents états de l'Union Américaine se seront donnée pour accorder les divorces. La force du mauvais exemple est sans bornes en pareille matière. Irrésistible est la force du mauvais exemple ; mais bien plus encore est celui de la passion effrénée. Poussés par la force de ces deux passions combinées, la rage de divorcer deviendra partout une contagion populaire, se développant avec une violence comme les flots du printemps sautant par-dessus les bords de grands fleuves et inondant au loin les plus magnifiques campagnes."
C'était là verser les flots de la lumière révélée sur le foyer domestique, et avec la vérité céleste les enseignements infaillibles de l'Église de Jésus-Christ, et mettre dans les mains des pères et mères les armes divines qui rendront nuls les efforts des impies et anti-chrétiens de nos jours. La famille est la base de la société chrétienne. Le mariage chrétien, avec ses traditions et ses institutions, c'est le fondement du monde moral. Quiconque ébranle ces bases de notre société ébranle les fondations du monde. De là le service incomparable et au-dessus de tout prix rendu au monde par le Souverain Pontife en forçant en quelque sorte ceux qui gouvernent les états, les hommes versés dans la politique, et les membres des législatures, d'étudier ce que font les auteurs des doctrines funestes et subversives pour causer celles éruptions sociales qui menacent de plonger ]e monde de nouveau dans le chaos.
Mais Léon XIII desire appliquer sa mesure si complète de réforme sociale à des maux connus et plus profonds encore. Les esprits de nos savants modernes sont bien plus malades que leurs cœurs. Une science fausse a travaillé de siècle en siècle à remplir l'intelligence européenne, et à infiltrer son poison dans l'esprit de tout homme qui pense et qui cherche la vérité. Dieu, Jésus-Christ, tout l'ordre chrétien et surnaturel avaient fait naufrage dans la foi par les
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enseignements des écoles publiques, des grandes académies et des universités. La conséquence inévitable fut que ces institutions et la société actuelle furent méprisées par leurs contemporains, et que l'irréligion devint l'unique force morale là où. la foi avait autrefois régné.
Ce fut pour porter remède à ce mal croissant toujours dans le nouveau monde comme dans l'ancien, que L,éon XIII changea complètement l'enseignement de la philosophie chrétienne parmi les catholiques, en faisant un devoir aux professeurs de remplacer les textes enseignés dans les écoles par les ouvrages de S. Thomas d'Aquin, qui devinrent ainsi le texte populaire du haut enseignement intellectuel dans l'Eglise. Ainsi les principes et la méthode de V Ajige de r École, le Pape le savait bien, seraient étudiés à fond par les écoles catholiques, qui y trouveraient sur chaque question un point de départ sûr pour leurs recherches, et pour tout esprit sérieux et ami de la vérité vraie une lumière qui ne lui manquerait jamais, et un guide qui l'empêcherait toujours de faire un seul pas hors de la voie qui conduit à la vérité.
Voilà le but que le Souverain Pontife, successeur des apôtres, se proposait en publiant l'encyclique A^ierni Patris le 4 août 1879. Cette encyclique a produit dans tout le monde catholique des fruits bénis.
Tout le monde se souviendra ici que durant les premières années du pontificat de Léon XIII, eurent lieu ces attentats funestes à la vie des souverains, ses contemporains Mais les républiques du nouveau monde ne manquèrent point d'assassins comme l'Europe, et ses plus grands royaumes. Pour nous borner à la république des États-Unis, qui de nous a pu oublier l'assassinat des Présidents Lincoln et Garfield ? Celui de Garfield ne fut séparé que de l'espace de quelques mois de la mort si tragique de l'empereur de Russie, Alexandre II. Déjà le Pape dans ses encycliques avait plus d'une fois et solennellement dit au chefs et gouverneurs des états quelle effroyable responsabilité ils assumaient par l'oppression de l' Église, en jetant le mépris sur ses
ministres, ses lois, ses institutions, en laissant se publier les plus étranges théories et sur le naturalisme, et sur le césarisme, théories que l'on affichait pour être enseignées dans les universités, pour inspirer les législateurs et magistrats.
Le Pape actuel, commeses prédécesseurs, n'a jamais pris la plume pour plaider le droit divin des rois. Mais personne n'insiste plus et avec plus d'emphase sur r origine divine dn pouvoir dans chaque état bien et légitimement établi et organisé et gouverné soit par un souverain, un législateur ou un magistrat. Dieu seul peut donner à un homme, quel qu'il soit, un légitime pouvoir sur ses frères réunis en société. Nous savons que les hommes ainsi réunis en société peuvent choisir et de fait choisissent ceux qui les gouvernent, leurs législateurs, et leurs magistrats, mais le pouvoir dont ces élus sont investis vient de Dieu seul. L'autorité qu'ils emploient et que nous respectons et obéissons consciencieusement, doit provenir de Lui qui seul est le Créateur de l'homme et l'Auteur de la société humaine. Ainsi ceux qui gouvernent sont obligés de craindre Dieu de tout cœur, s'ils veulent faire un usage légitime et saint du pouvoir qui leur a été confié. Et afin que la même crainte soit toujours présente à la conscience du citoyen, et que son obéissance ne soit pas un acte dégradant, cette crainte sanctifiera tout. C'est ainsi que les enseignements de l' Église nous forcent dé respecter la nature humaine et en ceux qui commandent à leurs frères et en ceux qui leur obéissent.
L'encyclique Diuiurniim ne parut aux Etats-Unis que deux semaines au plus après l'attentat sur la vie da Président Garfield. Mais les leçons si frappantes qu'elle donne au monde, et le noble esprit qui l'anime, firent sur les protestants une profonde et salutaire impression. Quel homme vivant pouvait parler aux nations et à ceux qui les gouvernent, avec ce ton d'autorité et de conviction qui est si naturel au Pape ?
Non moindre fut le sentiment de reconnaissance avec lequel l'encj^clique fut reçue en Allemagne, oi^i le vénérable empereur souffrait encore des blessures causées par un
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assassin ; tandis qu'en Russie, la nation étant paralysée par la mort tragique d'Alexandre, ni toute la haine contre Rome qui animait la classe gouvernante, ni l'extrême rigueur exercée par le censeur impérial ne purent empêcher l'encyclique de pénétrer dans la cour et dans les cercles administratifs, oil elle fut lue avec autant d'admiration que de reconnaissance.
En vérité les principes proclamés dans cette encyclique, comme ceux sur lesquels sont basés les grands enseignements sur le mariage, sont ceux qui forment la base même de la société humaine ; les détruire, ou les altérer, c'est convulser le monde moral.
"Pour assurer," dit le Pontife, "l'exercice d'une juste mesure dans l'action de l'autorité, il est d'une nécessité absolue que ceux qui gouvernent l'état comprennent bien que leur pouvoir n'a été donné pour le bien d'aucun individu en particulier, et que le gouvernement de l'état doit viser le bien-être de tous ses sujets, non seulement le bienêtre de ceux qui sont choisis pour gouverner.
"Que les souverains imitent en cela l'exemple que leur offre la Divine Sagesse. Qu'ils gouvernent les peuples avec justice et fidélité, et tempèrent la rigueur, quand elle est nécessaire, par l'action d'un amour paternel. Voilà pourquoi les Saintes JÊcritures leur disent hautement qu'ils rendront un jour à Dieu, Roi des rois, et Seigneur des seigneurs, un compte rigoureux, et que s'ils violent leur devoirs, ils auront à sentir les rigueurs terribles du Juge Souverain ['car le pouvoir vous a été donné par le Seigneur, et la force par le Très-Haut'], et ce Juge, Roi de l'Éternité examinera vos actes, et scrutera vos pensées et vos sentiments ; parceque étant ministres de son royaume, vous avez mal administré. Il vous apparaîtra avec une pompe terrible et soudaine, et son jugement ne sera tempéré par la miséricorde que pour ceux parmi vous qui avez été miséricordieux aussi bien que justes. ' Dieu ne montrera de faveur à personne ; Il ne craint personne ; il a créé le grand comme le petit ; il étend ses soins paternels sur tous également. Mais c'est au puissant malfaiteur que le terrible châtiment est réservé.'
" Quand de tels enseignements éclairent un état, les gens n'ont ni raison ni penchant pour favoriser la rébellion. Les souverains voient devant eux un avenir paisible et heureux. Et les citoyens n'ont qu'à jouir de la dignité commune comme de la prospérité universelle. Dans un tel état civil les citoyens sentent que tout autour d'eux est la présence de Dieu ; ils sentent parfaitement, que devant L,ui il n'y a ui homme libre, ni esclave; qu'il n'y a qu'un seul Seigneur, dont les richesses divines s'étendent sur tous ceux qui l'invoquent ; qu'eux, les citoyens se soumettent volontiers à ceux qui les gouvernent, parceque leurs souverains portent l'image de CELui, à qui servir c'est régner, ' Czii servire reg7ia?-e est.' "
Jamais de telles leçons, si remplies d'une sagesse toute céleste, et si bien adaptées aux nécessités et au'x besoins intellectuels de notre peuple américain ne sauraient être qu'acceptées avec une faveur toujours croissante, et changer les dispositions de notre peuple en faveur du Pontife Romain et de ses successeurs.
Marquée au même coin de sagesse surnaturelle est l'encyclique Hunianum Genus sur la franc-viaço7i7ierie anti-chrétienne, publiée le 14 avril, 1884. De notre côté de l'Atlantique le public non-catholique ne doit pas être déçu par les cris des vieux bigots anti-papistes élevés contre tous les actes du Pontife, vu par Ic" protestations faites de bonne foi par les maçons américains, qui s'étaient imaginés que les dénonciations de Léon XIII confondaient les maçons d'ici avec les conspirateurs anti-chrétiens du continent européen.
Le lecteur qui nous a suivi jusqu'à présent n'aura sûrement pas oublié, que les franc-maçons de la France, de la Belgique et de l'Italie s'étaient décidés de se réunir à Rome en mai 1878 pour célébrer l'apothéose de Voltaire. C'était faire triompher l'antéchrist en la ville même des Papes. Outre cela il fut résolu par ces maçons d'ériger, aussi à Rome, une statue au moine apostat Giordano Bruno, qui fut l'apôtre de l'athéisme en Italie durant le XVI*^^"'^ siècle. Cette statue fut érigée avec une grande solennité durant
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LE PAPE porte' devant LE TABLEAU DE LA TRANSFIGURATION