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JARDIN DU VATICAN ET PALAIS DU VATICAN

LA SOCIÉTÉ EN RAPPORT À l'ÉGLISE. 6oI

" Malgré tout cela il existe des gens qui croient que l'Eglise est l'ennemie de la liberté humaine. Ce préjugé nait de la notion absurde que ses auteurs ont formée de la nature de .cette liberté elle-même. Ou ils s'en forment une conception complètement fausse, ou ils étendent la sphère d'action bien au-delà des limites naturelles et légitimes, faisant croire que la liberté humaine voudrait s'étendre à bien des choses oh. l'homme ne jouit point d'elle: ceci est de toute évidence à qui veut l'examiner.

" En une autre occasion," — le Pape continue, — "et en particulier dans l'encyclique Immortale Dti, Nous Nous sommes étendu sur ce que l'on appelle les libertés modernes, distinguant en celles libertés ce qui est bien de ce qui est le contraire. Nous avons montré en même temps que ce qu'il y avait de bon en libertés était aussi ancien que la vérité ellemême et que l'Eglise était accoutumée à l'admettre et en pratique et en coutume. Quant à ce qu'il y a de nouveau dans celles libertés, ce consiste, s'il faut dire vrai, dans les reliquats peu sacrés de quelques époques pleines de troubles, et enfantés par une passion effrénée pour les révolutions, ou les innovations.

" Comme cependant il y a bien des personnes qui persistent ou prétendent dire, que celles libertés, malgré leurs imperfections, et à cause de celles mêmes imperfections, sont la gloire de leur siècle et la base nécessaire de l'édifice social contemporain, si nécessaire, en vérité, que sans elle on ne saurait concevoir aucune parfaite forme de gouvernement ; ainsi Nous avons jugé, vu le bien-public, de traiter ce sujet à part."

Il suit dans l'encyclique une définition ou plutôt une description magistrale de la liberté. Venant à traiter de la nécessité des lois ' ' comme règle de nos actions ' ' montrant aux hommes libres comment il faut faire bien, et leur disant de fuire le mal, — dit l'encyclique :

" Si l'on demande pourquoi la loi est nécessaire à l'homme, on en trouvera la première raison, comme dans sa cause première et radicale, dans notre libre arbitre lui-même,

c'est-à-dire dans la nécessité d'empêcher les actes de notre volonté de n'être pas dirigés par la lumière de la droite raison. Et rien de plus déraisonnable ne saurait se dire ou se concevoir, que de maintenir, que l'homme, parceque la nature a fait de lui un libre agent, ne doit obéir à aucune loi. Si tel était le cas, il suivrait que pour être libre, un homme devrait être indépendant de la raison elle-même. Au contraire, la vérité est, précisément parcequ'il est un libre agent, il demande à être sujet à la loi. Donc, la loi est le guide des actions humaines, conseillant l'homme de bien faire, prévoyant les récompenses qui l'attendent, et le détournant de faire le mal par la crainte du châtiment.

" Telle est la première des lois, la loi de la nature, qui est écrite sur l'âme de chaque individu, parceque c'est la droite raison elle-même, qui lui dit de faire ce qui est bien, et lui defend d^ transgresser la loi ; et cette voix imperative de notre raison humaine n'est elle-même que la voix et l'interprète d'une raison bien plus haute, à laquelle il faut bien soumettre notre liberté et notre intelligence. Et parceque la force coercitive de la loi consiste à imposer des lois ou des obligations qu'il faut remplir, elle se dépend de l'autorité, c'est à dire, du vrai pouvoir d'imposer les droits à définir aussi bien qu'à sanctioner ses actes par des récompenses ou des châtiments à ce qui est commandé.

' ' Or, il est manifeste que toutes celles choses-ci ne pourraient se dire de l'homme s'il était lui-même le législateur suprême, fixant une règle pour diriger ses propres actions.

" D'oii il suit que la loi naturelle est la loi éternelle, plantée dans les cœurs de tous les êtres doués de raison, et les inclinant vers dcbitiim action et fincni, 'vers la fin à laquelle ils sont obligés de se diriger, et vers l'acte reconnaissant Dieu comme leur Créateur et leur Souverain Bien ; ' c'est aussi la suprême raison de Dieu Créateur et Gouverneur de toutes choses.

" X celles règles de notre vie morale et celles contraintes contre le mal moral la divine bonté a ajouté des aides remarquables tous singulièrement aptes et propres à fortifier la volonté

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de l'homme et de lui donner une direction moralement bonne. De ces aides, le premier et le plus important est la vertu de la grâce divine^ laquelle en éclairant de sa lumière notre esprit, et en communiquant à la volonté une fermeté salutaire, la pousse en même temps vers le bien moral, et rend l'usage de sa liberté native plus facile et plus richement efficace. Cependant il est bien loin de la vérité de dire que l'intervention divine rend les actes de notre volonté moins libres. Car la force de la grâce agit sur le fond même intime de l'âme, et en parfait accord avec son penchant naturel, vu que cette grâce vient elle-même de l'Auteur même de l'âme et de la volonté, qui meut toutes choses conformément à leur nature. Effectivement la grâce divine, comme dit le docteur angélique, par la raison qu'elle vient du Créateur lui-même, s'adapte merveilleusement à la conservation telles qu'elles sont de la nature des choses, respectant et conservant le caractère, la force, et l'efficace de chaque partie individuelle.

"Or, ce qui a été dit de chaque individu en particulier, peut se dire d'hommes réunis en société civile. Car ce que la raison et la loi de nature opèrent dans l'individu, cela est aussi produit par la loi humaine promulguée pour le bien commun des citoyens, dans les hommes réunis en corps social.

"Des lois humaines, quelques unes ont pour objets des choses de leur propre nature, bonnes ou mauvaises ; les bonnes, nous sommes commandées de les faire ; mais les mauvaises nous sont défendues par le législateur qui ajoute une sanction conforme à la loi.

" Ces ordres, bien entendu, ne doivent pas être considérées comme dérivant leur origine du corps social ; car tout comme la société n'a pas créé la nature humaine, de même elle n'est pas le principe créateur du bien adapté à la nature humaine, ni du mal qui est contraire à la même. Ces biens et ses maux antagonistiques sont antécédents à la société humaine et doivent être rétracés jusqu'à la loi de nature, et la loi éternelle.

6o4 LÉON XIII.

"Avant de promulguer celles lois exceptionelles, le législateur devra avoir soin d'une chose, de prendre des mesures pour s'assurer l'obéissance des citoyens par dts actes qui embrassent toutes les classes des citoyens ; mesures coercitives pour les méchants, afin de les mettre, une fois pour toute, dans le bon chemin.

" D'autres préceptes du pouvoir civil n'émanent point directement et prochainement delà loi naturelle, mais ils s'en dérivent indirectement et d'une manière éloignée : celles lois déterminent plusieures matières que la loi naturelle ne règle par une provision particulière ou générale.

"Ainsi la nature ordonne à tous les citoyens de veilter pour leur part à la paix commune et à la prospérité du corps social ; mais quant à la manière dont ils doivent contribuer à celles deux choses importantes, la nature ne dit et ne prescrit rien, laissant à la sagesse humaine d'intervenir et de décider. Or, c'est bien dans celles lois-ci qui visent à régler harmonieusement la vie des citoyens que leur propre raison et leur prudence, et les actes d'une législature sage et modérée projetent, que la loi humaine, en sens propre, consiste.

" Une loi de ce caractère commande à tous la citoyens de travailler pour la fin que la société elle-même se propose. Et cette même loi, en tant quelle suit et ne se départit point des prescriptions même de la nature, engage les citoyens à bien faire, et les détourne de faire le mal.

" De là nous voyons que la Norma et règle de la liberté dépendent entièrement de la loi éternelle de Dieu, non pas seulement quand les seuls individus sont intéressés, mais quand il est question des sociétés civiles et de la société humaine en général.

"Donc, dans les sociétés régulièrement organisées, la liberté ne consiste pas à faire tout ce qui plaît à chacun, car cela ne ferait qu'engendrer trouble et confussion, se terminant par l'oppression de la communauté toute entière. Mais la liberté consiste eu ceci, que les lois civiles nous laisseraient vivre plus en conformité avec les prescriptions de la loi

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éternelle. La liberté des gouvernants ne consiste pas de pouvoir commander, sans raison et sans prudence, des actes ou des choses conformes à leur capricieuse ou criminelle volonté. Cette caprice n'aurait que de fâcheuses conséquences, en menaçant le bien-public. Mais la vertu de bonnes lois humaines doit consister en ceci, que les citoyens doivent savoir que celles lois émanent de la loi éternelle. Pour cette raison le Saint Augustin a très-bien dit : 'Au même temps je crois que vous apercevrez qu'en cette loi temporelle il n'y a rien de juste et légitime que les hommes n'ont point retiré de cette même loi éternelle. ' Si un pouvoir quelconque pouvait donc faire passer une loi contraire à celle-ci, elle n'aurait point la force d'une juste loi, et n'aurait de vertu que pour détourner les hommes du bon et du bien.

" La nature donc de la liberté humaine, en quelque sphère qu'il soit que vous la considérez, tant en la vie de l'individu qu'en société, ou bien dans les actes de ceux qui la gouvernent, et dans les actes de ceux qui doivent obéir, nous sommes dans nos raisonnements forcés d'en venir à une souveraine et éternelle raison, qui n'est autre chose que l'autorité éternelle de Dieu qui commande et défend. C'est donc la fui suprême \ers laquelle la liberté humaine doit aspirer."

L'encyclique dit alors brièvement le zèle constant avec lequel l'Église a enseigné et inculqué celles salutaires et précieuses doctrines sur la liberté. Â l'Église seule est due l'abolition de l'esclavage dans toute la chrétienté. À elle seule, après la Providence, est due, non seulement la disparition de l'esclavage de tout pays catholique, mais la fondation de la fraternité chrétienne vraie, la propagation de l'évangile et le règne de Jésus-Christ et l'extension de la civilisation partout oil nos missionnaires pouvaient porter la Croix.

Le Pape en vient à discuter les prétensions du libéralisme, et de ses disciples. "Ces disciples-là," dit le Souverain Pontife, " affirment qu'il n'y a aucun pouvoir divin dont les ordres nous forcent de régler notre vie en conformité à ses prescriptions. Chaque individu, disent les disciples, est une loi pour lui-même. De là vient cette morale qu'ils nomment

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indépendante, et qui n'est qu'une morale, qui, sous prétexte de favoriser la liberté, émancipe ses sectateurs de l'observance des commandements de Dieu , et ouvre ainsi le chemin à une licence efifrénée. ' '

L'encyclique fait mention d'une autre sorte de Libéralisnie, dont les sectateurs sont dès longtemps connus de nos lecteurs. " Non tous les libéraux," dit le Pontife, " n'acceptent pas certaines doctrines malsaines et monstrueuses de leur école, qui sont évidemment en tout contraires à la vérité, et que l'expérience prouve être la cause de maux sans nombre.

" Ce qui est certain c'est que plusieurs d'entre eux, poussés par la force de la vérité, n'hésitent pas à dire, bien plus, ils n'hésitent pas à declarer que leur liberté devient une débauche, quand elle permet ouvertement à ceux qui en usent de passer les bornes de la modération et de dire adieu à la vérité et à la justice.

" Ainsi cette liberté prétendue devrait toujours se régler et gouverner par la raison, et par conséquent, il faut qu'elle se soumet à la loi naturelle et éternelle. Ils s'arrêtent là, cependant, et disent que l'homme dans sa liberté ne devrait obéir à aucune autre loi de Dieu, sinon celle qu'il fait connaître par la lumière naturelle de la raison."

Il y a une autre classe de libêranx — hommes d'état, et politiciens, surtout — qui vont jusqu'à dire que la religion et la loi de Dieu devraient régler notre vie et la conduite des citoyens individuels ; mais qui disent hautement que l'état ne doit point se mêler de religion. Cette erreur capitale avait déjà été condamnée par le souverain Pontife dans les encycliques précédentes, surtout dans V Imniortale Dei sur la constitution chrétienne des états. Il conclut en passant en révue les différentes sortes de fausses libertés, abusées par nos hommes politiques, ou publicistes modernes ; libertés des cultes, libre parole, libre enseignement, liberté de co7iscience. Il y a un passage qui dit bien des choses sur la tolérance. Sous chaque titre la vérité et l'erreur sont lucidement expliquées.

^ Ce que Uon XIII a dit sur la constitution chrétienne des états, a reçu une confirmation bien emphatique des événements qui sont arrivés récemment en France. Le 12 novembre 1S90, le Cardinal Uvigerie, Archevêque de Carthage et d Alger, entretenait à diner l'amiral et les officiers d'un escadron français qui était à l'ancre dans la rade de cette dernière ville. Répondant à un toste qui lui était porté le cardinal dit : f > ^

"En présence d'un passé tout saignant encore et d'un avenir tout chargé de la foudre, notre suprême désir à ce moment est i^'uniox, et l'union est encore, permettez que je vous le rappelle, le premier désir de l'Église et de ses pasteurs dans tous les rangs de la hiérarchie.

; -Cette union, n'en doutez pas, ne nous demande pas a effacer le souvenir de gloires passées, ni d'abjurer ces sentiments de fidélité et de gratitude qui honorent tous les hommes. Néanmoins, quand la volonté du peuple s'est prononcée clairement, quand la forme du gouvernement amsi que Uon XIII a dernièrement déclaré, ne contient rien qui soit contraire aux principes qui font la vie des nations chrétiennes et civilisées; quand pour sauver un pays de la destruction qui le menace, une ferme adhésion à cette forme de gouvernement nous est demandée,— adhésion sans réservation mentale quelIeconque,-le temps est alors venu de dire ouvertement et enfin que l'experiment est fait et passé, et qu'il faut mettre un terme à nos divisions • il faut sacrifier tout ce que la conscience et l'honneur permettent, commandent même chaque individu de sacrifier pour le bien de notre pays.

" Voilà les leçons que je donne aux personnes qui m'entourent, et ce que je désire voir enseigner en France par notre cierge tout entier. Et en vous parlant ainsi je suis sûr qu aucune voix autorisée ne s'élèvera pour me blâmer.

"Si vous n'acceptez pas cette soumission sincère cette acceptance patriotique, rien ne saurait sauver le monde d'un grand péril social, rien ne saurait sauver la religion ellemême dont nous sommes les ministres.

"Ce serait une grande folie d'espérer de soutenir les colonnes d'un édifice, sans entrer dans l'édifice même, si ce n'était que pour empêcher ceux qui voudraient ne pas laisser une seule partie de l'édifice debout, pour accomplir leur dessein criminel. Ce serait surtout, tout simplement de la folie de se tenir à l'écart, malgré les honteux événements récemmentarrivés, donnant ainsi à nosennemis vigilants lespectacle de nos dissensions, et leur permettant de décourager le cœur français, comme avant-coureur des plus grandes calamités."

L,e Cardinal Lavigerie, comprenons le bien, en donnant à la France les conseils que lui inspiraient son rang dans l'Église et sa réputation, se proposait seulement leur dire de mettre fin à leurs divisions, et de s'unir pour arracher leur pa3^s avec ses institutions démocratiques aux sectaires anti-chrétiens qui le ruinent, — ne voulant pas approuver directement ou indirectement les oppresseurs de la France, En adoptant et en maintenant la république comme république, et en unissant les suffrages des électeurs sur les hommes les phts dignes de les représenter, ils auraient au parlement une majorité catholique, des représentants loyalement attachés à la France et à ses institutions actuelles, ils empêcheraient aussi l'extinction de la religion en France, ils empêcheraient même la graduelle extinction de la race française. Ils accompliraient encore plus : ils feraient revivre la foi énergique de la majorité, et chasseraient de leur pays toute trace de l'immoralité qui accélère dans le royaume de S. Louis le decroissement annuel de la population.

C'est-la, comprenez-le bien, la pensée du Cardinal Lavigerie, et c'est un dessein aussi sacré que patriotique, qui pouvait bien l'encourager à se moquer des préjugés et laisser passer les interprétations hostiles des adversaires.

Comme on s'y attendait, le clergé français fut divisé, ainsi que l'épiscopat, et la Presse religieuse. L'organe ofîiciel ou quasi-officiel du Vatican à Rome, garda le silence. Bientôt cependant le Saint Siégé parla, et le ton du Saint Père ne fut ni douteux, ni hésitant. L'évêque de Saint Flour s'écrivit à Léon XIII, disant quelle grave discussion

s'était élevée en France. I,e Cardinal Secrétaire d'État se hâta dissiper les doutes de l'évêque de Saint Flour.

"Votre lettre du 19 novembre," dit son eminence, "a été reçu. Vous y mentionnez les graves dissentiments qui se sont élevés dernièrement en France, concernant un sujet extrêmement sérieux. De tels dissentiments devraient d'aiitant plus être évités, qu'il est plus nécessaire de maintenir parmi les catholiques la plus grande union possible des esprits et des cœurs.

" Quant à l 'opinion et le jugement du Saint Siège Apostolique, vous pouvez aisément les concevoir, en consultant les actes qui en sont émanés. Ces actes montrent que l'Église catholiqiie, dont la mission divine embrasse tous les temps et tousles lieiix, n'a rien ni dans sa constitution, ni dans ses doctrines, qui soit contraire à aucune forme de gouvernement, puisque chacune de celles formes peuvent maintenir un état au plus haut degré de prospérité, pourvu qu'elles soient fondées sur la justice et la prudence.

' ' Cela veut dire que 1 ' Eglise, restant toujours au-dessus des formes changeantes des constitutions, des luttes et des passions des parties, considère plus et principalement l'accrois'^ment de la religion et le salut des âmes, qui sont pour elle le bien suprême, et tout son soin et son zèle doivent être donnés pour ce but-là.

" Considérant tout ceci, et imitant les traditions du passé, le Saint Siège non seulement doit respecter les autorités de chaque état (soit que cet état soit gouverné par un ou par plusieurs) , mais le Souverain Pontife contracte des relations avec ces gouvernements, leur envoie des ambassadeurs, et reçoit les leurs ; il entre, aussi, en negotiations avec eux et decide les questions embrassant les intérêts et de l'état et de l'Eglise. Accomplir ces devoirs du Souverain Pontife, qui dominent la dignité de tout magistrat purement humain, jamais ne porte dommage aux droits légitimes de personne, comme l'a si bien dit Grégoire XVI, de sainte mémoire, qui a donc suivi l'exemple de ses prédécesseurs dans la Bulle Sollicitudo d'août le 7 1831.

6lO LÉON XIII.

" Donc, que le même esprit de zèle pour la religion qui guide le Saint-Siège quand il négotie avec les états, et en traitant avec ceux qui les gouvernent, remplissant ainsi de mutuels devoirs, soit pour les fidèles une régie de conduite, non seulement pour la vie privée, mais pour la vie publique. Et pour cette raison, partout où les intérêts de la religion le demandent, et quand aucune raison, ou aucune raison spéciale, ne s'oppose à l'action du citoyen, il n'est que juste que les citoyens prennent une part active aux affaires publiques, afin que par leur soin intelligent et leur influence, les institutions et les lois soient modelées sur la justice, et que l'esprit et le pouvoir bienfaisant de la religion étendent leur action sur tout le corps politique.

" Maintenant venons," dit-il, " à ce qui regarde la France : il est très certain que ses citoyens, s'ils veulent faire au plutôt ce qu'il y a de plus salutaire pour eux-mêmes et le bien-public, si donnant l'attention la plus sérieuse à la condition en laquelle leur pav^s a été depuis si longtemps, ils entraient dans une voie, qui les mènerait plus sûrement et plus vite au but que nous avons décrit.

" L'action sage et concordante des évêques français aiderait puissament à atteindre ce but, la prudence des fidèles y contribuerait efficacement, et le temps à mesure qu'il s'avance n'aiderait pas peu. En attendant, comme il devient tous les jours plus pressant de sauvegarder les intérêts de la religion dans cette crise terrible d'une grande nation catholique, ainsi que les principes de l'ordre social, il devient nécessaire au plus haut degré que tous les catholiques de la France se tendissent la main et montrassent un zèle magnifique.

" Se servir de l'Église et les énergies des français chrétiens, pour une fin plus étroite, ou d'user leur zèle pour un but plus étroit dans des luttes de petits partisans, ne produirait aucun résultat notable ou louable. Celles luttes ne feraient que nuire sérieusement à la nation tout entière en permettant que les drapeaux de la nation fussent en quelque sorte foulés aux pieds des combattants dans une lutte ignoble, tout se passant eu contradiction des gloires passées de la France .

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Que la nation se rappelle Charlemagne et Saint Louis, dont la gloire et les exploits sont l'héritage commun de cette grande nation.

■' Pour conclure," dit le Cardinal Rampolla,." je chéris la ferme espérance, que les catholiques français, dont le zèle religieux et le patriotisme si éclatants sont tellement connus dans tous les pays civilisés, en viendront à comprendre quels sont les devoirs nouveaux qui devront remuer leurs cœurs. Jamais l'occasion ne s'offrit plus magnifique pour élever leur patriotisme au plus haut point de courage et de héroïsme religieux et patriotique. La victoire par laqueWe vous égalerez vos héroïques ancêtres devra être remportée sur ceux qui ne sont pas, la plupart, ni vos coréligionaires ni de votre sang. Réveillez- vous, unissez-vous, ef faites! ce que vous avez à faire, si vous ne voulez pas voir la France disparaître du continent européen."

Pour rendre plus clair encore l'enseignement du Saint Siège, aussi bien que le sens réel des paroles du Cardinal Lavigerie, nous donnons ici au lecteur un extrait de la lettre du Cardinal Lavigerie, communiqué dans une lettre pastorale adressée à son peuple :

"Après tout," dit-il, "je ne ferai que vous rappeler ce qui a été dit encore et encore, dans mes lettres pastorales : que le devoir et l'honneur des catholiques français exigent qu'ils ne permettent plus à la situation des catholiques français de continuer.

" Il n'y a qu'un seul moyen de faire cela, celui qui a été recommandé par le Souverain Pontife: de prendre ouvertement et avec résolution une part dans nos affaires publiques, non point comme des adversaires du gouvernement établi, mais en réclamant le droit d'exercer les privilèges de citoyens dans la république qui nous gouverne.

" Cette adhésion ne doit pas être l'acte d'hommes emportés par un sentiment quelconque, ni par un acte d'enthousiastes. Il doit être un acte de soumission, un acte dicté par la raison, et pour nous autres catholiques, un acte consciencieux, dicté par les conseils explicites du Saint Père.

6l2 LÉON XITI.

" Il est, sans doute, vrai, que les gens ont été accoutumés en France, par suite de ce fait qu'un grand nom1:)re de ces hommes qui soutiennent la répui)lique sont des sectaires sans religion, de regarder la république elle-même dans sa forme républicaine comme un gouvernement sectaire et impie. Mais, néanmoins, la forme républicaine n'a naturellement rien qui causerait qu'elle fut mauvaise et irréligieuse cette forme-là.

" Le seul gouvernement au monde de nos jours qui porte les caractères d'un gouvernement catholique, est celui d'Ecuador, le seul autre où la liberté de l'Église est parfaite, est la République des États-Unis.

* ' Une fois que vous vous aurez soumis à la république, vous devez vous servir résolument des droits qu'elle vous confère en discutant et dirigeant les affaires du pays ; et par là vous contribuerez directement à fonder un grand parti national conservateur qui seul dans une république peut rendre un gouvernement stable et inspirer ainsi la confiance qui est chose indisputable dans nos relations extérieures.

*' Ce serait un des plus déplorables spectacles dont l'histoire fasse mention, que nous fournirions au monde, si nous consentions à laisser l'univers de nous voir garder le silence, et, en apparence, rester indifférents en présence des outrages consommés ou médités contre l'Église.

"Ce serait pour nous tous, évêques, prêtres, et fidèles, une infamie éternelle, dans tous les siècles à venir, si nous ne fassions rien pour défendre la foi, si nous n'osions rien, en présence des ruines qu'on accunuile sous nos j'eux, et avant de détruire totalement l'Église en France, pour la pauvre consolation de nous être rendus indifférents ou hostiles aux aspirations de la France mourante, et de suivre aveuglément les pas des politiciens qui nous avaient ensorcelés, plusieurs desquels sont honorables, il est bien vrai, mais tous ont été impuissants pour faire le bien.

"Une fois que nous nous sommes placés sur le même niveau que nos concitoyens, nous autres catholiques aurons le même droit qu'eux, de nous associer pour défendre notre cause, au

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milieu de nous, d'abord ; et ensuite avec ceux qui veulent être les défenseurs de la justice et de la liberté.

" Je le répète, de cela dépend le salut de la France." La dernière solennelle déclaration venant de la plume de I.éon XIII au sujet de l'esclavage, c'est la lettre encyclique adressée à tous les évêques du monde catholique, fixant leur attention sur les horreurs du trafic esclavagiste dans l'Afrique centrale, et commandant qu'on fasse une collecte dans toutes les églises chaque année, le jour de l'Epiphanie, 6 janvier, en faveur des missionnaires et autres employés dans les régions équatoriales du continent noir en prêchant l'évangile et mettant un obstacle efficace à l'horrible trafic que les hommes font des humains.

"L'église catholique," dit le Pontife, "embrassant, comme elle le fait, le genre humain dans son amour maternel, n'a eu, dès le commencement, rien de plus à cœur, que de voir le joug écrasant de l'esclavage, qui pesait sur la grande majorité des hommes, levé de leurs cous, et entièrement abolis. Elle, en gardienne toujours vigilante du troupeau de son maître aussi bien que de sa doctrine, se souvint qu'il enseigna en personne et par ses apôtres, que tous les hommes sont liés ensemble par les liens de la fraternité, étant descendus d'un seul père, rachetés par le même sang divin, et appelés tous à la même béatitude éternelle. Elle entreprit donc de plaider la cause du faible, de l'esclave, plaidant pour lui comme le temps demandait, graduellement, d'une voix tempérée et pour ne point irriter les tyrans. Elle réussit, parceque la bonne ne cessa jamais de plaider pour ses enfants, avec prudence et une sagesse toute divine.

" Et le zèle de l'Église elle-même en procurant l'émancipation des esclaves ne se refroidit point dans le cours des siècles. Au contraire il devint de plus en plus ardent dans le cours des âges, à mesure que nos missionnaires avançaient la cause de l'émancipation.

" Ce zélé des missionnaires est un fait attesté par les documents les plus authentiques de l'histoire chrétienne ; cette histoire ne saurait jamais oublier ces grands apôtres de

6l4 LÉON XIII.

l'humanité, les Papes Grégoire-le-Grand, Adrien I, Alexandre III, Innocent III, Grégoire IX, Pie II, Léon X, Paul III, Urbain VIII, Benoit XIV, Pie VII, Grégoire XVI, qui travaillèrent tous si conscientieusement à l'abolition de l'esclavage, et prirent des précautions pour que l'arbre, planté par le démon, une fois coupé et à terre, ne pût plus revivre.

" Ce glorieux héritage reçu de Nos prédécesseurs ne pouvait être répudié par Nous. Nous avons donc saisis toutes les occasions de condamner publiquement et de dénoncer ce mal affreux de l'esclavage. De là vint la lettre que Nous avons écrite le 5 mai, 1888 aux évêques du Brézil sur l'esclavage, en leur addressant en même temps Nos congratulations, sur ce qui avait été fait tant en public qu'en privé pour avancer l'ceuvre de l'émancipation, et en même temps démontrant combien l'esclavage est opposé tant à la religion qu'à la dignité de la nature humaine.

" En vérité, pendant que Nous écrivions cette lettre. Notre âme fut profondément affligée par la triste condition d'êtres humains tenus en servitude par d'autres ; mais bien plus profonde fut Notre douleur en apprennant les terribles souffrances des populations d'autres contrées dans l'Afrique centrale. C'est une chose triste et horrible d'avoir seulement à penser que bien près de 400,000 hommes, sans distinction d'âge ni de sexe, chose horrible à dire ou à penser, sont enlevés de leurs villages de vive force, chargés de chaînes et chassés devant leurs capteurs à coups de lance jusqu'à un marché à esclave à l'extrémité du continent, oii ils sont mis en vente comme de simples bestiaux.

" Cette relation déplorable, donnée par des témoins oculaires, et confirmée par les explorateurs de l'Afrique équinoxiale. Nous a rempli d'un désir intense de venir au secours de cette malheureuse population, et d'alléger leur joug. Donc Nous ne perdîmes pas un instant et Nous envoyâmes Notre bien-aimé Fils le Cardinal Chaîles Martial Lavigerie, dont le zèle apostolique Nous est bien connu, aux principales villes de l'Europe, dans le but de faire connaître les

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horreurs de ce trafic en esclaves, et d'obtenir en faveur de ses victimes innombrables la sympathie active et l'aide des souverains et des citoyens.

"Nous avons, en vue de ce qui est arrivé, à remercier Jésus Christ le Rédempteur, aimant de tous les peuples, de n'avoir point permis que Notre sollicitude fut sans récompense ; grâce à Lui la semence est tombée sur un sol riche et fertile, qui promet une abondante moisson. Les gouvernements *et les catholiques de tous les pays chrétiens commencèrent à se demander comment ils devraient concentrer leurs efforts pour mettre effectivement une fin à ce trafic inhumain dans les nègres. Il n'y a pas longtemps les réprésentants des puissances européennes s'assemblèrent eu congrès à Bruxelles, et plus récemment encore une convention de gentilshommes, sans caractère diplomatique, se réunit à Paris, les deux assemblages ayant pour but de faire en sorte que la cause de la race noire sera défendue et avancée avec une énergie et une constance proportionnées aux souffrances de ces malheureux peuples. Nous profitons donc de cette occasion pour rendre Nos vives actions de grâces aux souverains européens et aux citoyens de bonne volonté, en priant avec fen^eur le Dieu Tout-Puissant de bénir leurs desseins et leurs entreprises avec une heureuse terminaison.

" Néanmoins, outre la sollicitude que Nous éprouvons à voir s'éteindre l'esclavage, il y a un autre soin important qui touche de plus près Notre ministère, c'est de faire prêcher l'évangile sur toute l'étendue du continent africain. Ainsi la vérité divine et sa lumière pouront dissiper les épaisses ténèbres qui couvrent la surface du continent, et feront partager à ces peuples l'héritage du Maître Divin. Car partout où des mœurs chrétiennes ont prévalu ; partout oil la religion a si bien élevé les hommes par l'éducation qu'ils cultivent la justice et honorent dans leurs voisins la dignité de la nature humaine ; partout oil la charité, enseignée par le Christ, est pratiquée par ses disciples ; là ni l'esclavage, ni la barbarie des manières ne saurait exister ; au contraire, là

règne la gentillesse des manières, avec la liberté chrétienne, et tous les ornements de la civilisation.

" Déjà bon nombre d'hommes apostoliques, les pionniers des soldats de Jésus-Christ, sont entrés dans ces pays-la, et ont donné non seulement leurs travaux, mais leurs vies, pour le salut de leurs frères. Mais la moisson est grande, tandis que les moissoneurs ne sont que peu nombrevix. Il est donc nécessaire que d'autres, mus par l'Esprit Divin, et ne craignant pas les dangers qui les attendent, ne redoutant pas la vie dure et les fatigues, devront entrer enfin dans les contrées oil existe ce honteux trafic humain, afin déportera la race noire la lumière de la vraie liberté et la lumière de la vérité evangélique.

' ' Enfin disons que cette grande entreprise doit être pourvue de très-puissantes ressources. Il Nous faut de grandes sommes d'argent pour que Nous puissions aider Nos missionnaires faire face aux dépenses de longs voyages, à l'érection des maisons pour Nos apôtres, à l'érection et ameublement d'églises, et autres choses indispensables; et ces dépenses, il faut bien les continuer durant plusieurs années encore, jusqu'à ce que les missions puissent se maintenir.

" Plût à Dieu que Nous eussions Nous-mêmes les moyens de faire face à toutes ces dépenses ! Mais les catholiques et leurs évêques savent bien quelle est Notre pauvreté. C'est à eux que Nous appelons, et avec la fer^-eur d'un père, parlant à ses enfants Nous vous conjurons de mettre la main à cette œuvre de charité divine."

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