CHAPITRE II
Travaux de Léon XIII, eu faveur des Hautes Études en Amérique.— L'Université Catholique de Washington fondée, confirmée et glorieusement fournissante sa carrière. — L'Université Laval à Québec, et sa Grande Succursale à Montréal. — Léon XIII fonde l'Université d'Ottawa. — Travaux incessants du Pape et des Cardinaux Gibbons et Manning en faveur des Ouvriers. — Le Jubilé Episcopal de
N lecteur stiperficiel peut être surpris de voir combien étroit est l'espace qu'occupe dans la Biographie de L,éon XIII l'histoire de l'Église aux Etats Unis. Dans un chapitre précédent nous nous bornâmes à raconter assez brièvement les actes du Concile National de Baltimore en Novembre 1884, et le projet conçu alors de fonder à Washington une grande Université Catholique.
Nous aurons encore à parler de cette grande institution et de ses heureux commencements avant de terminer ce chapitre. De l'Eglise des Etats Unis dans ses relations avec le Saint Siège durantle Pontificat actuel nous avons à dire ceci : Grâces à la parfaite liberté laissée à la Hiérarchie Américaine et par les Autorités Fédérales et celles des États de la République, de faire avancer les meilleurs intérêts de la Religion, et grâces aussi bien au zèle infatigable des Évêques, des Prêtres, et des Ordres Religieux et à la générosité inépuisable des Laïques, la Religion Catholique dans toute l'étendue de la République crût et prospéra, de manière à dépasser tout précédent, toute croyance même.
Le Souverain Pontife, des hauteurs du Vatican n'avait qu'à contempler dans la plénitude de sa joie, — la joie parfaite de son cœur de Pasteur et de Père, — la paisible croissance, les progrès triomphants d'une jeune Église, qui semblait
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à son âme tant éprouvée comme une vision du Paradis perdu en son printemps. Il n'y avait aucun besoin de negotiations pénibles et longues avec le Gouvernement de Washington. Président, Ministres, et Congrès n'avaient aucun •souci de ce que faisaient les 8i diocèses, et 5 vicariats apostoliques qui s'étendaient de l'État du Maine à 1 'Oregon et à l'Alaska, des grands Lacs du Nord jvisqu'aux Keys de la Floride et le Rio Grande. Le \^icaire de Jésus-Christ ne trouva dans ce vaste territoire de l'Union aucune autorité hostile ou jalouse pour faire obstacle à la sienne, ou pour la contrecarrer dans l'exercice plein et entier de ses divines prérogatives. Et jamais Archevêque ou Evêque ne fut gêné par l'Autorité Fédérale dans le gouvernement de son diocèse.
Non moins libre fut le Saint Siège en régissant les Églises de l'Amérique Britannique. Et les progrès de la Religion Catholique dans la Confédération Canadienne ne causa pas moins de consolation à l'âme éprouvée de Léon XIIL
Le Suprême Pasteur profita de cette bienheureuse liberté dans les deux contrées voisines pour encourager tous les efforts faits en faveur des hautes études.
L'ouverture de l'Université Catholique à Washington en Novembre 18S9, suivant les solennités de la célébration du premier centennaire de la Hiérarchie Américaine, et la célébration du premier Congrès des Catholiques aux Etats-Unis, causèrent au Saint Père tine joie ineffable. Le Délégué envoyé par le Souverain Pontife pour honorer ces solennités et réunions fut accueilli avec une cordialité sincère et par les citoyens et par les Autorités Fédérales. Le Président des Etats-Unis et ses Ministres manifestèrent leur vif intérêt dans ces solennités Catholiques en y assistant en personne.
Le Souverain Pontife, toutefois, n'attendit pas jusqu'à l'automne, pour exprimer sa sympathie et stimuler et clergé et laïqvies dans leur zèle patriotique. Dès l'ouverture du dernier printemps, au 7 Mars il adressa vin Bref à l'Archevêque de Baltimore et les Prélats, ses confrères, approuvant les prochaines solennités et réglant sur plusieurs points ce qui régardait l'Université Nationale Catholique.
"C'est pour Nous," dit le Pape, " la cause d'une très grande joie de voir le zèle que vous manifestez en encourageant la piété de vos Catholiques, et en faisant provision pour les nombreuses nécessités de vos diocèses, et surtout dans le soin que vous prenez pour vous procurer les moyens de donner et à votre jeune clergé et vos étudiants laïques une bonne éducation, et en leur faisant enseigner les principes de toute connaissance divine et humaine, en concordance avec la Règle de Foi. Pour cette raison Nous eûmes grand plaisir de lire la lettre commune que vous Nous avez écrite à la fin de l'année dernière, dans laquelle, parlant de l'Université de Washington, vous dîtes que l'ouvrage entrepris est tellement avancé que tout est prêt pour ouvrir le cours de Théologie. De plus Nous avons reçu du Recteur, Notre vénérable frère, John Keane, Evoque d'Iassa, les nouvelles que vous avez envoyés à Nous les Statuts et Règles, que vous soumettez à Notre autorité et jugement.
" Et parlant de tout ce qui s'est passé, Nous croyons digne de toute louange la pensée qui vous porta à célébrer la centennaire de votre Hiérarchie en fotidant dans l'Établissement de votre Université un monument durable de cet événement si heureux.
"Donc pour remplir vos justes désirs. Nous avons soumis à l'examen de quelques Cardinaux, membres delà Congrégation de Propagande, les Statuts et les Règles que vous avez désignés, et qu'ils nous soumettront pour Notre approbation finale. Or ils ont tout soumis à Nous, et Nous sommes très heureux de remplir vos désirs et d'approuver par ces présentes les Statuts et les Règles de votre Université et par Notre Autorité de conférer à la même les droits qui appartiennent à une véritable et légitime Université.
"Nous accordons donc à votre École de Hautes Études {Acadeviicc l^is/nr), le pouvoir d'élever aux dégrés Académiques ceux de vos élèves dont le savoir, après les examens prescrits, sera jugé satisfaisant ; — et de la même manière d'accorder le degré Docteur soit en Philosophie, soit en Théoogie, aussi bien qu'en Droit Canonique et les autres Sciences
où l'on a coutume de donner cette distinction, quand le temps viendra dans le cours des années pour ouvrir de tels cours.
" C'est Notre volonté, que vous, Fils Bien-aimé, et vous, "\'énérables Frères, devez surveiller avec grand soin le système le plus propre pour les Hautes Études, et l'enseignement donné aux élèves dans votre Université, soit que vous fassiez cela vous mêmes, ou que vous le fassiez par des prélats choisis par vous et que vous chargerez de ce soin.
" Mais comme la Ville de Baltimore tient le premier rang parmi les villes épiscopales des Etats-Unis, nous accordons à l'Archevêque de Baltimore le pouvoir et l'autorité de Modérateur ou Chancelier de votre Université.
" Xous désirons, de plus, que le système ou plan d'études à suivre dans l'Université, surtout celles de Philosophie et Théologie, soient soumis au Saint Siège pour Notre informa tion, afin que son approbation les ratifie et les confirme, et que l'enseignement donné à l'Université en chaque département soit tellement réglé que les jeunes clercs et laïcs auront le moyen de satisfaire pleinement leur noble ambition d'étudier les sciences.
" Parmi ces cours scientifiques. Nous désirons qu'une école de Loi Pontificale et de Uois Publiques de l'Église soit établie, car Nous savons qu'une telle école a une grande et spéciale importance de nos jours.
" Nous vous exhortons tous, sans faire violence à qui que ce soit, d'affilier à l'Université Catholique, vos séminaires, vos collèges, et vos établissements catholiques d'éducation, ainsi qu'il est prescrit dans les Statuts. Afin que des fruits plus abondants soient récueillis de l'enseignement si varié de l'Université, il est Notre désir de voir admettre surtout aux cours de Philosophie et Théologie, non-seulement les jeunes gens qui ont terminé leurs cours dans vos collèges, en conformité aux prescriptions du Troisième Concile Plenier de Baltimore, mais ceux qui sont près de commencer l'étude de ces sciences.
*' Considérant cependant que cette Université devra faire à votre pays un immense honneur, mais qu'elle doit de pins répandre au loin les bienfaits abondants et salutaires d'une éducation parfaitement saine et aussi d'une grande piété, Nous avons droit d'espérer que les Fidèles en Amérique, magnanimes comme ils sont, mettront tant de libéralité à promouvoir cette œuvre extraordinaire, que les prochains résnltats ne tromperont point vos espérances.
"Nous donc, ayant établi par cette I,ettre l'Université de Washington, défendons de prendre en main la création d'une autre institution de la même nature sans consulter auparavant le Saint Siège Apostolique.
"Ce que Nous déclarons et décrétons dans cette Lettre doit être pour vous une preuve évidente de Notre zèle et de Notre sollicitude pour l'accroissement journalier et la prospérité de la religion Catholique en votre pays.
" Enfin, Nousimplorons le Dieu de toute bonté, de ([ui nous viennent tous les dons meilleurs et les dons plus parfaits, de couronner vos entieprispar le plus heureux succès, et lapins joyeuse terminaison ; et pour que cet accomplissement parfait ne vous manque point, Nous vous accordons très-affectueusement en Notre Seigneur, comme gige de Notre amour le plus sincère, la Bénédiction Apostolique ; à vous, Bienaimé Fils, à vous. Vénérables Frères, et à tout votre clergé et à votre peuple fidèle, comme témoin de toutes les Grâces Célestes .
" Donnée à Rome, à St. Pierre, le 7 Mars, Fête de St. Thomas d'Aquin, en l'année 1889, de notre Pontificat la douzième. ' '
La cause de l'éducation universitaire en Canada, comme les documents Pontificaux suivants démontrent, fut à Léoia XIII un sujet du plus profond intérêt. Le premier régarde la Succursale de l'Université Laval, à Montréal.
" Depuis assez longtemps" — le Bref commence ainsi, — " l'attention et la sollicitude des Pontifes Romains se sont portées sur cette partie du Canada, connue par la désignation de Canada Français ou Bas-Canada, — dans le dessein de faire
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le progrès de la religion Catholique en cette partie de la province, un moyen d'avancer la prospérité privée et le bien publique. En vérité, dès que l'avènement dans la Colonie de plussieurs corps d'émigrés de races difierentes semblait amener de plus larges éléments de prospérité, le Pape Clément X, songea à établir le siège episcopal de Québec, qui est maintenant considéré comme la mère des diocèses qui doivent leur origine aux colonistes français dans l'Amérique du Nord. Le Pape Pie VII en 1819 donna au siège de Québec le rang de Métropolitain, et Québec acquit sa jurisdiction métropolitaine, quand, 25 ans plus tard, Grégoire XVI créa la province ecclésiastique de Québec.
" Nous avons aussi porté Notre sollicitude sur cette province, et Nous avons cni qu'il était de l'intérêt de la religion de diviser cette province en deux. Et dans le cours des années nous donnâmes à Ville Marie, ou Montréal, la dignité Archiépiscopale avec tous les droits de Métropolitain ^ et lui assigna des évêches suffragants, ainsi qu'il convenait.
" Mais le soin si prévoyant du Siège Apostolique ne se contenta pas de cela pour ce pays si intéressant. Quand le temps lui fournit l'occasion favorable, le Saint Siège se mit à prendre des mesures pour donner à la jeunesse Canadienne la plus haute éducation. Donc Notre illustre prédecesseiar. Pie IX, à la prière des Evêquesde la province de Québec, prit avec grand plaisir des mesures pour fonder une Université dans la ville de Québec. Et là-dessus. Pie IX, par ses Lettres Apostoliques du 15 Mai 1876, il conféra tous les droits et privilèges d'une Université Catholique au Séminaire de Québec. Il assigna le Cardinal Siméoni, Préfet de la Propagande comme Protecteur de l'Université, et l'Archevêque, Mgr. Signay, de Québec, comme Chancelier. Dans cette même Bulle, il autorisait l'Université, qu'il avait appelée justement V Université Laval , en honneur du vénérable François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, et fondateur du séminaire.
' ' Les évêques de la province furent exhortés d'afi&lier leurs séminaires et collèges à l'Université, et à ces mêmes évêques
il fut ordonné de veiller soigneusement à ce qu'il ne pénétra rien de contraire à la foi ou saine doctrine dans l'enseignement de l'Université, à ce qu'il ne parut jamais rien dans la discipline de contraire aux bonnes mœurs.
" Dans cette même année (1876) afin que les bénéfices d'une éducation saine s'étendit aussi loin que possible dans la province de Québec, et pour honorer autant que possible l'illustre ville de Montréal, il plut à la Propagande, et sa détermination fut approuvée par Notre Prédécesseur, que l'on ouvrit dans cette ville des cours universitaires, et qu'une Succursale de l'Université Laval y fut établie.
" Il fut alors décrété d'enseigner dans cette Succursale les arts et les sciences enseignées aux élèves de la Grande École de Québec. Ces écoles de Montréal toutefois doivent être sous le contrôle du Conseil Universitaire, qui a le gouvernement et le contrôle de l'Université Laval, et que la Succursale de Montréal serait sujet aussi bien au soin toujours vigilant des évêques du Bas Canada, présidés par l'Archevêque de Québec. En dernier lieu Nous avons nommé l'Archevêque de Montréal comme Vice-Chancelier de la Succursale. De cet arrangement est résulté peur la jeunesse Canadienne un bien plus grand avancement dans l'instruction. Les chaires de leurs Professeurs sont remplies par les hommes les plus distingués, élèves sur les bancs du Collège Romain (nommé l'Université Grégorienne pour son fondateur, Grégoire XIII), de Notre Séminaire Romain, de Notre Collège Urbain, et grâces à leur coopération les sciences sont cultivées avec un parfait succès. Mais ainsi qu'il arrive dans toutes les institutions, la diversité des intérêts a donné lieu à certains conflits et dissentiment. De là viendrait bientôt, si le Saint Siège n'y mettait fin, un danger sérieux, qui ferait craindre pour la durée de cette école. Car un bon nombre de Canadiens conçurent le dessein d'avoir des Académies indépendantes (ou des écoles de hautes sciences), pendant que les élèves distraits de la poursuite des études actuelles s'occuperaient à discuter des opinions partisanes.
" Malgré les discussions verboses ainsi suscitées, Nous sommes heureux d'apprendre que l'Université Laval à Québec est toujours florissante, et jouit d'une grande prospérité ; tandis que les Ecoles de la Succursale de Montréal sont si bien organisées que rien n'y manque pour un cours complet d'instruction en théologie, loi, medicine et les arts.
" Cet état de choses Nous autorise donc à offrir Nos plus vives félicitations à Nos vénérables Frères les Archevêques et Évêques dxi Bas-Canada et aux autres Prêtres et Laïques qui ont contribué par leurs travaux et leur argent à la création et à la fourniture d'une œuvre si noble et si utile, aussi bien qu'à ceux qui, obéissant au Saint Siège, ont affilié à l'Université et les Séminaires et les Collèges de l'une et l'autre province. Car cela contribue a fonder u:i système d'éducation identique, et resserre les liens qui mussent ensemble tous les Canadiens.
" Toutefois, comme Nous devons désirer extrêmement de voir croître de jour en jour cette union des âmes ; et que Nous avons un désir si fervent de voir durer et prospérer de plus en plus cette Université qui a tant de force et d'efficacité pour créer une telle union des âmes. Nous, pardessus toutes choses, Nous exhortons lesEvêques du Canada Françaisde faire paraître ce zèle pastoral qui les distingue à un si haut point, d'assister par leurs soins vigilants l'Archevêque de Québec, faisant en sorte que rien qui puisse nuire à l 'intégrité de Notre Sainte Foi ou aux bonnes mœurs, ne puisse s'introduire en cette demeure si honorée des sciences — l'Université Laval.
" De plus, tout ce qui a été fait, décidé, ou décrété concernant l'Université Laval, par le Saint Siège ou son Autorité, Nous le confirmons et ratifions par les présentes, et Nous déclarons en particulier, que cette Université seule Nous la déclarons être regardée par Nous être l'Université Catholique du Bas-Canada, suffisament pourvu et équipée de tous les moyens nécessaires et adaptés à l'éducation propre et parfaite de la jeunesse; et Nous ne permettrons à aucune autre Université Catholique d'exister en ce pays là avec pouvoir de conférer des dégrées Académiques.
" Quant à l'Université Succursale de Montréal Nous voulons qu'elle soit préservée comme le siège secondaire de l'Université Laval, et qu'elle soit regardée comme l'Université Laval elle-même, remplissant l'office d'enseigner à Montréal. L,e pro-recteur de cette Succursale sera choisi par les Hvêques de la Province de Montréal, et présenté par eux au Conseil de l'Université, qui ne pourra le rejeter que pour des raisons approuvées par les dits Êvêques.
" Le Conseil de l'Université Laval exercera sa jurisdiction — et chez lui à Québec, et dans cellede Montréal, selon le pouvoir que la Charte Royale lui confère. Mais afin de mieux assurer la paix et la concorde entre le Conseil et ceux qui administrent la Succursale de Montréal, Nous décrétons les dispositions suivantes, que Nous espérons que le Conseil voudra bien suivre dans un esprit de dévotion au Saint Siège Apostolique.
' ' Dans la Succursale de Montréal les Professeurs et Doyens de Facultés seront élus en conformité à la manière de procéder maintenant en usage dans chacune des Facultés, et seront acceptés par le dit Conseil, à moins que l'Archevêque de Montréal n'y fasse objection. Mais quand ces mêmes élus ont été acceptés ils peuvent être rejetés par le Conseil, pourvu toujours que le dit Archevêque approuve les raisons qu'on a eues de les rejeter.
" Dans le Faculté des Arts, embrassant les Lettres, les Sciences Naturelles et les branches appliquées à l'instruction dans les cours industriels, qu'il y ait droit et pouvoir d'élire des professeurs d'entre les membres du clergé tant régulier que séculier, ou parmi les laïques conformément à l'usage en vogue ou à la nécessité.
" En préparant les listes des matières nommés Programmes, donnant les matières et procédés suivis dans les Examens tenus pour les dégrés de Bacheliers aux Arts, Nous croyons qu'il vaut mieux d'observer la méthode présente et la coutume actuelle, à savoir que ces Programmes devront être suivis à Montréal avec le consentement des Directeurs des collèges affiliés. C'est en conformité avec cette coutume
que ces Programmes ne seront altérés qu'avec le consentement des représentants de ces mêmes collèges, ou de ceux qui sont délégués par eux. La préparation des autres Programmes ou Papiers d'Examen est laissée au soin des Docteurs en chaque Faculté, soit à Québec ou à Montréal, en conformité avec les règles mentionnées dans les Statuts, et ces Programmes ne seront point altérés sans le consentement des Docteurs et des Facultés diverses, ou des personnes autorisées pour les représenter.
" Cependant, comme il existe à Montréal le Collège de Ste. Marie, dirigé par les Membres de la Compagnie de Jésus, et qui se distingue par le grand soin qu'il donne à son enseignement ainsi que par le grand nombre de ses élèves, nous accordons avec plaisir, afin de ne point déroger des anciens privilèges accordés à la Compagnie par le Saint Siège, que les Jésuites eux-mêmes examinent leurs propres élèves, et accordent à ceux qu'ils croient dignes des certificats écrits attestant que les porteurs méritent les mêmes dégrés accordés par l'Université Laval dans les Collèges affiliés.
' ' Les Évêques des Provinces de Québec et de Montréal se réuniront une fois l'an pour s'informer de l'Enseignement et delà Discipline Universitaire; et ils décréteront d'un commun accord les règlements demandés par les nécessités du temps.
" En vérité Nous avons confiance dans leur prudence d'arracher par la racine les germes de discorde qu'ils verront paraître à la surface, afin que l'Université acquiert de jour en jour une plus éclatante rénommée.
" Encore une fois comme dès le commencement celle institution a été protégée par la puissante autorité et protection de la Reine d'Angleterre, ainsi dans l'avenir. Nous espérons, l'appui royal ne lui manquera jamais. Nous avons aussi confiance que l'Université jouira toujours de la faveur et de l'amitié des hommes illustres qui gouvernent la Fédération Canadienne ainsi que la Province de Québec.
" Surtout Nous sommes assurés que les Catholiques du Canada, renonçant à toutes les causes de dissension, réuniront leurs efforts et travailleront à faire de cette Université
un monument qui durera à jamais, croissant tous les jours en fjrospérité et grandeur."
ly'autre Bref important fait le premier pas afin de créer une Université Catholique dans la Ville d'Ottawa :
" Comme le Siège Apostolique a toujours consacré ses plus grands soins et son zèle le plus éclairé à protéger la Foi et l'éducation morale de ses sujets, de même ses Pontifes ont dévoué leur vigilance la plus éclairée à trouver des Institutions oil la jeunesse Catholiqvie serait si bien élevée, l'intelligence et le cœur si bien formés, qu'elle travaillerait à avancer le bien-être de tout le corps social ; et le Saint Siège n'a point manqué quand l'occasion et le bonheur des temps permettaientd'useret son autorité etses ressources pécuniaires, à rehausser la dignité de ces Institutions et de promouvoir leur prospérité et leur stabilité.
" Voilà pourquoi Nous avons appris avec un grand plaisir, que même en 1848, il existait dans la Ville d'Ottawa un Collège consacré à l'éducation de la jeunesse Canadienne, fondé par feu l'illustre Eugène Guignes, Prêtre de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, et premier Évêque d'Ottawa ; que ce Collège a joué d'une grande prospérité ; les bâtisses ont été agrandies ; une belle bibliothèque y a été ajoutée et remplie d'ouvrages extrêmement utiles et des plus récents et admirés ; et le Collège est dé venu VAbua Mater d'un grand concours d'élèves attirés de près et de loin par la réputation de maîtres accomplis et dévoués ; enfin ce Collège a été élevé par la législature locale en 1866 au rang d'une Université provinciale avec tous les droits et privilèges ordinaires.
"Telle fut la condition riante et prospère du Collège d'Ottawa quand on déposa aux pieds du Souverain Pontife une pétition demandant pour ce Collège le rang et les privilèges d'une Université Catholique.
" Nous avons cru qu'une telle pétition devait être accordée sans difficulté. Nous savions quels avantages proviendraient d'une Université à Ottawa, maintenant la capitale du Canada, située dans une position favorable et centrale
très accessible aux voj^ageurs et tirant un grand éclat des hommes illustres qui composent le Gouvernement, la Legislature, les Conseils de la Confédération, et administrent le Gouvernement.
" Nous savons aussi avec quel zèle nos bien-aimés fils, les Oblats de Marie Immaculée se dévouent à l'éducation de la jeunesse, consacrant avec joie leurs travaux et leurs ressources pécuniaires à cette glorieuse œuvre : avec quelle ardeur les Supérieurs de cette même Congrégation des Oblats de Marie Immaculée ont toujours chéri parmi les leurs le sentiment d'obéissance au Saint Siège, et de soumission envers leurs Êvêques respectifs ; comme ils ont employé les hommes les plus cultivés de leur Congrégation pour enseigner dans le Collège de cette Ville d'Ottawa, plusieurs de ces Professeurs ayant déjà conquis le degré de Docteur dans Notre Université Grégorienne (le Collège des Jésuites à Rome) de la Compagnie de Jésus.
" Puis ces mêmes Supérieurs n'ont pas manqué de faire en sorte que leurs Professeurs enseignassent la Philosophie et la Théologie d'après les principes et la Méthode de Saint Thomas d'Aquin. De là il est arrivé, ainsi que Nous sommes bien informés, que parmi les élèves de tels Professeurs du Collège d'Ottawa, plusieurs hommes illustres sont sortis qui ont gagné à leurs maîtres et grand respect et grand renom.
"Après avoir dûment considéré tous ces faits et cédant aux prières de Notre Vénérable Frère, Joseph Thomas Duhamel, Archevêque d'Ottawa, cédant aussi aux prières du Supérieur Général et Membres de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée et d'autres citoyens distingués d'Ottawa, par ce Bref, à la plus grande gloire de Dieu et pour l'aggrandissement de la Religion Catholique, ainsi que pour la gloire et le bien-être du Domaine du Canada, le Collège d'Ottawa fondé pour l'éducation de la jeunesse Catholique par la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, l'enseignement et le gouvernement duquel sont confiés aux prêtres de cette Congrégation, sujets à l'autorité de ce Saint Siège et à celle de l'Archevêqtie d'Ottawa, est élevé par
Nous au rang d'une Université Catholique, et à cette même Université nous accordons le pouvoir de conférer le degré de Docteur et les autres dégrés académiques en chaque département Universitaire, ainsi que l'on a coutume d'en conférer selon les statuts et lois des Universités.
" Kn tant cependant, qu'il est d'une grande importance pour l'Université, pour son bien-être et sa réputation d'avoir un code de lois convenables, faites avec prudence, et parfaitement adaptées au besoin et bon gouvernement d'une telle Institution, Nous voulons et décrétons que les statuts et lois communes de cette Université seront aussitôt que possible envoyées à ce Saint Siège, afin qu'après mûr examen elles reçoivent de Notre approbation une force additionelle.
" C'est encore Notre volonté que Notre Vénérable Frère, l'Archevêque d'Ottawa, et ses successeurs, remplissent l'office de Chancelier pour cette Université; et que le même Archevêque et ses successeurs, avec les Êvêques des provinces d'Ottawa et Toronto qui affilieront leurs Séminaires, Collèges et autres semblables établissements à la dite Université, seront chargés d'y surveiller l'enseignement d'une saine et solide doctrine.
" Déplus, Nous accordons à cette Université le pouvoir accordé à l'Université de Québec de recevoir parmi ses élèves qui ont reçu leur première éducation dans les Séminaires, Collèges et autres Ecoles des Provinces ecclésiastiques d'Ottawa et de Toronto exclusivement, et de conférer sur de tels élèves les mêmes faveurs que celles accordées aux élèves de la Haute École des Études d'Ottawa."
sollicitude paternelle pour la cause de l'irlande.
U'envoi en Irlande de Monseigneur Persico en 1887, fut bien certainement destiné par le Saint Père comme une preuve bien signalée de sa sympathie pour la cause nationale Irlandaise. Son désir, en particulier, était qu'aucune activité criminelle et condamnée par les lois ne fût mise en œuvre
par les Nationalistes, rendant ainsi la cause de l'Irlande odieuse aux yeux du monde civilisé. Ce fut un motif semblable qu'inspira le Saint Siège, durant la Rébellion de 1641, d'envoyer en Irlande le Nonce Rinuccini. Ecoutons Léon XIII :—
" Nous avons souvent de la suprême élévation de Notre Ofi&ce Pontifical porté Nos soins et Nos pensées sur vos concitoyens Catholiques. Notre affection pour vous a été plus d'une fois manifestée dans Nos lettres déjà publiées, de la lecture desquelles vous verrez clairement l'amour que Nous portons à l'Irlande.
' ' Outre les mesures prévoyantes prises par Notre Congrégation de Propagande pendant les deux dernières années et autorisées par Nous, il y a dans Nos lettres écrites à Notre Vénérable Frère, le Cardinal McCabe, Archevêque de Dublin, grande manifestation de cette disposition. Et cette même affection est aussi manifestée dans un discours adressé par Nous à une délégation nombreuse de Catholiques Irlandais, qui étaient venus ici pour Nous féliciter et Nous exprimer leurs vœux pour Notre santé et Notre bien-être, ainsi que pour Nous remercier de l'affection montrée par Nous pour les Irlandais. De plus, durant ces derniers mois, quand il fut décidé d'ériger en cette bonne Ville de Rome une Église en honneur de Saint Patrice, le grand Apôtre de l'Irlande, Nous avons non seulement cordialement encouragé ce projet ; mais Nous ferons dans l'avenir Notre possible pour le réaliser.
" En même temps, laissez Nous dire, que d'un côté Nous ne cessons point de chérir cette même affection paternelle, de l'autre Nous ne pouvons cacher la peine profonde causée par les nouvelles qui Nous viennent d' Irlande d'occurrences d'une sérieuse gravité. Nous apprenons que l'opinion publique a été gravement émue par le Décret de la Congrégation de de l'Inquisition, défendant comme illicites les moyens adaptés en divers lieux pour lutter contre vos ennemis du parti antinational, et désignés par les noms de " Plan of Campaign " et de " Boj^cotting." Ce qui est encore plus déplorable, est
le fait qu'un nombre de personnages se trouvent qui assemblent les gens dans des convocations turbulentes ; qu'en ces assemblées on met sur le tapis des opinions imprudentes et dangereuses, et que l'autorité du Décret même de l' Inquisition est attaquée, et le sens de ce Décret est faussement interprêté et perverti. Même l'on va jusqu'à dire que personne n'est obligée à lui obéir, — comme s'il n'était pas le devoir essentiel de l'Église de juger ce qui est bien ou mal dans les actes humains. La conduite de tels agitateurs c'est de départir de la règle que se donnent des hommes Chrétiens dont les vertus caractéristiques sont de modérer sa conduite, d'être modestes, et d'obéir à l'autorité légitime. Et nous ne devons point, ce qui plus est, en tâchant de gagner une bonne cause, paraître en aucune manière essayer d'accomplir par des procédés tumultueux des objets qui en soi sont loin d'être légitimes.
" Ces circonstances sont d'autant plus sérieuses que Nous avons mis la plus grande diligence à considérer les choses sous tous leurs aspects, de manière à obtenir une entière et parfaite connaissance des affaires de l'Irlande et des bases sur lesquelles votre peuple appuie ses réclamations. Nous avons des informations qui justifient nos opinions. Nous vous avons interrogés vous-mêmes face à face ; et de plus Nous vous avons envoyé l'année dernière, comme Notre Délégué un homme d'un mérite approuvé et d'un grave caractère, qui était chargé de faire une investigation sérieuse de toutes vos plaintes et vos griefs, d'y mettre la plus parfaite diligence, et de nous faire la plus fidèle relation de ce qu'il a trouvé.
" Pour cette même sollicitude le peuple Irlandais a pris la peine de manifester sa reconnaissance envers Nous. N'estce pas donc témérité de dire, comme certaines personnes le font, que Nous avons jugé solenellement là où Nous n'avions point connaissance acquise, surtout quand on sait, que les choses ainsi condamnées l'ont été aussi par des hommes non déclarés partisans dans votre lutte nationale, et qui regardent les choses d'un œil plus calme.
" De plus, on ne Nous traite pas avec justice dans la supposition que Nous ne sentons aucun intérêt réel dans la cause de l'Irlande, et que la condition si misérable de son peuple ne Nous cause pas de peine. Il n'y a rien que Nous désirons tellement, que la tranquillité soit rétablie en ce pays avec toute la prospérité si longtemps et justement méritée par eux. Cette terre a bien droit au repos. Nous ne leur avons jamais dénié le droit de soupirer après les améliorations connues et si légitimes dans leur condition. Mais d'un autre côté devons Nous souffrir que dans cette lutte sans fin pour l'amélioration, ils ouvrent un vaste champ pour des délits criminels ? Car par le fait seul que l'on fait appel aux mauvaises passions de la convoitise, et aux passions contraires des factions politiques, la cause de l'Irlande deviendrait un étrange mélange du droit, et d'affreuse injustice. Ceci a été Notre but toujours de détourner les Catholiques de mal faire en quoi que ce soit, de tout acte condamné par la moralité Chrétienne.
" Voilà pourquoi Nous avons donné des conseils si salutaires et si bien demandés par le temps au peuple Irlandais, en leur conseillant de ne point oublier leurs obligations comme Catholiques et de jamais songer à faire ce qui est contraire au droit naturel ou défendu par la Loi de Dieu.
"Le Décret de la Congrégation de l'Inquisition ne pouvait être une chose pour laquelle les Irlandais ne devaient être nullement préparés : d'autant plus que vous, Nos Vénérables Frères, tandis que vous étiez réunis à Dublin, en 1881, dites à votre Clergé et aux fidèles d'être en garde contre toutes choses comme celles-ci, tout ce qui est contraire à l'ordre publique et à la charité, ne point refuser de payer aux autres ce qui leur est justement dû — les outrages contre la personne ou la propriété d' autrui, de résister avec violence aux lois, ou aux personnes qui remplissent un office publique, défendu de former des associations clandestines, et toutes telles associations. Ces ordres émanés de vous, fondés sur la justice, et émanés en temps opportun, ont mérité Notre louange et Notre sanction.
" Néanmoins quand Nous voyons que votre peuple est emporté dans la mauvaise direction par l'ancienne ardeur pour la convoitise, et comme il ne manquait pas de mauvais conseillers, pour enflammer leurs passions. Nous vîmes clairement la nécessité de quelleque chose de plus définie dans la nature d'un précepte, plus que les directions générales regardant la justice et la charité que Nous avions déjà données. Notre devoir ne pouvait souffrir que tant de Catholiques, dont le salut doit nous être à cœur, poursuivent les sentiers glissants qui ne pouvaient se terminer que dans la Révolution plutôt que de soulager les souffrances populaires.
' ' Il faut donc que les choses se voient dans la lumière de la vérité. L'Irlande doit voir dans Notre Décret l'affection d'un Père qui l'aime, et qui désire sa prospérité, pour cette raison, que rien ne nuit autant à une cause quelleconque, quelque juste qu'elle puisse être en soi, que de mettre à son avancement la violence et l'injustice."
Il est indubitable que l'on a fait peser une énorme et constante pressure morale sur la conscience du Pontife déjà surchargée pour obtenir de lui quelleque franche déclaration condamnant le parti National Irlandais. Mais malgré l'interprétation donnée au Bref sur le Plan de Catnpagne, et la pratique de boycotting par les Irlandais par trop sensibles, tous Irlandais sérieux, après avoir examiné ces documents avec un esprit calme, ainsi que l'interprétation authentique que leur donne le Pape lui-même, acquitter Léon XIII de l'accusation portée contre lui par des extrémistes, de favoriser l'Angleterre tout en condamnant l'Irlande."
ZÈLE ÉCLAIRÉ ET CONSTANT DE LÉON XIII DANS LA CAUSE DES CLASSES OUVRIÈRES.
Comme nous avons déjà vu, une des grandes préoccupations dvi Saint Père dès les premiers jours de son Pontificat, avait été de créer une grande sympathie, de ranimer la charité et le zèle des riches, des classes bien élevées et jouissant de la faveur publique, dans tous les pays, envers les ouvriers. Durant son long Êpiscopat à Pérouse il fut en
toute vérité le Père et Protecteur des pauvres ouvriers. Il n'omit rien de ce que le plus zélé et dévoué des pasteurs pouvait faire ou imaginer pour le bien intellectuel, moral, et matériel de la condition du pauvre ouvrier.
Parmi les premières exhortations qu'il publia après son élévation au siège episcopal, furent des chaleureuses louanges qu'il adressa aux Sociétés Belges et Françaises organisées en faveur des pauvres ouvriers.
Dans son Encyclique sur le Socialisme, le Pape recommanda comme un puissant moj'en d'améliorer le sort du pauvre ouvrier, de sanctifier sa maison, d'obtenir l'éducation Chrétienne de ses enfants, et pour le protéger lui même éfificacement contre les attaques de la maladie, et contre la pauvreté dans la vieillesse, la restauration dans tout pays Catholique des sociétés ouvrières du moyen âge, mais organisées dans leurs lois et règlements aux circonstances des temps modernes.
Les conseils du Souverain Pontife donnèrent un merveilleux élan en France, en Belgique, et en Allemagne aux sociétés ouvrières comme le Pape les avait désignées. Un autre moyen plus efficace encore que ces sociétés Chrétiennes serait, au jugement de Léon XIII, le Tiers Ordre de Saint François, aussi modifié pour pouvoir faire face aux besoins de la vie sociale moderne, et admettant comme ses membres, ainsi qu'il faisait du vivant du Saint Fondateur, hommes et femmes de tous les rangs, de toutes les classes et professions.
Les écrits de Léon XIII sur ce sujet sont si pleins d'instructions, qu'ils ne sauraient qu'être admirés de tous ceux qui cherchent un remède efficace pour les maux de notre société moderne. Il n'y a pas longtemps les Protestants de nos villes Américaines furent étonnés de voir paraître dans les chaires de leurs églises un prédicateur habillé comme un Moine Bénédictin, et s'appellant Moine, quoiqu'il n'avait jamais été Catholique, et jamais il n'avait été en communion avec un Evêque Catholique ou avec le Saint Siège.
Il paraissait être de bonne foi, prêchait un curieux mélange de doctrines à moitié Protestantes, invoquant même le témoignage des miracles pour sanctionner son étrange Credo et sa conduite erratique.
Néanmoins des hommes sérieux — des hommes d 'affaires d'un grand sens pratique, et des hommes bien élevés d'une rare intelligence — écoutèrent avec une vive curiosité, et une admiration à moitié incrédule cette production sporadique du Protestantisme monastique, ce Father Ignatius, qui était une protestation vivante du besoin de la vie spirituelle désirée par Elie, Saint Jean- Baptiste, par Saint Antoine et Saint Athanase, Saint Benoît, Saint Dominique, et Saint François d'Assise.
Que les hommes de notre siècle écoutent bien ce que L,éon XIII dit de dernier Saint, si angélique, le grand réformateur social du treizième siècle, cet homme que, inspiré par la plus divine charité et la renoncement la plus sublime, le Vicaire de Jésus- Christ ramènerait sur la terre, et multiplierait parmi les Chrétiens de nos jours.
" Le Libérateur du genre humain, Jésus Christ," écrit le Pontife, "est la fontaine vivante et toujours abondante de toutes les grâces qui descendent sur nos âmes de l'Infinie Bonté de Dieu. C'est tellement le cas que Celui qui a une fois sauvé le monde, continuera d'être son Sauveur durant tous les âges futurs— 'A^i?;^, il n'y a point salut en tin autre. Car il n'y a pas d' autre Nom sous le Ciel donné aux hotnmes par lequel nous devons être sauvés.'
" Quand donc, ou par l'infirmité de la nature, ou par la faute des hommes, il arrive que les hommes deviennent moralement dégénérés, et paraissent avoir besoin de quelqu'aide extraordinaire pour surmonter cette décadence morale, il devient d'une impérieuse nécessité d'avoir recours à ce même Jésus-Christ, et de croire qu'en Lui seul est placé le plus grand et plus assuré moyen de la salut. En sa vertu divine, et sa suprême efficace, nous avons de quoi repousser tous les dangers, de quoi remédier à tous nos maux. Nous pouvons regarder alors notre guérison comme certaine, pourvu que
le genre humain soit ramené à la profession de la sagesse Chrétienne et à l'observation des préceptes cvangéliques.
"Il se fait que c'est pendant que les maux dont Nous avons fait mention, se rendent sensibles, et quand le temps fixé par la Providence pour leur allégement, est arrivé, que Dieu tout à coup fait surgir un homme au milieu des hommes, pas un homme d'au milieu de ses égaux, mais un homme marquant et se mettant au-dessus de tous, auquel II assigne la tâche de sauver la société. Et c'est là précisément ce qui est arrivé à la fin du treizième siècle, ou peu après ; mais l'homme qui contribua le plus à accomplir cette œuvre providentielle fut Saint François.
" La période où il parut, est bien connu, comme sont les vertus et les vices qui la caractérisent. Les âmes des hommes étaient profondément pénétrées de la foi Catholique, et ce fut chose glorieuse de voir les multitudes qui passèrent en Palestine, tout enflammées d'enthousiasme, et déterminées à vaincre ou mourir. Cependant les mœurs populaires furent licensieuses et rien n'était plus nécessaire que de faire revivre parmi les hommes l'esprit de la Religion Chrétienne.
" Or le principe même de la vertu Chrétienne est la disposition généreuse de l'âme qui nous porte à braver la fatigue et la difficulté. C'est là que la croix enseigne ce que tous ceux qui veulent suivre le Sauveur doivent porter après Lui. Cette même générosité nous enseigne à renoncer aux choses de la terre ; d'exercer sur soi-même maîtrise rigoureuse, de souffrir l'adversité avec résignation et sans perdre la paix de l'âme ; enfin la charité envers Dieu et le prochain est seule la maîtresse et la reine de toutes les vertus ; et sa puissance est telle, qu'elle fait évanouir les troubles qui nous assaillent dans l'accomplissement de notre devoir, rendant nos travaux quelque pénibles qu'ils soient, non seulement tolérables, mais agréables.
" Le monde au douxième siècle était bien pauvre en cette sorte de vertus là, quand la multitude adonnée à la poursuite des choses humaines, était affolée de l'amour des honneurs
HAUTES étudp:s EN am?!;rique. 637
et des richesses, ou bien passaient leur vie dans le luxe ou la gratification de leurs passions.
"Un petit nombre d'hommes étaient tout puissants, et leur puissance se passait à oppresser la misérable et faible multitude. Et les personnes mêmes qui par leur profession devaient éclairer les autres par la lumière de leurs exemples, n'étaient pas elles-mêmes exemptes des vices populaires. L,a charité était en bien des places à peu prèséteinte ; de là l 'accroissement de ces pestilences morales, comme l'envie, la jalousie, la haine. Les cœurs des hommes s'étaient aliénés, et devenus si aliénés les uns des autres, que les villes voisines étaient prêtes à la plus légère provocation de se faire une guerre ruineuse ; que les citoyens privés étaient disposés à s'armer les uns contre les autres dans une lutte meurtrière.
" Ce fut dans un tel siècle que le sort de Saint François échut. Ce fut à une telle génération qu'il commença avec une égale simplicité et constance, de montrer en ses paroles et actions, à un monde tombé en décrépitude, le véritable mirroir vivant de la perfection Chrétienne.
" Véritablement, ce fut en ce temps-là que le Patriarche Dominique Guzman était accoutumé de défendre 1 ' intégrité de nos doctrines célestes, et de dissiper les brouillards de l'hérésie par la lumière de la sagesse Chrétienne ; Saint François en fit autant, tandis que Dieu lui-même le conduisait à des hauteurs si sublimes; et il réussit à réveiller les Chrétiens à la pratique de la vertu et à ramener à Jésus-Christ des hommes qui avaient été longtemps bien loin de Lui .
" Ce ne fut point par un pur hazard que le jeune François entendit pour la première fois ces paroles de l'Évangile : ' Ne possédez point dans votre bourse ni or ni argent, ni besace pour votre voyage, ni deux habits, ni souUiers, ni bâton pour la main.' Et encore: ' Si vous voulez être parfaits, allez vendre ce que vous avez, et donnez aux pauvres, et venez, suivez Moi.' Le jeune homme prit ces paroles comme adressées à lui-même en personne, et de suite se débarrassa de tout ce qu'il possédait : choisit pour compagne la pauvreté et son aide pour le reste de sa vie, et donna à son Ordre pour
sa fondation ces sublimes préceptes de l'Evangile qu'il avait embrassés aussi avec si grande magnanimité.
" Depuis cette heure, au milieu d'un siècle adonné à une mollesse et à une luxure extrême, cet homme mena une vie d'une pauvreté repoussante et d'un extrême dénûment. Il mendia son pain de porte en porte. Il pratiqua tout ce qui répugne le plus à la chair et au sang. Non seulement il permit à la populace excitée contre lui d'en faire comme un jouet, mais ilprovoqiia leurs insultes avec une insatiable avidité. La folie de la Croix de Jésus-Christ fut adoptée par lui comme la suprême sagesse, et plus son intelligence en pénétrait ses mystères augustes, plus il était convaincu qu'en rien autre il pouvait trouver sûrement en quoi se glorifier."
Des écrivains, les plus hostiles à l'Église Catholique, ont rivalisé les uns avec les autres pour célébrer la beautécéleste de ce cet homme de Dieu. Son amour sérapliique du Créateur, du Rédempteur Crucifié du genre humain, de tous les membres de notre race racheté par son Sang, est encore le thème favori du poète, du peintre, ou du sculpteur. Son amour pour l'Infinie Majesté de la Divinité qui transporta cette âme hors d'elle-même, embrassa toutes les créatures vivantes et même inanimées. A lui et à ses disciples qui ressemblèrent à leur Maître en humilité, et en ce divin esprit de crucifiement de soi, les multitudes accoururent partout oïl ils prêchaient. Leur simple apparition en une ville ou même à la campagne, était en soi tout simplement un sermon très-éloquent de la vertu de l'Évangile. Ces hommes étaient les vivantes images de Jésus de Nazareth.
De là venait qu'une " population toute entière, ou d'une ville, ou d'une village," comme Léon XIII l'aflBrme dans son Encj'clique — "priait Saint François, de les accepter comme ses disciples. C'est cet empressement des paysans et des populations en général de s'attacher à lui qui engagea le saint homme à fonder son Tiers Ordre. Il admettait comme membres les personnes de tout rang et de tout âge, et des deux sexes, sans toutefois leur permettre de rompre leurs liens de famille ou de cesser d'avoir soin de leurs maisons.
Il gouvernait bien sagement cette Confrérie, non par des règles expressément devises pour ses membres, mais comme si par disposition spéciale il avait fondé les règles de cet ordre sur les préceptes de l'Evangile, et à la rigueur desquels un Chrétien ne pourrait répugner. Les membres devaient observer la loi de Dieu et celles de l'Église. — Ils devaient éviter toute division et querelle de partis, ils devraient strictement garder le bien d'autrui, ils ne devaient porter les armes que pour défendre la Religion ou la patrie ; ils devaient être tempérés dans les vêtements et la table; fuir tout ce qui avait l'air du luxe, et éviter les plaisirs séduisants de la danse et du drame."
Le Pontife alors raconte les merveillevix progrès faits par le Tiers Ordre dans toute la Chrétienté, jusqu'à ce que l'on comptait ses membres par millions, parmi lesquels se comptaient Rois et Reines, des Papes et des Cardinaux, des citoyens de tous les rangs, jusqu'aux plus humbles ouvriers.
La Chrétienté jouissait des gloires d'un printemps moral, couvrant toute l'Europe, et faisant fleurir partout les plus belles vertus des temps Apostoliques. Cette Confrérie Léon XIII désirait par dessus tout de faire revivre et fleurir dans toutes les contrées Chrétiennes. "Avec ce Tiers Ordre de S. François," dit- il, " fleuriraient partout la Foi pratique et la piété." La convoitise sans frein des biens périssables disparaîtrait en présence de cette Confrérie. On ne trouverait point si pénible, si intolérable, comme la multitude le croit et le dit, de faire obéir nos passions aux dictées de la vertu. Les hommes se trouveraient plus strictement et plus fermement liés dans la concorde, et s'aimeraient, tandis qu'ils auraient plus d'égards pour les pauvres et les infortunés, dans lesquels ils verraient la personne de Jésus- Christ même.
" De plus, tous ceux qui sont véritablement animés de l'esprit du Christianisme sont fermement convaincus qu'ils sont obligés en conscience d'obéir quand la légitime autorité leur commande, et obligés de même de ne faire tort à aucun être humain. Cette disposition de l'âme est la puissance morale
la plus éfi&cace pour étoufifer tout désordre publique, toute violence, toute insulte, cette rage d'innover, et ces jalousies de partis qui divisent les sociétés. Car c'est dans tous ces éléments de désordre, que le Socialisme trouve ses forces initiales et ses premières armes.
" Ce qui plus est encore, le problème que les hommes d'État de nos jours trouvent le plus diflBcile à résoudre c'est la relation entre le riche et le pauvre. Ce problème trouverait sa plus sûre et solide solution dans la ferme persuasion que le pauvre a une dignité qui lui est propre ; que le riche doit être bon, miséricordieux et bienfaisant, tandis que le pauvre doit être content de sa condition et de son industrie : et que de plus, puisque l'un et l'autre n'est pas né pour la jouissance des biens terrestres périssables, ils doivent l'un et l'autre s'efforcer d'arriver au Ciel,— le pauvre par la patience, le riche par une généreuse libéralité.
" Pour ces raisons Nous avons depuis longtemps ardemment désiré que chaque Chrétien quel qu'il soit, devrait s'appliquer à imiter, autant que possible, l'exemple de Saint François d'Assise."
Les appels si éloquents et si répétés faits par le Souverain Pontife, ont eu un écho favorable parmi les Archevêques et les Évêques du monde Catholique. L,e Tiers Ordre de Saint François a reçu de là un accroissement extraordinaire. En cet accroissement ce sont les classes pauvres et ouvrières qui ont le plus profité.
L,a Société de Saint Vincent de Paul, une des bien nombreuses organizations charitables spontanées qui ont germé dans le sol fertile de la France, avait longtemps avant le Pontificat de Léon XIII comblé de bénédictions sans nombre et sans prix les classes pauvres Françaises. Les bienfaits conférés par ce noble et généreux corps d'hommes, ont été aux yeux de Dieu le grand moyen d'entretenir, dans les grandes villes de France en particulier, la lumière de la Foi Chrétienne, que tant de funestes influences s'efforçaient d'étouffer.
Cette Société, comme le Tiers Ordre de S. François, était faite pour prospérer dans tous les pays civilisés. Et personne
plus que Léon XIII ne bénissait ses travaux, ou favorisait aussi cordialement son avancement que le Souverain Pontife régnant. Cette Confrérie de Saint Vincent de Paul étant, partout oil elle existe, recrutée parmi la fleur même des laïques Catholiques, maintint une grande armée d'hommes fidèles et zélés comme une grande force toujours prête à coopérer en tout effort fait pour améliorer la condition des classes laborieuses et artisanes.
C'est en cette Confrérie que le Pape et les Êvêques Catholiques en tous les pays trouvèrent ces laïques distingués qui en nos jours mettent tant d'heureuse énergie à organiser les clubs d'ouvriers, en les animant d'un esprit religieux si ardent, et en les faisant ressembler en ce dix-neuvième siècle les confréries religieuses du moyen âge. De la même Société de Saint Vincent de Paul, sortent les grands chefs de manufactures, comme M. Léon Harmel et son fils, qui font leurs plus consciencieux efforts, pour élever, instruire et protéger la demeure de l'ouvrier et sa famille contre l'immoralité, et le sauver lui et les siens des accidents, de la mauvaise santé, de l'infirmité chronique et des besoins de la vieillesse.
Léon XIII a donc travaillé de recruter toutes les forces vitales du Catholicisme dans cette croisade paisible mise sur pied pour élever la condition de l'ouvrier, de trouver une solution au problème formidable du travail, sans invoquer l'aide de l'État, ou sans exposer les masses ouvrières à l'action perturbatrice du Socialisme.
Le 24 Février 18S5, une nombreuse deputation d'ouvriers Français, ayant à leur tête leurs chefs et leurs guides, présentèrent une addresse au Saint Père. Le Comte de Mun et les Messieurs Harmel prirent la parole en cette occasion. C'est à eux que la France doit V Œuvre des Cercles Catholiques (V Ouvriers,'" qui remplit ce pays d'un vaste réseau de confréries.
"Votre Grande Œuvre mérite toutes mes louanges," dit le Saint Père, "et Nous sommes obligés de donner Notre approbation solennelle à l'inspiration qui vous a poussé à la fonder. Vous étiez alarmés par le désordre et la confusion qui
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régnaient dans les esprits et les actes des hommes causés par les doctrines révolutionnaires. Vous avez donc résolu d'étudier à la lumière de la Joctrine Chrétienne, les grandes vérités sociales et de les faire connaître aux classes industrielles.
"Vous aviez appris que les maux dont souffrait la majorité dans cette classe, peuvent se retracer à la négligence absolue des pratiques Chrétiennes et à l'influence des faux principes. Car, alors qu'un ouvrier ne trouve plus, en pratiquant sa Religion, l'aide et la consolation dont il a tant besoin, et plus que tout autre, afin d'endurer le fardeau qu'il porte, il cherchera dans les bas plaisirs la joie qui lui manquent, et ne mettra plus de frein à ses passions. De là la perte de sa moralité et un grand péril à l'ordre social. De récentes et de fréquentes convulsions attestent la vérité de tout ceci.
"Nous vous félicitons donc des généreux et continuels efforts faits par vous pour ramener aux principes du Christianisme les nombreuses familles dévouées aux travaux industriels. Nous louons de tout cœur les résultats si encourageants que vous avez obtenus. Continuez d'agrandir le cercle de vos succès, surtovit dans la cause des ouvriers.
" Les agitateurs politiques désirent beaucoup d'user les ouvriers comme des instruments politiques. Ils trompent les ouvriers par de fausses promesses. Ils les flattent en exsggérant leurs droits, sans jamais dire un mot de leurs devoirs. Ils remplissent leurs cœurs de haine contre les propriétaires et les riches. Et quand ils pensent que l'heure est venue d'accomplir leurs desseins pernicieux, ils poussent leurs dupes à entreprendre les aventures les plus folles, qui ne peuvent que tourner à leur propre avantage.
" Ce n'est pas ainsi que l'Eglise de Jésus-Christ traite ces bons ouvriers. Elle est une mère non-égoiste et aimante, dont l'unique but est de sûrement obtenir le bonheur de ses enfants. Elle tâche de guérir leurs maux par les seuls remèdes efficaces. Elle seule peut résoudre les formidables problèmes qui tiennent le monde social en agitation.
" Nous avons en plus d'une occasion montré au doigt et les problèmes et leurs solutions, et leurs remèdes. Nous
avons supplié les Catholiques fidèles par toute 1^ terre de faire revivre ces institutions prévoyantes, les confréries d'ouvriers, qui, en un siècle favorable, surgirent sous l'inspiration de l'Église, au grand bénéfice et temporel et spirituel des classes pauvres et ouvrières."
"Les confréries (Guilds) donnaient à l'ouvrier toute facilité pour accomplir les devoirs de la piété Chrétienne. Elles donnaient à l'ouvrier une parfaite éducation, et une éducation solide à ses enfants. Elles lui assuraient du secours et tous les remèdes possibles dans la maladie, et tout ce qui lui était nécessaire dans le malheur, et tout ce dont il avait besoin dans la vieillesse.
" De telles confréries remplissent les cœurs de leurs confrères d'un amour véritable, non avec la haine qui divide les maîtres de leurs ouvriers. Ils disent à ces derniers de respecter et obéir à ceux qui les emploient, et d'aimer leur travail, tandis qu'ils disent autoritativement aux maîtres que les hommes de toutes les conditions sont frères en Jésus- Christ ; que la charité divine doit tempérer les ordres de ceux en autorité et que la justice doit régler les actes de tous.
" Si ces institutions bénites pouvaient prendre pied chez vous, alors on verrait la fin de cette lutte fratricide qui, inconnue dans les âges de Foi, est la calamité dominante et universelle de notre siècle."
Les idées et les sentiments exprimés dans ces extraits furent répétés un mois après l'autre, et semaine après semaine à des deputations d'ouvriers venues des contrées Européennes de la France, et delà Belgique spécialement. Le Souverain Pontife les réitéra dans les lettres qu'il écrivit à divers prélats, et à des laïques distingués attachés à des confréries d'ouvriers. — En France où des propriétaires Catholiques, des capitalistes, et des manufacturiers avaient initié un grand mouvement en faveur des classes ouvrières, Léon XIII encouragea et stimula ces efibrts si pleins d'espérance. Les ouvriers Français profitèrent tellement de ces organisations approuvées par le Saint Siège et inaugurées par des hommes comme le Comte Albert de Muu, les deux Harmels et l'Abbé
Gamier, qu'ils voulurent exprimer en Rome même leur vénération et gratitude au Saint Père.
" Des pèlerinages nationaux d'ouvriers, composés de députés envoyés par les divers métie^-s et confréries à Rome, furent si nombreux que pour éviter toute semblance de démonstration politique, on divisa ces pèlerinages en bandes du nombre de dix ou cinq milles pèlerins. Ces courageux pèlerins furent reçus au Vatican avec une joie bien cordiale et paternelle. Les messes solennelles célébrées pour eux à Saint Pierre firent une grande impression sur les personnes présentes. Ils firent retentir le dôme élevé de Michel Ange et les nefs de la Basilique de S- Pierre de leurs mélodies nationales, — les hymnes si chères aux ouvriers Français. Et pas un de ces milliers de pèlerins ne retourna chez lui sans porter un gage substantiel d'amour donné par la main de celui qui aime avant tous les titres celui du Père des pauvres. Quand, après la mort de l'Empereur Guillaume I et de la courte vie de son fils Frédéric III, le Prince Bismarck tomba de son siège derrière le trône, Guillaume II eut recours à celui que l'Allemagne avait nommé ''le Prince de la Paix''' pour invoquer son aide dans la solution du Problème du Travail. Dans la Conférence Internationale qui se réunit à Berlin, Léon XIII avait son représentant et fit entendre sa voix. Le Saint Siège ne pouvait se permettre de favoriser une décision solennelle ou un acte publique, qui pourrait sembler être favorable au Socialisme d'État. C'était bien convenable à un Pape d'insister en faveur des ouvriers, que les Souverains décrétassent partout le repos et la sanctification du dimanche. Le Prince-Évêque de Breslau, qui réprésenta le Saint Père, fit un très éloquent discours en faveur de l'observance du Sabbat Chrétien. Quelques députés Français s'opposèrent au choix du dimanche pour le jour où l'ouvrier dût se réposer. Mais cette idée a été favorisée en France même ; et l'idée qui germe dans le sol Français y fleurira. Il y aura d'autres conventions internationales pour plaider et mettre en vigueur les droits des classes ouvrières. Quiconque suivra le Pontife actuel sur le troue de Saint Pierre ne
pourra s'empêcher de favoriser les vues et les maximes de Léon XIII.
La sollicitude paternelle du Pontife s'est néanmoins fait sentir ici en Amérique en un sense favorable à l'ouvrier, tandis qu'il évitait soigneusement d'être hostile au légitime droit du capitaliste.
En 1885 vint la controverse publique à propos des Chevaliers du Travail, " The Knights of Labors
Un des caractères que revêt de nos jours la lutte gigantesque du capitaliste contre l'ouvrier, c'est que les capitalistes s'unissent, ainsi que les spéculateurs et les industriels ou manufacturiers, ou ceux qui mettent sur le marché leurs produits de quelque nature qu'il soit ; ces derniers se forment en associations riches et puissantes qui se donnent le nom de Trusts, Combines, Alliances, etc., pour faire face aux confréries ou combinaisons de travailleurs.
Comme nous savons par l'expérience, le capital énorme qvie manient ces Trusts leur donne toute facilité pour fixer à leur gré les prix de toutes les valeurs que les ouvriers mettent sur le marché, et ils règlent aussi bien le prix du salaire de chaque ouvrier.
Quand même les ouvriers de tout un district, ou d'un pays tout entier s'uniraient pour demander un plus équitable prix pour le travail de chaque journée, leur demande serait vaine à moins que la justice forçat ces derniers à donner à l'ouvrier ce qui lui est dû. Mais quel peut être le résultat de la grève la plus formidable, avec cent mille ou deux cent mille piastres pour soutenir leurs familles en attendant, contre une combinaison de capitalistes qui peuvent commander un ou deux cent millions de piastres ?
Ensuite ces capitalistes se réunissent en des meetings, où il règne uu tel secret que jamais un personnage du dehors n'y peut pénétrer, où il se développe des plans si formidables, qui menacent la prospérité de tout un Etat. Cette puissance de millionnaires unis en société, contrôle les gouvernements, les législatures, les cours de justice, l'industrie, le commerce, le commerce international, la valeur intrinsique de chaque
article que voudriez envoyer au marché, — tout est à la merci des combinaisons de capitalistes.
Il n'y a point de quoi s'étonner si les populations d'ouvriers se corubinent aussi, tiennent leurs assemblées et leur réunions et combinaisons avec le plus grand secret. Comment aussi s'étonner si les ouvriers en grève, excités à un très haut dégré de colère par l'injustice qui leur est faite, et voyant souvent que les autorités publiques étaient du côté de l'argent tout puissant, se rendent coupables de certains excès !
Nous ne plaidons pas pour les sociétés sécrètes quelles qu'elles soient, que nous condamnons quelles qu'elles puissent être ; et nous ne prenons pas la défense des Chevaliers du Travail dans le présent temps, ou dans le passé ; et nous ne faisons pas d'excuses pour leurs actes inexcusables. Nous décrivons la situation qui donna naissance à cette société. Elle avait un très-grand nombre d'associés Catholiques, qui ne voulaient aucunement que leurs noms fussent la propriété d'aucune société sécrète, ou d'aucune organisation illicite condamnée par l'Eglise.
Malheureusement en 1885, il arriva qu'une branche des Chevaliers du Travail, ou quelque corps d'ouvriers organisé portant leur nom, s'établit à Montréal, présidé par un juif, nommé Heilbronner. Ces hommes adoptèrent tous les symboles extérieurs d'une société sécrète et commirent certains actes qui furent dénoncés par la Presse locale. L'attention des autorités ecclésiastiques fut attirée sur ces hommes, et l'Archevêque de Québec condamna solennellement et nommément les Chevaliers du Travail.
Là-dessus les officiers de la société aux États-Unis appellèrent à l'Archevêque de Baltimore, lui soumettant pour être examinées et jugées leurs constitutions et règlements. Le Cardinal Gibbons qui connaissait parfaitement toutes les difficultés de la question du travail en Amérique, se détermina à scruter jusqu'au fond les accusations portées contre les Chevaliers du Travail. Il convoqua une assemblée des
Archevêques des États-Unis. Tous, excepté deux, déclarère .t qu'il ne serait ni juste, ni politique de condamner les Chevaliers du Travail.
L'examen si consciencieux des Archevêques ainsi que les documents qu'ils avaient examinés furent communiqués aux Êvêques suffragants, dont 60 sur 63 ratifièrent le jugement des Archevêques. La question cependant fut soumise au Saint S ége. En 18S7, Monsigneur Gibbons, qui avait été élevé au Cardin lat durant l'intervalle, écrit un memoir à Rjme même, priant qu'aucune sentence ne fut portée contre les Chevaliers du Travail, et convainquit par là les autorités de Rome que la Hiérarchie Américaine avait très sagement jugé.
Ce ne fat pas seulement dans les États-Unis, mais en Angleterre, que les membres les plus éminents de la Hiérarcliie Catholique ont pris à cœur la cause des classes ouvrières, demandant qu'on fasse justice, et seulement justice au pauvre travailleur, et cela au nom de la religion et de l'humanité.
Dans le Congrès Catholique de Liège, tenu en l'automne de 1S90, ks difficultés de la Question Ouvrière dans son état présent et ses grands problèmes furent discutées à fond par les*meilleursamis du travailleur.
0:i lut une lettre du Cardinal Manning, montrant du doigt la seule solution pratique qui semble possible, sans invoquer l'aide de la Législature de l'État, sans réellement invoquer d'interminables discussions diplomatiques, et un congrès international qui fixerait les heures journalières du travail, et le minimum des gages journaliers du laboureur.
" Ma dernière parole, "a dit le Cardinal, "paraîtra peut-être un peu violente et hardie. Je ne crois pas qu'il soit jamais possible d'établir une relation paisible entre les chefs et leurs ouvriers, aussi longtemps que nous n'avons pas avoué et établi publiquement une juste et propre mesure pour régler les profits et les srdaires ; une mesure fixe d'après laquelle on doit faire tous les contrats libres entre capitaliste et ouvrier.
' ' De plus, comme les valeurs dans le commerce sont sujettes à de nécessaires variations, tous ces libres contrats dont nous venons de parler, devraient siibir une variation périodique tous les trois ou cinq ans, et cela afin de maintenir le mutuel accord dans le contrat. Cette condition devait s'inscrire dans le contrat même."
L,e mot publiquement ayant été interprété en certains lieux comme signifiant législativeme7it, le Cardinal écrivit à l'Evêque de Liège pour mettre fin à tous les doutes.
" Parle motpiibliquement," dit-il, "j'entends, par un accord explicite et avoué.
" La proportion ou mesure dont je parle doit être déterminée par les maîtres (^employers) et leurs ouvriers.
' ' La révision périodique doit aussi être fixée par les parties contractantes.
" Tout recours à la législature devra, autant que possible, être évité dans ces matières."
Dans une lettre subséquente sur le même sujet le Cardinal s'étend plus au long sur cette idée, d'un contrat solennel entre capital et travail, fixant une fi^is et pour toujours la proportion ou juste mesure des profits du travail aussi bien que le salaire dû à l'ouvrier.
Voici ce noble document :
"MON CHER MONSIEUR VAN OVERBERGH : Le passage de ma lettre au Congrès de Liège que vous citez, n'est que l'expression de ma plus profonde conviction. Mais afin d'en venir au principe d'une juste proportion, la coopération sincère et volontaire des capitalistes est absolument nécessaire.
" Depuis cent ans les capitalistes ont fait un profond secret de leurs énormes gains, et pendant tout ce temps on a acheté le travail au plus bas prix.
" L'année dernière la grèv-e des travailleurs dans les mines avait pour motif que les profits faits par les capitalistes s'étaient accrus dç: quatre-vingts pour ce)it, tandisque le gain des ouvriers avait à peine cru de trente pour cent. Je pourrais vous citer bien des exemples de cette sorte.
SJ —
" ly'obstacle absolu en ce moment est le refus des capitalistes de faire connaître leurs profits. On tient pour très sacré le contrat libre, et contrôle absolument le pauvre ouvrier sans pain. Cette liberté n'est donc qu'une cruelle moquerie.
" Dans le commencement le principe d'une juste proportion réglait l'agriculture.
" Le système des métairiers le prouve jusqu'à l'évidence. Ici les fruits de la terre sont quelque chose de palpable. Personne peut les cacher.
" lycs mêmes, changés en monnaie comme payement, le principe existe encore, parceque les prix de ces produits sont enregistrés et rendus publiques.
" Mais en manufactures et dans les usines, tout est caché. Néanmoins les prix nommés dans les opérations commerciales donnent bien des traces qui nous mènent à calculer sûrement les profits des capitalistes.
" A la fin, toutefois, ce système de justice ne peut devenir une réalité qu'en établissant des relations de sympathie et de confiance mutuelle entre les capitalistes et leurs ouvriers.
'' Le premier pas à faire pour atteindre ce but, c'est de changer des cœurs égoistes, un travail bien plus pénible que celui des mines de charbon de terre.
" Avant d'atteindre cet heureux résultat, nous aurons à traverser un chemin bien pénible, peut-être même des dangers sérieux à afi'ronter. Le monde travailleur s'organise, et, pour vrai dire, les capitalistes sont aveugles."
"J'ai lancé cette proposition hardie, parceque je la crois conforme à la justice tant naturelle que surnaturelle, auxquelles toutes les deux nous serons bien obligés d'en venir "
.Telle est l'attitude envers les classes ouvrières, dans leur lutte gigantesque pour obtenir justice, des plus éminents hommes de l'Église dans le monde anglais. Ils ne font que répéter les sentiments et les leçons du Pontife Suprême actuel. Le Pape à Rome, et les Cardinaux en Angleterre, et en Amérique expriment à haute voix la sympathie que l'Église a
toujours sentie pour la classe ouvrière, pour le pauvre et el faible dans tous les âges chrétiens.
Partout dans les contrées de l'ancienne Chrétienté, cardinaux, évêques, prêtres, ainsi que des laïques aussi grands que leurs pasteurs, travaillent ensemble, comme un seul homme, sous la conduite de Léon XIII, pour assurer les justes droits de l'ouvrier, pour défendre son foyer, sa famille et son bonheur permanent ; d'en protéger les saintetés au milieu de notre incrédulité moderne, de nos mœurs licencieuses, et notre anarchie sociale.
Ce n'est pas une guerre nouvelle que l'Église a entreprise en faveur des classes pauvres et faibles. Mais elle a entrepris cette guerre avec des forces énormes contre elle, à savoir un Césarisme hostile, et un Socialisme plus terrible encore, et de plus les sectes anti-Chrétiennes Maçonniques, et la conspiration du capitalisme.
Les grands groupes des associations Catholiques en Europe dévouent leurs efforts unanimes et énergiques à étudier ce formidable problème du Travail Ouvrier ; les terribles fatigues à endurer la nuit dans les usines ; le danger à la famille el à la société quand on emploie les femmes et les enfants dans les manufactures et les usines ; la fixation d'un prix justeet rémunérateur pour la journée du travailleur. Les difficultés presque insurmontables que la concurrence des maîtres oppose aux demandes du laboureur, qu'il ne soit pas exhausé par son travail et qu'il soit justement rémunéré pour son travail, ces justes demandes deviennent de plus en plus vaines par les combinaisons journalières des capitalistes dans tous les champs connus de l'industrie.
Néanmoins, l'Église qui survit à toutes les Révolutions et les dynasties, ainsi que ses Pontifes qui sont les héritiers des promesses de Jésus-Christ et de Son ineffable amour pour les pauvres et les humbles de la terre, sont une force divine, immortelle et victorieuse, toujours favorissant le droit et la justice.
Leur action peut avoir la lenteur des énergies élémentaires sous les neiges de nos plus longs hivers ; mais ces énergies ramèneront le printemps, l'été, et l'automne, et les moissons.