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CHAPITRE III

Le Pape dans la sphère des Lettres et des Lj-riqnes. — Les Restes Littéraires des premiers Papes. — Léon XIII recommande d'étudier S. Thomas d'Aquiii.— Ses Lettres Encycliques forment une littérature tout à fait à part. — Léon XIII comme Poètç est maître de Virgile et de Martial. — L'individualité qui règne dans sa poésie. — Léon, sou caractère dans le genre épistolaire.

^ ANS tous les temps la chaire des papes avait le droit d'être regarder comme la première chaire

de littérature dans le monde chrétien. Les leçons qu'elle était appelée à donner dans l'accomplissement de son office primatial, demandaient de l'homme qui l'occupait, et du caractère même de ces leçons la plus haute intelligence, aussi bien que la plus parfaite qualité du style, autant que les écrivains du temps donnaient les modèles du style. Mais indépendamment du caractère pontifical plusieurs papes ont été maîtres dans le domaine de la pure littérature et sacrée et profane, ainsi que leurs patrons les plus distingués.

Quant aux papes des premiers siècles on n'a sauvé que peu de reliques littéraires, et cependant ces quelques fragments connus révèlent le rang que leurs auteurs avaient atteint comme savants et philosophes. Les Papes Clement I, martyr. Saint Cornell, Saint Jules et Damase, appartiennent à la première période de la papauté, et ont laissé des ouvrages qui, quoique très-précieux comme dogmatiques, attestent le haut rang des auteurs dans la sphère intellectuelle.

Dans le cinquième siècle, l'ofiBce pontifical fut rempli par un homme dont les dons en littérature et en éloquence furent

comparés à ceux deCicéron, grandement au détriment de Léon le Grand. Ce pape dont la majesté personnelle et la persuasive éloquence accomplirent ce que Cicéron n'aurait jamais effectué, la soumission d'un conquérant sauvage au point suprême de son succès. Attila, le Jîéau de Dieu, celui dont le seul nom faisait frémir même les enfants, fut rencontré à la porte de Mantoue par l'illustre Pape, et efiFrayé par l'apparence et l'autorité du vicaire du Jésus-Christ, il n'osa pas, comme il avait proposé et annoncé, marcher sur Rome, il s'arrêta dans sa marche dévastatrice, et se retira par l'ordre de S. Léon dans la Pannonie avec son immense armée.

Quand l'Europe toute entière fut envahie par les barbares, par suite du dépérissement de la puissance romaine, la chaire papale échappa au décadence générale, parceque l'Est remplaça le manque de l'Ouest.

Ce fut à la plus triste période du moyen âge que Grégoire III, un savant sj-rien, et Zacharie, un grec également accompli, occupaient l'un après l'autre le trône des papes. Adrien I, un savant de Rome, soutint une fois de plus la réputation de l'Occident, et peu de temps après sa rénommée fut magnifiquement rétablie par Léon III, l'ami de Charlemagne. La mémoire de Sergius il et de S. Nicholas I est liée à la préservation de la science quand elle paraissait avoir atteint son plus bas niveau. Cette période critique allait toucher à sa fin, quand les noms de Sylvestre III, Alexandre II, Adrien IV, et Alexandre IV, vinrent éclairer l'horizon; et après eux vinrent successivement les noms illustres d'hommes de génie, en Innocent III, Jean XX, Boniface VIII, Benoît XI et XII, et Alexandre V, qui justifièrent le droit du Saint Siège à la prééminence jusqu'à la clôture du grand schisme de l'Ouest.

Leurs successeurs, notamment Pie II, et Xicholas V, furent les brillants réprésentants d'un siècle, que l'on dit de nos jours devoir sa grande réputation dans les lettres et les arts au paganisme résuscité. L'Eglise seule avait tenu la torche de la sci^^nce et des lettres allumée pendant la longue

nuit des ténèbres intellectuelles, et quand vint le temps d'cclairer l'Europe de nouveau, elle fut le trésor qui s'ouvrit pour admettre tous ceux qui cherchaient la vérité et la science.

En récommendant de bien étudier Saint Thomas d'Aquin à toute la jeunesse catholique et à leurs professeurs, Léon XIII ne faisait que suivre l'exemple de quelques illustres prédécesseurs sur le trône des papes. Ce fut un d'eux, pai exemple, qui donna existence à Saint Thomas comme professeur de philosophie morale. Si Urbain IV n'avait commandé à Saint Thomas de donner un commentaire d'Aristote pendant qu'il enseignait au Monte Cassino, le monde n'eut peut-être pas été enrichi par sa plus magnifique exposition de philosophie et de théologie.

Le seul système étudié dans les écoles publiques en ce temps là était celui d'Aristote, et Urbain IV ne se sentait pas à l'aise en voyant combien aveuglément le vieux professeur grec était suivi par des écoliers chrétiens, qui le prenaient comme autorité dans des sujets plus élevés encore quand sa logique ne faisait que rendre plus obscure la différence entre la religion naturelle et celle qui est révélée.

Le Pape Urbain dit à Thomas, l'écolier de Monte Cassino : ' ' Allez écrire ! Faites de la science des anciens un sûr moyen de démontrer la vérité du christianisme ; faites de la raison naturelle une preuve victorieuse de la foi, et le faites si bien qu'elle résistera à toutes les attaques de l'erreur." Le résultat en fut l'immortel Summa.

Cette philosophie, le métal natif de la science grecque, purifiée par le procès de notre science chrétienne, a exercé Sun influence si subtile en passant par mille canaux secrets, imperceptibles à l'observation qui ne voit que les indications superficielles dé la vie et du développement social.

Elle a donné sa forme à l'imagination du Dante, et a fait rendre un hommage involontaire du vieux puritain Milton. Elle a insensiblement affecté les tendances de la législation moderne, partout cil celle-ci travaille franchement à l'amélioration sociale.

Les lois qui règlent les relations mortales qui trouvent expression dans la Smmna de Saint Thomas, forment aussi une grande partie des enc5^cliques de Léon XIII. Ces encycliques forment une littérature à part, à cause des nombreuses leçons dogmatiques qu'elles, contiennent, lequel caractère sera ce qui vaudra à l'illustre auteur son droit suprême à la couronne des lettres. Dans la littérature profane il brilla d'un éclat tout sien. Ce ne fut pas seulement qu'on le regardait comme un grand latiniste ; il était un grand penseur latin. La langue de Virgile et de Martial devint, par une longue familiarité, aussi maniable sous sa plume que la toile sous la main du tisserand ; il la plia aussi facilement à sa volonté que ces poètes plièrent la langue de Cicéron et de Tacite. Et son admiration pour la Muse de Rome ne fut pas moindre que la leur. Mais sous un rapport, du moins, il surpassa tous les poètes qui ont touché la lyre latine — l'âge n'a pu éteindre l'ardeur de son âme ni obscurcir en lui la vue de ce qui est vraiment beau.

Quelques unes de ses plus belles compositions sont les créations de son extrême vieillesse.

C'est une des plus tristes vérités que nous touchons en étudiant l'histoire des belles lettres, que le poète qui peut enseigner aux hommes les plus grandes vérités sous les plus belles formes, peut être lui-même le plus vil des humains.

Un lâche peut chanter les exploits de son héros avec des accents qui font bouillir le sang dans les veines ; le plus vil débauché peut peindre divinement les joies de l'homme vertueux ; l'inconstant peut vous peindre les transports des amants les plus constants. Plus d'un grand poète a été l'adorateur le plus tiède des divinités qu'il a fait placer sur les autels. Mais quelle différence entre ces hommes là et celui qui a ceint le tiare avec les lauriers de Petrarch ! On peut bien dire que les personnages qui sont les ideals que nous rencontrons dans les poésies de Léon III , sont bien loin de la réalité de ce qu'il a montré lui-même comme possible dans sa manière de vivre, son enseignement pastoral, et dans ses actes ordinaires.

Bien que plusieurs poèmes du Souverain Pontife portent les marques d'avoir consciencieusemetit étudié Horace, c'est l'opinion du Père Vallé, SJ., qui a écrit la préface préfixé au volume intitulé Car mina Novissima, que le courant de la pensée ft le mouvement de la versification ressemblent au génie d\i barde de Mantoue plutôt qu'à la muse légère du protégé de Maecenas.

Mais réellement ce n'est ni Virgile, ni Horace, ni Catulle, ni aucun des autres poètes de l'école latine qui prédominent dans les poésies de Léon XIII. Les sujets que sa muse embrasse, et sa fécondité montrent un génie individuel, comme Shakspeare ou De Vega.

L'addresse du Pape à la France, écrite à l'occasion de la quatorzième centenaire du baptême de Clovis, traduite en vers français, par un Jésuite, le R. P. Delaporte, qui a publié cette traduction dans les Etudes, y suit :

CARMEN S^CULARK

Vive le Christ

Qui aime les Francs !

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