LE SIÈCLE NALSSANT INAUGURÉ PAR JÉSUS-CHRIST
L'âge brillant des Arts touche à son agonie ,
Vantez-nous les progrès qu'il a su conquérir,
La nature soumise aux lois de son génie ; Chantez-le : sa tâche est finie ;
Dites-nous qu'il fut grand ! Le siècle va mourir.
Du siècle qui s'éteint, moi je pèse et je compte
Les longs forfaits ; et moi je pleure, ou je frémis ;
Partout, où mon regard dans le passé rémonte. Je vois des monuments de honte,
Les malheurs entassés, les attentats commis.
Que de sceptres brisés par un peuple infidèle !
La licence déborde, et le sang coule à flots ;
O Vatican ! vingt fois, contre ta citadelle On s'arme, on rugit ;— autour d'elle
La force use le fer ; la haine, ses complots.
O Reine des cités, qu'ont-ils fait de ta gloire ?
Rome libre, en tes murs tu gardais tous les droits ;
Des jours lointains ce siècle a perdu la mémoire. Où tous les peuples, fiers de croire.
Se courbaient sous la main des Pontifes, tes rois.
Elle hâte sa course ; c'est le terme de ses longs voyages.' Dieu clément ! exauce les vœux de sa suprême angoisse !
Puisse-je atteindre au ciel, et, dernière grâce, y jouir sans fin de la lumière divine, de la vue de mon Dieu.
De ta société, ô Vierge ; toi, que petit enfant j'aimais comme une mere, je t'ai plus ardemment chérie en mon cœur de vieillard ;
Reçois-moi dans le ciel, et, concitoyen des Saints, je me dirai redeyaWç envers toi d'une si magnifique récompense. Traduite par Narfon,
66o LEON XIII.
Malheur aux lois sans Dieu ! Sans Dieu, point de jtistice, Point d'empire assuré, ni d'honneur immortel ; Craignez, hommes sans foi, qu'un souffle anéantisse
Un Pouvoir branlant et factice Qui n'a plus Dieu pour règle et, pour appui, l'autel.
Entendez-vous ? — Des fous, d'une sagesse altière,
Troupeau, dont le délire affecte un air profond,
Vont blasphémant : "Du ciel à nous, plus de frontière !
Point de Dieu ! Dieu, c'est la matière." Prophètes du néant, ils savent ce qu'ils font.
L'absurde est leur doctrine, et l'ombre est leur domaine; Sans voir qu'un doigt divin nous marqua de son sceau, Ils courent au hasard où leur rêve les mène.
Criant : la brute et l'âme humaine Sont sœurs de même race et n'ont eu qu'un berceau.
En quel honteux abîme a sombré leur démence ! Quel vertige t'entraîne, aveugle et vain songeur? Mortels, le temps est court, pour votre orgueil immense
Tremblez ; car le Dieu de clémence De ses droits méconnus sera le Dieu vengeur.
Lui seul II est la voie et seul II est la viE, La VERITE qui montre à tous le droit chemin ; Grâce à Lui, jusqu'au terme oil le ciel nous convie,
Courent, d'une marche suivie, Les siècles et les ans vers l'éternel Demain.
Guidés par Lui, des flots de chrétiens, hier encore, De Pierre, avec amour, assiégeaient -le Tombeau ; La piété fleurit, les vertus vont éclore ;
X l'horizon, monte l'aurore Qui présage, et commence, un avenir plus beau.
O Roi du temps futur, sur l'Age qui va naître, Abaissez vos regards et daignez le bénir ; Aux peuples révoltés, Jésus, parlez, en maître .
Contraignez-les à Vous connaître, X chercher, dans vos lois, la loi de l'avenir,
La paix, donnez la paix où l'univers aspire ; Guerre, émeute, fureurs, cris de mort, chocs du fer, Apaisez tout ; au'enfin l'humanité respire :
Plongez au ténébreux Emoire Les noires trahisons des valets de l'enfer.
Seigneur, donnez aux rois de s'unir, pour vovis suivre; D'arborer hardiment la croix du Rédempteur ; Qu'une Foi, votre foi qui console et délivre,
Garde le monde, heureux de vivre Dans le même bercail, sous un même pasteur.
Ma course est achevée, et ma longue carrière, Dix-huit lustres ; pour comble à tant de bien reçus, Prêtez l'oreille aux vœux du successeur de Pierre ;
Seigneur, accueillez ma prière ; C'est Léon qui vous prie : écoutez-le, Jésus.
Traduite par le P. Victor Delaporte, S. J.
N'oublions pas que le Pape touchait déjà sa 90'^'"^ année quand il. écrivait son encyclique sur le vingtième siècle, et l'ode superbe qu'il adressait au siècle qui naissait. Les deux écrits étaient un appel au monde d'expier envers notre Divin Rédempteur pour l'ingratitude ou l'indifférence des siècles passés et cela par une dévotion digne, en une certaine mesure, des souffrances et du sacrifice du Fils de l'Homme. La beauté sublime de cet appel fut avouée par tout le monde — même par ceux qui étaient hors de l'Église. L'ardeur et la passion de cet appel sont irrésistibles, comme on peut voir par les passages suivants :
" Le plus grand malheur pour nous, c'est de n'avoir jamais connu Jésus-Christ. Le Christ est la principale fontaine de tout bien. Le genre humain ne peut pas plus être sauvé sans la puissance du Christ, ainsi qu'il ne saurait êlre racheté sans sa miséricorde."
" Quand Jésus-Christ est absent du monde intellectuel, la raison humaine disparait, étant déprivée de sa protection et de sa lumière ; et la fin même pour laquelle la société
662 LEox xiii.
■humaine a été créée par la divine Providence, ne peut s'atteindre."
" Rejeter le dogme divin, c'est tout simplement renier le christianisme. Il est évident que ceux dont l'intelligence ne veut pas plier sous le joug du Christ s'obstinent à luttei contre l'autorité divine. Ayant ainsi rejeté l'autorité de Dieu, ils n'en sont point plus libres ; car ils subiront l'autorité de quelque maître terrestre."
" Dieu seul est la vie. Tous les êtres vivants sont participants de la vie, mais ne sont pas la Vie. Jésus-Christ, de toute l'éternité et par sa nature même, est * la Vie,' comme il est 'la Vérité,' parcequ'Il est Dieu de Dieu. ' Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme une branche et il séchera, et on l'amassera et le jettera au feu, et il brûle.' " (S. Jean XV. 6.)
' ' Une fois que vous aurez écarté de la voie humaine tous les obstacles, et que vous aurez permis Tesprit de Jésus- Christ de revivre et croître dans une nation, cette nation sera guérie."
" Le monde a entendu dire assez des ' droits de l'homme.' Écoutons dire quelque chose des Droits de Dieu.''
" Le bien-être commun et ia félicité commune nous pressent bien vivement de retourner au Dieu de qui nous n'aurions jamais dû nous éloigner, et errer mortellement — nous éloigner de Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie — et cela non seulement de la part de quelques individus, mais de la part de la société comme un tout."
Plusieurs dignitaires catholiques répondirent à ce noble appel en termes de la plus noble sj'mpathie et de la plus grande vénération pour l'auguste Pontife. Â d'autres cet appel fut une révélation, parcequ'une étrange calomnie avait été répandue parmi les fidèles — que le culte de notre Sauveur avait été supplanté en grande mesure par la dévotion de la très-sainte Vierge.
L'activité littéraire de Léon XIII ne connaissait pas de fatigue dans le devoir qu'il s'était imposé comme Souverain Pontife de proclamer aux siècles les vérités évangéliques.
On montrait Gladstone, le grand homme d'état anglais, comme une phénomène littéraire quand ayant passé l'âge de 80 ans, il donna au monde une nouvelle traduction d'Horace. Mais comparez cette fraîcheur d'esprit avec ce que Léon XIII a fait à un âge bien plus avancé. Si le vénérable Ponlife n'eut fait que se servir toujours de sa plume dans la composition de ces lettres pastorales que son office de suprême pasteur demandait et inspirait, on pourrait ne pas s'étonner que son grand âge ne tarissait pas la fécondité.de ses écrits ni la force de son génie de poète ou de pasteur.
Aucun autre Pape ne pouvait être comparé à Léon dans le champ de la littérature ; cela doit se dire enfin en saluant son génie poétique. Sa carrière en littérature a rempli une période de plus de 80 ans. Son industrie n'a été égalée que par sa fécondité extrême. Il passait du chant lyrique à l'épigramme brillant, du chant de triomphe martial à la charade pleine d'esprit, et sous toutes ces formes s'est montré maître des formes les plus gracieuses et les plus maniables de la meilleure latinité. Le seul ton qu'il semble n'avoir jamais connu est celui qu'on désigne dans la littérature anglaise comme le Sattirnin. Il pouvait déplorer la décadence de l'époque, comme dans l'ode adressée au dix-neuvième siècle, cependant ce poème superbe n'est pas une thréiiodie mais l'écho d'une sublime espérance. Son esprit pur et joyeux se reflétait dans la gaieté de sa muse, qui ne cédait pas longtemps à l'influence plus grave de l'heure qiii passait, mais se levait comme un rossignol reposé par le sommeil, et appelé par l'aurore à verser son joyeux tribut au ciel.
Ses poésies prenaient toutes les formes de la poés-ie latine, ou grecque, et sous foutes les formes elles sont parfaites. On ne peut trouver une collection complète de ces poésies, comme il est probable que les plus jeunes eifusions de so muse ont péri. Mais un nombre assez considérable ont été rangées en ordre chronologique, et données au public par le Révérend Père Hugues T. Henry de Philadelphie, en un beau volume qui a été publié •^dsY A^nerican Ecclesiastical Review, de la même ville.
L,e mariage élevé à la dignité de sacrement, dans la nouvelle Alliance. — L'ordre, le mariage et l'extrême-ouction. D'après un triptyque de Van der Weyden. Musée d'Anvers. XV'ème siècle.