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TACT DE LEON XIII EN MANIANT LES DIFFICULTES

Tact de Léou XIII en traitant avec les Diplomates. — Un homme d'un grand charactère personnel. — Comment différents observateurs personnels le considèrent. — Américanisme dans l'Église. — La vie du Père Hecker par son disciple le Père Elliott. — Portrait de Léon XIII par le Cardinal Gibbons.

E n'est pas chose facile pour quelqu'un qui a vécu •« hors des cercles du Vatican d'estimer quelles sont les qualités requises pour bien remplir l'ofi&ce Pontifical. Telle est l'immense variété des affaires qu'un Pape doit traiter, le caractère délicat de ces affaires, la plupart du temps ; l'attention non interrompue qu'il faut leur prêter ; les conséquences si importantes qui dépendent des décisions; l'abîme qui sépare la routine des occupations d'un prince séculier et celles du chef de l'Eglise Universelle. Ces considérations ne peuvent être pesées ou dûment considérées en décrivant la carrière d'un grand Pontife.

Le Pape dans le gouvernement de l'Eglise doit nécessairement dépendre des cardinaux et des évêques. Il ne decide jamais une affaire importante jusqu'à ce qu'il se soit dûment informé de tout ce qui regarde le sujet qui est porté à son tribunal. Il est toujours exposé au danger de faire un faux pas, parce qu'il y a toujours des personnages rusés, qui font leur possible pour pousser le Souverain Pontife à recommander ou à condamner un projet ou un autre qui intéresse ces individus ou leurs amis.

Tel a été le cas sur deux questions très-importantes regardant les Etats-Unis. E'une des deux fut la décision prise

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dans l'affaire des Chevaliers du Travail, l'autre plus importante encore, le mouvement contre ce que l'on appelle "Américanisme" dans le sein de l'Église Catholique.

Les extrémistes parmi les Catholiques Américains, une classe de gens toujours sur le qui vive, qui voient un danger pour la Foi ou les mœurs en tout nouveau mouvement social — qui se prirent à détester les Chevaliers du Travail, et travaillèrent sérieusement à les faire condamner par le Chef de l'Église. Ils s'efforcèrent de persuader au Souverain Pontife que c'était une espèce de ce Socialisme qu'il avait déjà condamné.

Le Cardinal Gibbons qui savait parfaitement l'état des choses, se décida à se rendre à Rome afin de faire connaître les desseins de ces mauvais drôles qui ne voulaient que semer la discorde et la division parmi nous. Il exposa la question lumineusement aux yeux du Pape, surtout l'affaire des Chevaliers du Travail, dont Sa Sainteté approuva chaleureusement le programme. "Les Chevaliers," dit publiquement le Cardinal, à son retour en Amérique, "n'a pas de plus grand ami que Léon XIII."

Quant à l'Américanisme dans l'Église, la chose était d'une gravité très -sérieuse, parcequ'elle traçait la route vers le schisme ou même l'hérésie. En deux mots, l'idée que le mot d'Américanisme donne au lecteurs, dit que ce mot abaisse les conditions que l'Église prescrit comme nécessaires pour mener une vie vraiment Catholique tant en précepte qu'en pratique. En théorie elle visait à abandonner le système Jansénistique, et à adopter le rigorisme, qui a bien le goût du Calvinisme.

Les Jésuites avaient, il y a bien longtemps, été accusés de quelque chose qui sentait l'Américanisme ; mais c'est un singulier commentaire sur cette accusation, que ce furent ces mêmes Jésuites qui furent les premiers à dénoncer les premiers symptômes de l'Américanisme parmi nous.

Les hommes qui firent ce qu'ils purent pour embrouiller l'Église dans une question d'actualité très-douteuse (au moins en Amérique), étaient à peu près les mêmes qu'avaient essayé

de faire le mal dans la question Cahensley et le Rectorat de l'Université Catholique à Washington. Ils trouvèrent un instrument à leur main dans la personne de l'Abbé Maignen, un prêtre Français, qui s'était attiré les censures de l'Archevêque de Paris, par une vile diatribe publiée sur le Comte Albert de Mun. Ce prêtre publia ensuite une brochure intitulée "Le Père Hecker, est-il un Saint?" Et l'objet de l'écrivain était de montrer, que le cardinal Gibbons, l'Archevêque Ireland et d'autres personnages distingués parmi les Catholiques des États-Unis, étaient engagés dans un mouvement dangereux de répandre l'Église dans la République aux dépens de son orthodoxie.

Dans la Vie du Père Hecker on trouva un prétexte pour une telle accusation. L'Abbé Maignen fut engagé à publier sa brochure attaquant l'orthodoxie du Père Hecker et accusant les deux évêques Américains ci-devant nommés, aussi bien que le Cardinal Gibbons, d'être les accomplices de ces prêtres rebelles, les Abbés Charbonel et Bourrier, ainsi que les membres d'un Syndicat Américain formé *'pour flotter un Saint Américain en Europe." Quand cette brochure fut prévsentée au Cardinal Richard, de Paris, il refusa de lui donner son I))iprimatur. L'Abbé Maignen et ses confrères, à Paris, crurent qu'ils avaient un ami à Rome dans la personne de Mgr. Lepidi, Maître du Palais Apostolique, qui favoriserait leur projet. Us ne furent point trompés. Us obtinrent son Impri)nahir ; et ainsi armés, ils publièrent une édition Anglaise du pamphlet, avec des extraits isolés de La Vie du Père Hecker, par Le Père Elliott, Prêtre de sa Congrégation, et conclurent ainsi leurs accusations contre l'orthodoxie des prélats qui avaient donné leur approbation à la Vie.

Monseigneur Keane et l'Archevêque Ireland protestèrent. Le Père Elliott fut prié d'écrire une relation sur la matière <iui serait soumise au Saint Père. Ce fut là l'état alarmant des choses quand Léon XIII eut connaissance du danger. Il prit lui-même eu main la tâche de bien examiner et de composer le danger. Il y procéda avec un tact rare. Il écrivit une lettre au Cardinal Gibbons, condamnant de telles doctrines

et tendances attribuées au Père Hecker, et cependant sans avoir été certainement démontrées d'être siennes. Le Cardiîjal et le reste des prélats repondirent comme c'était leur devoir, disant que la brochure Maignen ne méritait aucune confiance.

Dans tous les pays oil la Religion Catholique domine, le caractère du peuple et le siècle font leur impression en quelleque sorte sur les ministres de la Religion. Cette impression se réfléchit dans la chaire, ou dans les manières même des prêtres et de leurs ouailles. Pendant que ce qui fait le fond même et l'essence de la Religion est régardé avec vénération, la forme extérieure peut se vaoàx^çx pari passu parles nécessités de chaque localité. Si, par exemple, les prédicateurs révêtent le niveau et le langage ordinaire et le dialecte populaire des ornaments qui leur viennent à l'esprit, ils peuvent être inspirés de changer le langage par le seul désir de faire l'œuvre de Dieu plus effectivement. Des péculiarités ne sont pas nécessairement opposées à ce qui est excellent.

Cette vérité fut reconnue par le Pape en répondant au Cardinal l'Archevêque de Baltimore. Les réponses qui lui \'inrent de la grande majorité des Êvêques, étaient en effet que les étrangers remarquèrent certaines nouveautés de langage dans nos prédicateurs. Les yeux et les oreilles des étrangers doivent s'accoutumer peu à peu à ces étrangetés. Nous avons des moyens qui peuvent surprendre dans la manière de faire les collectes dans nos églises ; et nous sommes obligés d'avoir recours, pour atteindre un plan définitif pour la question des écoles, si vexée et si chaudement discutée en Europe comme en notre Amérique.

Quelqu' inquiétude que nos visiteurs avaient réussi à susciter dans l'esprit du Saint Père s'évanouit bientôt. Ce n'est pas l'Eglise des Etats-Unis qui troublait son sommeil, la nuit, ou qui lui causait tant d'inquiétude le jour La preuve de la confiance suprême que Léon XIII chérissait pour ses enfants Américains s'exprimait dans ses Enc}'^cliques et dans ses lettres à nos Archevêques et Évêques. Ce fut à l'occasion de son Jubilé au commencement du

siècle que le Pontife ouvrit son cœur de Père à notre peuple et que nous lui répondîmes comme des enfants chéris à leur père.

À la date du 3 Mars 1902, tout l'Êpiscopat Américain parlant par l'Archevêque de Baltimore, lui envoyèrent une addresse exprimant la plus ardente affection et le plus sincère dévouement au Jubilairien Pontifical. Ils lui exprimèrent l'inépuisible loyauté à son auguste personne et au corps auguste de la Vérité Catholique :

' ' Nous prions Votre Sainteté , ' ' disaient-ils , ' ' d 'accepter cette manifestation de notre amour filial et de notre plus profonde vénération, que nous déclarons être au nom de tous les Fidèles de cette grande République. Maintenir l'unité parmi nous-mêmes sans rien qui puisse lui faire brèche ; défendre les droits du Saint Siège Apostolique, professer la foi de la Chaire de Pierre : voilà ce pour quoi nous vivons, et pour quoi nous sommes toujours prêts à verser notre sang. Tels, O très Saint Père, sont les sentiments que nous voudrions vous exprimer dans notre joie, et comme assurance de notre filiale dévotion et de notre révérence comme Catholiques, pendant que nous prions la Divine Majesté de Vous préserver et prospérer et de Vous faire voir les années de Pierre et plus loin encore, comme le Bon Père de la grande famille Chrétienne, tirant du trésor de la Suprême Primauté des choses nouvelles et anciennes pour vos enfants."

L,e Pontife lui-même fut bien assuré combien étaient sans fondement les craintes publiées en Europe et qui avaient évoqué les plus tristes avertissements en les contrées transatlantiques. Combien peu ces craintes avaient touché l'âme du Pontife fut déclaré dans les termes si peu équivoques de sa réponse aux Êvêques des États Unis. Il les bénit, ses enfants Américains. Il les remercia, et déclara combien parfaite était la confiance qu'il avait dans leur fidélité et leur amour.

"Si Nous avons senti une grande joie," dit- il, "dans l'état de choses qui existait parmi vous quand Nous avons pris

charge du Suprême Apostolat, maintenant que Nous avons

dépassé 24 années dans cette charge si auguste, Nous sommes obligés de dire que Notre joie a augmenté de jour en jour. La raison de cet acroissement de Notre joie, c'est que la Religion Catholique s'accroît continuellement parmi vous. La cause de cet accroissement quoiqu'elle doit être d'abord attribuée à la Divine Providence, est due à votre énergie et à votre activité. Dans votre sagesse vous avez créé toute sorte d'organisations Catholiques, et vous les avez pourvu de ce que leur faisait faire face à toutes les nécessités et à toutes les contingences, conformément au caractère remarquable du peuple Américain,

Le système dernièrement adopté de donner des missions spéciales pour instruire les non-catholiques reçut une chaleureuse louange du Saint Père : " Vous avez montré une grande sagesse," dit-il, "en nommant de doctes et dignes prêtres pour parcourir district après district pour donner des instructions spéciales à nos frères dissidents en style spéciale à leur portée, dans leurs temples et autres édifices convenables, et de donner ainsi des réponses victorieuses aux difiScultés proposées. Admirable système et qui a déjà produit des fruits abondants ! Et puis votre charité n'a pas oublié le triste sort du Nègre et de l'Indien. Vous leur avez envoyé de dignes prédicateurs, vous les assistez libéralement, et vous avez pourvu de toutes manières à leur salut éternel." Rien ne prouvait autant la complète restauration de la confiance première et parfaite dans le cœur du Saint Père en la fermeté et la loyauté de l'Église Américaine.

Ce fut la première fois que l'histoire fit mention de tout l'Êpiscopat d'un pays quelconque s 'unissant pour écrire au Souverain Pontife ; et en s'addressant plus tard à un corps de pèlerins venus à Rome de Brooklyn, le Saint Père saisit l'occasion de dire à leur évêque, Monseigneur McDonnell, qui les accompagnait, combien il appréciait cet unique message.

Des hommes éminents de diverses nationalités ont donné au monde leurs impressions du tempérament de Léon XIII et de la force de son caractère.

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