‹ Vie de Léon XIIIChapitre 129 sur 148 · TACT DE LÉON XIII. 67I · texte numérisé non relu

TACT DE LÉON XIII. 67I

Le cardinal Gibbons décrit ainsi son entrevue avec le Souverain Pontife il y a quelques années :

"Figurez-vous un homme dans sa 86^'"^ année, pâle, émacié, avec la pâleur presque de la mort, et cette pâleur rendue plus grande encore par sa soutane blanche qu'il porte toujours avec le zucchetto. Son corps est encore plus courbé qu'il ne l'était il y a dix ans, mais son œil est brillant et pénétrant, sa voix forte et sonore, son intelligence lucide, sa mémoire si tenace qu'elle rappelle exactement des choses passées il y a une dixaine d'années.

" Il a une force physique étonnante qui le rend capable de soutenir la fatigue d'une audience de plusieurs heures de suite sur les affaires les plus importantes avec les Cardinaux, les représentants des puissances, passant d'un sujet à l'autre avec une remarquable élasticité d'esprit. Il est très familier avec les événements du jour."

Monsieur F. Marion Crawford, Romain lui aussi, que quelques écrivains ont jugé manquant dans la faculté d'humoriste, diffère de tous ceux qui ont essayé de nous peindre Léon XIII. Il a cru le Pape plus lourd:

"Comme un homme ordinaire, il a la simplicité de caractère qui presque toujours distingue les grands hommes, ainsi qu'une saine sobriété de caractère, d'habitude, et de goûts individuels, rarement trouvés dans ces êtres que nous pouvons appeler viotors parmi les hommes. On dit communément que le Pape n'a pas changé sa façon de vivre depuis qu'il a été simple évêque. Il est en effet un de ces hommes qui ne changent pas facilement ou leurs habitudes ou leurs opinions; car il est de ce caractère non changeant, mélancholique, caractère qui pense lentement, profondément, et qui fait un dur travailleur, et un de ceux en qui toute qualité tend à créer directement un travailleur infatigable, même chez les personnes dans la vie des quelles le travail peut ne jouer aucun rôle, et bien plus dans la vie de ceux dont les petites tâches quotidiennes consistent à tailler l'histoire humaine dans le matériel crii. * Car c'est un grand Pape.'

Nous n'avons pas eu son égal en intelligence depuis bien long temps, et nous ne verrons pas son égal sitôt. "

La vivacité, la flexibilité, la grâce en pensée et en langage, et une étonnante facilité à répartir, d'autres ont admiré en lyéon XIII. Aucun excepté M. Crawford n'a trouvé la trace de cette tournure mélanchoiique ou Saturnine dont parler ce dernier. L,e meilleur portrait physique est peut-être celui de M. Thaddeus, un artiste Irlandais, à qui le Pape a accordé plusieurs séances pour son portrait.

" Léon XIII, est de taille moyenne. Sa figure amaigrie est courbée par l'étude et le poids de longues années ; mais en tous ses mouvements il est étonnamment rapide et énergétique. Sa tête est très remarquable ; une fois vue, elle n'est jamais oubliée ; chacun des traits manque de proportion, cependant que le tout a son harmonie. Les yeux petits, rapides, placés près l'un de l'autre, marquent l'homme qui est toujours sur le qui-vive. Le nez, aquilin et largement dévelopé, denote la capacité de dominer. La bouche quand le Pape est sous l'influence d'une pensée agréable, prend un sourire grand et extrêmement gracieux, l'expression bénévole alors illuminant tous les traits, et communiquant cet air de bonté, qui manque aux yeux. Les oreilles, comme les mains et les pieds, sont exceptionellement larges et longues. La peau est si mince — chose que les Italiens admirent, et qu'ils regardent comme une marque de noble naissance — qu'un parfait réseau de veines bleuâtres (le sang blen~) est visible sur toute la surface du visage blanc et ascétique. Sa Sainteté est douée d'un feu et d'une impétuosité de mouvement d'un jeune homme sans la vigueur de la jeunesse."

Page 1