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LE PAPE EXHORTE LES PEUPLES CATHOLIQUES

À l'action civique.

Conflit entre l'Église et l'État en Italie.— Triomphe de Léon XIII.— Issues sociales en Belgique. — Agitation contre les Ordres Religieux en France.

f^N des plus profonds et éclairés écrivains qui a vécu en France durant le dix-neuvième siècle, M. Taine, a déclaré qu'il croyait qu'il n'y avait ^^^^ pas d'espoir pour la société sinon par la religion chrétienne. Or, quoique l'homme qui est l'auteur de cette assertion frappante ne fut pas un catholique, il était un très-grand admirateur de ce que l'Église a fait sur la terre, et de la grande mission sociale qu'elle y a accomplie. Il n'y a pas le moindre doute que c'est l'Église catholique que M. Taine avait en vue quand il lançait ces paroles frappantes.

Depuis plus de vingt ans Léon XIII avait déclaré sa ferme conviction que les paroles de M. Taine contenaient une parfaite description de la maladie sociale de nos jours, et un des actes les plus solennels du Pape, avant de commencer l'année de son jubilé episcopal, a été de renouveler ses instructions sur la démocratie chrétienne, et de les composer en corps de doctrine avec les plus menus de ce que l'on doit faire pour les mettre en œuvre.

Les millions de citoyens catholiques furent exhortés de se lever comme un seul homme, et de combattre héroïquement avec le socialisme athéistique. Leurs chefs dans cette guerre, les évêques et les prêtres eurent pour instruction de bien veiller à organiser les masses et spécialement de faire en sorte 43 673

que les écoles catholiques et les collèges fussent sauvés de ce déluge de littérature athéistique avec laquelle on s'efforcerait d'empoisonner le cœur et l'intelligence de la jeunesse. Les catholiques doivent se lever partout, et partout user de tous les moyens, pour ne point permettre que les puissants moyens d'action ne soient pas accaparés par les ennemis de la Foi.

Il n'est pas peu surprenant qu'Edmond Burke, le grand orateur et l'homme d'état, dans ses "Reflections sur la Révolution Française," a dit qu'un tel mouvement social serait inauguré par la papauté. La civilisation de l'Europe, dit-il, avait pendant des siècles reposé sur l'esprit de la religion ; l'esprit de douceur qu'elle avait inspiré, ainsi que l'esprit de justice. Quand on se révolta contre la religion, le succès partial que gagnèrent les révoltés fut gagné aux dépens de l'autorité, et le châtiment des révoltés fut infligé dans le tribut sanglant de la révolution — le parent et le père de cette longue suite de formes monstrueuses qui ont paradé sur le théâtre humain — le communisme, le nihilisme, le socialisme, l'anarchie, depuis que 1-horreur génératrice de ces maux a été enterrée dans sa fosse ensanglantée.

Ce fut en Italie surtout que le Saint Père voulut créer un mouvement énergique. Là le conflit entre l'Eglise et l'état avait pris un aspect nouveau et des plus insidieux. Toutes les ambitions dont on avait accusé l'Eglise dans les siècles passés semblaient remplir les imaginations des hommes du nouveau régime. Il semblait être l'objet des maîtres nouveaux de prendre possession de chaque cito5'en, corps et âme, et le posséder au nom de l'état plutôt qu'au nom de Dieu.

À cette fin les législateurs tendaient dans le parlement. Leur dessein malsain devait se lancer dans les salles des écoles, et l'œuvre de perversion ne devait pas s'arrêter à la porte même du foyer domestique. Un seul coup du balais administratif avait depuis longtemps mis à néant le droit venu de Jésus-Christ de régler les lois sacrées du mariage chrétien ; et cet outrage dans un pays catholique aurait été accompli à la veille même du jubilé dé Léon

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XIII, par l'érection d'un tribunal de divorce à côté même du Vatican. Un tel outrage remplit l'âme du Pontife avec une révulsion terrible mêlée de tristesse. Il protesta, et ses paroles de juste et de pieuse indignation retentirent par tout l'univers : l'effet fut électrique. ly'Italie catholique se leva ; les protestations inondèrent le palais du roi, le parlement et le gouvernement.

lye peuple avait cru que roi et gouvernement n'étaient point sérieux dans leur hostilité anti-catholiqne. Dans les cercles officiels, on voulait que le roi et ses ministres continuassent leur système usuel de répression populaire. Les athées sont affligés de deux sortes d'aveuglement : ils forcent les gens sensés à choisir entre ce qui est approuvé par la simple raison ; au lieu des théories ils manquent de cette sagacité ordinaire qui fait que les gens de bon sens choisissent ce qui est bon et pratique au lieu de ce qui est purement visionnaire.

Le ministère italien, dont nous parlons ici, parait avoir été affligé spécialement de cette maladie des yeux que les oculistes appellent strabisme. Leurs manœuvres furent complètement déjouées par un pouvoir qu'ils croyaient être sans secours et épuisé. Le cabinet fut aussitôt rempli de discorde et de confusion, qui gagna le roi lui-même, qui avait envoyé le bill au parlement avec sa recommendation, et avec une menace voilée, que le bill devra passer sous peine d'amende. Le parlement fit peu de cas de la menace et rejetta le bill. Le ministère n'eut pas d'autre alternative que de résigner.

Léon XIII avait triomphé pour un temps du moins. Et simultanément avec la nouvelle de sa victoire, arriva l'assurance que son jubilé devait être célébré avec des honneurs extraordinaires par les premières puissances de l'ancien monde, même les puissances non-catholiques, et parcelles du nouveau monde aussi. Peut-on s'étonner que le Pape avait la mine d'un triomphateur quand on le porta au milieu de la foule énorme qui était venue pour l'acclamer non seulement comme un grand Pape, mais comme le défenseur-né de la vie

sociale, de la pureté du foyer domestique, et de ceux qui suent pour gagner le pain de chaque jour pour leurs enfants! Ce ne fut pas seulement en Italie que l'appel du Pape aux catholiques produisit un effet merveilleux. En Allemagne il encouragea les catholiques à serrer les rangs ; et fit que le parti du centre déjà si puissant devint plus solide et plu? ferme encore. En Hollande, — la protestante Hollande, le parti catholique bien organisé avait obtenu que le gouvernement accordât aux catholiques les droits qu'on leur avait déjà accordés en Prusse, et dans toute l'Allemagne, grâce au génie d'hommes comme Windhorst, et Mallincrodt.

Kn Belgique, la libérale Belgique — nous voulons parler du mouvement anti-catholique commencé en ce pays il y a déjà bien des années par M. Frère Orban et ses collègues — avait été acculée à son dernier retranchement par le parti catholique. Eu tous ces pays, les succès obtenus avaient été gagnés sur les lignes stratégiques marquées par le Saint Père dans ses encycliques successives sur le problème social.

Dans chacune des élections qui eurent lieu dans cette période, ce furent les issues sociales qui dominèrent. La position de l'ouvrier comme membre de la famille chrétienne, qui a droit à la même considération comme un être responsable devant Dieu, comme le plus grand seigneur, fut donné le premier rang par le parti catholique dans chaque lutte importante. Même en Suisse, la Suisse de Calvin, la force du socialisme chrétien, c'est-à-dire de la démocratie chrétienne a été mise à l'épreuve, pour le soulagement des maux publics.

Ees fatales conséquences d'un retard à suivre les conseils du Pape, se firent vues en France dans les événements fune stes qui commencèrent à y transpirer. Ou commença à y faire la guerre féroce déjà tristement connue contre les ordres religieux. Cette fois, ce fut le procès Dreyfus qui donna occasion — chose étonnante — à cette guerre contre l'Eglise et contre les religieux.

Le gouvernement français fit passer à la législature une loi qui força les principaux ordres enseignants ou de clore

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leurs maisons et se disperser, ou de demander à l'état une autorisation d'enseigner, La très-grande majorité des religieux fermèrent leurs maisons et quittèrent le pays. Plusieurs des communautés de sœurs, cependant, refusèrent de quitter leurs charges et on vit des scènes à fendre le cœur dans la Bretagne, la Normandie, et dans d'autres départements, où les populations sont encore profondément religieuses.

Le peuple s'assembla en nombres immenses et empêcha les soldats et les gendarmes d'approcher des écoles. I,a force a été employée en bien des lieux, avant que les religieuses purent être persuadées de s'en aller, et les scènes qui eurent lieu quand il fallut séparer les enfants de leurs maîtresses, furent pitoyables. Quelques officiers refusèrent de mener leurs hommes contre les religieuses et leurs défenseurs. On eut recours aux courts martiales, avec des résultats tellement insignifiants, que tout le monde vit que le gouvernement était alarmé du sérieux antagonisme qu'il avait créé. De l'autre côté les amis de la religion durent avouer que les directeurs de la pensée catholique avaient été trop indifférents aux attaques des aggresseurs anti-catholiques, et leur avaient trop timidement laissé préparer les moyens d'assaillir la religion, jusqu'à tout fut prêt pour mettre en exécution la loi des associations. En prenant si peu d'intérêt dans les affaires les plus sérieuses du pays, les catholiques ne purent apercevoir la grandeur des préparatifs que faisaient leurs ennemis, ou de comprendre que ce n 'était pas seulement un mouvement contre les ordres religieux en France que l'on préparait sous leurs yeux ; mais un assaut général contre la religion elle-même en toutes les sphères oil elle touchait la vie sociale et civique du peuple.

Et ce n'était pas seulement la question, si la religion allait continuer d'exister en France, mais le mauvais exemple qu'elle donnait aux autres pays catholiques. La lutte entre l'église et l'état avait immensément aggrandi son champ de bataille. L'Espagne et le Portugal étaient témoins de luttes pareilles. Le gouvernement italien était encouragé à

faire une autre attaque contre le pouvoir spirituel en demandant des lois au parlement, qui leur donne le pouvoir de révoquer ou retirer V exequatur, ou placet, qu'il donne à ceux qui sont élevés à des bénéfices par l'autorité légitime spirituelle.

Toute cette pernicieuse activité peut être tracée à l'indifférence manifestée par le peuple catholique, dont les intérêts les plus sacrés étaient menacés par la marée d' aggression athéistique et leur négligence à prendre la ligne d'action tracée en maintes occasions drns ses encycliques prophétiques .

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