LÉOX TOUCHE LES ANNÉES DE S. PIERRE ÔQI
L'Empereur de Russie, par M. Goubaston, Conseiller d'État: le Priuce de Moutenègre, le Roi de Holland, la République Argentine, le Brazil, le Costa-Rica; tous ces pays et grands personnages envoyèrent leurs Envoyés ordinaires et extraordinaires, au Grand Souverain Spirituel des âmes, dont l'influence spirituelle semblait grandir en raison inverse de son pouvoir temporel et matériel.
Mais ce ne fut pas des Ambassades ou des Envoyés spéciaux que les grandes maisons régnantes d'Europe et le vieil Ordre Patricien de la Ville de Rome se manifestèrent. Une foule brillante de Princes, Princesses, Ducs, et Généraux en toute la splendeur de leurs robes et uniformes, donnèrent un grand éclat à la Fête du Jubilé. Dans le Tribunal Royal était assise la Comtesse de Trani et sa suite, la Grande- Duchesse de Saxe-Weimar Eisenach, le Duc et la Duchesse de Saxe-Coburg Gotha, et le Prince et la Princesse de Leichtenstein. La Tribune de l'Ordre de Malte, autrement de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, était occupée par le Grand Maître et sa Cour.
Les chefs des anciennes maisons d'Orsini et de Colonna, la Famille Pecci et bien d'autres réprésentants de l'ancienne noblesse Romaine occupaient leurs tribunes spéciales. Le Sacré Collège des Cardinaux était là eu le plus grand nombre possible ; les Patriarches de l'Est et de l'Ouest, et un nombre immense de dignitaires de divers noms remplissaient les espaces autour de l'autel.
Aucun homme vivant ne saurait se rappeler une scène comparable à celle qui se présentait à nous. D'autres assemblées étaient aussi imposantes par leur nombre, par la splendeur de leurs vêtements et la richesse de leurs ornements, peut-être aussi bien par la ferveur de leur piété. Mais ce que celle-ci avait par-dessus toutes les autres, elle le tenait de son caractère politique, pour ainsi dire.
Voir les têtes couronnées de tant de nations rendre les honneurs de la dignité impériale et royale à un Pontife à qui ses ennemis ont enlevé toutes ses possessions, et qui n'a maintenant que le nom de Souverain, nous révèle une
nouvelle phase de la Papauté. Cela fait voir qu'il n'est au pouvoir d'aucune puissance humaine d'éteindre l'influence qu'elle a sur les nations. C'est qu'elle est toujours la plus grande force terrestre.
Quand le Te Dcum eut été chanté après la ]Messe, le Pape remonta sur la Sedia Gestaioria et fut ainsi porté au tombeau de l'Apôtre, devant lequel est \e podis, drapé en rouge, sur lequel la Scdia repose. Alors Princes et Nobles, ainsi que tous les Ambassadeurs hâtèrent de venir en avant afin de pouvoir contempler la Bénédiction solennelle. C'est lapremière fois que plusieurs d'entr 'eux purent voir un spectacle aussi imposant, et bien du monde s'imaginait que c'était la dernière. Ceux qui observaient de plus près la vénérable figure du Pontife, furent frappés de la merveilleuse ferveur avec laquelle il fit sa prière. Toute son âme paraissait monter au ciel avec elle, et son corps amaigri semblait vibrer à chaque parole, telle était l'ardeur de chaque petition que le Vicaire de Jésus-CIirist prononçait.
Mais sa voix était forte et mélodieuse, et parvenait aux oreilles de l'immense multitude environnante. Il n'eut aucun besoin d'aide dans tous les détails si fatigants du long cérémonial, sauf quand on ajustait de temps en temps les extrémités de sa chape. L,' Archevêque Stonor tenait le livre, le Rituel plutôt, dans lequel le Pape lisait, avant la Bénédiction, «et le Cardinal Ceppetelli tenait la bougie. Après que la triple Bénédiction eut été donnée, vers le Nord, l'Est et l'Ouest, les deux listes d'indulgences furent lues par les Cardinaux Steinhuber et Maccb.i, respectivement.
A la conclusion du cérémonial, lorsque les attendants remportaient le Souverain Pontife dans ses chambres, et après qu'il avait béni l'immense assemblée au plaza, encore une vraie tempête d'enthousiasme se renouvela, et les vivats, comme ils réverbèrent tout le long des ailes de la Basilique, étaient répétées par la foule en dehors, et retentaient dans la grande place et outre. Jamais, dans l'époque actuelle de la Papauté, Rome n'avait pas vu un tel jour. Ce fut tant un présage qu' un promis.