‹ Vie de Léon XIIIChapitre 137 sur 148 · LA MISSION AMÉRICAINE AU SOUVERAIN PONTIFE · texte numérisé non relu

LA MISSION AMÉRICAINE AU SOUVERAIN PONTIFE

Les États-Unis envoient une Mission Diplomatique au Vatican pour arranger toutes difficultés survenues à propos des Iles Philippines. — • Cette mission reconnaît par le fait même la Souveraineté du Pape. — Les membres de cette Commission. — Ce que les Américains proposent.— Questions soumises aux CiuqCardinaux. — Heureuse terminaison de cette mission.

I LUS d'une fois depuis 50 ans, on a essayé de pousser les États-Unis à nouer des relations diplomatiques régulières avec la Cour Papale, vu la grande population Catholique de la République et le constant retour de problèmes ecclésiastico-civils, qui ne pouvaient obtenir une solution complète que du Saint Siège ou un Délégué Apostolique.

Ces suggestions, cependant, tombèrent à terre, jusqu'à la terminaison de notre guerre avec l'Espagne, quand une entente cordiale du Cabinet de Washington avec le Saint Siège parut être l'unique moyen de résoudre bien des problèmes en équité qui inquiétaient l'Administration Fédérale.

Pour faire la bonne entente nécessaire entre les deux parties intéressées il fut résolu d'envoyer non une ambassade à Rome, mais simplement une mission diplomatique.

Pour prévenir des objections de la part de personnes dont les convictions religieuses ne leur permettraient pas d'approuver une mission formelle au Pape, on eut soin de faire connaître au monde que la mission serait envoyée comme une mission sans caractère religieux, pour arranger amicalement les affaires dans les Philippines, et non pour établir un précédent

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pour relations diplomatiques, comme les États-Unis ne reconnaissent point la souveraineté temporelle du Saint Siège.

Ceci sans aucun doute était l'intention qu'entretenaient les autorités de Washington, mais l'importance de cette transaction ne perdit rien de sa valeur.

Au monde entier c'était reconnaître sans ambages que le Saint Père était suprême dans l'ordre spirituel tandis que la nature des affaires à régler dans les Philippines signifiait le droit de juger et décider aussi bien des choses temporelles. Tout cela n'affectait nullement la question de la souveraineté propre du Pape à Rome. Mais cette mission proclamait que le Pape était souverain et dans les choses spirituelles et dans les choses temporelles dans l'Église.

Si la mission ne portait pas et n'avait pas été donnée le nom d'une ambassade spéciale, elle avait du moins toutes les proportions et toute la dignité d'une. Elle était composée du Gouverneur des Iles Philippines, le Juge Taft, avec son aide, le Major Porter, et l'Évêque de Sioux Falls, Monseigneur T. O' Gorman, qui les accompagna en qualité d'interprète. Le Saint Père reçut la deputation avec une parfaite cordialité. Comme un gage de cordialité le Président avait chargé les envoyés d'un présent personnel de livres de choix pour sa Sainteté, et cet acte de bonté tira de la bouche du Pape non des paroles seulement qui témoignaient son appréciation du don, mais deux magnifiques mosaïques et de riches souvenirs pour chaque envoyé. Tous les honneurs que l'on rend aux réprésentants des plus grands souverains furent payés aux envoyés du Président Roosevelt dans leur réception solennelle au Vatican, et le langage du Saint Père luimême ne laissa point à douter avec quel vrai plaisir le Pape avait reçu les réprésentants du Gouvernement Américain. En deux mots, disons que l'objet de cette mission était d'arranger avec le Saint Siège la base d'un arrangement par lequel le principe de séparation entre l'Église et l'État, autant qu'il regardait les propriétés des quatre Ordres religieux dans les Philippines, s'établit. Ces Ordres étaient l.s Augustins.le Dominicains, les Franciscains, et les Récollets.

Ils possédaient des terres et des maisons, et, quant â ces dernières, leur titre est tel qu'il complique l'arrangement définitif de la question, oii les droits de l'Église terminent, et ceux de l'État commencent.

Le Gouvernement des États-Unis désira bien acheter les terres, par politique, et il désirait aussi que ces quatre Ordres fussent rétirés des Philippines, pour la raison qu'ils créaient un obstacle à leur pacification définitive, à cause de l'hostilité que l'on sentait contr' eux, comme propriétaires et instruments de la domination Espagnole.

Malheureusement pour ce qui regarde le succès de ces intentions du Gouvernement, notre Presse journalière qui affectait de parler pour lui, disait chaque jour au peuple, en termes bien répréhensibles, comment les choses se passaient à Rome. Ils continuaient à répéter de jour en jour que le secrétaire de la guerre, M. E. Root, dans sa lettre d'instructions au Gouverneur Ta ft, demandait absolument que les moines fussent rappelés par le Souverain Pontife, sinon rappelés, qu'ils fussent bannis ! Cette attitude exaspérante excita la colère de la Presse Catholique a\ix États-Unis, et une situation fut ainsi créée qui rendit la continuation de nos afiaires à Rome difficile. Le Gouvernement crut nécessaire d'intervenir avec une déclaration semi-officielle sur la phraséologie de sa requête. Il disait :

" Nous regrettons sincèrement que le mot d'expulsion ait été introduit dans cette question. Nous n'avons point demandé et certainement nous ne désirons pas l'expulsion des moines des Iles Philippines. Ce que nous désirons, c'est que les autorités légitimes obtiendraient dans un espace de temps raisonnable que les moines quittassent l'Archipel paisiblement. Il faut bien se rappeler que la ré traite des quatre Ordres n'est en aucun sens le résultat d'une demande faite par des cito3'ens des États-Unis ; nos réprésentants ont essayé d'agir dans la plus stricte conformité aux désirs des Filippinos Catholiques. Nous avons essayé de bien connaître leurs désirs, et dans cette fin nous avons obtenu des informations positives qui ne peuvent être considérées que

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