LE SAINT PÈRE CÉLÈBRE SON JUBILÉ COMME PAPE
Relatantes démonstrations de Joie. — La Santé du Pape tient bon. — La terminaison de Vingt-Cinq Années. — Un banquet donné aux pauvres de Rome. — Festivités Jubilaires.— Jour qui couronne toutes les Fêtes Jubilaires. — La célébration du 3 Mars. — La Mort du Cardinal Parocchi. — Ce que le monde pense de Léon XIII.
-ENDREDI, le 20 Février, 1903, vit une de ces !^ grandes explosions de joie qui marquent les grands événements dans l'Église. Rome était ivx^o^s^^t devenue une fois encore le centre qui attirait les yeux de tout le genre humain. Des quatre parties de la terre venaient des pèlerins qui portaient de riches tributs qu'ils devaient déposer aux pieds du Sotiveraiu Pontife. La ville Auguste était pleine de voyageurs venus de plusieurs contrées ; les officiers du Vatican étaient assiégés d'étrangers qui demandaient des billets d'admission qui menaçaient d'encombrer bien au delà de sa capacité la vaste Basilique de Saint Pierre.
Le corps principal de ces pèlerins portaient avec eux, comme un don bien approprié à cette solennité, une Tiare nouvelle en or enrichie de pierreries, l'offrande de l'Univers Catholique à Léon XIII. Son prix fut payé par les Catholiques de tous les pays depuis l'Angleterre jusqu'à la Nouvelle Zélande. Le jour de fête était l'Anniversaire de l'Iîlection de Léon XIII, vingt-cinq ans auparavant.
Le Pape était tout radieux. Son courage l 'élevait au-dessus de lui-même, et son pas était celui d'un jeune homme. Le Dr. Lapponi l'avait averti la veille de la Fête de prendre bien garde de ne pas se trop fatiguer. Le Pape sourit, et lui
répondit qu'il se sentait fort et vigoureux, et que ceux qui avaient passé les mers pour lui faire honneur, ne seraient pas désappointés dans Tespérance de le voir. Aux pauvres de Rome le Pontife commanda de distribuer la somme de 20,000 piastres, en reconnaissance de la Bénédiction accordée par Dieu à lui-même et à toute l'Eglise. Si on lui donnait de riches offrandes, il voulait aussi donner généreusement.
La Grand-Messe fut célébrée par le Cardinal Rampolla assisté de vingt-quatre évêques, et la présentation de la Tiare se fit quand le Pontife se plaça au côté de l'Autel. L,e soir on chanta un Grand Te Duon, suivi d'une procession composée de toutes les associations Catholiques de Rome et de nombre d'autres. Plus tard le Pape tint une grande réception dans la salle de Béatification et fut porté de là à la Sala Ducale et la Sala Regia, à la vue des milliers et milliers de spectateurs massés dans la grande place de S. Pierre et dans toutes les rues et espaces qui environnent la Basilique. Sa Sainteté fut profondément affectée par la tempête d'applaudissements, éclatant encore et encore pendant que le Pontife était visible. La Bénédiction Apostolique ne fut jamais reçue par l'immense multitude avec l'assurance plus sentie que la main de Dieu se faisait voir en ce jour là, dans la manière que les affaires de son Église étaient dirigées. Léon allait faire mentir les augures ; évidemment le Pontife allait dépasser les "Années de Pierre." Ses propres paroles ce jour là étaient pleines d'une spirituelle fierté. Quand on lui conseilla de ne plus recevoir de pèlerins, il dit aimablement, en accédant au désir de son interlocuteur, "Ah, laissez faire, j'en recevrai d'autres dans les années qui viennent."
Quand le Pape fut couronné vingt-cinq ans auparavant, plusieurs personnes qui furent présentes se demandèrent, si celui qui était la figure centrale dans la cérémonie verrait la fin de la première année ? si frêle et si ascétique paraissait-il ! En Mars 1903, il paraissait beaucoup plus alerte et plus vigoureux que vingt-cinq ans auparavant. Qui pouvait s'empêcher de voir en cela quelque chose de phénoménal ? Le Pape remplit toutes les cérémonies si longues et si fatigantes,
et aussi les réceptions de coutume avec une merveilleuse aisance et calme. Il maintint un ton très élevé toute la journée. II fit la remarque plusieurs fois que c'était " le jour le plus heureux de toute sa vie ; " toutefois il n'y eut rien d'artificiel dans ses manières ou son ton depuis le commencement jusqu'à la fin ! Quand le temps fut venu pour donner la Bénédiction Urbi et Orbi prescrite par le Rituel, du balcon au-dessus du Portail de Saint Pierre, il fut visiblement ému et remarqua, dans son émotion, "qu'il y avait vingt-cinq ans qu'il était venu là auparavant."
Un banquet donné aux pauvres de Rome, fut un des événements les plus remarquables de cette grande journée. Son invitation fut acceptée dans l'esprit qu'elle fut donnée ; mille pauvres remplirent la Cour du Belvidère, et on rendit aux invités autant d'hotmeurs qu'on paya jamais aux plus nobles. L,es Gardes Nobles se tinrent autour des murs dans l'attitude d'Attoilion, et les tables furent servies par des Soeurs de plusieurs Ordres.
Parmi les visiteurs reçus par le Saint Père durant les Fêtes Jubilaires, aucune ne lui causa autant de plaisir que sa vieille Nourrice, la Signora Anna Moroni. Elle avait passé plus de cent ans, lorsqu'elle vint pour recevoir la Bénédiction de celui qu'elle avait porté petit enfant dans ses bras plus de 90 ans auparavant. Sa Sainteté fut vivement émue quand cette vénérable femme s'approcha pour recevoir sa Bénédiction. Quant à elle, cette Bénédiction lui parut la suprême joie de toute sa vie. Kn effet la nouvelle de sa mort suivit peu de jours après son retour à Cori, son séjour, ainsi que la ville natale de la Comtesse Pecci, et où peu de temps auparavant on avait joyeusement célébré le centenaire de cette vénérable dame. Sa mort fut extrêmement triste et tragique. Elle périt par le feu communiqué à ses hardes par accident, tandis qu'elle était assise à son foyer. Cette mort causa au cœur si tendre de Léon XIII, une peine des plus douloureuses.
Il fut remarqué par tout le monde combien peu d'impression le passage des années faisait sur les énergies du Souverain
Pontife. Il semblait être exempt des lois inexorables de la Nature, et quant à son intelligence et quant à son corps ; qu'il devenait plus vigoureux dans ses facultés intellectuelles, et plus agile dans ses mouvements, comme l'horloge approchait de L"HK;rRE petrine. Sa mémoire était si lucide, si fidèle, qu'elle étonnait tous ceux qui lui parlait du passé.
Monseigneur Farlej-, Archevêque du New York, raconte une anecdote qui prouve ce que nous disons. Lorsque Pie IX mourut, le Cardinal MacCloskey, alors Archevêque de New York, partit en toute hâte pour assister au Conclave, accompagné de Monseigneur Farley, alors son secrétaire. Ils arrivèrent à Rome trop tard. Léon XIII était élu.
Dernièrement Monseigneur Farley eut le bonheur d'être présent au Jubilé de Sa Sainteté, et dans l'audience qu'il eut avec le Saint Père la conversation tourna sur le Cardinal MacCloskey et quelque trait caractéristique que le Pape rappella: "Oh, Très- Saint Père," dit l'Archevêque, " ce que dit Votre Sainteté est exact, mais il y a vingt-cinq ans de cela." "Oui," dit le Pape, " vous me dites que le Cardinal Archevêque de New York m'aurait donné une voix de plus au Consistoire, mais vous-étiez arrivés trop tard. "
L'affection qu'il avait toujours sentie pour Pérouse, fut aussi manifestée à Monseigneur Farley. Celui-ci avait aussi visité cette ville, mais n'avait rien dit de cette visite, quand il vit Léon XIII en cette dernière visite peu de temps avant son Jubilé papale. Monseigneur Farley fut donc très surpris, quand Sa Sainteté lui dit : "Je vois que vous avez éié à Pérouse !" Il ne sut jamais comment le Pape avait découvert qu'il avait visité Pérouse, jusqu'à ce qu'il eut parlé de la chose au Cardinal Satolli, quand ce dernier lui dit que le Pape ce faisait un devoir de lire tous les matins un journal quotidien de Pérouse."
Quand Monseigneur Riordan, Archevêque de San Francisco, visita Rome, après avoir quitté la Hague, où il avait bien observé comment la Convention Diplomatique avait traité comme arbitres la matière du fond pieux (the arbritration
of the Pious Fund Case), il put juger très exactement de la variété si grande de matières que le Saint Père embrassait, car il discuta le cas en question dans son aspect légal et son aspect historique.