LE SAINT PÈRE CÉEÉBRE SON JUBILE FATAL
le même niveau dans la distribution des places, oil le mérite et la capacité étaient la seule chose qui recommendait. L,edochowski était un héros du vieux type classique, comme c'était le propre d'un compatriote de Jean Sobieski, et l'histoire de sa vie montre que l'on n'a aucun besoin d'exaggérer pour rendre l'histoire contemporaine de la Pologne aussi digne de notre enthousiasme que celle de Sobieski et de Kosciusko !
lya place que les États-Unis occupaient dans l'âme du Pontife se manifesta jusqu'à la fin, avant son Jubilé, et pendant qu'il durait encore, quand on pouvait bien croire que le tourbillon des événements inséparables d'un cérémonial qui attirait les yeux de l'Univers, devaient fixer l'attention de Léon XIII sur les grandes choses de l'heure présente. Un incident très-remarquable touchant le Nouveau Monde arriva dans une audience que le Saint Père accorda à trois jeunes personnes de Boston, élèves du Sacré Cœur il y a quelques jours. L'incident, comme une de ces enfants le eaconte, est touchant ; le Pape les accueillit avec la plus grande bonté
"Ainsi," dit-il, "vous allez quitter Rome en quelques jours. Eh bien, mes enfants, portez avec vous ma bénédiction au peuple Américain. J'aime les Américains ! C'est une grande nation, un peuple progressif; et l'Église en Amérique a un avenir glorieux dans votre pays vraiment libre."
Il dit bien d'autres choses de la même portée, et alors il demanda :
"Qu'est-ce qui vous a donné le plus grand plaisir à Rome ? ' '
" Cette audience avec vous, Très-Saint-Père," repondirent toutes les trois spontanément.
"Ah," dit le Pape, " vous me flattez. Je croyais que les Américains étaient un peuple qui aime la vérité. "
Elles voulaient protester, quand un des Cardinaux présents, répondit: "Oui, les Américains sont tels. Très-Saint Père, ces enfants ont exprimé les vrais sentiments de leurs cœurs."
.Alors le Saint Père dit encore quelques paroles d'encouragement et de consolation, et une bénédiction généreuse fut donnée à elles et à tous ceux qui leur étaient chers, et le temps précieux était fini.
Elles se levèrent, et se retirèrent, mais à la porte elles haussèrent les yeux instinctivement pour regarder le Saint Père une dernière fois. Elles virent ses j^eux fixés tendrement sur elles. Se tournant vers les cardinaux, il dit : " Voyez comme mes enfants Américaines m'aiment ; elles ne veulent pas me quitter." Alors, leur faisant un signe, il dit, d'une voix claire, et sonore.
" Venez, venez, mes enfants ! "
Ils allaient s'en retourner de suite, quand un des cardinaux, craignant un excès de fatigue pour Sa Sainteté, leur fit signe de s'en aller, leur disant : " Allez ! c'est fini ! " Mais le Saint Père répondit aussitôt: "Non, ce n'est pas fini; venez, mes enfants, venez ! " Elles n'attendaient pas une seconde invitation. En un instant elles étaient à ses pieds, et elles recevaient une seconde bénédiction aussi révérée que chérie.
Ceux qui ont, jusqu'à ce jour, gagné une grande rénommée, ont été grands dans des carrières à part. La piété regarde les uns comme siens à des titres sacrés ; la sagesse regarde d'autres comme ayant mérité la couronne murale de la paix. Le poète, le soldat, le savant, se sont rendus les types des plus illustres des générations humaines par leurs yeux, leur langue, leur plume, leur epée, et cela dans la longue ligne des bienfaiteurs de l'humanité. Cependant si l'on jette un coup d'oeil sur la longue série de ces grands hommes, il est difîîcile d'apercevoir cette auréole d'amour et de sagesse qui fait du prophète un homme d'état, que le monde discerna dans la combinaison de grandes qualités qui caractérisent Léon XIII. Au-dessus de sa tête, on voyait cette empreinte où Dieu et ses saints et ses anges avaient posé la main. Les armées ne sont jamais levées vivantes pour partir à un signe par lui pour parcourir la terre. Et toutefois quand il prenait la parole toiit le monde écoutait, et la plume qu'il prenait en main pour faire écrire les divines
vérités, devenait un instrument plus puissant que la baguette magique de l'enchanteur Merlin. Son sentier était la Paix. Il désirait réléguer les guerres et les jalousies internationales d'oîi elles naissent, aux royaumes de la unit et de l'oubli.
Renfermé dans sa rétraite sacrée, séparé du monde entier par cette clôture, son cœur battait toujours en sympathie avec son siècle, et il maintenait son doigt sur le pouls de l'humanité avec une fermeté et une assurance que nul autre ■Romain n'avait quand Rome était la maîtresse du monde et que nul de ses dominateurs ne possédait.
Entre les deux grand courants intellectuels dans l'Eglise — le courant de la pensée conservatrice, et le courant progressif— il gouverna avec la main ferme du pilote qui sait parfaitement les courants les plus embarassants, et iut toujours guidé, quand la nuit enveloppa l'océan, par la lumière d'en haut. Il ne chercha pas à mettre les intérêts sublimes et sacrés à l'abri en jouant le jeu de nos grands hommes d'Etat en rivalisant une nation contre l'autre, et maintenant la balance entr 'elles avec une finesse consommée. La méthode la plus noble de conciliei les rivalités et de faire disparaître les aspérités nationales, était l'art unique qu'il employait, si bien que les nations qui allaient se faire la guerre, lui envoyèrent leurs ambassadeurs mettant leurs difîerences à ses pieds, et lui demandèrent de se faire médiateur pour la seule justice. Ainsi il arriva à faire de Rome encore une fois la maîtresse des nations, non par le sceptre d'un empire universel, mais par l'aimable joug d'une charité paternelle, toujours inspirée par Jésus-Christ.
Les sublimes enseignements du catéchisme. — Création et rédemption. D'après un dessin de Wolhgemuth, Nuremberg, 1491.