‹ Vie de Léon XIIIChapitre 145 sur 148 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LA LUMIÈRE s'ÉTEINT.

Après le jubilé. — Renouvellement de l'activité mentale du Souverain Pontife.— Réception de plusieurs pèlerinages. — Le dernier consistoire.— Création de sept nouveaux cardinaux — Une allocution — Une fatale sortie. ^ — Subite maladie du Pape. — Il se prépare à mourir. — Scènes attristantes autour de son lit. — Encore de merveilleux intervalles de vitalité et de force de la volonté. — Il subit une operation chirurgicale. — Le " Coucher du Soleil," et " l'Étoile du Soir. " — A la lin des scènes solennelles marquent cette glorieuse carrière. ■ — Les obsèques à S. Pierre. — ^Le lieu de sa sépulture.

[REF fut l'intervalle de repose que Léon XIII se donna après les fonctions accablantes de son jubilé solennel. Après quelques jours, le Saint Père était encore sur pied, donnant audi- ^S%6«©à^p^ ence à de nombreux pèlerins, et acctieillant personnellement leurs membres avec la cordialité et la vivacité personnelle, d'un homme dont l'âme était toute engagée dans la même cause qui les absorbait. Parmi les choses les plus intéressantes de cette période, fut l'audience accordée au passioniste Père Jean Baptiste, représentant le Cardinal Archevêque de Baltimore, et aussi porteur d'un don jubilaire du Président Roosevelt. Le Pape reçut le don du Président, avec les manifestations d'un plaisir extrême, et après quelques jours le Père von Antwerp, de Détroit partait pour les Etats-Unis, apportant au Président de l'Union une gracieuse lettre de remerciment.

Les médecins de Sa Sainteté furent vivement alarmés de la persistence que mettait Sa Sainteté à braver toutes les fatigues que tous les jours, l'un après l'autre, ne manquaient pas d'amener à Sa Sainteté : recevoir des pèlerinages et des deputations, etc., etc. Mais les représentations des 47 737

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docteurs ne faisaient pas d'impression sur cette volonté lô^ domptable. Invariablement il souriait, et assez souvent répondait par quelque bon mot à leur argument, et de cette manière, on ne gagnait rien à lui faire peur.

Comme le temps s'approchait pour tenir un consistoire pour nommer de nouveaux cardinaux, les craintes des médecins ne firent qu'augmenter et bien des prédictions furent soufflées tout bas au Vatican, que Sa Sainteté ne serait point capable d'endurer la fatigue de cette fonction. Ces prophètes avaient raison.

Sa Sainteté n'était pas assez robuste pour présider un consistoire : le consistoire devait se tenir le 1 8 juin. L,e Pape attendit une semaine, comme on portait alors Sa Sainteté à S. Pierre, son apparition causa une explosion si tumultueuse de joie et d'enthousiasme dans la foule énorme qui encombra les corridors, la Sa /a Regia et la Sala Ducale. Tous les accessoirs magnifiques prêtèrent à l'occasion une importance exceptionnelle. C'était, croyait-on, le dernier acte publique d'un très grand Pape.

Il parut à tous ceux qui furent témoins de ce spectacle grandiose, être le point culminant d'une carrière sans égale dans l'histoire, dans les grands résultats accomplis, dans la noblesse de ses desseins et les hauts exemples qu'il laissait en héritage à toute l'Église. C'était comme le coucher d'un soleil de gloire ; un adieu plein de larmes. Le vieux sourire si plein de bienveillance illuminait toujours la physiognomic du Souverain Pontife, quand il apercevait la multitude et prêtait l'oreille à leurs cris enthousiastes retentissant tout le long de la route.

Il se levait debout dans la sedia, afin que la multitude le vit mieux alors qu'il levait la main pour les bénir tous. Suivant le Pontife vint la foule éclatante des cardinaux en manteaux écarlate, des frères ou moines de tous les ordres religieux, des prêtres et des membres de la cour papale portant des culottes de velours et des collerets de fil blanc. Les dignitaires de l'Église étaient escortés par la garde noble, les suisses, et la garde palatine.

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On avait érigé des tribunes particulières des deux côtés du trône pontifical pour les membres du corps diplomatique, les chevaliers de Malte, la noblesse romaine, la famille du Pape, et les parents des cardinaux qui venaient d'être créés.

Outre qu'il eût à passer par toutes ces fatigantes formalités, le Saint Père addressa de plus une allocution aux cardinaux, dans laquelle il leur parla très-vivement des grands dangers qui confrontent de nos jours l'Église et la société moderne; il insista surtout sur l'esprit avec lequel tous les chrétiens doivent s'y prendre pour neutraliser autant que possible les dangers qui menacent leur Mère et les institutions catholiques. Â la fin de ce discours. Sa Sainteté ne laissa paraître aucun symptôme de fatigue. Et il n'y a aucune raison au monde pour croire que les cérémonies et fonctions de ce jour là purent contribuer au changement qui se manifesta bientôt dans la condition physique du Saint Père. Au contraire, ce changement doit être attribué à une résolution, qu'il prit quelques jours plus tard, de se promener dans les jardins du Vatican, où il n'avait pas été depuis quelques semaines.

Le jour choisi pour cette promenade était un jour très chaud et humide. Comme sa voiture ordinaire n'était pas accessible, sa Sainteté se promena dans une allée et causa avec le jardinier ; sortant de cette allée, il fut exposé à toute l'ardeur du soleil. Comme il quitta l'allée ombragée sa voiture ne put le sauver de l'ardeur intolérable. Bientôt après il sentit vivement les effets de la chaleur solaire et de l'humidité. On envoya en grande hâte chercher les docteurs.

Une fois que les symptômes de la maladie commencèrent à se développer leurs progrès furent alarmants et en étendue et en continuité. L'action du cœur commença à faiblir, des désordres fonctionels peu accoutumés se firent sentir et la respiration devint difficile, pénible même. Outre ces graves troubles, il y eut encore celui plus grave de l'insomnie. Les médecins en cherchant à localiser ce trouble, l'attribuèrent à la plèvre, en tant que la respiration était en cause. Ils décidèrent qu'il fallait absolument faire une opération, ce que

l'on fit avec succès. L'illustre patient ne fit aucune résistance. L'opération n'amena aucune amélioration sauf de donner au patient plus de vivacité ; auparavant il montrait une tendance marquée au sommeil, maintenant il pouvait converser librement avec tous ceux qui l'entouraient. La seule chose dont il se plaignait était que ses troubles l'empêchaient de travailler.

Ce qui était le plus remarquable eu lui, c'était la lucidité de son esprit ; rien n'échappait à son esprit, ni à cet œil si brillant ; et pour toutes les affaires pratiques qui recevaient ordinairement son soin personnel, il était alerte, et prévoyant. Un exemple de cette merveilleuse faculté est son testament, disposant de ses propriétés personnelles en faveur de ses neveux, en ayant soin de dire comment sa propriété serait partagée, et en particulier comment un piano qu'il possédait, devait être donné aux enfants d'un de ses neveux. Il fit cela après s'être remis d'une très sérieuse attaque et le même jour il fit venir son secrétaire d'état, et lui donna des ordres très positifs et très clairs de faire un bref en faveur de Monseigneur Volpini qui devait être promu secrétaire de la congrégation consistoriale. Cet incident eut une relation tragique à la mort du Souverain Pontife.

Monseigneur Volpini remplissait l'office de secrétaire des lettres aux princes, et la position dans la congrégation consistoriale avait été tenue par Monseigneur Nocella. Sa promotion au cardinalat laissa vacante la position que le Saint Père donna à Mgr. Volpini pour qui il chérissait une vive affection. Le Saint Père, si près de la mort qu'il était, ne se doutait point qu'il accordait cet honneur à un homme qui allait mourir avant lui-même. Quelques heures seulement après sa nomination, Mgr. Volpini tomba mort dans l'antichambre de son bienfaiteur, chez qui il espérait entrer pour le remercier. Le même jour, et presqu'à la même heure, un journaliste français qui était là pour savoir des nouvelles du Pape, tomba mort dans la chambre voisine. Ces deux morts tragiques furent attribuées à la faiblesse du cœur ; justement le danger qui menaçait Léon XIII lui-même.

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