‹ Vie de Léon XIIIChapitre 47 sur 148 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PREMIERE EDUCATION

Situation sociale cl religieuse de i'Itnlic. — .lf>nchirH Pccci clic/ les jcsiiiies \ Viterbe et à Rome. — Ses laleiiis précoces. — Sa preféicnce m.irquce pour la langue latine. — Il tombe malade. — A l'exemple de sa mère, il professe une devotion spéciale pour saint François d'Assiâe. — .Maladie et mori de la comtesse Anna.

'univers clirélien tout entier est désormais intéressé à connaître, dans ses détails, l'éducation donnée par la comtesse Anna Pecci à ses deu.\ fils, Joseph et Joachim. Son dernier enfant, Ferdinand, né le 7 mars 1810, ne vint au monde qu'après le retour à Rome de Pie VII. Il ne put donc partager les soins que sa niére prodigua à ses aînés durant les dernières années de la captivité du glorieu.K pontife.

Pendant que Joseph et Vincent apprenaient sur les genoux de leur mère les premiers éléments. Pie VII, atteint dune maladie que les médecins jugeaient mortelle, était transporté sans merci dune prison à l'autre, de Savone à Fontainebleau. .Mors s'engagea, entre l'héritier de la révolution fx-ançaise Pl le pontife, isolé du sacré collège, ce grand duel dans lequel le droit et la justice triomphèrent de la force et de Tininiquité (1).

La comtesse Pecci et son époux, entourés de leurs petits pnfants dans la campagne de Carpinclo, sur la crête des mon-

(1) Bcaucliamp, lltsl. des malheurs et de la caplivitcde Pie VII; Cohen, Précis kist. sur Pic Vil . Artaud de Monter, Ihst. de Pie VII. d'Houssoiivillc, rÉV^W romaine et le premier Empire, etc.

14 LEON XIH.

îagnes volsques, entendaient les échos des guerres sanglantes et néfastes que Tanribition avait déciiaînées sur le monde, du détroit de Gibraltar aux rives delà Baltique. Ils lisaient le récit des tragiques événements qui étonnaient le monde. Des armées réputées invincibles étaient refoulées de Madrid, de Moscou, de Leipsick jusqu'aux portes de Paris; le conquérant, vaincu d'abord par ses ennemis coalisés, rompait bientôt les entraves qu'on lui imposait à l'île d'Elbe, et se précipitait de nouveau dans les hasards des combats ; puis il succombait à Waterloo, et allait mourir sur le rocher de Sainte-Hélène.

Pie VII vit s'ouvrir la porte de sa prison. La France et l'Italie se prosternèrent sur le passage du pontife pour baiser les pieds d'un confesseur de la foi et pour implorer sa bénédiction. A Lyon, les marchands de la ville lui donnèrent une tiare. Ils voulaient offrir ce gage de leur amour et de leur vénération à un pape plus grand par ses malheurs et par ses vertus que les rois, les empereurs et les conquérants, maîtres de la terre (1).

Ce fut le front ceint de cette tiare, don touchant de la France catholique au père et au souverain de la chrétienté, que Pie VII rentra dans Rome. A son passage, Ludovico Pecci, sa femme et ses enfants se portèrent à sa rencontre aGn qu'il les bénît, et ils se mêlèrent à la foule innombrable qui donnait un libre cours à sa joie et faisait retentir les airs de ses chants de triomphe. C'était la marche d'un l'oi pacifique.

Le retour de Pie VII et les efforts d-e son zèle ne pouvaient apporter qu'un remède tardif, lent et peu efficace aux désordres qu'avait produits à Rome et dans toute l'Italie le règne du voltairianisme et des principes subversifs de la Révolution. Il semblait impossible d'arrêter cette propagande énergique du mal, que le -gouvernement avait sinon encouragée et conseillée directement, du moins tolérée et fomentée par une coupable connivence. Une seule puissance, celle de Dieu, est capable de rendre à un grand pays, dévasté par l'incendie et

(1) Le l»' janvier 1888, Léon XUI, prisonnier au Vatican, portait à Saint-Pierre, jprés la messe jubilaire, la niagni(i(|ue tiare offerte par le diocèse de Paris. I.a France ne serait-elle pas encore dcsliiiée par la Providence à rétablir et à pro-: ((Tger le pouvoir temporel ?

r:iLiîiliRE LDUC/.TION.

bouleversé par les tremblements de terre, la vie, la beauté, l'harmonie, l'ordre universel détruits par la furie aveugle des forces physiques. De même, dans l'ordre mor'al, on cause lin mal à peu près irréparable en développant dans l'iiitelligence d'une nation tout entière l'erreur, les préjugés, le mépris des .hoses saintes el de la plus vénérable autorité. Les passions antireligieuses et antisociales qui sont le fruit d'une semblable

Fig. s. — Pic VI. McJaillon de Saint-Paul hors les murs.

culture, s'emparent tellement de toutes les facultés de l'âme, qu'elles obscurcissent les notions les plus élémentaires du vrai, du beau et du bien.

L'histoire est là pour nous dire que telle fut^ à la lettre, la funeste propagande exercée au sein des populations italiennes depuis Voltaire jusqu'à l'année 1816. Les ouvrages du philosophe de Ferney inonf'.cvent l'Italie, et servirent d'aliment à. la haute classe et à la :.: urgeoisie instruite.

j']n Italie, comme a.; royaume de saint LOuis, la corruption

i6 ' LÉON XIII.

de l'iotelligence et du cœur avait "commencé 'par les degrés supérieurs. Le bel arbre de la société française, la merveille et la gloire de la chrétienté, tant que la vie surnaturelle y circula, périt d'abord par la cime, et la mort se propagea avec une rapidité effrayante et irrésistible de haut en bas, jusqu'aux racines mêmes.

La révolution de 1789, qui alarma et ébranla toute l'Europe, trouva en Italie de nombreux partisans. Ses théories et ses innovations eurent même des apôtres zélés parmi la noblesse el dans la classe moyenne. La fausse philosophie avait déjà conquis des miUiers d'adeptes influents et enthousiastes dans toutes les villes, dans toutes les cours et jusque dans Rome même. Ainsi peu à peu fut popularisée, avec l'idée de l'unité nationale, l'utopie d'une liberté sans Dieu, sans Église, sans pape et sans prêtres. On voulait renverser de fond en comble Tordre chrétien et l'ordre social existant, et, dans ce but, on commençait par les ébranler et les discréditer dans toutes les intelligences.

Quand Bonaparte apparut sur la scène, il ne trouva que des ruines et quand Pie Vl expira, prisonnier à Valence, Rome, les Etats de l'Église, toute la péninsule était soumise àl'action puissante et continue de la propagande révolutionnaire et impie (1).

La restauration religieuse et sociale devait être l'œuvre des' souverains pontifes rétablis sur leur siège; mais n'élait-elle pas au-dessus de leurs forces? ou plutôt ne devait-on pas la juger impossible?

A.Rome et dajis l'étendue des États pontificaux, tout était désordre et confusion. Les revenus de cette principauté pacifique , constituée pour aider le pasteur suprême à travailler librement à sa mission de docteur universel, étaient tombés sous le séquestre des usurpateurs. Les ordres religieux, ces pépinières fécondes de prédicateurs et d'apôtres pour les deux ^hémisphères, avaient été anéantis ou dispersés, leurs biens confisqués, leurs travaux interrompus depuis près de vingt ans.

(1) Sur la situation de l'Église au commencement du dix-neuvième siccjc, voir \c<i Mémoires du cardinaJÇonsqlvi^ yHi^tq\rç \^nivçiseUe det'Église, par t'a&tJ» fvOhrbacher, etc,

PREMIÈRE ÉDUCATION. 17

Le pape, de retour à Rome, n'avait rien, sinon les dettes léguées par l'administration étrangère et la ruine causée dans toutes les classes par les impôts énormes et les contributions forcées, toujours en faveur sous un régime imiljtaire.

Tel fut l'état de choses au milieu duquel se passèrent l'enfance et l'adolescence de Joseph et de Vincent Pecci

La comtesse Anna renouvela pour eux ce qu'elle avait fait pour leurs aînés : ellefut leur unique institutrice jusqu'au jour où il fallut les envoyer à Rome et les préparer à commencer leurs études de collège. Les deux enfants étaient remarquablement doués. Joseph se distingua dans la suite par son esprit philosophique, par celte profondeur d'intelligence qui lui rendit familiers tous les secrets de la théologie et de la philosophie scolastique. C'était un enfant plein de vivacité, aimant à jouer et à folâtrer. Comme tous ceux à qui la nature accorde une facilité hors ligne avec un tempérament vif et vigoureux, Joseph avait bien vite appris ses leçons et fermé ses livres; il soupirait après le grand air et les champs. Vincent, au contraire, était sérieux et studieux. Envers lui aussi la nature s'était montrée libérale. Peut-être avait-il les facultés mieux équilibréesque son frère et compagnon d'études. Avec une égale capacité et non moins de profondeur d'intelligence, Vinccnzino possédait plus d'imagination et un goût plus prononcé pour les belles formes littéraires

Il est certain qu'élevés sous les yeux de leurs parents, dans une maison où tout respirait la piété la plus franche et la plus éclairée, la noblesse des sentiments et la distinction des manières, les deux frères eurent le précieux avantage de ne connaître dans leurs jeunes années que ce qui devait leur donner l'amour du bien et du beau. Leurs premiers pas dans la voie ordinairement si aride des connaissances élémentaires furent, grâce à celle qui les guidait, une promenade parmi des roses. Il y a des mères qui savent rendre les progrès de leurs enfants dans la science aussi attrayants qu'une table couverte de mets délicieux, qu'un parterre orné des fleurs les plus charmantes, ou que la vue des plus belles perspectives.

Joseph et Vincent Pecci furentdonc singulièrement favorisés. Eeur habile institutrice leur inspira ce désir ardent de l^r

18 Lio-: Mil.

perfection qui c^t le fondement de Icr.le n3blc a::-iLl:':n, Ic prineipe de t<)ut succès solide et durable

On connprend facilement combien il en coûta à une telle mère de se séparer d'enfants qui lui étaient dcveaus doublement chers, parce qu'elle avait formé et leurs corps et Jeurs âmes. Mai? il est un autre trait qui peint au vif cette femme illustre, et qui mérite d'être cité dans cette biographie. La famille Pecci n'avait pas échappé aux conséquences produites même chez les classes les plus aisées par les terribles guerres de Napoléon. L'argent devint rare à Carpinelo , et le noble se trouva plus gêné que l'artisan ou le fermier.

Quand il fallut envoyer à l'école préparatoire d'abord, et ensuite au collège, Peppino et Yincenzino, la comtesse Anna résolut de subvenir par sa propre industrie aux frais de leur éducation, et cela pendant plusieurs années de suite. On n'avait jamais connu à Carpineto Tart d'élever les vers à soie. Elle en prit l'initiative et réussit. Peut-être cette noble femme avait-elle conçu l'espérance de voir les rnontagnards des Volsques imiter son exemple et ajouter ainsi de nouvelles^ richesses à leur unique ressource, l'agriculture.

Toujours est-il que la comtesse Pecci paya de cette manière les frais de collège de ses deux plus jeunes fils (1).

Rome avait toujours été le centre intellectuel où les enfants des bonnes familles recevaient une éducation en rapport avec leur naissance. Mais, pendant la captivité du souverain pontife et l'asservissement de l'Église, Tinslruction à ses divers degrés avait été soumise au contnMe de l'Etat, c'est-à-dire d'une autorité arbitraire qui s'inspirait souvent de principes hostiles à la religion et à la papauté.

Tout le monde sait quel but se proposa Napoléon , quand il organisa l'Université sur de nouvelles bases et s'empara du monopole de l'enseignement. 11 voulait, afin d'exécuter ses desseins de centralisation, fondre dans le même moule les âmej detoulelajeunesse française. La Révolution, depuis la chute câ l'Empire, a exploité à son profit ce monopole universitair)^ pour former les générations à son image.

jfi) Lo dernier de pes cinq fils, Fcrdinnnd. ne naquil qu'on 18((j,

PRKMIKHE EDUCATION.

Ce qu'il avait fait pour la France, Napoléon entreprit de le réaliser en Italie. Nous savons avec quel mépris furent

Fig. 6. — Pie VU. Tableau de David; musée^du Louvre; XIX* siècle.

traitées ces grandes écoles de la péninsule, qui étaient au moyen âge, et même au siècle dernier, la gloire de l'univers chrétien. Rome ne fut pas plus épargnée que Milan et Bologne j

20 LÉON XIH.

et cependant, sous les papes, de l'aveu même des ennemis du catholicisme, elle a toujours été le foyer le plus lumineux de la science, des lettres et des arts. Les souverains du monde civilisé avec leur puissance et leurs trésors n'ont pas réussi à créer des écoles florissantes et fécondes en résultats comme celles que les souverains pontifes ont fondées, développées, perfectionnées et multipliées avec des ressources inférieures aux revenus des plus petits États d'Europe et d'Amérique.

Pie VII comprit que, pour reconstituer l'ordre chrétien, il fallait par l'éducation s'emparer des générations nouvelles. Et comme le plus grand triomphe du philosophisme antichrétien au dix-huitième siècle avait été la suppression de la Compagnie de Jésus, dévouée avec ses milliers de religieux au double apostolat de l'enseignement et des' missions , le saint pontife, une fois rendu à ses États, se hâta de rétablir l'institut de saint Ignace. Il rencontra une vive opposition non seulement dans l'opinion publique européenne si longtemps dévoyée par la propagande révolutionnaire, mais jusque dans les rangs du clergé romain lui-même. Il n'hésita point cependant.

La Prusse de Frédéric le Grand d'abord, puis la Russie de Catherine II, avaient offert un asile aux restes de la Compagnie persécutée. Ce fut au fond de l'empire des czars que Pie VI et Pie VII encouragèrent les fugitifs à vivre selon leur règle, en attendant l'heure propice qu'avait fixée la Providence. Quand elle sonna enfin , cette milice , qui ne savait que se taire, obéir et se sacrifier, reparut à Rome à la voix du vicaire de Jésus-Christ, prête à recommencer ses luttes glorieuses contre les ennemis avoués ou cachés du nom chrétien (1).

Leur premier collège s'ouvrit à Viterbe, et ce fut là que le comte Pecci et son épouse résolurent d'envoyer leurs deux fils.

Joseph était alors dans sa dixième année, et Vincent dans sa huitième. Afin de rendre la douleur de la séparation moins

(1) Cf. Histoire religieuse, poUtique Çt lilléraire de la Compagnie de J(sus, par J. Crélineau-Jply,

PREMIÈRE ÉDUCATIOX. 21

amère et pour s'y préparer, les sages parents conduisirent eux-mêmes leurs enfants à Rome, dans l'automne de 1817, et, après leur avoir fait admirer tout ce que la ville pouvait offrir d'attrayant à cet âge, ils les laissèrent chez leur oncle, Antonio Pecci, qui habitait le palais Muti, près de l'Ara CœN. Un an passé dans un milieu si favorable servit d'excellente initiation à la vie commune et aux études sérieuses. A l'automne de 1818, les deux jeunes frères faisaient leur entrée au collège de Viterbe.

Cet établissement avait ac(juis en peu de temps une telle renommée dans toute l'Italie, que les premières familles s'empressaient d'y envoyer leurs enfants.

Les maîtres qui dirigeaient la maison et s'y dévouaient à l'enseignement passaient à juste titre, aux yeux de tout le monde, pour des hommes que nul motif d'intérêt, nulle ambition humaine ne poussait dans cette carrière. Ils considéraient l'apostolat de l'éducation, avec son obscurité et l'esprit d'abnégation qu'il impose , comme aussi méritoire, aussi fructueux que l'apostolat des missions. C'étaient des hommes d'élite, dont quelques-uns avaient fait à pied la route de leur pays natal à Moscou , pour avoir le privilège d'associer leur vie à celle des religieux calomniés, proscrits, exilés et mis au ban de l'opinion publique. En Russie, comme à Viterbe, et plus tard à Rome, ils s'étaient appliqué, dans son sens le plus sublime, la devise des anciens preux : « Noblesse oblige. » Ils étaient, en un mot, des maîtres accomplis et des modèles vivants de toutes les vertus.

Soiis de tels guides, un enfant précoce, docile et pieux comme Vincent Pecci ne pouvait manquer de faire les plus rapides progrès. Il ne tarda pas à se distinguer parmi ses compagnons. /

Les jésuites comprenaient toute l'importance des premiers débuts dans l'étude des lettres. Les classes élémentaires ellesmêmes étaient confiées à des hommes d'un mérite supérieur, qui possédaient le talent précieux de mettre leur science à la portée des plus jeunes intelligences. Les études grammaticales et, par suite, toutes les connaissances primaires étaient sérieuses et brillantes.

11 était encore plus important d'établir l'édacation morale sur des bases non moins fermes. C'est une erreur profonde de penser que l'esprit des enfants de huit à dix ans est incapable de recevoir une forte instruction religieuse. L'expérience des meilleures familles chrétiennes démontre, au contraire, qu'à cet âge l'intelligence comprend et la mémoire retient les hauts enseignements de la foi. Au reste, Celui qui a créé la lumière pour l'œil et formé l'œil pour la lumière , a donné aussi à 1 "âme régénérée par le baptême la puissance de percevoir et de conserver les rayons de la révélation surnaturelle.

Vincent Pecci, « dès ces premières années de collège, s'appliqua de tout son cœur à acquérir des principes solides de piété et de religion » (1). Il imprima dès lors une forte direction à toute sa vie.

Les vertus délicates que la comtesse Pecci avait si soigneusement implantées dans l'âme de son enfant se développèrent, comme de belles fleurs, sous la main des jésuites, « ces maîtres habiles de la vie spirituelle » (2).

En même temps, la culture de son esprit, commencée à Carpineto, était poussée avec autant de vigueur que de sagesse par les professeurs de Viterbe. Il conçut bientôt un amour enthousiaste pour la langue de l'antique Latium, sa jialrie. Sous la conduite du célèbre père Léonard Giribaldi, il se forma le goût exquis que tous les lettrés admirent dans les encycliques de Léon XUl, et il apprit à parler avec une rare élégance le langage de Cicéron, de Dante et de Pétrarque. Rien désormais, en fait de composition et de style, ne pouvait le satisfaire, en dehors de l'imitation des plus beaux modèles de l'ancienne Rome et de l'Italie chrétienne. Un talent si remarquable permettait déjà d'entrevoir un brillant avenir. Les succès du latiniste de Viterbe faisaient pressentir les applaudissements que le monde entier donnerait au pontife.

En 1822, une visite que fit au collège le père Vincent Pavani, homme aussi distingué par son grand savoir que par

(d) Mss. " Similmente fmo da quci primi aiini si applico con amore ad ac- «luistaie solidi principii di pietà e relisione. »

[■2) Voir le bref lauda'.ir <]iio Sa i^ainlctc Lcon XUI a daigné accorder à la Compagnie de Jésus.

P I V s - P APA- IX • P- M-

lyC respect et l'attachement pour le Saint-siége. Pie IX est assis sur sou trône ; Jésus-Christ le protège ; deux auges l'escorteut, l'un représentant la miséricorde, l'autre la justice, d'après M. Imlé.

^t LEON XIII.

son eminenle vertu , fournit l'occasion d'organiser l'une de ces fêtes académiques dont les jésuites aiment à profiter pour faire ressortir les mérites de leurs élèves et créer parmi eux une salutaire émulation. Vincent Pecci composa à la louange du vénérable religieux une épigramme en langue latine, que l'on conserve avec soin et qui fait honneur à l'écolier de douze ans (1).

L'enfant était doué d'un temperament vigoureux, fortifié enc<jre par le bon air qu'il avait respiré sur les plateaux des montagnes volsques, par les exercices corporels que sa mère savait si bien entremêler à ses premières études, et par une nourriture simple et substantielle proportionnée à son âge; cependant, soit que son application au travail fût excessive, soit qu'il ne trouvât plus au collège la vie active de Carpineto et les .soins vigilanJls de l'amour maternel, il tomba gravement malade d'une fièvre gastrique, en 1821.

Grâce aux attentions délicates et empressées des supérieurs de la maison et à la force naturelle de sa constitution , l'enfant fut sauvé; mais il ne recouvra jamais cette santé robuste dont il avait joui jusque-là, et son estomac resta toujours débile.

La comtesse, alarmée d'abord de la violence du mal, ressentit une grande joie quand elle vit les symptômes diminuer et le danger disparaître. Ses autres enfants de Carpineto pouvaient occuper son cœur et absorber tous les moments d'une vie qui ne connaissait point l'oisiveté ; cependant elle ne perdait pas de vue les deux collégiens de Viterbe. Elle savait qu'en bien des choses rien au monde ne peut remplacer la tendresse et les soins maternels. C'était une fête pour Joseph et Vincent de voir leurs parents, d'en recevoir des lettres, ou quelques-uns de ces cadeaux que l'amitié toujours ingénieuse sait envoyer aux absents comme une agréable surprise.

Les deux frères vivaient heureux, au milieu de la jeunesse d'élite qui remplissait les classes du collège, soutenus par les louanges et les encouraeements de leurs maîtres et de leurs

(1) Nomine vincenti quo tu. Pavane, vocaris,

Parvulus atque infans, Peccius ipse vocor : Quas es virtutcs magnas, Pavane, secutus. Oh! utinani posscm Peccius ipse sequi!

^RBMIKRE EDUCATiON.

parents : ils étaient à l'époque la plus douce de la vie. Ils répondaient l'un et l'autre à la sollicitude dont ils étaient entourés, et ils faisaient des progrès incessants dans la piété et

Fig. 8. — Clémenl VHI. — Ce pontife appartient à la famille Aldobrandini, qui posséda Carpineto et y fonda le couvent des franciscains.

dans les lettres. Ils dédommageaient ainsi leur digne mère des privations que lui causait leur éloignemcnt de la inai:;on paternelle.

Nous ne pouvons, en rappelant le souvenir de cette femme

26 Ll-ON XIII.

remarquable, passer sous silence une parlicularilc qui eut sur la vie de ses deux enfants une iniluence marquée. Nous voulons parler do la vénération que la comlcssc sut inspirer aux siens pour les fils de saint François; vénération que Léon XIll manifesta dans la suite pour le glorieux patriarche d'Assise lui-même et pour tout son institut (1).

Les religieux de Carpineto appartenaient à cette branche vigoureuse et féconde c[ue Bernardin de Sienne et Pierre d'Alcantara avaient greffée sur le tronc du bel arbre franciscain , et qui avait produit sur le sol italien les Jean de Capistran, les Léonard de Port-Maurice et ces légions d'hommes et de femmes dont la noble ambition était de suivre le pauvre d'Assise dans les voies sublimes du sacrifice et du dévouement."

Chassés de leur monastère par l'invasion française de 1797, ils rentraient en 181o dans leur ancienne demeure , qu'ils trouvaient désolée et délabrée. Le comte et la comtesse Pecci leur offrirent des secours généreux dans leur pénurie extrême, et ce noble exemple stimula la piété et la charité dans lin gfand nombre de bienfaiteurs.

Disons-le ici : l'acharnement que mil le général Bonaparte à supprimer ou à détruire les maisons et les églises des franciscains (2) semble inouï. Plus inconcevable encore est la rage dévastatrice que déploient contre les institutions franciscaines les autorités piémontaises, maîtresses de l'Italie et de Rome. Ces partisans de l'indépendance ne cessent de glorifier leur poète national , et ils dénigrent et persécutent sans relâche les enfants de ces illustres saints que Dante nous peint comme la gloire la plus pure de l'Italie et l'honneur immortel du genre humain.

Les monastères d'observantins et de clarisses ont été de tout temps, sur les divers points de la péninsule, une source de bienfaits sans nombre et sans prix dans l'ordre spirituel et temporel.

A Carpineto, où le pape Léon XIII a racheté de ses deniers

(1) Saint F7-dnrois d'Assise , public en 188:; par les soins des RR. PP. Arsène cl I.ouis-Anluiiie et de M. l'abbé Siin.

(•>) A Milan, il ne reste pas une trace du monnstcre de Saint-François. Napoleon le Ul raser.

rP.EMlKRE EDUCATION. 27

le couvent des franciscains, et où il les maintient à ses dépens, ces religieux sont aujourd'hui, comme dans le passé, la providence des habitants de la montagne. Dans les jours de détresse et pendant les épidémies, dans la maladie, le deuil et les autres épreuves, c'est au couvent que l'on vient de toutes parts chercher les remèdes qui guérissent le corps et l'âme, le pain qui soulage les affamés et soutient les forces abattues, les conseils qui éclairent la route de la vie, et les paroles dr sainte tendresse qui reJèvent le cœur brisé. Pourquoi enlever aux pauvres des campagnes des hommes qui sont l'image vivante du Dieu secourable et miséricordieux, et représentent l'Évangile en action?

Les protestants du Nouveau Monde accueillent non seulement sans préjugés ni opposition, mais avec bonheur et reconnaissance, l'apparition au milieu de leurs campagnes de ces établissements de trappistes, de bénédictins, de cisterciens, de franciscains, que les popuUifions regardent comme des foyers vivants de civilisation, de bienfaisance, de force intellectuelle et morale. Kt les enfants du pays qui a vu naître saint Benoît, saint François, saint Thomas dWquin, insultent leur mémoire, poursuivent leur œuvre d'une haine qui semble inspirée par le principe même du mal.

La comtesse Pecci était affiliée au tiers ordre de saint François, Cette association , qui au moyen âge compta des millions de membres dans toutes les classes de la société, fut une œuvre providentielle, et contribua beaucoup à faire revivre dans tous les pays chrétiens la pratique des vertus évangéliques. Saint François d'Assise et ceux qui le suivirent dans la voie austère de la pauvreté absolue et du crucifiement volontaire, furent pour les âmes d'élite des modèles et des guides qu'on s'empressa de suivre. Le tiers ordre de la pénitence contribua puissamment à réformer la société, depuis le palais des empereurs et des rois jusqu'à la chaumière du paysan. L'esprit du saint, exprimé dans une régie à la fois courte et simple, servit à inspirer le mépris des richesses et du luxe, l'amour de la pauvreté et du renoncement , le soin des pauvres et des malades, la pratique de cette charité qui découvre Jésus-Christ dans la personne de nos fçères souffrants, l'amour des biens éternelsr

^ LKON Xllf.

la soumission filiale au bon plaisir de Dieu et la joie dans les épreuves et les humiliations.

Vincent Pecci sentit passer dans sa jeune âme le souffle bienfaisant de saint Francois d'Assise , en même temps qu'il respirait l'air pur de ses montagnes. Nous savons quelles magnifiques pages lui dictera son amour pour la famille franciscaine, et quelles œuvres de piété il fécondera dans tous les pays où parviendront ses enseignements et ses exhortations (1).

Ainsi s'étendra au tiers ordre de saint François d'Assise, auquel Léon XIII doit donner une grande impulsion, la salutaire influence de la comtesse Anna Pecci.

L'année 1823 se passa au collège de Yiterbe avec la même ardeur pour le travail, et fut signalée par les mêmes succès que les années précédentes. Vincent avait commencé son cours d'humanités et se trouvait dans son élément. Les littérateurs qui lui servaient de maîtres et de guides, prenaient un plaisir extrême à diriger les pas d'un élève qui devançait ses compagnons et avait besoin qu'on modérât son ardeur. Les chefs-d'œuvre des classiques latins, grecs et italiens, expliqués et commentés par des hommes de premier mérite, excitaient vivement l'émulation d'une jeune intelligence déjà fortement éprise de l'amour du beau littéraire.

Les vacances de 1823 ramenèrent encore une fois les deux frères à Carpineto. Leur mère les reçut avec transport; ils comblaient le vide que leur absence faisait toujours à son foyer. Ils étaient à ses j'eux les deux plus beaux fleurons de sa couronne. Tout en eux satisfaisait son esprit et son cœur.

Les vacances, au milieu de la nature sauvage et grandiose des montagnes, offrent mille sources de jouissance et de récréation. Les deux jeunes collégiens de Carpineto s'y livrèrent avec l'ardeur de leur âge.

Ils retournèrent à Viterbe plus vigoureux, et reprirent leurs études avec un goût que le repos et les amusements n'avaient pas diminué. La comtesse les vit partir avec regret. Déjà les symptômes précurseurs d'une maladie mortelle l'avaient alar-

(1) Voir les encycliques Auspicato conccssum et Misericors Dei Filius.

PREMIERE EDUCATION»

Fig. 9. — L'Alvcrne, où saint François reçut les stigmates. — « Plusieurs fois em- .pressé et joyeux, nous avons gravi pai" piété les sommets sacrés de l'Alverne. ». (Léon XIII, encycl. Auspicato concessum.)

mée. Elle pressentait peut-êtfe que jamais elle ne yerraîl ses enfants réunis autour d'elle dans le palais Pecci.

â(y LÉON \iii.

A l'automne, le danger s'aggrava, et la famille jugea prudent de passer l'hiver à Rome, où la malade devait trouver le secours des meilleurs médecins. Tous les soins furent inutiles, et la science ne put lui procurer le soulagement tant désiré. Il fallut annoncer à cette femme vertueuse l'approche de sa dernière heure. Mais, comme toute sa vie avait été une préparation à la mort, cette nouvelle ne la consterna point. Elle ne pensait qu'à son mari et aux sept enfants qui allaient rester orphelins, privés de l'amour maternel.

On se hâta de faire venir de Yiterbe Joseph et Yincent. C'était sur eux et sur le petit Ferdinand, âgé de huit ans, que le coup de la séparation allait tomber plus terrible. Ils n'oublièrent jamais lesleçons de cette mère mourante, ni les exehiples de piété sublime qu'une telle femme pouvait donner en ce moment suprême. Il est certain que l'impression faite alors sur eux par tout ce qu'ils virent et entendirent, ne contribua pas peu à décider de leur avenir.

Elle mourut saintement à Rome, le 5 août 1824, âgée de .51 ans et 8 mois. Elle avait voulu porter à sa dernière heure l'habit du tiers ordre de saint François. Son corps revêtu de cet humble costume fut inhumé dans l'église de Sati Venanzio dei Camarinesi. Il y reposa jusqu'au 5 janvier 1825; alors on le transporta dans Téglise franciscaine des Stigmates ou des Quarante-Martyrs pour l'ensevelir à côté de ses proches parents, M^' Joseph Pecci et Rosa Pecci. Son épitaphe, en latin élégant, fut composé par son fils, le père Joseph Pecci, après son entrée chez les jésuites (1).

Joseph et Vincent furent inconsolables. Ils étaient assez avancés en âge pour sentir vivement la grandeur de la perte qu'ils faisaient. Vincent, dont nous avons surtout à parler, a gardé pour l'église des Quarante-Martyrs et pour le trésor qu'elle renferme un profond respect et une tendre vénération. Il prend toujours un soin particulier de ce sanctuaire , qui est le berceau et le foyer d'une des confréries de Rome les plus fécondes en bonnes œuvres.

(1) L'épitaphe de la comtesse porte ces mois touchants : « Anna Prosperia... egenorum altrix, filiorum amanlissima... femina veteris sanclitatis... quœ omnia malrisfamilias mimera nitide et in exemplum perfuncta, dccessitcum luclii boporum. » Une partie de cciu; ùpitaiilic est fruste et illisible.

PREMIERE EDUCATION-

Si

Le cœur aimant du doux et studieux adolescent éprouva une douleur que rien ne put effacer, tant il aimait cette mère qui avait empreint son image sur tousles traits desa phj'sionomie et avait, en quelque sorte, ipndu son âme dans la sienne.

La' gloire du paradis. D'après Fra Angelico.

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