EDUCATION SUPÉRIEURE. — PRÊTRISE
supérieur dans toute retendue des États pontificaux. A cette fia, il promulgua la bulle Quod divina sapicntia. Une congré-
rig 12. — Sixle-Quint (J3~21-1590); d'après une gravure de répoquc. — Ce pape a été l'un des grands- bienfaiteurs de la Sapience, où Léon XUI a termine ses hautes éludes.
gation de cardinaux fut chargée de veiller à l'exécution de ce projet vraiment digne du chef de l'Église. La grande univer-
site de la Sapience {l), qui était, à proprement parler, l'université de Rome, fut reconstituée et se trouva complètement à la hauteur des exigences actuelles et des progrés accomplis dans les sciences physiques et mathématiques.
Vincent Pecci n'avait pas besoin qu'on stimulât son ardeur pour Télude. Il suivait toujours la loi qu'il s'était imposée, de s'appliquer de son mieux à l'accomplissement de son devoir. Ses condisciples du Collège romain étaient tous remplis d'une noble émulation et d'un grand désir d'arriver à la perfection- Cette nombreuse et brillante jeunesse était puissamment excitée par la science de maîtres illustres (2) et par les sacrifices f|ue s'imposait la nouvelle génération de jésuites pour rester fidèle aux traditions de l'ancienne Compagnie et se livrer» comme elle, au service de l'Eglise.
Sa première année de théologie terminée, le jeune élève eut riionneur de soutenir « un acte théologique », c'est-à-dire de défendre en public des thèses de théologie scolastique embrassant toutes les matières enseignées dans le cours de l'année. La dispute eut lieu dans la- grande salle du Collège romain. Un nombre considérable de prélats, de professeurs, de personnes de distinction en rehaussèrent l'éclat par leur présence. Ce fut pour Vincent Pecci une douce compensation au désappointement de l'année précédente (3) .
Le registre du CoHège romain , faisant mention de ce tournoi intellectuel , dit que le jeune homme donna de telles preuves de capacité que l'on put prévoir à quel degré d'élévation il arriverait un jour. L'Annuaire de l'université, énumérant les lauréats et les prix de l'année scolaire, cite cet acte théologique et ajoute que « le laborieux jeune liomme montra'aulant de talent que de science acquise ».
(1) 1,'univcisilé de la Sapience doit ce nom populniro au tcxlc bien conuu, Initium sapienlix, timor Domini, inscrit par Si\le V au-dessus de la porle (l'ei)lr('c. Ce pape avail lui-même occupé, alors qu'il était moine franciscain, une chaire de professeur dans celle univcrsilé. Devenu pape, il fut un grand bienfaiteur de cet établissement.
(•2) 1,'Amciique eut l'honneur de donner l'hospitalité à plusieurs hommes célèbres qiû avaient suivi les cours"du Collège romain. 11 suffit de citer parmi ces nobles exilés de i8i8 les RR. PP. Tomei, Maldonato, Félix ticatcni, Sopraiiis.
(;'.) VoM plus haut, page 38.
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Infali.i;al>Ie au. travail, tel devait toujours être \incenl Pecci. Son esprit peu ordinaire, joint à cette consciencieuse application, le mettait sans peine à. la tête de tous ses concurrents. 11 fut nommé répétiteur de philosophie pour les élèves du Collège germanique. Cette fonction eut pour lui-même d'heureux résultats. Use rendit parfaitement maître des matières qui faisaient roJ:)jet de ses répétitions, et il développa par l'e.vercice cette facilité qu'il avait de rendre ses analystes philosophiques dans un latin très pur et très élégant; ce qui ajoutait à ses levons un cliarme particulier.
Ces précieuses qualités de travailleur ardent, de penseur profond, d'habile écrivain valurent au jeune Vincent une nouvelle distinction pendant son cours de théologie II était venu à la pensée des pères Perroneet Manera d'établir une académie pour les élèves qui aimaient à s'e.xercer, en vacances, dans l'exposition ou la défense des vérités révélées.
On choisissait pour sujet de la discussion les thèses les pliis importantes, et on donnait à l'exercice académique la forme d'un dialogue en langue latine. Cinq académiciens y prenaient part; l'un d'eux avait le rôle de docteur catholique et les «juatre autres attaquaient tour à tour sa doctrine, à titre de luthérien, de janséniste, d'homme d'État et de rationaliste. La forme du dialogue permettait de formuler les objections d'une manière brève et claire, et donnait au catholique plus de facilité pour les réfuter sur-le-champ. Deux de ces séances académiques eurent lieu dans la grande salle du Collège romain, sur une estrade élevée d'où les jeunes adversaires étaient vus et entendus de tout l'auditoire. Elles furent vivement applaudies, et le succès fut complet. Vincent Pecci eut la mission de défendre la sairie doctrine (1).
Un bon nombre de nos lecteurs connaissent, sans doute, ces exercices de nos écoles catholiques. Les académies sont autant d'arènes où l'on s'habitue à employer les- armes deJa science Ihéologiqtie pour confondre l'erreur, où l'on apprend à ne point s'effrayer des attaques en apparence les plus formidables , à démêler les sophismes de l'hérésie et de l'impiété.
Les (létracleurs de l'Église ne cessent de répéter qu'elle cache même à ses élèvêsla nature et la force des objections formulées chaque jour contre la révélation. Or, nulle part plus que dans nos grandes écoles, on n'accoutume les jeunes intelligences à considérer, sous toutes leurs faces, les erreurs les plus spécieuses et les mieux présentées sous la forme la plus scientifique et la plus attrayante. Cette méthode, connue des premiers apologistes du christianisme, perfectionnée et employée avec .succès par saint Thomas et par ses disciples, n'a jamais cessé d'être en honneur dans les universités romaines.
Le jeune Pecci aclVeva de se perfectionner grâce à cette rigoureuse discipline de la théologie scolastique. Vers cette époque, il cessa de porter le nom de Yincent, prit celui de Joachim et ne le quitta que pour s'appeler Léon XIII.
En 18.32, ii reçut le grade de docteur en théologie, et il choisit une carrière dans les rangs du clergé sécuher. Suivant les conseils de son père et de son oncle Antonio, il entra au collège des Nobles, autrement nommé l'Acadérnie des nobles ecclésiastiques. Il y devait rester jusqu'en 1837. Ce collège était la pépinière des prélats destinés à servir le souverain pontife dans les nonciatures et les diverses branches de l'administration. On apporf-ait donc àsà direction la plus vive sollicitude-
Les élèves de cet établissement, après avoir terminé leurs études dans les meilleures écoles de Rome, continuaient à suivre , à l'université de lia Sapience , des cours spéciaux qui les préparaient à leurs carrières respectives. Les souverains pontifes donnaient les chaires de cette grande université au concours, et, par suite, elles étaient toujours occupées parles hommes du plus grand mérite.
Joachim Pecci profita de ce temps précieux pour approfondir davantage les sciences sacrées, dont il avait acquis une solide connaissance au Collège romain. Il poussa aussi ses études de droit avec une grande ardeur. Il prit durant l'espace de cinq années, outre le grade de docteur en théologie, les titres de docteur en droit canonique et en droit civil. Il était dès lors parvenu à un haut degré de culture et avait dépassé I tous ses émules.
Une société de prêtres avait fondé un prix de soixante
KKLCAilUN SLl'KUlbtUL. — l'IiÈTRlSE. 'l '
.oduins pour le meilleur essai sur une thèse tirée au sort ontre cent thèses de droit canonique. Joachir.i Peccr voulu être du nombre des concurrents. Le sujet qu. lui échut fut celui-ci • «Le pontife romain a. le droit de recevoir les appels nue ron fait des sentences de juges inférieurs, même saris intermédiaires. » Ili'emporta sursis rivaux, Parmi lesque s «e trouvait le vénérable M^': Kirby, archevêque dbphe.eet
Fig. 13. - Léon xn. .Médaillon de Saint-Paul hors les mufs.
recteur du séminaire irlandais à Rome. La noble ambition de se distinguer dans toutes les sciences nécessaires ou utiles a sa location lui était inspirée par le seul motif de mieux servir
Dieu et l'Église. . i,-„^Jo
Parmi les condisciples du jeune comte Pecci au college de. Xobles, se trouvait le duc Sixte Riario-Sfor.a, dont les vertus devaient jeter tant d'éclat sur le siège archiépiscopal de ^aples 11. s'unirent alors d'une sainte amitié : une de ces amities de collège si profondes et si vraies qui survivent a toutes le. illusions, à toutes les épreuves de la pKis longue vie, et sont
parfois fécondes en grandes œuvres (!;- >'ous parlons ici de cejLle union pour montrer rommenl dans J'aniilié, de même que dans la science, Joachim Pecci lendail à la perfection el réalisait le type du genlilhoninic chrclicn.
Sa naissance et ses rares qualités devaient attirer sur lui l'attention et l'estime des prélats romains les plus haut placés. Parmi eux étaient les cardinaux Paccaet Sala, si connus dans l'histoire, l'un pour son rôle dans les négociations avec le premier consul, l'autre pour sa fidélité à Pie VII el {«our les souffrances que Napoléon lui fit endurer.
Le cardinal Pacca était alors protecteur du collège des Nobles. Sur sa recommandation, Grégoire XVI nomma le comte Pecci, « prélat domestique, » en janvier 1837 Ce titre était accorde à un mérite que tous, à Rome, avaient déjà reconnu. Aussi ce choix fut-il universellement applaudi.
Joachim Pecci, ayant terminé ses éUides préparatoires, devait acquérn^ une connaissance pratique des matières fladmilustration. Il avait quitté le collège pour aller demeurer avec son oncle au palais Muti, prés de l'Ara Cœli. Le IG mars, le souverain pontife le nomma référendaire à la cour «le la Segnatura; el bientôt après il lui fit prendre rang parnii les prélats attachés à la congrégation di Buongoverno, dont le cardinal Sala était préfet. M^"" Pecci était donc place immédiatement sous l'œil d'un ami et d'un guide qui développa son talent d'administrateur.
Sur ces entrefaites, le choléra s'abattit sur Rome. Le cardinal Sala, à qui le pape confia la surintendance des hôpitaux de la ville, trouva dans M^' Pecci un collaborateur intelligent et dévoué. Peut-être même celui-ci rendit-il dans ces circonstances si critiques plus de services que s'il eût été prêtre. Les préoccupations du saint ministère n'étaient point là pour le distraire de l'œuvre dont il était chargé ; celle de pourvoir à toutes les nécessités sanitaires d'une grande ville et aux besoins matériels d'une foule de malades. Cependant ce fut un sacrifice pour un cœur où la charité surnaturelle dominait tous
(1) Sur les cardinaux Pecci et Riario-Sforza, voir les Schemata du concile du VaUcan.
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les sentiments, de ne pouvoir apporlei^ les consolations suprêmes de la religion aux pestiférés de toute condition que l'impitoyable fléau frappait sans cesse, pendant ces jours de deuil universel et d'indicible effroi.
Le cardinal Sala garda toujours un boh souvenir du zèle infatigable de son jeune protégé. Et celui-ci, quand le fléau disparut de Rome, obtint la plus douce récompense qu'il pût ambitionner : on lui dit de se préparer à recevoir les ordres sacrés.
Le 17 novembre, il reçut le- sous-diaconat, et le 24 du même mois, M*' Sénibaldi, archevêque de Damiette, l'ordonna diacre, dans la petite chapelle où mourut saint Stanislas Kostka, à Saint-André du Quirinal.
Pourquoi choisir ce jour et ce lieu pour prendre les engagements irrévocables qui lient le jeune lévite à Jésus-Christ, le souverain prêtre de la loi nouvelle? Ne pourrions-nous pas découvrir là une preuve de la piété et un indice du dévouement qui forment deux des traits les plus saillants de la vie que nous racontons?
La petite église de Saint-André du Quirinal était, en 1837, attachée au noviciat de la compagnie de Jésus. Cet édifice, séparé seulement par la rue du palais où les papes habitaient autrefois, a, en quelque sorte, pris naissance sous le regard paternel des pontifes , comme il convenait, du reste, à une pépinière féconde d'hommes apostoliques. C'est un de ces sanctuaires nombreux qui, à Rome, invitent l'étranger, fatigué de la chaleur du jour, à goûter la délicieuse fraîcheur du saint lieu, à se reposer et à prier. Telle est l'oasis sur la route aride et brûlée du désert.
Aujourd'hui même que le vicaire de Jésus-Christ n'habite plus la demeure où Pie IX a tant souffert et tant pleuré, il fait bon entrer dans l'atmosphère qui remplit et l'église et le palais. Elle est imprégnée du parfum de la sainteté, elle porte aux aspirations. qui élèvent l'àme vers Dieu, elle rappelle le souvenir de tout ce qu'il y a de plus héroïque dans la vie chrétienne.
Là François de Borgia, alors que la Rome du seizième siècle était le centre où les grands saints se groupai-ent autour du
KnucATioN siri:iiiELHi:. — i'iiktiusl.
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trône pontilical, comme les guerriers de David autour de leur chef (1), reeuL Stanislas Kostka, encore adolescent, mais déjà consumé par les séraphiques ardeurs de l'amour divin. Ce noviciat, où vivait une compagnie d'hommes tout célestes, était comme la porte du paradis.
Le cardinal Odescalchi, vicaire général du saint-père, sou-
Fig. l'o. — L'imposition des mains dans Tordiiuition. Peinture du cimetière de rArdraline.
pirait, en 1837, après le jour qui le verrait libre de quitter la pourpre romaine et de devenir simple novice dans cette maison où saint François de Borgia avait reçu autrefois Stanislas épuisé par une longue route, où Stanislas avait mené une vie angélique, où reposait le précieux trésor de sa dépouille mortelle. Quel lieu plus fécond en nobles pensées et en généreux sentiments, que celui ou s'épanouirent tant d'héroïques vertus?
(I) Pour ne parler que dt;s saints de la Compagnie de Jésus qui brillèrent à Kome de ioiO à 1580, il suffit de rappeler saint Ignace, saint François Xavier, le bienheureux Pierre Faivre, saint Louis de Gonzague, s;iint Stanislas Ko->tl>;i, saint Jean Eerelimans, le véinMablc cardinal Rellnmiin.
LEON xm.
Aussi est-ce dans la chapelle même où mourut le Jeune saint polonais que le cardinal-vicaire voulut conférer lui-même la prêtrise à Joachim Pecci, le dimanche 31 décembre 1837.
Le nouveau prêtre célébra sa première messe à l'autel, où il avait reçu l'imposition des mains et l'onction sacrée. 11 eut le bonheur d'être entouré de sa famille et d'avoir à sjes côtés son cher Joseph, qui, cinquante ans'plus tard, devait assister à son jubilé sacerdotal (1). Le reste de la journée se passa au noviciat, au milieu des frères de Stanislas' Koslka.
Ainsi, sous l'œil de Dieu et dans ce milieu où tout respirait la ferveur apostolique et l'esprit de sacrifice, commença cette, longue vie sacerdotale couronnée en ce moment par les fêtes jubilaires du Vatican.
Suivons la trace lumineuse de cette carrière.
(1) Ceux qui élaicnl présents à la messe jubilaire dul'^' janvier 1888 ne sauraient jamais oublier rémotion qui gagna la multitude des fidèles lorsque l'on vit entrer, escorté par quelques gardes pontificnux et s'appuyant sur deux prélats, le vénérable cardinal Joseph Pecci, octogénaire, qui voulul, malgré sa maladie, prendre part à la joie universelle.
Le vase de lait perlé par l'agneau. Peinture des catacombes.
DEUXIKMl^ PARTIE.