‹ Vie de Léon XIIIChapitre 52 sur 148 · DELEGATION DANS L OMBRIE · texte numérisé non relu

DELEGATION DANS L OMBRIE

Premières rclation.sde M^f Pecci avec Pérouse. — Causes de l'agi talion dans les Élats ponlilicaus. — Ce que voulaient les sectes. — Grégpire XVI à Pérouse. — U se montre très satisfait de M»' Peccr. — Réforme et pacification dans rOmbrie comme à Bénévcnt. — Les prisoos vides. — Rappel à Rome.

ONSEiGNiiLR Peccr, rappelé à Rome au mois de mai 1841 , fut aussitôt nommé délégué ou gouverneur civil de Spolète; mais, avant même qu'il eût quitté la ville éternelle pour se rendre dans son nouveau poste, il reçut de Grégoire XVI une autre destination : il fat envoyé à Pérouse, la capitale de rOmbrie.

Nous ignorons les causes qui motivèrent ce changement. Il nous semble toutefois qu'on peut en trouver une raison suffisante dans l'agitation révolutionnaire qui troublait alors cette province. La ville de Pérouse avait toujours été un des principaux centres d'action des conspirateurs. Il fallait y envoyer un homme doué des plus hautes qualités de l'esprit et du cœur, capable ,de gagner la confiance et l'affection du peuple, ayant l'intelligence des réformes nécessaires pour enlever tout prétexte de mécontentement, sachant gouverner avec fermeté sans irriter par des tracasseries inutiles ou des mesures imprudentes,, joignant enfin à tous ces dons naturels une éminente vertu. M?"" Pecci était bien cet homme que réclamait la situation. Sa conduite à Bénévent était un sûr garant de ce qu'il ferait à Pérouse.

Pérouse, comme Chiusi et Spolète, Orvieto et Sienne, est

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une des villes fortes qui sont bâties sur la cime ou sur le penchant abrupt des collines élevées de l'Italie. centrale. Il semble que leurs fondateurs aient voulu les prémunir à la fois contre les armées ennemies et contre les fièvres qui régnent dans la plaine.

Pérouse a été longtemps une de ces petites républiques italiennes dont Sismondi a méconnu l'esprit et mal raconté Ixjs origines (1). Toutes, elles furent l'œuvre du travail sanctifié ei dirigé par la religion. Nielle histoire n'est aussi remplie de féconds et salutaires enseignements pour les gouvernements et les peuples modernes que' celle de ces villes libres de l'Italie, oàl'Église réunit les classes ouvrières converties et affranchies, protégées et sauvées par elle, non seulement au milieu de la décadence de l'empire romain', mais aussi pendant les invasions des hordes barbares. Les Goths, les Huns, les Vandales, les Lombards ont beau se succéder, dévastant tout sur leur passage, les héroïques habitants échappés au carnage; guidés par leurs évêques et leurs prêtres, relèvent les ruines de leurs cités.

Tout le monde sait ce que la religion a fait pour ces travailleurs. Elfë commença par les rendre dignes de la liberté; puis elle leur assura un patrimoine indépendant à Venise, à Milan, à Gôme, à Crémone, à Lodi, à Vérone, à Bologne, à Florence, à Lucques, à Pise, à Sienne, à Pérouse, à Assise, à Rome même. Après leur avoir donné une patrie, elle les arma pour la défendre et les conduisit au combat. Ces glorieuses villes du moyen âge, avec leurs cathédrales, leurs monastères, leurs universités, leurs écoles de science, de littérature et d'art, sont la création de ces milliers d'hommes libres enrcgimenlés sous la bannière delà croix, et s'efTorçant avec une noble ardeur de rendre leur cité terrestre une image visible de la cité d'en haut.

Pérouse, après s'être élevée ainsi, avait subi le sort de ses voisines et de ses sœur^ dans toute la p.éninsule. L'ambition féodale et les factions qu'elle enfanta renversèrent les institutions libres fondées par la religion.

(1) Sismondi, Histoire des Ècpubliques italiennes.

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Celui qui venait, dans Télé de 1841, gouverner Pérouse au nom du saint-siège, a raconté mieux que personne les incomparables bienfaits rendus à l'Italie par l'Eglise et ses pontifes (1).

L'Ombrie comptait plusieurs villes embellies par l'art chrétien, que les siècles catholiques ont si noblement cultivé. A peu de distance de Pérouse, se trouvait Assise; elle était libre et indépendante au moyen âge, et fut à jamais illustrée par deux de ses enfants, saint François et sainte Glaire (2).

En 1841, les germes funestes du scepticisme et du jacobinisme, implantés dans la péninsule sous la domination étrangère, s'étaient tellement accrus et avaient porté de tels fruits, que les principes de la religion et de la vraie liberté semblaient condamnés à périr sur le sol italien. L'œuvre établie par le travail et le dévouement des générations précédentes allait être renversée. Les sectaires, qui se donnaient la mission de plaider en faveur des principes du dix-neuvième siècle, ne réclamaient plus pour leur patrie l'affranchissement du joug ennemi , la liberté de professer la foi des ancêtres, la gloire de prendre place parmi les nations chrétiennes; co qu'ils voulaient, c'était une Italie démocratique et radicale, sans roi, sans pape et sans prêtres.

Tel était, en 18il, le but des véritables chefs de la cons* piration.

Mazzini sut réunir ensemble et diriger avec ruse tous les éléments de propagande. 11 fut l'àme de la Révolution et en combina tous les plans; Garibaldi fut le bras qui les exécuta, bras aveugle et brutal. Tous deux furent puissamment aidés, dans leur œuvre de bouleversement politique et de ruine sociale, par le ministre Gavour, aux ordres duquel obéissaient un roi dévoré d'ambition, une flotte et une armée dont la puissance n'était pas grande, il est vrai, mais qui, grâce à la connivence de ceux qui auraient pu paralyser leur action, jouèrent dans les événements un rôle décisif.

(!) Les actes de Léon XIII, surtout l'encycl. Immortak Dei, et les lettre l^astolales sur \a civilisation.

(2) Saint François d'Assise, publié par les soins des RU. PP. Arsène et Louis- Antoine et de M. l'aL)bé Driu.

I»KLÉGATION DANS LOMBKIL;.

Lapolilifiiie piénioiiUiise se laissait (U\jà deviner en 1841. Bientôt elle se montrera au grand jour et fera échouer les projets conçus par les vrais amis de l'Italie, qui voulaient unhles provinces, libres de toute domination étrangère, gouvernées par leurs princes respectifs, dans une grande confédé-

Fig. 18. — . Lac de Pérouse; vue gciicrale prise de Passignano.

ration nationale. Pour atteindre son but et soumettre Tllalie aux seuls princes de la maison de Savoie, le roi de Piémont' devait sacrifier les liens du sang, sa propre conscience, Tantique honneur, la foi si profonde qui avaient fait de sa race •une des maisons royales les plus héroïques et les plus catholiques de l'Kurope.

Mais ce roi lui-même et l'indigne ministre qui le dominait

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ne voyaient pas jusqu'où les entraînerait le torrent révolutionnaire sur lequel ils lançaient si imprudemment la barque (le l'Etat. La Révolution, personnifiée en Mazzini et en Gari^, balii, dépassera les limites qu'ils n'auraient point voulu franchir.

M^"" Pecci allait avoir à lutter contre ces tendances subversives. Il devina sans nul doute quels dangers menaçaient les États pontificaux et la péninsule tout entière.

Les conspirateurs, de leur côté, avaient tous un même but et s'accordaient sans peine sur les moyens de l'atteindre. Ils avaient compté leurs partisans ; ils savaient qu'au moment de l'action pas un ne manquerait à l'appel. Cette conscience de leur union devait leur inspirer un courage qui les fera triompher, quand l'heure marquée pour l'accomplissement de leurs coupables projets aura sonné.

Que faisaient les autres gouvernements de la péninsule pour conjurer le danger? Ils dormaient, d'un sommeil troublé, sans doute, comme on dort sur un sol agité par les fréquentes secousses d'un tremblement de terre; mais aucun d'eux ne se réveillait suffisamment pour voir toute l'étendue du péril. Et cependant la Providence, qui a créé les forces du monde moral comme celles du monde physique, veut que l'homme se mette en garde contre les unes de même qu'il cherche à maîtriser et' à diriger les autres. En face des révolutions politiques, sociales ou religieuses, la société n'est point complètement désarmée, elle peut parfois en détourner les coups.

IMS'" Pecci montra plus de prévoyance. Il était doué de ce sens profond qui devine et pressent les convulsions des peuples. Aussi, à Pérouse comme à Bénévent, se mit-il courageusement à l'oeuvre pour faire cesser les désordres, les crimes, les souffrances de l'industrie, de l'agriculture et du commerce, en un mot toutes les causes du malaise général. Les hommes qui exécutent de tels projets sont vraiment les bienfaiteurs de leur patrie.

Grégoire XVI, de son côté, ne s'aveuglait pas sur les périls qui menaçaient la péninsule; il ne dormait pas à l'approche de la tempête. Il avait donc pris la résolution de visiter en personne les États de l'Église, pour connaître par lui-même

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