‹ Vie de Léon XIIIChapitre 54 sur 148 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

«OSCUTURE EN BELGIQUE-

M"' Pccci est sacré archevêque de Damiette. — Mission de Bruxelles; elle est délicate et difficile. — Lutte entre 15s catholiques et les libéraux. — Université nationale de Bruxelles. — Parallèle entre les écoles noutreSde Belgique et les écoles publiques des États-Unis. — Résultats différents au point de vue religieux. — Le roi Léopoldl". — Ms'.Pec(;i assiste à lalutte. — Il obtient des avantages pour les catholiques. — Rétablissement de l'université de Louvain. — Comment HP' Pecci est jugé à la cour. — La reine Louise-Marie et sesenfanls. -^ Reconnaissance des Belges. — MS"- Pecci apaise plusieurs différends entre des catholiques. — H engage Tepiscopat belge à fonder à Rome un collège national.

£ fut pour M'"'" Pecci une ^3ien grande surprise lorsque, clans leâ premiers jours de l'année 1843^ à son arrivée à Rome, il apprit de la bouche du saint-père qu'il était destiné à la nonciature de Belgique, en remplacement de M»"" Fornari, nommé nonce à Paris.

Préconisé archevêque titulaire de Damiette le 27 janvier, il reçut la consécration episcopate des mains du cardinal Lambruschini, le 19 février, dans la vénérable église de Saint- Laurent in Panisperna, bâtie, selon l'antique tradition, sur le lieu même oiî l'héroïque diacre endura d'horribles tourments, et cueillit la palme glorieuse du martyre.

Le 19 mars suivant, le nouveau nonce partit de Cività Vecchia sur le paquebot français le Sésostris, qui se rendait à Marseille. Il traversa la France rapidement, et ne s'arrêta qu'à Namur pour saluer son ancien condisciple, le chanoine Montpellier, qui depuis cette époque a honoré le siège episcopal de

Liège par ses qualités éminentes. A Bruxelles, M^"" Fornari, qui avait eu son successeur pour élève au collège des Nobles, lui fit le plus affectueux accueil, et lui donna de précieux renseignements sur le pays où il devait remplir sa délicate mission.

La situation de la Belgique présentait alors au nonce les plus grandes difficultés. Depuis le jour où le peuple, sous un gouvernement désormais autonome, put exercer les droits que donne aux citoyens le régime constitutionnel, ce pays devint un véritable champ de bataille; et, dès lors, les sectes anlichrétiennes et révolutionnaires, se parant du nom spécieux de parti libéral, avaient inauguré contre le catholicisme, religion de l'immense majorité de la nation, cette guerre savante et impitoyable que nous voyons se continuer à l'heure présente.

Le but immédiat que se propos'aient les libéraux était de s'emparer de l'éducation de la jeunesse. Ils mirent en avant des projets d'institutions libres calquées à la hâte sur celles de l'Angleterre, et en imposèrent de la sorte à un grand nombre d'hommes honorables et consciencieux qui, fiers de la liberté qu'ils venaient de conquérir, ne surent pas se mettre en garde contre les tendances habilement dissimulées sous le masque du Ubéralisme. Les libéraux, d'ailleurs, avaient combattu à côté des Mérode, des de Theux, des Nothomb, contre les lois oppressives et anticatholiques de la maison d'Orange; on ne pouvait, le lendemain de la victoire, se défier de ceux qui, la veille, luttaient pour la même cause.

Il fut donc facile aux libéraux de profiter de l'esprit large, généreux, tolérant qui animait les cathoUques belges à l'heure du triomphe, pour établir à Bruxelles une université nationale ouverte aux élèves de tous les cultes. Un bon nombre de législateurs n'aperçurent dans le principe qui présida à la conception et à l'organisation de cette université, que la consécration de la liberté dont on prétendait trouver un exemple dans la constitution des États-Unis. Mais, en réalité, aux États-Unis mêmes, on n'essa5'a jamais de fonder une université nationale avec les deniers de tout le peuple. Ni l'intérêt de l'éducation, ni le désir d'élever une barrière contre les progrès de la religion catho-

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lîf[iio n'auraient suffi pour faire accepter aux Américains unenîcsure tendant d'une façon si directe à la centralisation. A la vérité, dans plusieurs États de l'Union, une législation hostile aux catholiques permit d'établir un système d'écoles primaires où l'instruction religieuse réglementaire se bornait à la lecture de la Bible, au chant des hymnes protestantes et à certains exercices communs à toutes les sectes. Grâce à cette espèce de neutralité, tous les protestants pouvaient fréquenter ces écoles. Mais les cathohques n'en voulurent point; ils demandaient l'instruction orthodoxe et les exercices religieux propres à leur culte, et ils fuyaient tout établissement qui ne leur offrait pas ces garanties.

Nous pouvons maintenant nous rendre compte des rapports qui existent entre les solutions données, en Belgique et aux, États-Unis, au problème de l'éducation. Dans les États de l'Union américaine où sont maintenues ces écoles publiques, les premiers auteurs de la loi ont avoué que leur but était de gagner au protestantisme les enfants des émigrés irlandais qui affluaient en ce pays.

Bientôt on neutralisa de plus en plus l'instruction et on finit, dans l'espoir d'apaiser les catholiques, par bannir de l'enseignement tout esprit religieux, tout exercice de piété. Or, actuellement, les protestants les plus éclairés se plaignent que les écoles neutres, aux États-Unis, donnent à la république des hommes et des femmes sans foi, sans conscience, sans principes, et d'autant plus dangereux qu'ils sont plus instruits dans les sciences humaines.

Les catholiques ne fréquentaient pas ces établissements, alors même qu'on en avait banni les prières protestantes. Ils voulaient avoir des écoles particulières, aussi libres et aussi privilégiées que les autres. Ils payaient la taxe; ils demandaient qu'une part, au moins,^ en fût appliquée à l'entretien de leurs classes, et qu'il leur fût permis d'y apprendre à leurs enfants les dogmes et les préceptes de leur religion, à la condition toutefois qu'ils maintiendraient l'enseignement^cientifique et littéraire à la hauteur exigée par la loi. Jusqu'à présent, ils continuent de payer leur quote-part d'impôt pour des écoles dont leurs enfants ne peuvent profiter, tout en faisant des sacri-

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