M^" PECCI A LONDRES. A PARIS ET A U0Î4E
Fig. 2-2. — Pérouse. — Poilc d'enirée de la salle muiiicipe.
miette, il remplissait en ce moment les fonctions de nonce apostolicfie en Belgique. M^'' Pecci obéit aux bienveillantes intentions du pape, et, touché des afl'ectueux souvenirs de Pérouse
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et des relations amicales qu'il avait conservées avec ses habitants, il ri'hésita point à changer de carrière, et il accepta le ministère pastoral au milieu de ce peuple qui l'estimait tant et le demandait avec de telles instances (1). »
Peut-être sommes-nous dans le vrai en pensant que Grégoire XVI, déjà si près de la tombe et éclairé par sa longue expérience sur les bouleversements politiques, prévoyait l'orage qui allait bientôt éclater en France, en Allemagne et en Italie. 11 devinait la fureur avec laquelle la tourmente sévirait dans les Etats de l'Église. Il savait que Pérouse était depuis longtemps un des centres les plus actifs du parti révolutionnaire. Il connaissait la fermeté, la modération et le tact du jeune nonce, dont le cardinal Lambruschini avait, de son côté, une excellente opinion. Il se décida donc à l'envoyer à Pérouse, et il trouva en lui la plus prompte docilité.
Le rappel de M^"" Pecci causa en Belgique des regrets sincères et universels. Ce prélat avait déjà prouvé qu'il connaissait le pays et le peuple, qu'il avait parfaitement saisi l'attitude des partis politiques et le but que le libéralisme poursuivait avec des calculs si sûrs et si savants. 11 avait aussi donné des preuves de cette prudence qui sait favoriser ou sauvegarder les plus chers intérêts de la religion, sans fournir aux adversaires le prétexte de faire à celle-ci une guerre ouverte et à outrance.
Le roi et la reine sentirent vivement la perte que l'on faisait dans la personne du nonce apostolique. Sa rare sagesse avait su aplanir plus d'une difficulté. Ses conseils avaient une grande valeur auprès de Leopold. La reine regrettait surtout le prêtre édifiant, toujours attaché à ses devoirs.
Le clergé belge et les ministres du roi éprouvèrent une pénible surprise en apprenant que M^'' Pecci allait les quitter, La presse religieuse, écho fidèle des sentiments du peuple, exprima la douleur des populations catholiques qui savaient apprécier l'homme de Dieu dans le prélat et deviner un cœur aimant et loyal sous le manteau du diplomate, comme sous le vête-
(1) Mss. Nous reproduisons cl soulignons le passage du manuscrit exactement comme Je porte l'original. D'après ce que nous verrons plus tard, il est évident que le pai\e fut touché de la prompte obéissance du jeune prél t.
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ment de l'évêque. Ce fut un concert unanime de regrets et de louanges.
Le roi Leopold P' ne pouvait assez témoigner de son estmie pour un nonce qui avait su donner, pendant son séjour dans le royaume, une si grande satisfaction à toutes les classes de ses sujets. Non content de décorer M^' Pecci de la grand'croix de l'ordre de Saint-Léopold, il écrivit une lettre autographe au souverain pontife.
« Je dois, digait-il, recommander l'archevêque Pecci à la bienveillante protection de Votre Sainteté; il la mérite à tous les points de vue, car j'ai rarement rencontré un dévouement plus sincère à ses devoirs, des intentions plus pures et des actions plus droites.
« Son séjour dans ce pays-ci lui aura été très utile, en lui permettant de rendre de bons services à Votre Sainteté. Je la supplie de lui demander un compte exact des impressions qu'il emporte sur les affaires de l'Eglise en Belgique. Il juge toutes ces choses très sainement, et Votre Sainteté peut lui accorder toute confiance (I). »
L'archevêque de Damiette ne pouvait passer trois ans dans linlimilc de la famille royale sans entendre souvent parler de la reine Victoria, nièce du roi Leopold, et de son mari le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotlia. Le baron Von Stockmar exerça une grande action dans les pourparlers qui aboutirent à l'élcvalion de Leopold sur le trône du nouveau royaume belge ; il avait eu aussi la part principale dans les négociations qui donnèrent à la jeune reine d'Angleterre son royal époux. Von Stockmar avait par là même une réelle influence à Londres, comme à Bruxelles ; et celte influence était d'autant plus importante que l'habile diplomate savait mieux dissimuler son rôle et s'effacer. M^"" Pecci trouva en lui, lorsqu'il voulut visiter la capitale de l'Angleterre, avant de retourner en Italie, un guide et un conseiller sûr. Il fut présenté à la reine et à sa cour au palais de Saint-James. Il passa un mois entier à visiter les principaux monuments de Londres et à étudier celte société anglaise, si pleine de vie et si digne d'occuper l'attention du
(1) A/ss,
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philosophe et de Ihomme d'Élal. 11 assista aux débats du parlement; dans la chambre des communes, où l'ambassadeur belge racpompagna, il put voir 0' Connell qui louchait à la Jia de sa glorieuse carrière (1).
W Pecci visita aussi les autres grandes villes de l'Angleterre. 11 avait un but bien plus élevé qu'une simple curiosité (le voyageur ou de lettré. Le problème social et religieux, tel qu'il se présentait dans ce pays, lui offrait un sujet d'étude des |)Ius intéressants. Il est permis de croire que l'illustre diplomate conserva de son séjour dans la Grande-Bretagne des souvenirs et des convictions qui influèrent sur le reste de sa vie La race anglo-saxonne, sur les deux hémisphères, avait un rôle trop important dans le mouvement de la civilisation moderne pour n'avoir pas attiré, même avant i8i6, l'attention d'un esprit perspicace, observateur et profond comme celui de M5'' Pecci.
Le réveil du catholicisme dans la Grande-Bretagne est dû, en partie, à l'émancipation conquise par 0' Connell et peut-être plus encore à la présence des Irlandais sur toute la surface de l'île (2). Ces pauvres exilés, à qui la terre natale n'offrait pas un travail rémunérateur en rapport avec sa population ouvrière, n'avaient aucune espérance de voir jamais revivre chez eux les industries qui font la vie des nations et qui rendaient alors la Belgique et la France si dignes d'admiration.
L'Irlandais, chassé par la faim de la patrie où il n'avait pas droit à un seul pouce du sol qui avait été le patrimoine de ses pères, apportait aux populations de Londres, de Liverpool, de Manchester, de Birmingham et de Glascow l'exemple de sa probité, de sa piété, de sa foi vive et pratique. Depuis cinquante ans, combien de nobles, de riches, de savants ont appris de ces émigrés à connaître, à aimer, à embrasser la religion de leurs ancêtres!
En 1845 et en J84G, la conversion des docteurs d'Oxford, qui avait tant surexcité l'opinion publique dans tout le monde ci-
0) G' Connell, né en 1773, mort en 1847, est appelé le Libérateur de l'Irlande. — Life and speeches of Daniel 0' Connell, par son (ils John C Connell.
(2) Le retour au catholicisme en Angleterre est du aussi aux prêtres français réfugiés dans ce pays pendant la grande Révolution,
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vilisé, avait également déterminé le retour à l'orthodoxie des écrivains les plus illustres et les plus honorables de l'anglicanisme.
Les cathohques de la Grande-Bretagne n'étaient encore gouvernés que par de simples vicaires apostoliques; cependant un de ceux-ci dominait tous ses frères dans l'épiscopat par sa science et parson éloquence. C'était M^'" Wiseman, qui devait, quatre ans plus lard, en sa qualité de cardinal-archevêque de Westminster, occuper la première place de la liiérarchie catholique en Angleterre (1).
Ms^'Pecci l'avait connu à Rome, où ses brillantes conférences avaient intéressé non seulement la colonie anglaise, mais tout ce qu'il y avait dans la^, ville éternelle de véritables savants. L'archevêque de Damielte savait aussi quelle estime le souverain pontife avait pour ce prélat. Grégoire XVÏ prenait un intérêt si vif à ses travaux que, pendant son absence de Rome, il voulut examiner les épreuves de son livre intitulé : Horx^ Syriacœ.
Tel était l'homme eminent par son savoir et par sa vie austère et laborieuse que le saint-siège avait envoyé à Londres, afin d'y accréditer par le prestige d'une supériorité intellectuelle incontestable l'Eglise catholique sortant pour ainsi dire des Catacombes, où elle s'était cachée depuis Henri VIIL
M*^"" Wiseman, qui s'imposait à la capitale de la Grande-Bretagne grâce à la variété de ses connaissances et au charme de sa parole, était né à Seville d'une famille irlandaise, forcée comme tant d'autres de prendre le chemin de l'exil. Elevé à Rome, il était revenu en Angleterre chargé des fruits de la science sacrée et profane, le cœur plein d'une charité apostolique pour un peuple qui avait proscrit la foi de ses pères et poursuivait encore d'une haine aveugle et obstinée la race irlandaise, dont il est si facile de se concilier l'affection.
Le prélat n'avait que des bénédictions à répandre sur cette même Angleterre ; il oubliait volontiers ses méfaits et se rappelait uniquement la sublime mission que Dieu lui avait confiée.
(I) Msf Wiseman, né à Seville en 1802, fut nommé cardinal en 48S0. Nous avons de lui un grand nombre d'ouvrages.
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L'archevêque de Damielte trouva auprès de M-"" Wiseman un homme également illustre, le P. Newman, dont la lumière avait brillé d'un vif éclat à Oxford , et qui était venu se faire Fhumble disciple de l'Eglise romaine, sacrifiant toute affection humaine et tout intérêt matériel à la voix.de la conscience et à l'amour de la vérité. C'était aussi à un Irlandais, au docteur Russell, professeur de théologie à Maynooth, que Newman s'était adressé pour obtenir la dernière solution de ses doutes, avant de chercher le repos de l'âme dans le sein de la communion romaine.
Tout, en Angleterre, devint pour le nonce apostolique un sujet de profondes réflexions; il étudia surtout le grand problème du travail et de la propriété, qui se dressait devant une des nations les plus libres et les plus commerçantes, semblable au récif qui défend l'entrée du port au vaisseau chargé des richesses des deux mondes.
MS' Pecci, comme le savant Newman, devina sans doute d'où le salut pouvait venir pour le royaume britannique. Cette vaste puissance était aux prises avec une grave difficulté : le développement excessif des industries, l'extrême pauvreté des masses et l'immense richesse des classes propriétaires et manufacturières formaient un contraste qui s'augmentait de jour en jour. Le remède efficace se trouvait dans le catholicisme et dans l'union avec les Irlandais, qui sont la personnification de la fidélité à Dieu et de l'obéissance au siège apostolique.
M»"" Pecci dut être profondément touché du sort de cette race, de la misère en apparence irrémédiable qui était son partage dans un pays si fertile d'ailleurs et si merveilleusement situé pour le commerce. Il ne put être aussi que vivement impressionné de l'état d'infériorité auquel les Irlandais émigrés étaient condamnés dans les villes de la Grande- Bretagne. Néanmoins, ces mêmes exilés contribuaient du fruit de leur labeur â bâtir, à entretenir les églises catholiques, les cathédrales, les écoles, les orphelinats qui. déjà commençaient à surgir partout dans le royaume- d'Elisabeth ei de Cromwell.
L'Irlande, qui a tant soulTert pour Dieu, ne doit-elle jamais