M^'» PECCI A LONDRES, A PARIS ET A ROME
jonlr de la liberté, de la justice, du bien-être et de la pros-
Fig. 23. — Saint Fiaii(,oib d'Assibc. — D'apics un tableau de Zurbaran, à Munich. XVII« siècle.
périté qui semblent dus à tant de sang versé pour la foi et pour la fidélité au vicaire d.- .Ié>us-Ghri.-t? Tout ca-ur catho-
lique le désire ardemment et en nourrit la ferme espérance (1).
L'archevêque de Damielte, en quittant l'Angleterre, emporta, sans doute, avec lui la conviction que, tût ou tard, il serait fait droit aux réclamations des Irlandais et que Dieu susciterait, après O'Connell, des champions dignes'de celte cause sacrée. Il sentait que les, aspirations si raisonnables et si justes de l'Irlande pour son ancienne autonomie et le droit de faire revivre son agriculture, son industrie et son commerce, sans cesser de faire partie du royaume britannique, seraient un jour satisfaites. Il voyait, dans l'apaisement des esprits, une source de prospérité pour l'Angleterre et, pour la religion, le commencement d'une ère nouvelle.
A son retour de Londres, il s'arrêta plusieurs semaines à Paris chez son ami et ancien professeur, W Fornari, nonce apostolique auprès du roi des Français. La reine des Belges avait fait connaître d'avance aux Tuileries le jeune prélat, et M""" Fornari s'empressa de le présenter à la cour de Louis- Philippe. Là aussi la piété d'une femme s'efforçait de dresser une barrière au sein de sa famille contre le scepticisme en vogue dans la société parisiennne. Elle était, ajuste litre, vénérée et aimée de son époux et de ses enfants. Elle travaillait <à imiter Blanche de Castille et sa sœur Bérengère, qui ont donné à l'Eglise saint Louis et saint Ferdinand, deux des plus grands rois catholiques dont il soit fait mention dans l'histoire. La foi de la reine Marie-Amélie n'est pas éteinte dans les enfants et dans les petits-enfants que cette princesse 'a élevés.
La condition sociale et politique de la France, aux mois de mai 1846, offrait à la sagacité d'un observateur comme IVls"' Pecci bien des symptômes alarmants. Celui-ci connaissait les desseins de tous les partis, les projets des ambitieux qui occupaient ou convoitaient le pouvoir, les plans et le progrès des sociétés secrètes, qui s'efforçaient de se rendre maîtresses de tous les gouvernements du continent européen.
(1) Élude sur l'Irlande contemporaine, par M'' Perraud. '
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Au moment même où le pape futur couversait avec la, cour de France, le roi et ses ministres projetaient des alliances nationales, ils comptaient sur l'avenir de la dynastie et sur la solidité de la constitution. Mais le trône lui-même et la royauté sortie de la révolution étaient comme les édifices bâtis sur les sables mouvants, à l'embouchure d'un .grand fleuve. Une crue soudaine allait bientôt tout engloutir.
Le nouvel archevêque de Pérouse devait voir, avant la fin de sa carrière, bien des trônes et des dynasties entraînés par le courant révolutionnaire.
Il était de retour à Rome le 22 mai. Il fut douloureusement surpris d'apprendre que Grégoire XVI se trouvait sérieusement malade et ne pouvait lui donner audience.
Les deux mois écoulés depuis son départ dé Bruxe^lles eurent beaucoup d'influence sur le reste de sa carrière publique. S'il était revenu directement à Rome en quittant la Belgique, le pape ne l'aurait peut-être pas envoyé à Pérouse, bien qu'il fût préconisé évêque de cette ville depuis le consistoire du \9 janvier précédent. Dans le cas où, suivant le désir exprimé par le roi des Belges, il eût été aussitôt créé cardinal, il aurait pu, en cette qualité, rendre au saint-siège et à l'Église des services importants. Les nécessités du temps exigeaient, en effet, qu'il y eût à Rome des hommes d'Etat parfaitement instruits des dangers qui menaçaient la religion et la papauté; il fallait aussi que les nonces apostoliques auprès des cours européennes fussent bien éclairés sur la nature du mouvement antisocial dont les effets se laissaient déjà pressentir.
Mais il est inutile de demander ce qui serait arrivé. Nous sommes en présence d'une révolution extraordinaire, inattendue à Rome même.
L'évêque de Pérouse, ainsi que nous devons désormais l'appeler, conçut une bien vive douleur en voyant s'aggraver de jour en jour la maladie de son auguste protecteur. H reconnaissait dans ce pontife un savant de premier ordre' il admirait l'austérité de sa vie et l'éclat des vertus qui rehaussait en lui le mérite dç la science^ il aimait son caractère si
bon, si franc, si loyal, si joyeux. Il avait été témoin de sa fermeté quand il réprima les insurrections qui troublèrent son règne et s'annoncèrent comme les premières rafales de la tempête qui se déchaîna bientôt après sa mort. Les envoyés de la Grande-Bretagne et les représentants des autres puissances voulurent lui dicter des règles d'administration et une ligne de politique, qu'il sut repousser avec dignité.
Grégoire XVI savait parfaitement quelle était la cause de cette perpétuelle agitation dans les États du pape et en toute l'Italie, Aussi ne fut-il ni effrayé par les menaces des conspirateurs, ni découragé par l'apparente inutilité des réformes qu'il jugeait nécessaires. Il avait l'honneur insigne, ainsi que les autres pontifes, d'être un obstacle aux desseins de la révolution. Eût-il été un ange de bonté, on l'aurait peint comme un tyran et un oppresseur.
M^"" Pecci ne put ni voir son bienfaiteur, ni le remercier de l'intérêt tout paternel qu'il n'avait jamais cessé de lui témoigner (1).
Parmi les membres du sacré collège venus à Rome pour* le conclave, se trouvait le cardinal xMastaï Ferretti, dont M^' Pecci, pendant son séjour dans l'Ombrie, avait trouvé le souvenir vivant dans les cœurs. Il fut attiré vers un honîme dont toute l'Italie exaltait les grandes qualités et les vertus apostoliques. Dans une visite qu'il lui fit avant l'ouverture du conclave, il fut accueilli avec une singulière bienveillance; le cardinal lui parla surtout avec éloge de sa nonciature en Belgique. Quelques semaines plus tard, le même, devenu Pie IX, reçut M^'' Pecci en audience particulière et lui répéta plus formellement la haute opinion qu'il avait des services rendps à l'Eglise en Belgique.
Ainsi l'évêque de Pérouse, par un concours providentiel de
, (1) Une notice biographique publiée à Tournay, en 1878, rapporte une con versaUon que M^' Pecci, de retour à Rome, aurait eue avec Grégoire XVI, et parle de la proposition que le souverain pontife lui aurait faite d'accepter l'évèché de Pérouse. Il suffira de rappeler au lecteur que Mf' Pecci avait accepté le siège episcopal de Pérouse avant le consistoire du 19 janvier, où il fut préconisé. Mss.
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circon^tancee, fut retenu dans la capitale du monde chrétien pendant la dernière maladie et la mort do Grégoire XVI, et
Fig. 21. — Église de la l'orlioiiciile, où Mgr Pccci célébra la messe avant de se rendi-c à Pérousc.
pendant la tenue du conclave où fut élu son successeur. Il assista aux imposantes cérémonies du couronnement de Pie \S. et à la prise de possession de Saint-Jean de Lalran. Vinrent ensuite la proclamation de l'amnistie et les scènes
de joie délirante dont Rome fut le théâtre, tout le reste de l'été et de l'automne.
Le nouveau pontife reçut lui-même la lettre autographe du roi des Belges, que nous avons citée plus haut. Il y répondit en ces termes : « M^" Pecci, qui vient de rempli iauprès de Votre Majesté les fonctions de nonce apostolique, a mis entre nos mains la précieuse lettre que vous ave/, écrite le 14 mai à notre vénérable prédécesseur. Le haut témoignage que Votre Majesté a bien voulu rendre de M^' Pecci, évêque de Pérouse, fait beaucoup d'honneur à ce prélat, qui verra en temps convenable vos désirs se réaliser comme s'il eût continué jusqu'au bout le cours de ses nonciatures. »
L'évêque de Pérouse ne prolongea son séjour à Rome, après le couronnement de Pie IX et après le changement du secrétaire d'État, que le temps nécessaire pour rendre au successeur du cardinal Lambruschini le comptc-rcndu officiel de sa mission en Belgique.
Il voulait prendre possession de son siège episcopal le 26 juillet, fête de sainte Anne, qui lui rappelait la mémoire de sa mère. Ce trait donne une grâce spéciale à la physionomie austère de celui dont nous racontons la vie et dont nous allons désormais décrire les luttes glorieuses, entreprises pour la gloire de Dieu, la défense de l'Église et le salut de la société. Une tendre vénération pour sa mère ne cessera pas de se manifester dans le cours de sa vie toujours militante et toujours absorbée par l'étude, l'administration et les soins minutieux du ministère pastoral.
Avant de se rendre à Pérouse, il voulut visiter Assise. C'était sa mère qui lui avait inspiré l'amour de saint François, vivante image sur la terre de ce Jésus doux et humble de cœur, de ce protecteur aux pieds duquel les âmes accablées du fardeau de la vie aiment à trouver le soulagement et le repos, de cet ami débonnaire dont la tendresse s'étend à toutes les créatures. Il célébra le saint sacrifice et dans l'église de la Portioncule et dans celle qui renferme les restes vénérés du patriarche de l'Ombrie.
R fît ensuite sonentrée à Pérouse. On ditque 60,000 étrangers