CHAPITRE PREMIER
INSTRUCTION DU CLERGE ET DU l'EUI'LE
M^' Pecci, à rcvcinplc de saint Charles Borromcc, désire former un clergé qui puisse le seconder. — Pendant qu'il travaille à la réforme de son séminaire, il s'occupe des elements de la doctrine chrétienne. — Catéchisme diocésain. — Co^iiment l'évèque de Pérouse suit le progrés des études. —Anecdote le peignanl au vif. —Moyens de slimuleretde récompenser l'application. — !l remet en honneur l'Aoadémie de Saint-Thomas. — Comment il élève à la fois le niveau de la science et de la pictc Chez les séminaristes et les prêtres. — Heureux résultats.
.^^^1 ONSEiGNEUR Pecci, commc on devait s'y attendre, ' allait consacrer les prémices de son épiscopat au service de l'éducation.
Quand , au milieu du seizième siècle, saint Charles Borromée prit possession du siège do Milan, la connaissance qu'il avait de la situation de l'Italie lui inspira la pensée d'employer tout son zèle à instruire son peuple. Il chercha d'abord les moyens d'organiser dans sa ville épiscopale et dans son vaste diocèse un système d'instruction religieuse qui pût embrasser tous les âges, depuis les enfants des deux sexes jusqu'aux adultes peu versés dans la connaissance des vérités de la foi et des devoirs du christianisme. De là ces admirables sociétés de la doctrine chrétienne qui étendirent leurs travaux et leurs bienfaits de la cathédrale de Milan, où furent leur berceau et leur siège, jusqu'aux extrémités les plus reculées du diocèse.
Saint Charles ne déploya pas moins de vigueur dans l'organisation des études sacrées et profanes : il fonda et multiplia partout les écoles primaires et secondaires, appela les jésuites
au collège de la Bréra qui allait devenir la gloire de la haute Italie, et ne cessa de stimuler soit leclergérégulier et séculier, soit les laïques riches et instruits, les engageant à se dévouer à l'œuvre divine de l'éducation et à y contribuer par leurs aumônes ou par leur coopération personnelle.
Comme le roi Sanche le Vaillant d'Espagne, au commencement du quatorzième siècle, saint Charles, au milieu du seizième, comprit que, pour ernpêcher les révolutions et fermer l'ère des bouleversements religieux et sociaux, il fallait procurer aux différentes classes, depuis l'agriculteur, l'industriel et l'artisan, jusqu'aux nobles et aux enfants des rois, une instruction proportionnée à leur condition, embrassant les lettres, les sciences, les arts, et s'appiij'ant sur une connaissance exacte des dogmes et des préceptes du christianisme. Il savait que dans l'éducation réside. une des grandes forces qui dominent le monde. Si cette force n'est pas au service de la religion, elle tombera au pouvoir de l'impiété, qui s'en servira pour dégrader l'homme et faire la guerre à Dieu. C'est pourquoi le saint entreprit tant de travaux dans le but de répandre à flots sur l'Italie les lumières d'une véritable éducation chrétienne, d'élever l'esprit à la connaissance du vrai, du beau, du bien, et d'accoutumer le cœur à la pratique de toutes les vertus qui font de l'homme le digne enfant de Dieu sur la terre.
M^"" Pecci résolut de suivre un si bel exemple, à son arrivée à Pérouse. Telle était peut-être aussi la volonté de Grégoire XVI quand il lui proposa d'accepter l'apostolat de l'Omhrie.
Le nouvel évêque connaissait, du reste, les dangers qui menaçaient les populations italiennes, dangers d'autant plus pressants que la propagande révolutionnaire couvrait la péninsule du réseau de ses clubs. Elle avait à sa disposition une armée d'agents très zélés qui endoctrinaient les habitants des campagnes comme ceux des villes, à l'aide de la presse quotidienne et périodique, des publications de tout genre et des entretiens secrets, habilement ménagés pour séduire les classes ouvrières. Le mal, en un mot, avait son apostolat bien organisé; les émissaires, recrutés au sein du peuple même, y répandaient le mépris et la
haine de la religion, de la papauté, du sacerdoce et de toutes les institutions du christianisme.
Le poison s'était répandu partout et avait pénétré profondément au sein des masses. Il n'y avait pas un instant à perdre, si l'on voulait sauver l'Italie catholique. Les noms si chers do patrie, 'de nationalité, d'indépendance, d'unité italienne, étaient les mots magiques que l'on employait pour dévoyer les intelligences et diriger contre l'Élglise les ressorts les plus puissants del'càme humaine. Pour regagner le terrain déjà perdu et ramener la foi et la piété dans la vie des peuples modernes, victimes du scepticisme et des passions révolutionnaires, il fallait chez les ministres de l'Évangile la ferveur, l'esprit de sacrifice, le dévouement à Dieu et aux hommes qui distinguaient les premiers prédicateurs au sein de la Rome impériale et dans l'Europe païenne. Il était nécessaire aussi de connaître les besoins de la société, si l'on voulait combattre Tennemi sur son propre terrain.
Ce fut donc à former un clergé capable de faire face, sur tous les points menacés, à l'incrédulité et à la révolution, que MK'-Peccî s'appliqua sans perdre un jour. Mais, pendant qu'il examinait en détail les changements à opérer dans ses séminaires, il voulait suivre l'exemple de saint Charles Borromée, en activant partout l'enseignement du catéchisme et Finstruction du peuple par la prédication et les expositions doctrinales familières.
« On ne saurait trop louer le zèle ardent qu'il montra pour répandre la connaissance de la religion et instruire solidement toutes les classes de son peuple. Il avança celte grande œuvre par les missions et les retraites, par l'enseignement du catéchisme, par les fêtes solennelles qu'il fit célébrer partout à l'occasion de la première communion, cl par rétablissement des sociétés de la doctrine chrétienne.
« Le texte du catéchisme du diocèse fut entièrement refondu et reproduit en de nombreuses éditions; plusieurs ordonnances réglèrent dans toutes les paroisses l'explication de l'Év-ingile et l'exposition de la doctrine chrétienne; i)uis, tous les ans, à l'approchf du carême, parais^.iit une lettre pastorale- stîr quelqu'une des (juestujns vifal.s du jour. Toutes ces choses,
et bien d'aulres encore, témoignent du profond intérêt qu'il portait au bien spirituel de son troupeau, et du désir intime qu'il avait de conserver dans son intégrité la foi de nos pères.
« Après roccupation de l'Ombrie par l'armée piémontaise et la dispersion des ordres monastiques, il prévit bien qu'il n'aurait pas assez d'ouvriers apostoliques pour rompre au peuple le pain de la parole. C'est pourquoi il fonda en 1875 l'Union des prédicateurs de la Divine Parole, qui se proposait pour objet d'étendre à toutes les classes de la société, à toutes les paroisses des campagnes le bienfait «de l'instruction religieuse la plus soignée, tout en organisant des missions, des catéchismes, des premières communions. Déjà, en 1873, il avait rédigé de sages règlements, dans le but de donner à ces exercices publics plus d'efficacité et plus d'édification.
« Il établit en outre, après s'être entendu avec les curés et recteurs, un ordre permanent pour tous les offices publics dans les églises de la ville. On fixa l'heure des messes, celle du sermon les jours de fête, de manière que les fidèles, dans tous les districts de la ville, savaient à quelle heure précise ils pourraient satisfaire à leur dévotion et profiter des instructions de leurs pasteurs. En 1872, et plus tard en 1875, il publia des exhortations aux curés et aux vicaires, les pressant d'enseigner sans relâche aux enfants la doctrine chrétienne et d'assembler les adultes, l'après-midi, pour un catéchisme plus nourri/l). »
Nous avons cité ce passage, au risque d'anticiper sur lés événements, afin de faire connaître au juste l'esprit éminemment pratique du jeune prélat que nous allons admirer comm£ l'érnule des Pères de l'Église et des pla^ grands pontifes- qui ont défendu victorieusement la foi et glorifié l'Église, aux yeux même de ses détracteurs.
Voyofis maintenant ce que fil lévèque de Pérousè pour l'éducation de son clergé.
Le séminaire diocésain, étant la pépinière des prêtres, devait être l'objet de ses premiers soins. « Il avait coutume de l'appeler la prunelle de son œil. » Cet établissement, fondé en 1571, par le cardinal l'ulvio délia Corgna, évêque de Pérouse
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avait été spécialement favorisé par M^^ Napoléon Gomitali, un des prédécesseurs immédiats de M^"* Pecci. Ce séminaire est situé près de la cathédrale, à côté de la demeure épiscopaîe. M»' Pecci conçut aussitôt le dessein de l'agrandir, et, dans ce but, il céda une aile de son palais; ce qui lui facilitait, à toute heure, l'accès des classes et la surveillance de l'ordre et de la discipline. De 1846 à 1850, il affecta 0,000 ecus de ses' revenus personnels à ces changements.
Il s'occupa aussi de réorganiser les études et d'en élargir le cadre. Il créa de nouvelles chaires et choisit pour les- remplir les savants les plus distingués. Il n'épargna rien pour exciter chez les professeurs et chez les élèves l'ardeur du travail et l'amour de la science, de telle sorte que le séminaire devînt l'admiration del'Ombrie etdes provinces voisines.
MB'" Pecci avait été élevé à trop bonne école et avait trop éprouvé dès sa première jeunesse les avantages d'une rigoureuse discipline , pour ne pas s'efforcer d'établir dans son petit comme dans son grand séminaire l'ordre le plus parfait et la plus stricte régularité. Maîtres et disciples devaient également se plier aux lois de l'obéissance.
Son projet, nous l'avons dit, en incorporant le séminaire au palais episcopal, était d'avoir sans cesse sous les yeux cette importante institution et l'œuvre difficile qu'il y poursuivait.
Le jardinier met son orgueil et sa joie à voir les plantes précieuses qu'il cultivée prospérer sans relâche; il aime à contempler ses arbres couverts de fleurs au printemps, et il suit avec sollicitude le développement du fruit jusqu'à la pleine maturité. Ainsi l'évêque de Pérouse trouvait ses plus chères délices au milieu des jeunes plantes du sanctuaire. Il constatait les progrès de chacune d'elles avec l'attention la plus délicate.
S'il avait à cœur d'engager chaque élève à profiter le plus possible de l'enseignement des lettres et des sciences qui lui était si soigneusement et si largement distribué, il ne veillait pas avec moins de souci sur le maître, afin de s'assurer s'il savait se rendre accessible aux jeunes intelligences et leur fournir une nourriture en rapport avec leur capacité.
Le corps enseignant devait donner l'exemple de l'ordre et de la ponctualité. L'évêque choisissait pour supérieur et pour
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directeurs de son séminaire les ecclésiastiques les plus recommandablés par leurs vertus et leurs connaissances', et il leur laissait la plus grande autorité dans l'accomplissem&nt de leur mission; cependant il regardait toujours comme une obligation personnelle de s'assurer si chacun était fidèle à son devoir.
Une anecdote, publiée l'année même de son élection au souverain pontificat, nous peindra ses habitudes et nous montrera comment il savait inspirer à la jeunesse d'éHte le goût exquis de la belle littérature qui le caractérisait lui-même, et ce vif désir d'exceller en tout, sans lequel un homme reste toujours médiocre.
" Ni mes élèves ni moi, nous dit le professeur Brunelli, n'oublierons jamais un incident qui se rapporte au cardinal J^ecci. Je ne sais comment la chose advint; mais, un jour, je manquai d'être à ma place dans ma classe de belles-lettres, à l'heure réglementaire. Je me hâtai , en apercevant mon retard , de réparer ma faute avec l'appréhension d'un homme qui s'attendait comme à la chose la plus ordinaire du monde à trouver le cardinal dans les corridors, où il avait coutume de veillera l'ordre et au silence. Mais quelle ne fut pas ma surprise, en entrant dans ma classe, de voir Son Eminence assise dans mon fauteuil, occupée à traduire pour jnes élèves un passage de la Milonienne, leur faisant goûter et admirer, dans son langage si élégant, les beautés de la composition et du stj'le.
" Confus d'abord, je me rassurai bientôt, et je m'assis sur les bancs parmi les écoliers, priant le cardinal de vouloir bien continuer sa leçon. Mais il quitta le fauteuil, m'invita gracieusement à reprendre ma place et exhorta ses jeunes admirateurs à recueillir de leurs études littéraires tous les fruits possibles. Peut-être le sourire qu'il m'adressa était-il un reproche tacite mais aimable pour le professeur (1). »
Un homme qui prenait ainsi au sérieux la grande œuvre de l'éducation devait s'assurer du progrès que l'on faisait dans les études. Il avait ordonné des examens trimestriels très sévères; il y présidait lui-même et interrogeait les élèves sur toutes les matières du programme. On comprend sans peine
(l) Prolusionc lelta àal Brunelli per l'anno scolastico 187S-79, e publicata nella Leonis XIII. Pont. Max. Carmina, l'diiie, 1883.
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combien cette vigilance devait contribuer à stimuler les efforts des séminaristes et le zèle de leurs maîtres.
A la fin de l'année scolaire , après les examens et avant la distribution des prix, avait lieu une séance d'Académie, que l'évêque de Pérouse, à l'exemple de ses anciens professeurs de Viterbe, s'efforçait d'entourer d'une grande solennité. Les autorités et les célébrités de la ville et de la province étaient conviées à cette fête de l'intelligence. Les évêques voisins et même les prélats les plus distingués de Rome se faisaient un honneur d'encourager par leur présence les efforts des jeunes athlètes, et de témoigner à M^"" Pecci la sympathie que leur inspiraient ses nobles travaux.
Plus solennelles encore étaient les thèses publiques de philosophie ou de théologie que soutenaient les élèves vraiment distingués, avant de quitter le séminaire de Pérouse. La science, soit sacrée, soit profane, devenait ainsi une plante indigène dans l'illustre capitale de l'Ombrie.
Le prélat, pendant qu'il élevait partout dans son diocèse le niveau dès études et de la piété, voulut remettre en honneur le culte de la philosophie chrétienne, personnifiée dans saint Thomas d'Aquin. La compagnie de Jésus, qui a donné à Joachim Pecci ses premières leçons de philosophie et de théologie, a reçu en héritage de son fondateur une grande vénération pour le docteur angélique. Les jésuites, d'après leurs constitutions, doivent faire des ouvrages de saint Thomas la base de leur enseignement, et les chefs-d'œuvre de leurs plus grands philosophes et théologiens sont des commentaires dont l'Ange de l'école a fourni le texte principal.
M^"" Pecci, formé par des maîtres si habiles, avait l'expérience de cet enseignement aussi sûr que supérieur. Il s'était déjà convaincu, depuis son arrivée à Pérouse, que l'erreur, dont le virus pestilentiel s'était glissé chez plusieurs nations modernes, avait pénétré du sein des universités dans la jurisprudence, le droit public, la constitution et l'administration des Etats. Cet empoisonnement des sources mêmes de la vie intellectuelle et pohtique avait produit, avec l'anarchie des idées, le bouleversement des sociétés elles-mêmes.
Il fallait purifier ces sources et ouvrir les fgntaines de la
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sagesse divine auxquelles s'étaient abreuvés nos pères : on n'avait pas de moyen plus efficace pour Iroiiyei- un antidote puissant et infaillible contre le poison de l'erreur et renouveler la vie intellectuelle.
jyjgr Pecci conçut, en 1858, le dessein d'établir dans la capitale de rOnibrie une Académie de Saint-Tliumas d'Aquin, dans le but de « promouvoir l'étude et l'intelligence des doctrines catholiques, tant en théologie qu'en philosophie, d'après la méthode de saint Thomas ». Les dissertations lues dans les assemblées mensuelles doivent avoir pour matière une « question » ou un « article » de la Somme théologique. Chaque dissertation renferme trois parties. Dans là première, « on expose et on développe la d(»clrine du saint docteur; dans la seconde, on met en relief la solidité de cette doctrine, et on réfute toutes les objections principales; dans la troisième, on applique celte doctrine aux systèmes et aux erreurs modernes (1) »
En 1858, on était déjà bien près des jours mauvais inaugurés par le prince Jérôme Napoléon dans l'Italie centrale et dans les Etats du pape. Il fallait donc attendre, sinon des jours meilleurs , du moins un peu de stabilité , pour exécuter un projet dont la parfaite réalisation nécessitait le zèle et le concours de tout ce qu'il y avait dans l'Ombrie d'intelligences cultivées. P^n 1871, l'Académie de Saint-Thomas fut fondée; mais le programme dut subir une modification. Il fut arrêté que les membres se recruteraient seulement parmi les prêtres du diocèse de Pérouse.
L'évêque était président de droit. Le bien qu'on avait espéré se trouva restreint, il est vrai; mais ce fut un bien très réel. L exemple du clergé de Pérouse eut bientôt des imitateurs dans les autres diocpses de l'Italie et de tous les pays catholiques (2).
Il paraît sans doute étonnant aux savants de nos jours, qui n'ont jamais lu les ouvrages du grand docteur catholique et ne sont pas^ familiarisés avec les procédés scientifiques du moyen âge, d'entendre dire que la doctrine d'un théologien du
{{)' Scella di atti episcopali del cardinale Gioacchino Pecci A7-civescovo-Vescûvb di Perugia, Rome, -1819, p. f;2I , '>a. \i) On peut citer commç exemple TAcademie fûiidéeà Coutances en 1880.
treizième siècle, si eminent qu'il soit, puisse servir de pierre de touche à la science moderne, ou que la méthode alors suivie dans les écoles puisse nous être utile dans nos patientes recherches et nos laborieuses investigations.
Et cependant, nous pouvons l'affirmer sans aucune hésitation avec M*^"^ Pecci , jamais méthode doctrinale et scientifique ne fut aussi admirable, aussi infaillible, soit pour confronter la vérité avec l'erreur, soit pour avancer sûrement dans l'acquisition de la science- : d'une part, la raison humaine éclairée par la foi divine voit les horizons intellectuels s'élargir devant elle; d'un autre côté, elle ne s'égare jamais et s'élève toujours tant qu'elle ne se sépare pas de sa céleste compagne.
Le sixième centenaire de saint Thomas d'Aquin arrivait en 1874. A celte occasion, l'Académie de Pérouse reçut une nouvelle impulsion. Alors parut le premier volume de ses Actes (1); Cette publication fut accueillie avec grande faveur; ce qui encouragea les académiciens dans leurs louables travaux. D'autres volumes ont paru depuis. Tous attestent k haute culture que l'évêque de Pérouse avait mise eii honneur par son exemple et sa libéralité.
M^^ Pecci donnait ainsi dans son clergé une forte impulsion aux études littéraires et scientifiques. Il voulait que le prêtre pût figurer en première ligne parmi les savants ou que du moms 11 ne se trouvât pas au-dessous de sa noble mission d enseigner les peuples confiés à ses soins.
Il avait encore plus à cœur que ces âmes privilégiées fussent surtout supérieures en sainteté aux fidèles qu'ils avaient à guider dans la pratique des vertus évangéliques. Plus que jamais, l'Italie, travaillée par les passions révolutionnaires et impies' avait besoin de trouver, dans la milice sacerdotale, des exemples de science , de pureté et de dévouement. La religion «n effet, semblait agoniser, et on voyait approcher le jour oci elle ne pourrait plus vivre sur cette terre que les apôtres Pierre
(t) Ces Actes furent publiés par Santucci de Pérouse. On trouve dans le ore mier volume un .. Essai sur les recherches anthropologiques, en conforMilé avec la doctrine de saint Thomas ». Le second volume parut L iSlT
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et Paul avaient arrosée de leurs sueurs et de leur sang, qu'avaiçnt sanctifiée les François d'Assise et les Thomas d'Aquin , qu'avaient illustrée les Améric Vespuce et les Christophe Colomb.
L'évêque de Pérouse chercha dans une parfaite discipline le moyen de nourrir et d'entretenir la vraie piété des séminaristes, et, par suite, de tous les prêtres.
La disciphne, pour servir à un tel but, doit être l'amour de la règle fondé sur la conscience et inspiré par la générosité. Une soumission forcée aux ordres du supérieur ou le désir de capter ses bonnes grâces ne saurait servir de base à la discipline, parce que la volonté resterait toujours étrangère à l'observance matérielle de la loi. Il faut, en un mot, que, dans un séminaire, l'estime du devoir et l'esprit de sacrifice dictent l'observance de la règle. C'est un commencement d'abnégation, eltoutela vie du bon prêtre est une abnégation continuelle,
M^'' Pecci demandait à ses séminaristes ce qu'il pratiquait lui-même. Il s'efforçait, en effet, de se trouver présent à tous leurs exercices de piété ; et ûle faisait parce que son cœur était à l'aise au milieu de ces jeunes gens et que sa prière semblait monter plus sûrement au ciel, accompagnée de celles de tous ces cœurs innocents. Jamais, quand cela était possible, il ne manquait de faire avec eux les exercices de la retraite annuelle.
<( Il savait combien c'est chose délicate et difficile d'imprimer une bonne direction aux jeunes âmes, à celles surtout qui aspirent au service du sanctuaire. Pour y réussir il avait soin de leur donner, dès leurs premières années, un fond solide de piété. Il les voulait humbles et recueillies. Il exigeait qu'on observât strictement la règle au petit et au grand séminaire. C'est ce qui l'amenait à visiter si souvent les corridors, les salles de récréation et la chapelle.
« 11 demandait un compte journalier aux ecclésiastiques zélés et exemplaires qu'il avait préposés à la direction de cet établissement. Il aimait aussi à recevoir souvent les séminaristes, leur témoignait une grande affection, gagnait leur confiance et leur prodiguait les bons conseils et les encouragements.
« D'un autre côté, il savait bien mêler à cette bonté une juste sévérité, quand on se montrait peu docile et indiscipliné. Mais il ne se permettait jamais envers les coupables ni paroles dures ni reproches blessants. Il se réservait les cas les plus graves d'indiscipline et de mauvaise conduite.
« C'était son habitude d'aller deux ou trois fois par semaine à une chambre qu'il appelait sienne; et là, durant les heures d'étude, il se faisait envoyer ceux des séminaristes qui lui étaient signalés par le recteur... Se trouvant seul avec le coupable, il lui mettait sous les yeux, avec des paroles sévères mais pleines de paternelle tendresse, la gravité sérieuse des fautes qu'on lui reprochait et l'absolue nécessité de se corriger sans délai. Il lui donnait alors une feuille écrite de sa propre main, sur laquelle se trouvaient notés les défauts qu'il fallait combattre et les vertus opposées qu'il fallait pratiquer pour les vaincre. Il voulait que cette feuille restât sur la table d'étude du séminariste, tant que les défauts n'avaient pas disparu.
« Cette méthode réussissait admirablement. Monseigneur recommandait par-dessus tout l'esprit de docilité et d'obéissance, la volonté ferme de réprimer l'amour-propre et l'orgueil, les deux grandes sources du mal moral.
« Pour que ces vertus jetassent des racines plus profondes encore dans ces jeunes cœurs, il composa et publia un petit traité sur l'humilité qu'il dédia à ses séminaristes et dans lequel il expose les moyens d'acquérir cette vertu, la plus nécessaire de toutes au prêtre, celle qui doit être son caractère distinctif (1). »
Cette culture si consciencieuse, qui dura trente années, ne tarda pas à porter de dignes fruits. Le cardinal Pecci eut la douce consolation de voir sortir de son séminaire plusieurs ecclésiastiques de grande distinction, qui, à l'heure présente, occupent dans l'Église des olTices élevés, et remplissent avec honneur des chaires de professeur ou exercent la charge de pasteur des âmes. Entre autres, il suffira de nommer M^"" Kotelli, qui, après avoir été évéque de Montefiascone et délégué
(1) Msa. I.'liumilité est la vertu ch^re à Léon XllI.
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apostolique à Conslantinoplo, est aujourd'hui nonce aposlolique à Paris, el M^'' Boccali, prélat palatin et auditeur spécial du saint-père, les deux frères SaloUi, professeurs, Ballerini et Brunelli, également professeurs, l'archiprêtre Boschi, l'archidiacre Salvatorelli et les deux chanoines Carniechi.
<( Nous pourrions nous étendre sur la sollicitude vigilante qu'il montra toujours pour le séminaire, cl sur les grandes dépenses qu'il eut à supporter pour l'agrandir, le restaurer et lui fournir des ressources pécuniaires sufllsanles, siu^lout après les pertes désastreuses occasionnées par la conversion forcée du ])atrimoine de l'Église en renies sur l'Etat.
<i Au commencement, il dut seul maintenir les classes, payer la pension des élèves pauvres, fournir la table dans les jours de détresse, faire face à tous les frais de construction et de réparation, et acheter les fournitures. Ainsi, on peut le dire en vérité, sa prévoyance et sa générosité ont, seules, sauvé cet établissement des plus grands désastres et d'une ruine certaine.
« Enfin 11 força tout le monde à reconnaître l'admirable sens pratique qu'il montra en 1872, quand le nouveau gouyèrnement publia le programme officiel de l'enseignement. Il eut le tact de rédiger, à l'instant même, Un plan d'études et des règles de direction pour son séminaire, embrassant toutes les nouvelles matières imposées et la discipline scolaire exigée par l'État. Le tout était calculé de façon à ne compromettre en rien la solidité et le sérieux de l'ancien cours d'études, qui avait donné à l'Église et aux professions savantes tant d'hommes distingués. En même temps, il avait soin que les séminaristes fussent parfaitement instruits sur toutes les matières exigées par les examinateurs officiels, comme conditions nécessaires aux grades académiques (1).
« 11 ne faut donc point s'étonner si le clergé de Pérousc manifeste pour celui qui fut durant de si longues années son bienfaiteur et son père, son guide et son modèle dans les
(1) Mss. — Avec Papprobalion du cardiual-évéquc, on imprima, en 1872, le " Piogramme normal officiel d'éludés, dans le séminaire episcopal de Pérouse ». Ce programmé était signé par le préfet des études, M. le chanoine Louis Rotelli, docteur en théologie; c'était le programme rédigé par le cardinal.
voies de la science et de la sainteté, un attachement prc)fond, un amour filial et une reconnaissance que la séparation n'affaiblit en rien. En retour, ce bon pasteur, cet évêque qui vivait avant tout pour ses prêtres et pour son peuple, ne cesse pas, dans l'éloignement, de les aimer comme la plus chère partie de lui-même (1). »
Mais nous ne sommes qu'au début de ces trente-deux années de travaux, de sacrifices, de luttes glorieuses qui demeureront à jamais mémorables comme l'une des plus belles pages de l'histoire de l'Eglise.
Suivons M^-^ Pecci dans son apostolat.
(f) Mss.
^.^sfiS^"^^^^.^
Hospilalilc chrélicimc. D'après Fra Angelico. XV'= siècle.