‹ Vie de Léon XIIIChapitre 63 sur 148 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Comment M"*' Pecci, d'après les délai Is relevés dans le Mémoire, conduit ses prêtres à la sainteté, et les initio à toutes ses œuvres de zèle pastoral. — Quatorze années d'une vIo parfaite, dont l'éclat ne cesse d'augmenter. — Lettre adressée à Pie IX, en 18lf>, sur la nécessité de « raviver la lumière de la loi ■>, de " conformer les mœuis iiopulaires à la loi de Dieu et de l'Église », de " rétablir la discipline ecclésiastique ». — Vie privée. — Règles de conduite que les prêtres doivent suivre pour mener uue vie « exemplaire et laborieuse ». — La pureté de la doctrine et l'intégrité de la morale dans le clergé.

p^ F. zèle actif de M^' Pecci pour l'éducalion des séminaristes et l'instruction du peuple n'égalait pas son ardeur pour élever l'intelligence des prêtres à un haut degré de science, leur cœur à un grand amour du sacrifice.

L'esprit d'abnégation était vraiment nécessaire à ces prêtres pour qui la persécution allait commencer. Les agissements du Piémont, de 1848 à 1858, avaient fait pressentir à Tévêque de Pérouse que le sort du clergé sous la domination des sectes, dont l'empire allait s'étendre sur toute l'Italie, et même sur toute l'Europe serait le sort des premiers prédicateurs de l'Evangile. Les apôtres de l'irréligion le laissaient entendre : dans les conditions .faites à l'Eglise et à ses ministres, le sacerdoce chrétien devait se préparer à des luttes moins sanglantes, mais aussi périlleuses que celles dont les disciples du divin Maître furent les gloi^ieuses victimes. Il semble plus difficile de ramener à la vérité et à la pratique d'une religion surnaturelle des générations d'apostats cfue de convertir des peuples païens.

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Le prélat qui prenait, au mois de juillet 18i6, le gouvernement du diocèse de Pérouse désirait s'unir étroitement à seâ prêtres pour travailler avec eu.\ au champ du père de famille et traverser les jours mauvais pendant lesquels l'ouvrier devrait se changer en soldat. Il leur fit sentir, dès les premiers jours de son episcopal, qu'il voulait former avec eu.\ tous un seul cœur et une seule came, afin de combattre plus elFicacement pour la cause de Dieu et de l'Église. Il s'en fit d'infatigables collaborateurs dans ses œuvres de charité pastorale. Ecoutons, à ce sujet, un de ceux qui prirent part à ses travaux :

« Il ne manquait jamais, chaque année, de faire donner, plusieurs fois, les exercices spirituels à son clergé, de sorte que tous ses prêtres eussent la facilité de les suivre au moins une fois en trois ans. Il réorganisa, par plusieurs ordonnances, les conférences ecclésiastiques. Lui-même présidait en. personne celles qui se tenaient dans sa ville épiscopale. Il les faisait présider dans les autres lieux du diocese par des ecclésiastiques éminents. Afin que les aspirants au sacerdoce qui demeuraient hors du séminaire, fussent à l'abri des scandales du monde et pussent jouir des avantages de l'instruction cléricale et d'une vie de règle, il publia, en 1S51. une ordonîiance et un règlement plein de sagesse, pour la protection de ces jeunes gens. Il choisit un prêtre également vénérable par son âge et ses vertus pour leur servir de supérieur et de directeur.

« 11 publia, en 1856, le catéchisme diocésain, auquel il ajouta, à l'usage de ses prêtres, d'excellentes instructions sur la meilleure manière d'enseigner la doctrine chrétienne. En 1857, il composa un manuel de règles pratiques pour la conduite des curés et des vicaires. Ce recueil, rempli de bons conseils pour tout ce qui regardait la discipline extérieure et l'exercice du saint ministère, formait un livre précieux pour les temps difficiles qui allaient bientôt arriver en Italie.

« .\fin de prévenir tout abus, toute profanation du culte public, à l'occasion des changements politiques, il enjoignit à son clergé, en 1861, de suivre exactement les prescriptions de la liturgie dans toutes les cérémonies extraordinaires et dans la discipline intérieure des églises.

« En 1863, il sanctionna pour tous s^s prêtres la fondation des conférences de Saint-Vincent de Paul, et approuva les règlements qui devaient s'y observer.

« En 180G, comme les difficultés s'aggravaient de jour en jour, il adressa une circulaire au clergé; il y traçait los règles de conduite que le prêtre devait suivre dans les circonstances pénibles et critiques où se trouvait l'Église, afin de ne pas se départir de la prudence évangélique et de la modération sacerdotale (1). »

Les paroles que nous venons de rapporter ne contiennent, on le voit, qu'une rapide enumeration des principaux actes de M^' Pecci pour la sanctification et la direction de son clergé. 11 faut lire, dans le recueil de ses lettres pastorales et de ses mandements, les documents mêmes qui rendent témoignage de son courage et de sa science, et montrent son dévouement pour le clergé persécuté. Mais laissons de nouveau la parole à l'auteur de notre Manuscrit.

« Aussitôt que parut, en 1869, la loi de la conscription, le cardinal Pecci consacra tout son zèle et toute son industrie à racheter du service militaire les clercs les plus pauvres. Il établit dans ce but une commission diocésaine et fit un chaleureux appel ù la charité de son peuple.

« Quand la confiscation des biens de l'Église et la conversion forcée en rentes sur l'État de toute la propriété ecclésiastique eurent réduit à la pénurie et presque à la mendicité un grand nombre de prêtres, le cardinal fonda, en 1873, la société de Saint-Joachim en faveur des prêtres indigents ou infirmes.

« La dispersion des ordres religieux, en 1875, laissa un grand vide dans les rangs du clergé paroissial ; pour le combler, il établit la pieuse Union des prédicateurs, et pourvut ainsi à l'instruction de la ville et des campagnes. Il insista, et avec plus de force que jamais, sur les missions, les exercices spirituels, l'enseignement de la doctrine chrétienne, ies prenùères communions... Il voulait que le peuple fût partout et toujours nourri du pain de la divine parole (2). »

(1) Mss.

(2) Mss.

SaNCTIFICATIOIV du clergé. — ' PRÉPABATIOIV A LA LUTTE. 121

Afin d'arracher à la séduction des clubs les apprentis et les artisans, ou d'empêcher la profanation des dimanches et des fêtes, le cardinal Pecci avait déjà établi, dans la ville même de Pérouse, « les jardins de saint Philippe de Néri )).

« Cet ami, ce père de la jeunesse », dit le cardinal dans son ordonnance, ce compagnon sL tendre des petits enfants, avait pour habitude, à Rome, de réunir autour de lui ceux qui erraient oisifs dans les rues et sur les places publiques. Il les conduisait dans une plaine agréable ou sur le penchant d'une belle colline, et là il leur procurait un doux repos. Puis, avec une amabilité et une grâce qui lui étaient particulières, il se mêlait à leurs jeux et prenait part à leurs discours enfantins. A l'exemple de Notre-Seigneur, il les hénissait et touchait de sa main leur front ingénu.

11 avait coutume, au commencement, au milieu et à la fin de ces divertissements, d'employer toute son industrie à verser dans ces jeunes cœurs les saintes maximes de la religion; il insistait sur la nécessité d'éviter les mauvais compagnons, sur l'importance de la dévotion à Marie, de la fréquentation des sacrements, de la paix de l'âme. Il leur montrait le beau spectacle qu'offre aux yeux de Dieu et des anges un jeune homme innocent; il ajoutait une foule d'autres choses toutes propres à former ces jeunes cœurs à la solide piété. Il les préservait ainsi de l'oisiveté, de la débauche et du scandale.

L'évêque de Pérouse imita saint Philippe, et, dans l'intérêt de « ses enfants bien-aimés », il ouvrit des oratoires ou jardins semblables à ceux de Rome.

« Voici, d'après M^"" Pecci lui-même, la nature et le but de cette institution : « Réunir, les jours de fête, les jeunes gens dans un lieu commode et agréable, sous la garde vigilante et douce de personnes qu'éclaire l'esprit de saint Philippe de Néri, les empêcher de s'ennuyer dans l'oisiveté, de se dépraver dans la compagnie des méchants, leur procurer des récréations convenables et joyeuses. » Par ce moyen, on fait entrer, par degrés, les rayons de la vérité dans leur intelligence, et on allume dans leurs cœurs le feu de l'amour de Dieu. « On les attache à la foi en les accoutumant à la compagnie de chrétiens édifiants, en donnant au corps comme à l'esprit une hon-

néte occupation, en leur inspirant une prompte soumission à leurs parents ou à ceux qui en tiennent la place, en les faisant obéir paisiblement aux lois, en leur prescrivant d'observer avec fidélité les commandements de Dieu et de l'Eglise, en les habituant à la douceur, à l'ordre, à la patience, à lout ce qui fait directement atteindre le but de la vie chrétienne (1). »

Le cardinal Pecci fit ensuite un chaleureux appel aux nobles, aux riches, aux pères et aux mères de famille, à tous ceux, en un mot, qui pouvaient favoriser le progrés de cette bonne œuvre. Il y associa surtout son clergé. Celui-ci était l'objet de sa plus vive sollicitude, et, à mesure que le danger approchait, il lui prodiguait ses soins et ses conseils.

« Lorsque, en 1877, le gouvernement promulgua la loi sur l'instruction obligatoire, qui, entre autres choses, défendait l'enseignement du catéchisme dans les écoles primaires, le cardinal Pccci écrivit à ses prêtres, pour leur indiquer la manière de suppléer au défaut de l'enseignement olliciel. Il les avertit de mettre à profit tous les moyens et toutes les occasions de procurer aux enfants la connaissance de la doctrine chrétienne, de s'entendre avec les instituteurs et les institutrices qui dirigeaient les écoles du gouvernement. Il donna de plus, dans cette circonstance, des règles de conduite marquées au coin de la sagesse et de l'expérience.

« Nous ne pouvons pas omettre sa vigilance à l'égard de la conduite extérieure du clergé. 11 n'avait, dans ses visites pastorales, que respect et courtoisie pour les prêtres laborieux. Cependant, lorsqu'il en trouvait un dont la conduite accusait de la paresse ou de lanégligence, il lui parlait avec une franche et paternelle sévérité. Il prodiguait, au contraire, la louange et les encouragements aux hommes qu'il trouvait assidus au travail et pleins de bonne volonté.

« Pour empêcher les nouveaux curés de se décourager, surtout dans la pénible situation oii les avait placés le changement de régime politique, il crut devoir rédiger en leur faveur une circulaire dans laquelle il leur donnait des conseils et une direction dictés par sa longue expérience. Trois points princi-

(1) Scella, pp. 51l-:il4.

SANCTIFICATION Drj CLERGÉ. — TRÉPARATION A LA LUTTE. 123

paux résument cette instruction : le cardinal réclame de ses prêtres l'esprit vraiment sacerdotal, la vie exemplaire, la' science solide:

« Nous devons enfin dire un mot du bel ordre et de la

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l'ig. 24. — Zcle et dévouement de l'Église pour l'enfance. —Jésus aime et bénit les enfants. Overbeck. Évangile illustré.

régularité qu'il sut établir dans les ionctions du culte, en son église cathédrale. Un parfait accord régnait entre lui et son chapitre. Il trouva toujours les chanoines prompts et généreux à fournir les moyens nécessaires pour réparer et embellir la maison de Dieu, vigilants pour maintenir la discipline la plus édifiante dans le clergé attaché à la cathédrale, pour ré-

124 LÉON KIIT.

sler le chftn* de l'office Hivin f\ rrhaiii^pr la splendeur du rulte.

(' Il ne frjut donc pas s'étonner si les habifanf:- de notre Ombrie, aussi bip'n que les étrangers, étaient vivement impressionnés par les oflifes solennf^ls do la caihédrale, plus encore que par la beauté dr r.trrliilpclure ol les ridir-sps nrti-fiques du temple (I). »

Nous avons inséré ifi cet oxli.iitdu Mémoire paire cpi il perin'-f de jeter un coup dVeil d'ensemble siu' les principaux actes di' l'épiscopat de M^' Pecci. Sans doute, cette vue gcMicralc embrasse non seulement les préparatifs que fit l'évèquede Pértmse pendant les quatorze premières années de son adniinis- Iration pour disposer à la lutte son clergé et son peuple, mais ••ncorc certaines particularités de cette lutte même. Nous devons maintenant parler en détail de ces faits, afin de rendre plus ample justice aux travaux préparatoires de M""" Pecci, aux grandes et nobles qualités qu'il déploya quand l'heure du combat fut arrivée, aux services immenses qu'il rendit à l'Eglise, à son peuple, au souverain pontife et à l'Italie. Pendant dix-huit années il combattit, ù Pérousc, la révolution cl l'impiété, qui étendaient leurs conquêtes en s'abritant sous les [liis du drapeau tricolore italien. Nous devons à l'histoire de mettre en évidence cette longue étape d'une vie dont la splcn deur s'accrut sans cesse, depuis le mois de juillet 1846 jusqu'à l'époque du conclave d'où sortit l'élection de Léon XIII. Nous verrons plus tard comment cette brillante carrière fut plus glorieuse encore quand l'évêque-de Pérouse devint le prisonnier du Vatican.

Les actes du concile provincial tenu à Spolète, au mois de novembre 1849, nous fournissent une preuve frappante de l'esprit qui anima M^'' Pecci dès le commencement de sa carrière épiscopale et de l'ascendant qu'il sut exercer, malgré sa jeunesse, sur les autres prélats de l'Ombrie. Nous retrouvons ses propres paroles dans la lettre adressée à Pie IX, avec les décisions de l'assemblée.

« C'était vraiment avec raison, y est-il dit, que Votre Sain-

(I) Mas.

SANCTIFICATION DU CLERGÉ. — PRIîPARATION A lA LHTTE. l2û

teté nous donnait le sage conseil de considérer comme noire principale affaire, en ces jours mauvais où nous sommes tombés, l'urgente nécessité de faire briller d'un plus vif éclat au milieu de nos peuples la lumière delà foi, et de la rallumer là où elle semble éteinte. Les impies de ces derniers temps se sont, en effet, attaqués avec plus d'audace que jamais à cette foi sainte, et cela au grand détriment des âmes. Ils ont surpassé l'impiété de toutes les générations précédentes, en concentrant toutes leurs forces, en dirigeant toutes les combinaisons d'une nouvelle et plus redoutable stratégie contre notre sainte religion, afin de renverser jusqu'aux fondements l'édifice de la vérité révélée. Et, se croyant forts contre le Tout-Puissant lui-même, ils veulent, dans leur suprême et sacrilège audace, rendre aux créatures l'honneur et le culte qui sont dus à Dieu seul.

« Or, tout le monde sait combien la foi est étroitement liée à ia moralité des peuples et à la discipline de leur clergé. Lorsque les mœurs d'un peuple se dégradent et se dépravent, la foi dépérit; quand le clergé laisse se refroidir et s'éteindre la ferveur de la discipline, la moralité aussi bien que la foi se corrompent. Au contraire, quand l'honnêteté et la discipline règlent la vie du clergé, le niveau des mœurs publiques .s'élève dans une égale mesure et notre sainte religion, recevant par làunsurcroîtdedignité, reprend son empire sur les populations.

« C'est pourquoi, après mûre délibération, nous nous sommes proposé un triple but : raviver la lumière de la foi; ramener le peuple à conformer ses mœurs aux lois de Dieu et de l'Eglise; rétablir la discipline parmi le clergé d'après les règles des saints canons.

« Nous avons été poussés par les changements qui ont eu lieu de nos jours, par les besoins spéciaux de nos diocèses, par la condition où se trouve notre troupeau, à vous adresser des demandes qui pourront paraître excessives. Mais Votre Sainteté, avec la souveraine sagesse et la haute prudence qui la distinguent, daignera peser, apprécier et estimer toutes ces demandes à leur juste valeur. Elle décidera ce qu'elle jugera plus utile à l'Église et plus avantageux pour le salut des âmes qui nous sont confiées.

« Nous désirons vivement que l'oracle du saint-siège nous éclaire au plus tôt à ce sujet, afin que nous puissions porter un plus sûr remède à la situation présente, et, sans perdre un instant, élever une digue contre l'irruption de ce nouveau torrent de maux que l'ennemi ne cesse d'alimenter, avant de le lancer contre nous (1). »

La déclaration qui précède les actes du concile de Spolèle, n'est ni moins explicite ni moins formelle.

« A la vue des nombreuses et formidables attaques dirigées de nos jours contre la religion catholique, les évêques, établis par Dieu même gardiens de la foi, sont obligés de faire tous leurs efforts pour empêcher qu'elle ne souffre aucune perte. C'est pourquoi cette sainte assemblée déclare expressément qu'elle veut conserver entier et inviolable le saint et inestimable trésor de la foi, et qu'elle croit et embrasse toutes les vérités qu'il renferme, comme notre sainte mère l'Église les croit et les embrasse.

'( Mais parce que, au siècle où nous sommes, on attaque avec une violence toute particulière l'unité et l'absolue nécessité de la foi, l'autorité des puissances légitimes, le droit de posséder justement acquis, nous voulons professer hautement ces mêmes vérités et, autant que cela dépend de nous, les défendre au péril de notre vie; nous voulons aussi mettre tout notre zèle et toute notre vigilance à les enseigner à nos peuples par des sermons, des exhortations et tous les moyens adaptés à leur intelligence (2). »

Voilà clairement tracée, dès 1849, la ligne de conduite que M^"" Pecci entendait suivre toujours, sans découragement, sans faiblesse. Mais, nous le savons déjà, il n'avait pas attendu la réunion de Spolète et la direction du souverain pontife pour entrer dans la voie que lui indiquèrent, dès son entrée à Pérouse, et les grandes lumières de son esprit et la conscience de tous ses devoirs.

Élever le clergé paroissial au niveau de sa situation; former, par une éducation soignée, déjeunes prêtres plusédilianls et plus éclairés encore; faire que la lampe du sanctuaire

(1) Scella, pp. 413-415.

(2) Ibidem, \>. 41"L

jetât sans cesse un vif éclat dans la maison de Dieu : voilà l'œuvre à laquelle Ms^" Pecci avait travaillé avec succès avant la fin de 1849. Son exemple, et aussi les résultats dont furent couronnés ses efforts, déterminèrent les autres évêques de la province à imiter son zèle episcopal.

Dans sa vie privée, le saint prélat était réellement un modèle, non seulement pour le clergé séculier, mais même pour les membres des ordres religieux qui unissaient la vie active à la vie solitaire et contemplative. Simple dans sa manière de vivre, infatigable au travail, aussi ardent pour apprendre que le plus jeune étudiant , il ajoutait tous les jours aux trésors qu'il avait amassés; homme de prière aussi bien que d'étude et d'action, il était debout avant l'aurore et offrait à Dieu les prémices de ses journées comme il lui en consacrait la fin. Il puisait surtout à l'autel la lumière qui l'aidait à faire usage de toutes ses connaissances si laborieusement acquises; il trouvait dans le divin Sacrement la force nécessaire pour marcher dans la voie pénible que le devoir lui traçait. Pendant les saints offices , il était toujours digne, pieux et modeste.

Toute sa, vie, sa frugalité fut exemplaire. Nous pouvons dire, sans nous écarter de la vérité, que son austérité ne fut pas moins grande. Jamais le moindre souffle ne ternit la pureté de cet^te existence toute consacrée à la science et à la prière, quand elle n'était pas absorbée par les nombreuses et incessantes occupations de sa charge. Jeté par nécessité au milieu dé la lutte et sentant que sa cause était celle de Dieu, il s'y plaisait, s'y épuisait, oubliant sa faiblesse corporelle et s'abandonnant avec la plus profonde humilité à la main divine qui daignait se servir de lui. Il semblerait, à lire les actes de son episcopal, dont les fragments imprimés sent une faible partie, que le cardinal Pecci n'ait été qu'un homme d'étude et de cabinet. Il se montrait, au contraire, à la disposition de tout le monde, se mêlant à son clergé, à ses professeurs, à son peuple, se faisant l'âme de toutes les œuvres, ne visant jamais qu'au bien de son peuple et à la défense de la religion.

Il voulait que chacun de ses prêtres fût avant tout un ami de Dieu , supérieur aux autres par la sainteté et le sa-

1 28 LÉrtN \iii.

voir, aimé el vénéré des fidèles, capable de forcer au respect les ennemis mêmes de l'Église. En 1806, après les six premières années de l'invasion et de la persécution piémontaise, le cardinal Pecci voyait, d'un côté , que la situation de son clergé dévenait de jour en jour plus intolérable; il constatait, d'un autre côté, que toutes les tentatives qu'il avait faites auprès du roi et de ses ministres pour obtenir quelque adoucissement aux lois antireligieuses demeuraient inutiles. C'est pourquoi il résolut de tracer à ses fidèles collaborateurs des règles de conduite adaptées aux graves diflicultés de leur position à l'égard du gouvernement.

C'était l'époque de la fameuse guerre entre la Prusse et l'Autriche en Allemagne, entre l'Autriche et le Piémont en Italie, de la cession de Venise à la révolution et de la convention de septembre. A la veille du dix-huitième centenaire de saint Pierre et de saint Paul , Mazzini et Garibaldi lancèrent contre l'Eglise et le souverain pontife de nouvelles proclamations. Tout réussissait à la révolution antichrétienne. Elle voulait posséder Rome, en chasser le pape, ou bien l'y asservir et l'y dégrader au point qu'il serait impuissant soit à combattre les progrès du mal, soit même à gouverner elTicacement l'Eglise universelle. Ce dessein sacrilège était secondé par la maison de Savoie, et il [était mis à exécution là où se dressait le drapeau italien.

La question, que l'on avait autrefois coutume d'appliquer aux accusés ou à ceux dont on voulait obtenir des aveux, n'égalait pas en ingénieuse cruauté les procédés du nouveau gouvernement, dont le but était de décourager le prêtre et de lui faire embrasser le parti' de la révolution.

Le clergé de l'Ombrie, en particulier, qui fut si longtemps l'objet spécial des faveurs des papes, était soumis à des rigueurs tout exceptionnelles. Mais le cardinal-évêque de Pérouse s'interposa entre les mille tyrans déchaînés en cette province et les prêtres héroïques dont rien ne pouvait re^ froidir le zèle ou ébranler la constance. Non content de les défendre par l'autorité publique de sa parole et de sa, plume, il voulut que sa voix paternelle vînt éclairer, consoler et fortifier chacun de ces vaillants soldats du Christ dans le postie

jusqu a ce que

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