LA TOMBE TEMPORAIRE DU PAPE DECEDE
' a to,ui>e permanente soit préparée par ordre du pape son successeur.
éloigné et obscur où il avait à soutenir une .terrible lutte.
« Quelles que soient les difficultés qui du Jour au lendemain se multiplient sur notre route, leur écrivait-il, un bon et fervent prêtre ne s'écartera pas pour cela du droit chemin et n'omettra pas l'accomplissement de ses devoirs. Le péril ne le fera pas hésiter un seul instant à remplir sa mission d'apôtre auprès des âmes, à propager et à maintenir cette sainte religion dont il est le prédicateur et le minisire. Ce sont les travaux et les épreuves qui épurent, fortiOent et mûrissent la vertu sacerdottale. Jamais l'action bienfaisante et réparatrice du divin ministère ne se montre avec plus d'éclat qu'au milieu des changements et des révolutions. »
Les déplorables transformations dont souffre l'Italie se font, dit le cardinal, avec la permission du Pontife éternel et du souverain de l'univers. Le prêtre' doit chercher auprès de lui force et lumière au milieu de la tempête, alors que les fondements de la terre semblent bouleversés. 11 faut examiner sa propre conscience à la clarté de la lumière divine, méditer sur ses propres défauts et augmenter en soi l'esprit d'humilité et de componction.
L'évêque de Pérouse, insistant avant tout sur la vie exemplaire du prêtre dans les circonstances actuelles, trace à ses ministres la vraie route à suivre pour édifier les peuples, pour désarmer ou apaiser les colères brutales de la révolution.
Il leur demande « une vie occupée et exemplaire, animée de l'esprit de charité, réglée sur les maximes de la prudence évangélique ; une vie de sacrifice et de travail, dévouée au bien des autres, se consumant, au milieu du siècle, non à la recherche de biens caducs ou de récompenses terrestres; un langage franc, noble et plein de force, ce verbum sanurà, irrepre/iensibile, qui confond la contradiction, apaise les vieilles rancunes des mondains et concilie même l'estime des adversaires. C'est en tout temps un devoir, pour celui qui se consacre aux sublimes fonctions du sacerdoce, de se montrer le modèle des autres par sa conduite édifiante. Mais ce devoir devient plus impérieux quand les révolutions socia- Jeslui rendent la route difficile et peu sûre, quand à chaque pas il peut rencontrer des pièges, tomber dans des abîmes.
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Si, dans la condition que lui fait l'état actuel des choses, il trouve que son ministère est circonscrit de toutes parts, néanmoins il pourra rencontrer bien des occasions d'édifier par sa conduite, de se distinguer par ses œuvres de cfiarité, procurant le bien spirituel de tant de malheureux égarés et le soulagement matériel de tant de familles que les calamités publiques ou des malheurs privés ont réduites à la nécessité, ou remplies de deuil.
« Et quand il n'aurait pas autre chose à faire, il peut certainement trouver une noble occupation dans l'exercice de sa propre sanctification, dans son avaucement spirituel, dan^ l'administration des sacrements, dans les actes de la piété extérieure et dans les fonctions du culte divin. Il ne manquera jamais d'occasions où il pourra se montrer doux et patient avec ceux qui l'injurient, bon et clément avec les pécheurs, courtois et obligeant dans les devoirs de la civilité ordinaire. Qui ne voit qu'une vie exemplaire et noblement remplie de la manière que nous venons d'indiquer est à la portée de tout prêtre, qu'elle est entièrement conforme aux exigences des temps actuels et à l'esprit du précepte divin, de ne pas se laisser vaincre par le mal, mais de triompher du mal par le bien (1). »
Voilà pour l'exemple, voici maintenant pour la doctrine.
« En face des efTorls si bien combinés de l'incrédulité s'alliant avec l'hérésie pour combattre, pendant ces dernières années , la foi catholique, ce serait une prévarication de la part du clergé de se montrer inactif ou hésitant. Au milieu de cette liberté efl'rénée, de cet étrange conflit d'opinions dont nous sommes témoins, c'est un devoir rigoureux de sa charge de défendre le dogme attaqué, la morale renversée, la justice de plus en plus méconnue. C'est à lui d'élever une digue contre l'inondation de l'erreur, une barrière contre l'hérésie qui s'avance et se répand; c'est à lui de surveiller les mouvements des habiles propagateurs du mal qui s'attaquent à la foi et à l'honneur de cette catholique contrée. C'est à lui de démasquer les fraudes, de dénoncer les embûches; à lui
{^) Épîlre de saint Paul aux Romains, XII, 21.
d'avertir ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, d'encourager les timides, d'éclairer ceux qui ont été trompés. Une érudition superficielle, un savoir vulgaire ne suffisent pas pour cela; des études solides, profondes, assidues, des trésors de science acquis par le travail peuvent seuls être opposés à l'astuce parliculièi>e de nos adversaires d'aujourd'hui.
« Avant tout, ceux qui ont charge d'âmes doivent consacrer leurs soins les plus industrieux et les plus infatiga-
Fi^. 23. — Le boa Pasteur. Voie Nomentane.
bles à former le cœur- des jeunes gens par les leçons de la religion, à donner aux fidèles le pain de la parole divine, à développer devant eux et à inculquer dans leurs esprits les maximes de la saine morale.
« Celui qui s'occupe du saint ministère de la prédication évangélique doit s'appliquer de toutes manières à mettre en évidence les prérogatives surnaturelles de notre sainte religion, à faire apprécier comme il convient les bienfaits signalés et toujours subsistants dont elle a fait jouir l'huma-
132 LÉON' xm.
nité régénérée* bienfaits de tous genres sans excepter celui de la civilisation véritable, du progrès noble et salutaire.
<( Nous le savons enfin, cest à notre foi qu'il est réservé de triompher du monde : c'est-à-dire à notre sainte croyance, au développement pratique des vérités salutaires que nous sommes obligés de prêcher. Leur lumière immortelle chasse les ténèbres de toute intelligence aveuglée et rebelle; dérivant de Dieu même, elles ont la vertu irrésistible de subjuguer l'erreur et d'empêcher qu'une société, régénérée par Jésus-Christ, ne retombe dans une brutale dégradation et dans toutes les horreurs du paganisme. »
Les réflexions du cardinal Pecci sur Vintégrité morale du prêtre ne sont pas moins admirables.
" L'importance des conseils que nous donnons sur ce point, dit-il, est bien démontrée par une funeste expérjence. C'est la vie relâchée du prêtre qui fournit ordinairement matière ou prétexte au discrédit, aux calomnies, aux scandales. Si nous avons vu de temps en temps d'illustres génies se séparer du clergé, se révolter contre l'Église, cette mère si aimante qui les avait élevés et préposés à la direction des âmes, c'est le mépris de la discipline et Jes habitudes vicieuses qui ont été le plus souvent le principe de leur désertion et de leurs égarements.
« La conduite morale du prêtre est un miroir où le peuple regarde pour régler sa propre conduite : c'est sur ce modèle que se portent les yeux de la foule. La plus légère ombre, la moindre tache est aussitôt remarquée; malgré son peu d'importance, elle suffit pour ternir son éclat et affaiblir l'efficacité de son exemple. Il arrive que la seule apparence du mal suffît pour condamner le prêtre et pour le faire descendre dans l'estime des autres.
« C'est pourquoi, au milieu de cette perversité et de cetle "précipitation de jugements que nous remarquons dans la société de nos jours, on ne saurait assez inculquer au prêtre la nécessité de conserver et de présenter à tous une vie intègre, des mœurs irréprochables, une réputation sans tache. Il doit se préserver non seulement de toute faute, mais de toute imperfection volontaire et délibérée qui puisse donner prise
la médisance ». ou fournir prétexte à la calomnie.
«. Parmi les choses à éviter, nous indiquons tout c& qui manquerait à une parfaite réserve dans les manières, la liberté messéante dans les paroles, la compagnie des personnes d'une réputation équivoque, la mollesse dans l'habillement, un maintien vaniteux et arrogant, la fréquentation des spectacles publics. Nous signalons aussi la pratique des métiers ou des négoces séculiers , le penchant à censurer ou à contredire, la recherche de ses aises, l'intempérance, l'attachement à son intérêt propre, l'âpreté au gain, surtout en ce qui concerne les services du saint ministère.
« Un prêtre qui a la réputation d'être adonné à l'un ou à l'autre de ces vices, et que tout le monde regarde comme imniortifié, intéressé, peu correct dans sa vie, ne peut répandre autour de lui cette bonne odeur de Jésus-Christ qui doit rendre témoignage de nous et de notre doctrine, non seulement dans l'opinion de ceux qui se sauvent, mais dans celle même de ceux qui périssent (1).
« Tel est, dit-il en terminant, le chemin que, selon moi, le clergé doit s'efforcer de suivre en ce siècle. Ce chemin le conduira sûrement à l'acquisition de deux grandes qualités que le Maître juge indispensables dans ses ministres : la sainteté et la science. Que chaque prêtre soit la lumière de son peuple par sa vie pure ; qu'il soit par sa doctrine le sel de la terre; alors rien ne saura l'empêcher de remplir sa mission réparatrice (2). »
Voilà comment le cardinal Pecci préparait son clergé au combat. Voyons comment il sut, lorsque la bataille fut engagée, diriger et soutenir son courage, protéger et défendre ses plus chers intérêts. Cette page de l'histoire de l'Église, peu connue hors de l'Italie, mérite de trouver place à côté de celles où sont racontées les luttes des Athanase et des Ambroise.
(1) EpUre de saint Paul aux Corinthiens, I, ii, is.
(2) Scella, p. 109 et suivantes.