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CHAPITRE III

La révolution veut tarir la source du sacerdoce. — Mesures défensives du cardinal Pecci ; ses courageuses remontrances. — Commission instituée pour le rachat des séminaristes conscrits- — Charité à l'égard des religieux dépossédés et des prêtres pauvres ou infirmes. — Tentatives du gouvernement contre l'^piscopat. — Protestation du cardinal Pecci signée par ses collègues. — Défense éloquente du saint ministère et des vocations ecclésiaeliques.

ES efforts de la révolution en France et en Italie, comme on le voit clairement à l'heure présente, \isent à frapper la leligion chrétienne au cœur en lui enlevant l'éducation de la jeunesse, et en essayant de tarir dans les ordres religieux, les sources mêmes de l'apostolat catholique , de dégrader, d'appauvrir et d'asservir le clergé séculier. Sans une éducation •foncièrement chrétienne et un sacerdoce indépendant, libre, honoré, il est impossible que la vie de l'Église, se développe chez les peuples.

Un des moyens les plus efficaces, au jugement des législateurs de l'Italie révolutionnaire, pour abaisser le clergé catholique et empêcher les vocations, est le service militaire. Aussi a-t-il été imposé avec une rigueur impitoyable et habilement calculée.

Le cardinal Pecci, qui, dès l'apparition dans l'Ombrie des généraux piémontais et des commissaires ou dictateurs de Victor-Emmanuel, n'avait pas hésité à parler avec énergie et à écrire ouvertement contre les mesures successives qui frappaient l'Eglise, les ordres religieux et le clergé séculier, dé-

nonça celle loi de conscriplion avec une éloquence et un courage qu'on ne saurait assez admirer. Il ne se laissait eflVayer nii par les vexations exercées contre les évéques du Piémont, ni par la persécution et l'emprisonnement que l'on faisait subir au cardinal de Angelis, son compagnon de collège el son ami.

Ses remontrances, cependant, n'eurent aucun effet. Il eut beau s'adresser au roi quand l'énormité de l'injustice devenait trop criante : le souverain pouvait beaucoup pour seconder l'œuvre corruptrice de la révolution; il ne pouvait rien pour l'arrêter. Il y avait des hommes plus puissants que lui au parlement et au conseil des ministres. Le prince le savait et laissait faire.

Le 24 septembre 1869, le cardinal Pecci publia une lettre pastorale très touchante sur une bonne œuvre qu'il voulait fonder. C'était une association pour le rachat des séminaristes conscrits. Le sujet, surtout alors, était délicat. Cependant l'évèque n'hésita point. La dispersion et le bannissement de tant de prêtres réguliers avaient fait, dans les rangs du clergé ombrien, des vides impossibles à combler. Malgré les agitations "et les séductions qu'exerçaient depuis longtemps les sociétés secrètes, malgré la propagande hétérodoxe qui ne rougissait pas de s'associer à la révolution antichrétienne, le peuple de Pérouse était resté profondément chrétien et catholique. Allait-il enfin se voir privé de prêtres par l'application des lois nouvelles? C'est bien ce que désiraient les sectes révolutionnaires. Mais le premier pasteur vpulait parer à cette éventualité funeste en faisant un appel à la piété et à la générosité de son troupeau.

Il commence par dire que, de 1859 à 1869 le nombre des décès parmi le clergé séculier du diocèse dépasse de trente le nombre des recrues fourniesparl'entrée dans les ordres sacrés.

« Il est facile de le voir, conlinue-t-il, le fardeau du service militaire tombera désormais inévitablement sur tous les jeunes gens qui désirent se consacrer au ministère des autels. Nous en sommes profondément attristé. Nous sommes tourmenté par cette pensée : tant de paroisses nous demanderont des pasteurs, el nous n'en aurons pas à leur donner; tant de pieuses

populations nous supplieront de leur fournir le pain de l'instruction chrétienne et la consolation des divins mystères, et il n'y aura personne pour les leur distribuer; et, les choses continuant de la sorte, rien ne pourra empêcher la religion de dépérir dans la campagne, faute de bras qui la- cultivent, »

Le cardinal ajoute ensuite, avec une éloquence pénétrante oîi l'on sent le cœur de Tévèque et de l'apôtre, qu'il lui a fallu s'adresser aux fidèles de son diocèse, afin de créer une caisse pour le rachat des jeunes clercs indigents.

« C'est, dit-il, une œuvre éminemment religie'use et charitable... Au simple point de vue social lui-même, elle est de la plus haute importance. Il n'est pas douteux que le manque de prêtres n'affecte d'une manière très pernicieuse l'état moral et intellectuel de nos populations; et, par suite, l'ordre, la tranquillité et le bien-être de toute la société. Nous espérons donc que personne parmi les catholiques, malgré la modicité de sa fortune, ne refusera de faire son possible selon les inspirations de la piété et de la religion. Nous avons confiance surtout dans le zèle et la sollicitude de notre clergé. »

Après avoir ainsi parlé au peuple, il établit les règles de-la commission diocésaine qu'il a fondée dans le but de surveiller un projet aussi capital. Un mois plus tard, il envoyait une circulaire à ses curés, et leur recommandait de coopérer avec le'dévouement le plus actif aux travaux de la commission.

« Je connais bien à quelle détresse mon clergé a été réduit, leur écrivit-il; mais je -sais aussi de quel esprit de sacrifice il est animé. La charité chrétienne ne voit pas et ne doit pas voir de difficulté dans une œuvre comme celle-ci, dont le but est d'empêcher qu'on mette la cognée aux arbres les plus précieux de la pépinière de l Église.

« Lorsque nous voyons les laïques réussir à fonder et à faire prospérer leurs sociétés de secours mutuels, comment hésiterions-nous à faire un généreux effort dans le même sens pour empêcher tant d'excellents jeunes gens, élevés et instruits pour le saint ministère, de nous être enlevés pour le service militaire et la vie des camps? Si la bonne œuvre que nous avons entre-

LUTTE l'OUH LA DÉFENSE DU CLERGÉ.

prise ne réussissait pas, nous serions convaincu que l'éducation du clergé et l'entretien des séminaires devraient être abandonnés. »

Le cardinal Pecci déploya tant de zèle et de générosité, il

rig. 26. — Dévouement des papes pour la défense des -ordres religieux. Honoriuslll (121(>-1227). Ce pontife approuva les frères prêcheurs et les carmes

plaida avec tant d'éloquence la cause des jeunes conscrits ecclésiastiques, qu'il fut puissamment secondé dans l'exécution de son projet.

Ce ne fut là qu'une des préoccupations de l'évéque pendant cette année 1SG9; d'autres épreuves pesaient sur son diocèse et faisaient l'objet de sa sollicitude. 11 était touché surtout de

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la situation de tant de prêtres et de religieux qui, depuis 1860, étaient réduits à la dernière indigence par la confiscation ou par la conversion des biens ecclésiastiques.

Des écrivains protestants mêmes n'ont pas hésité à stigmatiser la mesure prise par le gouvernement piémontais, et l'ont regardée comme un vol accompagné d'une injustifiable cruauté envers les malheureuses victimes.

Une foule d'hommes et de femmes, qui ont apporté leurs bi^ns à la communauté de leur choix, voient cette communauté injustement dépouillée, et ne reçoivent en échange qu'une misérable pitance à peine suffisante pour les préserver de la faim. Qu'on se figure ces milliers de personnes âgées et infirmes qui, jetées tout à coup hors des saintes demeures où la religion et les lois du pays leur assuraient, pour la vie un séjour paisible, se trouvent sur le grand chemin, sans asile, sans ressources, sans profession, sans famille. C'est une des plus lourdes croix qu'aient eues à porter le souverain pontife et les évoques d'Italie.

Un prêtre pauvre, sans moyens de subsistance, sans demeure assurée, est certainement digne de pitié. Le cardinal Pecci vit tout à coup un grand nombre des siens réduits à cette extrémité. Il n'était pas de nature à laisser souffrir ces hommes vénérables sans faire un suprême effort pour leur venir en aide. Dans cette belle et religieuse Itahe où la charité catholique ressemblait autrefois à la vigne, couvrant toute- la terre de ses , fruits délicieux-, l'irréligion ne voulait pas que lé, prêtre eût le ; droit de faire l'aumône aux indigents. Le cardinal cependant, avec l'aide de son clergé, établit une société à laquelle il donna le nom de Saint-Joachim et qui avait pour but le soulagement des prêtres pauvres. Chaque membre donnait cinq francs par an. Ces contributions, avec les dons de q^uelques bienfaiteurs généreux, apportèrent un secours bien nécessaire aux victimes (de l'iniquité.

A cette injustice se rapporte un autre fait étroitement lié à ice qui précède.

Nous avons dit que les autorités du nouveau royaume d'I- 'talie avaient séquestré tous les bien! ecclésiastiques. On excepta les revenus affectés à l'entretien de la maison épisco-

pale (l). Mais, par suite de la conversion forcée, le revenu de l'évèque fut réduit de moitié ou même des deux tiers en subissant les opérations du fisc. Et encore sufTisait-il d'un simple soupçon, d'une plainte intéressée ou malicieuse pour faire suspendre 1« payement de ce revenu. Les évèques nommés après 18G0 et 1870 se voyaient refuser Vexcqualur royal sous le moindre prétexte. On ne leur permettait pas de prendre possession de leurs résidences ni même de leurs sièges; et, quand on ne mettait pas obstacle à leur installation canonique, on retenait leurs biens, on ne voulait même pas reconnaître leurs actes de juridiction et on alla jusqu'à feindre d'ignorer leur caractère episcopal.

Le souverain pontife, obligé de prendre sur le denier des fidèles pour subvenir aux besoins de tant de prêtres et de religieux, devait soutenir ces évêques, dont l'unique faute consistait dans un dévouement inaltérable à l'Eglise romaine.

Le gouvernement observait de près les actes du saint-père. On ne voulait point de ces évêques fidèles au pape et antipathiques à la révolution. Quand on vit le souverain pontife leur envoyer des subventions prélevées sur les offrandes des fidèles, on soumit ces subventions aune taxe, comme toute espèce de revenu fixe, et cette taxe devait être rigoureusement exigée tant qu'on n'aurait pas prouvé que la subvention avait cessé.

Ces actes de tyrannie, connus à l'étranger, dissiperont bientôt le faux prestige de ceux qui aiment à se parer des titres pompeux de libéraux et de libérateurs. Les pharisiens de la révolution, qui frappent d'un impôt onéreux la générosité du pape envers les évêques, n'écliapperont pas à la juste réprobation de l'histoire.

Nous devons faire connaître au lecteur comment, dans celte vie de lutte contre l'erreur et l'iniquité, le cardinal Pecoi savait défendre les intérêts de son clergé persécuté et communiquer à ses collègues dans l'épiscopat quelque chose de son propre courage.

Nous alkms analyser l'appel qu'il adressa au îiom des évé-

(1) McHfsa rr.u-ovilc, la nicnsc épiscopalc.

140 LÉopr xm.

ques de toute l'Ombrie au roi Victor-Emmanuel, contre la funeste loi de conscription que maudissent les familles chrétiennes de l'Italie. Il n'est pas besoin d'ajouter que cet appel fut inutile. Le conseil royal et le parlement voyaient l'Eglise et le clergé complètement à leur merci. Après avoir commis tant d'attentats contre la vérité, l'honneur, la loyauté et la justice, ils ne pouvaient laisser la proie s'échapper de leurs mains.

11 n'en est pas moins vrai que la remontrance de l'évéque de Pérouse est un chef-d'œuvre d'éloquence et porte l'empreinte d'une religieuse indignation. Elle est datée du 1*'' août 1864. C'est l'âme remplie d'une affliction profonde que le prélat vient, encore une fois, porter au souverain ses respectueuses mais graves remontrances au sujet des maux que l'on accumule sans cesse sur les églises dont le gouvernement lui est confié. Il veut espérer qu'elles seront écoutées et qu'il leur sera fait droit. Bien souvent, depuis quatre ans, il a élevé la voix et a fait entendre les plaintes de la religion affligée et opprimée. On a méprisé les immunités de l'Eglise; on a privé ses ministres de leurs moyens de subsistance, on a empêché la libre communication entre le chef suprême de l'Eglise, les pasteurs et les fidèles; on a soustrait au contrôle episcopal les écoles et les pieuses institutions que les évêques eux-mêmes avaient fondées ou qui furent confiées à leur garde et à leur direction par de pieux testateurs; on a profané et même détruit parfois des temples sacrés ; on a persécuté la religion de mille autres manières dont le détail serait long et douloureux. Il aurait gardé le silence, et se serait contenté de gémir et de prier; mais une nouvelle et très grave blessure que l'on veut faire à l'Église le force d'avoir recours à Sa Majesté et d'unir ses plaintes à celles de son peuple.

Un petit nombre seulement de jeunes clercs peuvent être exemptés du service militaire sur la demande de leurs évêques; néanmoins on se propose de supprimer cette exemption. Une telle mesure tendrait directement à l'extinction du ministère sacerdotal. On la colore, il est vrai, du singulier prétexte que tous les citoyens sont également tenus de porter les charges de l'Etat. Mais le choix que l'Eglise fait de ses ministres ne dérive pas d'une permission de la loi humaine, c'est un

LUTTE POUR LA DtFL.XSE PU CLERGÉ.

droit sacre qu'elle lient de sa divine institution; par conséquent, loin de le supprimer, on ne devrait pas même essayer de le restreindre

Si le saint ministère^pouvait être aboli, sa ruine entraînerait celle de l'Église elle-même. Telle fut la folle entreprise

Fig. 27. — Dévouement des papes pour la défense de répiscopat et du saiiiLsiége. — Grégoire IX (1 '2-27 -1241). Ce pontife est un des pluS éloquents défenseurs des privilèges de l'Église.

de Julien l'Apostat, quand il voulut obliger au service militaire tous les sujets de l'empire, sans aucune distinction, et sans excepter même les vieillards, les moines et les novices. Cette loi tyrannique fut bientôt abolie par l'empereur Valentinien, qui, suivant l'exemple de Constantin, reconnut à l'Église la liberté de choisir ses ministres; et, quand l'empereur Mau-

rice défendit aux soldais de se faire moines, Grégoire le Grand éleva la voix avec autorité pour empêcher le prince de mettïôen vigueur ce décret sacrilège.

Le service de Dieii dans la milice ecclésiastique n'est pas une profession que l'on puisse embrasser pour des motifs humains ou un intérêt temporel. C'est une faveur très spéciale ou une vocation divine, sans laquelle saint Paul nous déclare! solennellement que personne ne doit avoir l'audace de s'ingérer dans le saint ministère. Aux seuls pasteurs que le Saint- Esprit a préposés au gouvernement de rEgli se, et qui reçoivent de lui la lumière nécessaire dans une affaire de si haute importance, il appartient déjuger les marques de cette vocation. Si donc l'on empêche les évêques de choisir pour les charges indispensables au bien spirituel des peuples les personnes chez lesquelles ils découvrent les qualités requises, que deviendra le saint ministère dans leurs diocèses ?

M^"" Pecci ne s'arrête pas à rappeler qyelles longues et sérieuses études sont nécessaires, indépendamment des qualités requises d'ailleurs, pour que les jeunes clercs se préparent à leurs importantes fonctions. La conscription aurait lieu précisément à l'âge où il faut entreprendre ces études. C'est pourquoi, alors même qu'un jeune homme garderait intactes durant plusieurs années de service miUlaire la pureté de ses mœurs, et ne perdrait point au milieu de tant de pièges et de dangers l'esprit de son état, il lui serait presque impossible de se disposer ensuite à entrer dans le sanctuaire. La condition du jeune clergé, par suite de la nature toute spéciale dé ses fonctions, diffère essentiellement de celle des étudiants destinés aux professions civiles. Ceux-ci peuvent trouver, même dans l'armée, une occupation conforme à l'état qu'ils ont en vue; mais la vie d'un clerc est incompatible avec celle du soldat.

On dit que tous les jeunes gens ne seront pas obUgés au métier des armes, ou qu'il y a beaucoup de raisons qui en dispensent. On oublie que ces infirmités ou défauts corporels doivent aussi, selon les saints canons, exclure du sacerdoce. L'Église, comme la synagogue, refuse par respect d'admettre au ministère sacré ceux qui sont affligés de certaines imper-

lAITTE POUR LA DÉFENSE DU CLERGÉ.

fections ou difVormités. Et d'ailleurs peut-on seulement penser que, parmi un peuple tout catholique, il soit possible de donner à la milice des dispensateurs de nos saints mystères le rebut de l'armée!

Il ne faut pas compter sur le petit nombredeceux qui sont dispensés du service militaire en qualité de soutien de mères veuves ou de pères avancés en âge; le plus souvent, cette circonstance est une raison décisive pour ne point embrasser l'état ecclésiastique.

«Ah! Sire, ajoute le prélat, on permet qu'un jeune Ills reste pour soutenir la faiblesse d'un père que Tàge rend infirme, ou pour consoler l'isolement d'une mère privée de son époux; et l'on n'aura aucun égard, on ne ressentira aucune tendresse pour ces fils plus chers encore que le Père céleste appelle à lui dans la dispensation de ses saints mystères, et que choisit et réclame, pour le bien des fidèles, l'Eglise, notre mère commune ! On

Fiij. 28. — Dévouement des évêques pour la défense des immunités de l'Église. — Saint Alhanase. D'après le Dominiquin.

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pretjcl des précautions pour que pas une famille dans l'État ne périsse, et l'on ne se mettra pas en peine de perpétuer cette hiérarchie ecclésiastique qui intéresse au suprême degré toute la grande famille chrétienne!

« Nous vous prions de considérer, Sire, que le rachat du service militaire par le paiement d'une somme d'argent n'adoucit pas la dureté de cette loi, et ne procure réellement en aucune sorte le soulagement désiré; car le prix élevé que l'on exige est tout à fait hors de proportion avec les moyens des humbles familles qui, de nos jours, donnent leurs fils à l'Église. Que ce soit par suite d'un plus grand attachement aux intérêts de la terre, ou par l'effet d'une mauvaise éducation, ou parce que le monde n'estime guère le caractère sacré du prêtre, il est certain que la plupart des vocations se recrutent aujourd'hui dans la classe la moins aisée, et que les jeunes clercs qui en sortent n'ont, pour persévérer dans leur état, d'autre ressource que la faculté donnée aux évêques de les y appeler. Or, cette faculté est tellement limitée, que nous voyons, avec un serrement de cœur inexprimable, sortir du (Séminaire, au moment le plus-décisif de leur carrière, de chers jeunes gens sur qui nous fondions les plus belles espérances. Puis, comme il ne nous est permis de réclamer qu'un seul élève sur vingt mille habitants, ces jeunes gens se voient obligés d'embrasser une profession t^out à fait opposée à leur caracière et à leurs goûts.

« Dans la douleur de notre âme, nous ne pouvions nous persuader qu'au miheu de tous les beaux discours que l'on prononce sur la liberté individuelle, il ne s'en trouvât aucun sur la question la plus sérieuse de toutes celles qui occupent l'homme en cette vie, le choix d'un état et la libre faculté de se donner à Dieu ! »

C'est là sans doute un noble langage; mais la suite est encore plus remarquable.

« I-es ennemis de l'Église vous diront, Sire, qu'il y a trop de prêtres, que leur nombre dépasse les besoins spirituels des peuples. Les meilleurs juges de cette nécessité sont les évêques ; et cependant nous les voyons sans cesse déplorer la pénurie toujours croissante de leurs collaborateurs dans

HiTTE I'OUH LA DHl-K.NSF, |tU CLF.RGK

le gouvernement des ùmes. En bien des endroits de nos diocèses oij, naguère encore, il y avait plusieurs vicaires, il ne reste plusaujourd'hui qu'un curé obligé de faire face tout seul aux devoirs multiples de sa charge.

« De plus, les malheurs des temps, les maximes contraires à la religion, la licence des mœurs, l'éducation hostile à l'Église et h ses ministres et d'autres circonstances serfiblables ont fait diminuer parmi la jeunesse les vocations au sacerdoce. A toutes ces causes qui, loin de cesser, augmentent en influence, il faut ajouter l'enlèvement au clergé de ses ressources matérielles , l'attraction plus puissante vers les

emplois lucratifs de la vie civile, et la persàculion éhontée que l'on dirigecontre tout notre corps, aumoyen des mensongesle> plus impudents, des plus noires calomnies, des plaisanteries, des sarcasmes, des insultes faites au prelre jusque dans lexer- LÉON xni.

Pig. o(). Dévouement des évêQues pour la (léfcnsc des droits de rÉglise. Saint Cré;,i(}ire de Nyssc. D'après le Oominiquin.

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cice de ses saintes fondions, des procès, des amendes, des emprisonnements infligés même aux personnes qui occupeal dans l"Égiise les places les plus élevées par la dignité et la juridiction.

« Si donc il a fallu de tout temps de l'abnégation et de la vertu pour embrasser la carrière ecclésiastique et se vouer au service des autels, aujourd'hui celte abnégation et cette vertu sont mille fois plus nécessaires. Par conséquent, si, pour comble de malheur, on enlève la faculté de sauver de lo conscription un petit nombre déjeunes gens vàUdes, bons et éprouvés, à quoi se réduira bientôt le nombre de nos collaborateurs, surtout après la dispersion des ordres religieux?

« Sire, lé bien suprême d'une nation est la moralité; or la' moralité ne vient que de la religion et de la salutaire influence de ses ministres. A quoi servirait la protection d'une armée à un peuple sans foi, sans mœurs, à un peuple corrompu? ^\ l'instruction chrétienne manque, ainsi que la prédication de rÉvangile, l'administration des sacrements, le culte et l'amour de Dieu, est-ce la force armée qui pourra maintenir les hommes dans le devoir? Et les mœurs de l'armée elle-même ne sontelle.s pas l'elTet de la moraUté qu'entretient la religion parmi le peuple?

<c Ah! Sire, nous vous conjurons de bien considérer à quel degré de corruption arriverait une société si, d'un côté, on lâchait la bride à l'immoralité, et si, de l'autre, on ouvrait aii mal toutes les voies! C'est pour nous une bien douloureuse nécessité d'avoir à dire, forcés par l'évidence même des faits, qu'une presse libertine ne respecte plus ni personne, ni chose sacrée; que les spectacles publics sont impies et obscènes; que des maisons infâmes sont ouvertes pour qu'on puisse pécher en assurance. On vomit impunément le blasphème contre Dieu, la sainte Vierge et les saints, et personne ne met un frein à ces bouches sacrilège» On insulte les images sacrées, on renverse les croix, on profane les églises, et même les églises consacrées, en y tenant des marchés, quand on ne va pas jusqu'à les renverser. On persécute les ministres de Dieu jusque dans le temple saint, jusque dans les fonctions qui regardent le sanctuaire même de la conscience. Kt comme si tout

LUTTE l'OlîK LA DÉFENSE DU CLEKGÉ. 147

cela élail encore peu de chose, on essaiera maintenant d'abolir le ministère ecclésiastique !

« Notre pensée se confond et notre cœur est brisé par la' douleur quand nous réfléchissons qu'au milieu de tant, de calamités dont nous ne faisons qu'esquisser le tableau, il n'y aura ni sacerdoce ni prêtres pour guérir et consoler les peuples.

« Que deviendront les populations chrétiennes quand l'iuslituteur obligé des petits enfants, le consolateur-né de la veuve et de l'orphelin leur sera enlevé; quand aura disparu celui qui adoucit les souffrances et les travaux de la vie présente par la pensée et l'espérance de la vie future, qui essuie les larmes de l'affligé, éclaire et dirige l'âme au milieu de ses doutes, et console la dernière heure des mourants? Et si les prêtres manquent aux besoins de nos troupeaux, pourrons-nous trouver encore ces glorieux ministres de Dieu qui, brisant les plus tendres liens de l'homme ici-bas, s'élancent au milieu des peuples barbares pour y annoncer la bonne nouvelle, et pour y déposer, avec la foi du Christ, le germe de la civilisation?

« Nous n'exagérons point, Sire , tels seraient les effets de cette funeste loi, qui ne serait peut-être pas plus nuisible à l'Eglise qu'à la société civile elle-même.

« Après cela, il ne faut pas s'étonner qu'aucune nation civilisée de l'Europe, si belliqueuse qu'elle fût, n'ait jamais pensé, dans le temps même où elle avait le plus besoin de soldats à faire une pareille loi. Et sera-ce l'Italie, la catholique Italie , qui, la première, en donnera le funeste exemple au monde? Il est facile de voir si ce serait une source de gloire ou de déshonneur pour notre patrie Le dommage, en effet, serait évidemfnent si considérable que l'on ne saurait pas même songer a rechercher quel accroissement procurerait, d'ailleurs, à la dignité ou à la grandeur de notre pays une addition de quelques centaines d'hommes aux rangs de son armée. »

Le cardinal prie ensuite le roi de réfléchir mûrement, et il le conjure, pour l'amour de Dieu, d'abolir définitivement ces lois qui se succèdent, se pressent et s'accumulent au détriment de l'Église, et, par suite, de l'État lui-même. Il conclut en ces termes : « Si nous sommes complètement privés du secours

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puissant que nous offraient les ordres religieux, et qu'en même temps l'on diminue le nombre des prêtres séculiers, comment pourrons-nous satisfaire à toutes les exigences spirituelles de nos peuples?

« Si une loi néfaste enlève au mariage sa consécration et autorise le concubinage civil, comment arrêter le débordement de l'immoralité publique? Quel désordre, quelle décadence n'aura-t-on pas à craindre pour la société civile ellemême quand on aura détruit et profané la base de cette société, à savoir la constitution chrétienne de la famille (1)? »

La lettre fut signée par les évêques des Marches et de rOmbrie.

Dans ces luttes incessantes, entreprises contre les envahissements et les trahisons d'une fausse politique, M"' Pecci méritait une place de choix parmi les plus célèbres défenseurs de l'Église au dix-neuvième siècle; il était en même temps, grâce à son zèle pastoral, le bienfaiteur particulier du diocèse de Pérouse et de toute la province.

(1) Scella, 373-380.

J.e Christ amène au bercail les brebis égarces. D'après une peinture des Catacombes.

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