‹ Vie de Léon XIIIChapitre 67 sur 148 · LE BIENFAITEUR DE PÉROUSE ET DE L'OMBRIE · texte numérisé non relu

LE BIENFAITEUR DE PÉROUSE ET DE L'OMBRIE

"rands excès à Pérouse et dans les environs. Ni prêtre ni évêque ne pouvait espérer d'adoucir la férocité brutale de gens qui faisaient leurs délices de profaner le lieu saint et d'outrager les ministres de la religion, quand ils n'attentaient pas à leurs jours.

Lorsque les Autrichiens, commandés par le prince- de Lich tenstein, s'avancèrent pour débarrasser le pays de ces brigands, MS'" Pecci préserva sa ville épiscopale de nouveaux combats et de scènes plus horribles que celles dont elle fut menacée en 1846. Il savait que le peuple italien de toutes les classes avait conçu pour ces étrangers une aversion profonde, et que leur apparition dans les environs de Pérouse aurait causé une explosion de haine impossible à réprimer. Le bon pasteur quitta donc la ville, se rendit au camp autrichien, et persuada au prince de Lichtenstein de rebrousser chemin.

Nous ne faisons ici qu'indiquer les faits rapportés dans les pièces manuscrites.

En 1854, l'année même de l'élévation au cardinalat de M^*" Pecci, la famine et les tremblements de terre réduisirent les populations à la dernière extrémité. Il semblait que Dieu voulût déchaîner tous ses fléaux contre une terre ingrate et criminelle. L'évêque trouva dans son cœur de père et dans son sens pratique les moyens de subvenir aux besoins de son troupeau. Il organisa dans les campagnes des monti frumentari ou dépôts de blés et de farines , sur le modèle des établissements populaires connus en Italie sous le nom de monts-depiélé. Il voulut avoir dans son palais episcopal une cuisine pour les pauvres, où l'on distribuât tous les jours du bouillon, du pain et toutes sortes de provisions pour les malades. Il imitait la charité de sa mère, la comtesse Anna Pecci, qui mérita, parmi ses divers titres, celui de mère nourricière des pauvres, altrix pauperum. C'était aussi un bel exemple pour les riches et toutes les personnes de la ville et de la campagne qui étaient en état de secourir leurs frères nécessiteux.

Le clergé suivit les traces de son chef. Par malheur, les révolutionnaires, toujours aux aguets pour trouver une occasion de fonienter l'irritation contre le gouvernement pontifical, avaient fait circuler le bruit que les autorités seules avaient

cgiusé les souffrances populaires, en achetant toutes les récoltes dans un but de spéculation. Le cardinal ne se contenta pas de réfuter lui-même ces absurdes calomnies; il donna ordre à ses prêtres d'en faire autant. Il alla plus loin encore ; il engagea tous ceux qui pouvaient aider ce peuple malheureux à se mettre, à l'œuvre sans retard.

Dès le mois de janvier 1834, il publia une ordonnance établissant une commission de charité. Les citoyens les plus distingués et les membres du clergé en firent partie. On s'efforça non seulement d'alléger les souffrances des classes pauvres, mais aussi de leur trouver un travail rémunérateur. Le cardinal.ne voulait pas que les indigents, habitués à tout recevoir des autres, en vinssent à perdre le respect d'eux-mêmes. La lettre pastorale qu'il écrivit en cette circonstance produisit un excellent effet. Tout le monde répondit à son éloquent appel, seconda son dévouement et imita sa générosité.

Les habitants de Pérouse et les populations des campagnes gardèrent un reconnaissant souvenir de cette année, pendant laquelle le cardinal Pecci trouva le moyen d'être partout et de pourvoir à tout par lui-même.

Tant de bienfaits lui donnaient une grande autorité sur les masses populaires. Elles goûtaient ses instructions; elles appréciaient le zèle infatigable qu'il déployait pour' former dans leur sein des citoyens instruits, des femmes chastes, intelligentes, laborieuses, de bonnes mères de famille et des hommes vertueux et estimables non moins attachés à leurs foyers qu'à ^'autel de leur Dieu. Les classes où l'on enseignait la doctrine catholique, les instructions du catéchisme rendues attrayantes, mille précautions prises pour faciliter la pratique des devoirs chrétiens firent aimer la religion et chérir en même temps un pasteur si dévoué pour les jeunes gens et les vieillards, les parents et les enfants, les grands et les petits.

Ainsi l'évêque de Pérouse savait disposer les cœurs à recevoir la grâce de Dieu et les esprits à profiler des enseignements qu'il ne cessait de leur donner. Les fidèles, en effet, avaient besoin d'être bien préparés, car les mauvais jours allaient venir. Les années 1859 et 1860 amenèrent pour l'Italie catholique de douloureuses épreuves. L'arrivée en Italie de

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