‹ Vie de Léon XIIIChapitre 71 sur 148 · LA PAPAUTE ET LA CIVILISATIOX · texte numérisé non relu

LA PAPAUTE ET LA CIVILISATIOX

Série d'instructions; — Homolie Sur la civilisation sociale. — Le cardinal Pecci provoit l'état actuel de l'Italie. — Une cesse d'enseigner avec éclat. — Instruction pastorale de ISjO sur le domaine tempoicl du saint-siège. — L'évéque de Pérouse et les évêques français. — Le cardinal Pecci dépeint' en 18ij9 le prisonnieidu Vatican de IS87. — Le but de la franc-maçonnerie est de rendre impossible l'exercice du pouvoir spirituel. — - Déclaration récente du grand maître italien. — Le gouvernement ctierchc à séduire les évcques et les prêtres. — Le cardinal Pecci proteste de leur attachement à Pie IX. — Léon XIII reçoit aujourd'hui les mêmes témoignages de respect et de dévouement.

fl^^^^^ffE plus grand mal fait à l'Italie, de 1846 à 1878,

Etats de la péninsule par les armées piémontaises, ni la destruction complète du pouvoir temporel de la papauté. Le mal, irréparable en quelque sorte, fut la propagation parmi les peuples des campagnes, comme parmi les habitants des villes, de toutes les théories subversives et de toutes les productions malsaines de la révolution antichrétienne et antisociale.

Les inondations du Nil fécondent les plaines de Thèbes et de Memphis; mais rcnvahissement des principes et des pratiques détestables que les sectes impies répandent partout, produit dans les âmes la stérilité morale la plus désolante, l'impuissance du bien. C'est comme la crue de r.\dige autour de Vérone en 1882 : les terres les plus belles, celles que la culture des siècles avait transformées en paradis terrestre, furent à jamais ruinées. Quand les eaux dévastatrices se furent rrtirccs, les campagnes restèrent cauvertes de couches épais-

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ses de sable et de gravier, sur lesquelles l'induslrie humaine ne sèmera cl ne récoltera jamais. Il en est ainsi des principes funestes de Tathéisme et du matérialisme : ils engendrent le mépris de toute autorité et Fimn^oralité la plus éhontée, la corruption de l'esprit et du cœur qui rend l'homme incapable de toute bonne culture, de toute vertu, de toute grandeur.

Lisez, au commencement de l'année 1887, les aveux de^ journaux révolutionnaires de Rome, de Florence, de Naples' de Bologne et de Milan, et voyez ou en est la moralité publique dans l'administration de la justice, dans la législation, dans le gouvernement, dans toutes les classes, que l'on a travaillé si longtemps à endoctriner et à séduire. On croirait entendre les commentaires des pessimistes allemands ou des nihilistes russes, qui ne voient rien de bon ni dans l'ordre social ni dans la vie privée , et désespèrent d'eux-mêmes et de leurs frères.

Ceux qui étudient les actes de l'épiscopat du cardinal Pecci s'étonnent de voir avec quelle justesse il avait calculé les effets de l'enseignement et les fruits des travaux dont nous avons parlé dans les deux derniers chapitres. Dieu semble avoir déchiré pour lui le voile qui couvrait l'avenir de l'Italie.

La doctrine de l'éminent prélat est un antidote contra le poison des principes révolutionnaires. L'éducation qu'il donne à son clergé et à son peuple doit préserver les esprits el les cœurs contre la corruption répandue par la presse italienne dans l'atmosphère sociale qui couvre actuellement toute la pénmsule. Les vertus qu'il pratique lui-même ctfait pratiquer à ses dignes prêtres doivent servir de lumfère et de guide à leurs troupeaux au milieu des ténèbres de l'athéisme, dont plusieurs personnages tristement célèbres se déclarent les champions.

Si, dans l'étude des instructions publiques, nous suivons Tordre chronologique, nous rencontrons en premier lieu une homélie que M^"' Pecci adressait à son peuple en 1847, à l'occasion du premier anniversaire de l'exaltation de Pie IX. L'espace d'une seule année avait suffi pour désenchanter le souverain pontife, si jamais il avait été .fasciné un seul instant par les ovations qu'on lui avait faites, et s'il s'était mépris

LA PAPAUTÉ ET LA f.IVILISATION.

sur la vraie portée de celte liberté dont il était, disait-on, le porte-étendard en Italie. Déjà les grands mois de civilisation et de progrès servaient à masquer la signification véritable du Credo révolutionnaire.

Lg cardinal de Pérouse saisit l'occasion de cet anniversaire

Fig- 31. — ludcpcndancc de l'Église dans l'exercice de son pouvoir. — Sainl Sylvestre. D'après une fresque de Saint-Paul hors les Murs. — Sous ce pontife, la paix et la liberté sont rendues à l'Église.

pour faire descendre sur son peuple, du haut de la chaire épiscopale, un de ses graves et solennels enseignements sur la civilisation sociale (1). On y trouve en germe renc3'clique sur le socialisme publiée à la fin de 1878 par Léon XIII.

(1) Sociale civilla. — Les écrits de Léon MM sur l'Éj^lise cl la civilisation ont été publiés chez V. Palmé, en 1H78.

1(38 LÉûi\ Mil.

C'est un résumé de la doctrine évangéiique appropriée au perfectionnement de l'homme envisagé à litre de personne privée, de membre de la société domcislique et de citoyen de l'Étal.

M*^"" Pecci montre d'abord comment le dogme et la morale de l'Evangile élèvent les individus et les peuples au plus haut l)oint de la civilisation. Mais, pour que la religion catholique exerce son influence salutaire, il est de toute nécessité que ses doctrines soient conservées et enseignées dans leur pureté originelle et qu'elles soient appliquées à tous les degrés de la vie active. Or, ajoute-t-il, la conservation, l'enseignement et la propagation des principes de la religion regardent le sacerdoce, rÉglî^e romaine, le souverain pontife qui règne à Rome et est le Centre immuable de cette puissance préservatrice.

Le cardinal, après avoir établi celte théorie sociale , flétrit la conduite de ceux qui ferment les yeux à la lumière de l'Évangile et cherchent, en dehors du christianisme, à réaliser leurs rêves de progrés et de civilisation.

Cette union et celte concorde des esprits, dont on parle si haut de nos jours, prennent-elles .leur |>rin(ipe drins l'amour véritable? Unissent-elles les volontés parles liens de la paix? Visent-elles à la sainte praticpie du bien commun et réel? Ce rapprochement vers le centre de l'unité catholique vient-il et de la persuasion intime que les principes religieux sont vrais, et d'un généreux renoncement aux erreurs qu'on avait professées?...

L'affection si dévouée et le respect si prnfnnd (pie l'on montre au premier des souverains, au clief suprême de l'Eglise, sont-ils de nature <à nous rendre, mainlenant et à jamais, sa personne sacrée et sa,'sabhmc autorité et plus chère-; et plus vénérables? à/hous inspirer l'estime de son ministère, la reconnaissance de sa principauté civile, lasoumission inviolable à son Église, la constante et loyale profession do cette foi divine que le pape garde en dépôt au nom de Dieui même?

« En vérité, nos très chers frères, au lieu de permettre à nos désirs, ù nos espérances, à nos tendances vers l'avenir,

LA PAPAUTE El LA CIVILISATION. UiP

(](- nous emporter au deJà de toutes le^ bornes, que ne donnons-nous plus de soins à ranger notre maison et à régler le présent, et que ne mettons-nous en cela toutes nos forces, fout notre amour pour la religion, et pour le bien-être de notre société civile, sous la direction de notre bien-aimé souverain? Oh! quels fruits, quel accroissement de prospérité nous verrions bientôt! A quelle hauteur de civilisation religieuse et sociale nous serions élevés aux yeux des autres peuples! »

Le cardinal, parlant ensuite à ses diocésains avec la liberté que lui inspirent et son devoir et son affectueuse sollicitude, leur demandé si le grand obstacle au bien ne se trouve pas en eux-mêmes.

" Est-ce que nos actes, dii-il, et toute notre vie tendent a réaliser ces espérances que nous chérissons? Ou plutôt, et pour parler sans détour, est-ce que la religion catholiqup existe chez, nous dans toute sa splendeur? est-ce que la morale de Jésus-Chr,ist y est observée fidèlement? Appliquez bien votre esprit, nos très chers frères, à ce point capital, d'où part tout mouvement vital, tout vrai progrès. Je Ke réponds pas à ces questions : je vous laisse à vous-mêmes le soin de le faire (1). »

Les lettres pastorales et les instructions qui suivent, poitent le même cachet d'élévation et d'actualité, d'éloquence et (ie savoir." Sanctification des dimanches et fêtes » , « Blasphèmes », « Magnétisme » , a Domaine temporel du saint-siège » ; tous ces grands sujets sont comme autant de phares placés de distance en distante sur la route que M»'" Pecci suivait dans son ministère pastoral, et où il entraînait ses diocésains à sa suile. 11 instruisait et éclairait sans cesse. C'était une vie toute lumineuse.

Pie LX se Irouviiit, à Rome, assiégé par la révolution; on lui arrachait concession sur concession, l'émeute armée en- .-anglantait son palais et le forçait enfin de s'enfuir à Naples. Pendant ce temps-là, M^'' Pecci ne perdait pas une occasion de faire entendre sa parole si pleine d'autorité et de contenir

(I) Scella, ])p.:i-\0.

dans le devoir son troupeau, qui apprenait de jour en jour à aimer en lui toutes les grandes qualités de l'évêque et du pasteur.

Pie IX n'avait pas, sans excepter' M^' Pie et W Dupanloup (1), un champion plus intrépide» plus infatigable et plus éloquent des droits temporels du saint-siège, que l'évêque lie Pérouse. Au moment où les ennemis de l'Église se concertaient pour préparer la campagne de 1859, et pendant que le premier ministre de Victor-Emmanuel faisait venir Garibaldi à Turin et lui assignait le rôle qu'il aurait à jouer dans la révolution, le cardinal Pecci écrivait son mandement sur le domaine temporel.

Nous pourrions penser, en lisant cette belle instruction, que l'évêque de Pérouse, comme les prophètes d'Israël et de Juda sous les plus méchants souverains du temps d'Achab, a été inspiré de Dieu et a sondé les secrets de l'avenir, tant il prévoit clairement les souffrances réservées à Pic IX et à son successeur!

La lettre pastorale, datée du 12 février 18G0, est antérieure de plusieurs mois à l'expédition de Garibaldi en Sicile et ài'invasion des Etats pontificaux par les armées du Piémont. En voici l'analyse.

Parmi les maximes subversives répandues partout avec tant d'art, il faut compter celles qui tendent à favoriser la guerre entreprise contre le domaine temporel du saint-siège. L'Église a depuis longtemps condamné ces maximes.

« Pour remplir devant Dieu la stricte obligation que j'ai, en qualité d'évêque, de prévenir les dangers qui menacent mon troupeau, et pour n'avoir pas un jour à me dire : Malheur à moi parce que je me suis tuf je m'adresse à vous, mon peuple bien-aimé, avec toute la ferveur de mon âme, avec tout le zèle que le devoir m'inspire, pour vous supplier, au milieu de cet affreux bouleversement de lo.utes les vérités, au milieu des événements funestes qui s'accomplissent, d'écouter la voix de votre pasteur avec votre docilité ordinaire. C'est la charité

(I) I.'cpiscopat franrnis, ayant à sa lêtc M^' Pie ot M^' Dupaiiloup, a noblemont (léfcndu les prérogatives Icmporeilcs du saint-sicgc.

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