LA PAPAUTÉ ET LA CIVILISATIOX
seule qui lui l'ail préférer le salut de vos âmes à toutes les considérations terrestres.
« Il est nécessaire de vous parler; car, d'un côté, on apporte beaucoup d'ardeur à vous persuader que le domaine temporel ne louche en rien aux véritables intérêts du catbolicisme, et, de l'autre, beaucoup de braves gens, soit simplicité, soit manque d'instruction, soit faiblesse d intelligence, n'aperçoivent pas le but criminel que l'on voile à leurs regards avec tant d'habileté. Il ne s'agit pas delà religion, vous disent-ils; nous voulons que la religion soit respectée. Mais il faut que le pape se contente de gouverner les âmes, il n'a pas besoin d'une souveraineté temporelle. La principauté civile porte l'esprit à s'occuper des choses de la terre; cela nuit à l'Église, est contraire à l'Évangile, est illicite. »
Il serait trop long de suivre l'éloquent apologiste. Il réfute, avec une grande vigueur de logique, les erreurs el les préjugés contre le pouvoir temporel; il démontre victorieusemeni que la souveraineté pontificale, appuyée sur des titres légitimes de possession, est moralement nécessaire pour l'indépendance et le libre exercice de la juridiction spirituelle.
« Si le droit de la papauté sur ses possessions temporelles est insuffisant pour assurer le respect de tout le monde, alors il n'y a en Europe ni royaume ni empire qui ne puisse être légitimement renversé. »
Des pages d'une haute portée font ressortir les services que les papes, malgré la modicité de leurs ressources, ont rendus à la civilisation. C'est un fait bien connu. Mais personne, mieux qu'un Italien de naissance, placé dans le milieu où vivait le cardinal Pecci, ne pouvait mettre en relief les gloires de la Rome cbrélienne et les titres incomparables de la petite principauté de ses pontifes à l'amour et à la reconnaissance du genre humain.
C'est sur l'indépendance parfaite, absolue, reconnue de tous les chrétiens, sur la liberté du pouvoir spirituel personnifié dans le pape, que le cardinal Pecci insiste avec le plus de force. « Ce principe divin de vérité et de sainteté maintient une et entière l'Église el la religion. De j^lus, comprend-on que l'interprète vivant de la loi et de la volonté de Dieu soil
17i LKO.X XIII.
soumi> à la juridicliun dii pouvoir civil, dont toute la lnrc<,' et toute l'autorité émanent de cette loi et de cette volonli'; divines? »
Le prélat discute ensuite l'origine historique du doinaiiutemporel et conclut en ces termes : « Nous voyons dans l'histoire comment les amples donations, les grandes possessions, les actes de juridiction temporelle exercés par les pontifes romains, sont des faits ffui remontent de siècle en siècle jusqu'aux premiers temps de l'ère chrétienne. On ne saurait expliquer autrement le phénomène extraordinaire d'une puissance qui se trouva placée dans leurs mains à leur insu, et même, à parler exactement , mahjré eux, comme le dit et le prouve le romte de Maistre (1). »
Ceux qui désireraient voir le pape dépouillé de sa principauté civile, voudraient ramener l'Eglise à son enfance; à leurs yeux, la condition ordinaire du christianisme, la seule conforme à sa nature, serait cette période primordiale où les évèques de Rome subissaient la prison et le marlyre avant d'arriver au trône des Césars persécuteurs.
Le cardinal Pecfïi, abordant l'exercice même de lajuridicti'in universelle du pape, démontre avec évidence que, dans la situation du monde moderne, la souveraineté temporelle peut seule assurer la pleine liberté de cet exercice.
'< Le pape doit garder intact et dans son intégrité le dépôt de la foi ; il doit préserver la vérité révélée de toute erreur et de toute corruption parmi les nations fidèles... Il faut qu'il puisse conimnni((uer .sans empêchement avec les évêques, les souverains, le>; simples fidèles, de sorte que sa parole, organe et expression de la volonté divine, ait libre cours par toute la terre et soit partout canoniquement proclamée.
« Or, imagine/, le souverain pontife devenu le sujet d'uu gouvernement et j>rivé pendant un temps du libre exercice de son ministère apostolique. Toutes les fois que le pape dirait : Non licet, ou qu'une de ses décisions déplairait au souverain ayant autorité sur lui, ne s'accorderait point avec les vues de ce prince, ou semlilerait contraire à ce qu'on appelle la rai-