LA PAPAUTE ET LA CIVILISA IION
son d'/^lal, aussitùt nous enleDtlrions parler de menaces, de décrets, d'emprisonnement, d'exil, nioyens employés pour ctoiifl'er la vérité dès sa naissance.
« El, en réalité, il n'est pas besoin de prison, de décrets ou d'exil, |)our lier les mains aux papes devenus les sujets d'une
Fig. 32. — L'Église rcveiuli(|ue son pou\ûir teinporeL — Innocent IV, l'un des plus ardents défenseurs des droits du saint-siége.
autre puissance. Tout le monde sait combien il est facile à un gouvernement, même par do* procédés indirects, de fermer toute voie à la publicité, d'arrêter toute communication, de mettre toute espèce d'obstacles à la propagation de la vérité, en laissant le champ libre au mensonge. Dans une telle situation, comment un pape pourrait-il surveiller les affaires innombrables des églises, étendre par ses efforts les
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Irontieres du royaume de Dieu, régler le culte et la discipline, publier des bulles et des encyclicfues, convoquer les conciles, accorder ou refuser aux évêques Tinslitution canonique, avoir à ses ordres les congrégations et les cours .indispensables pour la décision de tant d'affaires importantes, empêcher les hérésies de se répandre, parler librement aux princes et aux peuples, envoyer des nonces et des ambassadeurs, conclure des concordats, faire usage des censures, régler enfin les consciences de deux cents millions de catholiques dispersés sur le globe, préserver dans leur inviolable pureté le dogme et la- morale, recevoir des appels de toutes les parties du monde chrétien, juger les causes ainsi soumises au saintsiège, assurer l'exécution des^sentences rendues; en un mot, remplir tous ses devoirs, et soutenir tous les droits de sa primauté spirituelle? » En privant le pape de son domaine temporel, on veut lui rendre impossible l'exercice de son pouvoir spirituel.
Le cardinal Pecci complète sa démonstration en citant les paroles de Mazzini et de Frédéric II et la déclaration suivante de la loge centrale du carbonarisme en Italie : « Notre but final est celui de Voltaire et de la révolution française : l'anéantissement total du catholicisme et de l'idée chrétienne elle-même (1). »
Les enseignements si opportuns du cardinal Pecci contribuaient à conserver dans les âmes la vénération pour l'autorité suprême du vicaire de Jésus-Christ et la fidélité à cette, souveraineté temporelle, qui est la garantie de la parfaite li-^ berté du saint-siège, La lettre dont nous venons de donner l'analyse parut au moment même où l'orage le pluii formi-
(1) Voici les paroles du ^'laïul maîlic des fraiics-macons italiens : « Comme iustiliition visant à retremper les caractères, à récompenser les vertus privées et publiques, à accroître le patrimoine des libertés publiques, à, étudier et a résoudre les questions qui passionnent la société liumaine,» à propager la science et à comb at be sans trêve le cléricalisme, seul parti pour lequel lahaine soit une chose sainte, la franc-maçonnerie doit se montrer hostile à tous ceux qui n'ont pas donné ou qui ne donnent i>as des prouves d'indépendance, de vcrtucuv désintét-esscment, d'amour pour la liberté, de volonté ferme et déclarée de délivrer le jjays des liens qui le retiennent encore attaché à la papauté, qui clierclie chaque jour à reprendre courage et à conspirer plus audauieusemcnt. » Adricu I.caimi, 133; Uonic, '28 avril 188G.
LA l'APAMTK ET LA CIVILISATION.
-dable peut-être qui se soit abattu sur Rome chrétienne', commençait à gronder au pied des Alpes avant de se précipiter sur toute la péninsule.
Fig. 33. — L^ secours du ciel. — Les anges cliàtient Hcliodorc, qui est Kt fisi'ic des persécuteurs de l'Église. Fresque de Raphaël, au Vatican. XVl« siècle.
Quand la tempête eut déchargé sa première violence sur les Marches et l'Ombrie, on vit apparaître, le 26 octobre 18(»1 , une circulaire de M. Minahetti, ministre des cultes de Victor-
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Kinm.iniiel. i^nvijyéi' aux. ('vèqucs el au clergé des paroisses; elle avail pour Lui évident de les pousser, par la peur ou par la séduction, à se séparer de la cause de Pie IX. C'était au nmins un ajipel à la trahison qui ressembl.iit assez.à une invitation au schisme.
Le cardinal Pecci, toujours vigilant et toujours prêt à se porter là où était le péril, s'entendit avec ses confrères dans l'épiscopat et rédigea une adresse commune au sain,t-père, afin d'exciter l'ardeur des prêtres et de ranimer aussi le courage des fidèles, qui se laissaient atattre en voyant l,e «uccès facile de la révolution et l'oppression exercée sur tous les bons catholiques. Ce fut un des premiers act^s collectifs que le cardinal-évèque de Pérouse et ses vénérables collègues opposèrent au progrès de la domination piémontaise.
« Très Saint Père, disaient-ils, dans la tempête si furieuse et si prolongée qui agite en ce moment l'Eglise et remplit (Vanxiété le noble cœur de Yotre Sainteté, nous qui partageons votre sollicitude et vos peines , nous avons déploré et nous déplorons encore les elTorts que l'on fait sans relâche pour amener la ruine de vos peuples, les arracher à votre paternel gouvernement, les séparer de plus en plus du centre de l'unité catholique. Afin d'atteindre ce but, on a essayé de tous les moyens de séduction. Après aVoir aidé ou favorisé ouvertement l'irréligion et le libertinage, en répandant à profusion les livres pestilentiels, les doctrines erronées et les enseignements hétérodoxes, on emploie ence moment, auprès du clergé, les arguments les plus captieux pour le détacher de ses devoirs et de l'obéissance due aux prélats, afin de s'en servir plus tard comme d'un instrument utile à de coupablesdesseins.
» El comme tous ces efforts ont trouvé dans le zèle ferme et unanime de l'épiscopat une barrière insurmontable, voilà que l'on dirige contre ses membres de nouvelles attaques; on oublie comment de semblables procédés ont échoué près de nos vénères confrères, dans les provinces conquises de l'Italie. Les difiamations, les insultes, les menaces, la confiscation des biens, l'emprisonnement, l'exil, n'ayant eu aucune force pour le< vaincre, on a eu recours à la plume déloyale de mauvais prêtres pour plaider la cause de la révolution. Puis, voyant