‹ Vie de Léon XIIIChapitre 76 sur 148 · CHAPITRE Vr · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vr

LES LIBERTES DE L EGLISE ET LA FAMILLE ClIRFJTIEN.N'E.

Los pr()los(;ii)ls se- iikiiiIiciiI snlisfaits ,di' voir l'Kglisc asservie. — (!;ii ihaldi est Slfirifié. — Lutio licioiqu(; ;i Pérouse, de 1860 à 1878. — Deux doi uiiioiils relalifs à la silualion l'un émane de rcpis( opat des Marches, rautre est do M*-'Terci et de ses collègues. — La fianc-maçonherie, enivrée de son Iiiom. plie, reste sourde à tous les avertissements.— Défense de la la m il le chrétienne. — Le cardinal Pccci dénonce le mariage civil. — i| rédige, de concert avec ses collègues, une lettre collective cl l'adresse au roL — instruction aux familles clirèlicnnes.

ous avons vu que l'cvùijiic do Péroust% incme avant son élection au cardinalal, avait été l'organe de SCS collègues en plus d'une occasion importante. Une fois décore de la pourpre romaine, il devint naturellement, bien que son église ne lYil pas métropole, le guide aimé et vénéré des évoques de l'Ombrie et des Marches.

Celte charge fut loin d'être un simple titre d'honneur, surtout apxès les événements de 1800. C'était, au contraire, le poste du danger. J-,e gouvernement révolutionnaire et ceux ([ui exerçaient au nom du roi une autorité dictatoriale dans les Ktats de l'Eglise, ne respectaient guère les plus hautes dignités ecclésiastiques. Il était très difficile, pour ne pas dire impossible, aux évoques de l'Ombrie d'administrer leurs diocèses respectifs au milieu du désordre causé par l'introduction des lois nouvelles et la suppression du droit canonique qui avait, pendant de si longs siècles, réglé les conditions de la vie-cléricale et les relations réciproques des prêtres et des fidèles. Dans le Nouveau-Monde , on suivait les péripéties de ce

drame avec un intérêt non moins vif qu'en Europe. Ceux qui ne partageaient pas nos croyances étaient contents de voir, en 1860, TAngielerre favoriser ouvertement l'invasioii des États pontificaux et couvrir de son drapeau l'expédition de Garibaldi en Sicile.

Que le monde protestant applaudit aux efforts de ceux qui voulaient renverser la papauté, rien de plus naturel. On ne le dissimulait pas : la ruine du pouvoir temporel voulait dire d'abord, pour le souverain pontife, la perte du prestige, et, dans la libre administration de l'Eglise, elle annonçait des restrictions intolérables; puis, comme conséquences assez prochaines, elle amenait l'extinction des ordres religieux, la destruction de tous les grands établissements qui, à Rome, étaient les sources vives de l'éducation, de l'apostolat et de l'esprit catholique.

Des cris d'enthousiasme accueillirent en AmcriquCv comme en Angletei^re et en Ecosse, le succès des armes de Garibaldi et la nouvelle des edits impitoyables qu'on lançait partout contre les moines et les prêtres. Cette année et les suivantes, les partisans de la révolution et les membres. des sociétés bibliques, qui regardaient la papauté comme le grand obstacle à leur triomphe, avaient pris pour objectif la ville de Rome et la chaire de saint Pierre : l'une et l'autre paraissaient destinées à tomber sous peu au pouvoir d'ennemis implacables. On suivait avec curiosité et avec intérêt les progrès delà vaste conspiration qui menaçait le chef de la catholicité et la ville éternelle.

Le lecteur a peut-être entendu parler des énormes récifs qui, d'un cùté de New-York, rendaient aux vaisseaux l'arrivage si diflficile. Pendant des années, les plus habiles ingénieurs avaient plongé sous les flots et creusé des galeries dans le roc. On remplit ces galeries d'une grande quantité de dynamite; on convia les savants à venir voir l'explosion, à en observer les effets. Au jour convenu, la main d'un enfant presse un bouton métallique et déchaîne la foudre. Les récifs disparaissent en un moment.

Ainsi Cavour, Garibaldi, Mazzini et leurs auxiliaires avaient miné Rome et l'Italie entière. Il leur fallut du temps; mais, tout à coup, on vit s'effondrer l'ordre ancien. Pour nous, ca-

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tholiques, la catastrophe fut horrible. Ceux qui étaient sur le lieu même du sinistre furent comme aveuglés par la poussière des décombres et entraînés dans reffondrement général. Que fît dans cette circonstance le cardinal Pecci? Nous l'avons vu à Pérouse, durant la terrible journée du 14 septembre 1860, uniquement soucieux de sauver sa ville épiscopale et son peuple, bravant le danger et les insultes pour: arrêter l'effusion du sang. Le lendemain, après que l'ordre établi par tant de générations chrétiennes eut disparu dans une seule nuit, nous le voyons oublier jusqu'à sa douleur pour sauver la vie d'un prêtre innocent.

Dans ce prêtre tombant assassiné sous les balles piémonlaises, semblait expirer la société catholique fondée par saint Grégoire le Grand et saint Léon, par saint Benoît et saint François d'Assise.

Cet évêque, blessé dans ses plus saintes affections, avait-il l'espoir de préserver en Itahe le catholicisme, les institutions chrétiennes, la papauté elle-même des violences de la révolulion toute-puissante qui, sous ses yeux, triomphait à Pérouse? Il ne pouvait se faire illusion sur les chances de la lutte. 11 savait que la papauté, après avoir été trahie àSolférino,' à Lorette et à Ancone, serait trahie à Rome. Il ne comptait plus sur une puissance humaine pour préserver Rome. et sauvegarder les intérêts et la liberté du saint-siège.

Mais il contiAua à Pérouse, après le 15 septembre 1800, et durant la longue agonie des années qui suivirent, à combattre pour T)ieu et l'Église, comme si de son seul courage, de sa plume, de sa voix dépendait la victoire du christianisme.

Si noiis voulons comprendre parfaitement la situation non seulement des évêques, des prêtres et des communautés religieuses,des deux sexes, mais de tout le peuple catholique do l'Italie, il nous suffit de parcourir la lettre collective que les archevêques et les évêques des Marches adressèrent le 21 novembre 1860 au commissaire général du roi. En voici des extraits.

« Nos cœurs, cruellement blessés et déchirés, sont encore remplis de douleur et de désolation quand nous songeons à la ruine spirituelle ([ui menace nos enfants, nos troupeaux.

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radicles pur lo sang do I'Agncau sans Uu;he. 'Néanmoins, a[)rès toutes les coHlrariélés, les épreuves, les obstacles que nous avons dû rencontrer, pas une étincelle de charité, de zèle, de sollicitude pastorale et paternelle ne s'est éteinte en nos âmes, nous l'affirmons solennellement, la main sur le cœur: et, avec l'aide du^ei^neur, ces sentiments ne nous feront jamais défaut.

« Nous avons peine à en croire nos yeux ou le témoignage de nos propres oreilles, quand nous lisons ou entendons raconter les excès, les abominations, les désordres affreux qui se commeltent dans nos diocèses, remplissent de honte et d'horreur ceux qui en sont témoins, et causent un grand détriment à notre sainte religion, à la décence et à la moralité publiques; et tout cela depuis que les ordonnances contre lesquelles nous protestons nous ôtent tout moyen de protéger la religion et les mœurs, ou de réprimer le triomphe du crime et du libertinage.

<( On vend en public, à vil prix, des versions de la Bible mutilée, des livres de toute sorte, remplis d'erreurs pestilentielles ou d'infâmes obscénités, dans des villes où, il y a quelques mois, on n'avait jamais entendu parler de ces productions scandaleuses-. L'impunité avec laquelle on donne libre cours, devant tout le monde, aux blasphèmes les plus affreux, l'expression publique de sentiments inspirés par une méchanceté infernale, l'exposition et la vente, dans la rue, de statuettes, d'images, de gravures qui outragent de la manière la plus brutale la piété, la pureté, la décence la plus ordinaiie; la représentation sur nos théâtres de. pièces et de scènes qui tournent en ridicule l'Eglise, l'Epouse immaculée de Jésus- Christ, son vicaire, les ministres de la religion, tout ce que la piété et la foi chérissent avec le plus de vénération; enfin la licence épouvantable des mœurs publiques, les odieux artifices employés pour pervertir les innocents et les jeunes gens; la volonté trop évidente de faire triompher dans toutes les classes sociales l'immoralité, l'obscénité, l'impureté : voilà, Excellence, quelques détails sur la situation scandaleuse qui, avec la législation et la discipline du gouvernement piémontais, s'établit soudainement dans les Marchés.

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« ÎVous en .ippelyns ,a Voire Excellence; pourrions-nous, sans violer nos devoirs les plus sacrés, rester spectateurs silencieux et inrlifTérents (,1c cette immense calamité? » Telle fut la proleslation courageuse et indignée que fit entendre l'épiscopat des Marches. Ejle trouva immédiatement de l'écho de Faulrc côté des Apennins.

Le cardinal Pecci ne se laissa pas intimider pjar les outrages dont fut victime le cardinal-archevêque de Fermo. 11 fit éclater toute l'indignation de son âme dans le document que nous allons citer en partie, et qui fut signé par tous les évoques de la province. Ce n'est pas un défi jeté au persécuteur; c'est comme un acte d'accusation solennelle, rédigé sous l'œil de Dieu, portant la signature d'hommes qui ont conscience du péril auquel ils s'exposent, mais ne comptent pour rien leurs intérêts personnels en comparaison du mal dont ils sont les témoins attristés. Il est facile de le voir, le cardinal Pecci défend les dogmes fondamentaux du christianisme.

« Notre devoir pastoral nous oblige de faire, avecjiberté, une solennelle déclaration de nos sentiments à la suite de la proclamation qui vient de lancer dans ces provinces de l'Ombrie, au nom du gouvernement sarde, plusieurs décrets regardant les intérêts de la religion et la discipline ecclésiastique.

« C'est une erreur grave contre la doctrine catholique de prétendre que l'Église soit assujettie a un pouvoir terrestre, et qu'elle soit soumise à la même écofiomie, au même fonctionnement que la société civile. L'Église n'est pas une Jnslilution humaine; elle ne fait point partie de l'édifice politique, bien qu'elle soit destinée à procurer le bien-être des hommes au milieu desquels elle vit. Elle affirme que c'est de Dieu qu'elle tient directement son eX|istence, sa constitution et les moyens nécessaires pour atteindre sa propre destinée qui diffère (de celle de l'État) et appartient tout à fait à l'ordre surnalurel. Divinement ordonnée, avec une' hiérarchie propre, elle est, de sa nature, indépendante de l'État.

« Cette indépendance native, cette condition si essentielle ai l'Eglise de pouvoir dispenser les bienfaits de sa mission célestej a toujours été respectée au milieu des illustres populations dé

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rOmbrie, que Dieu a confiées à notre sollicitude épiscopale. L'Eglise, à l'ombre du régime pontifical, que nous ne cesserons jamais de reconnaître comme l'œuvre de la divine Providence assurant la liberté indispensable à l'exercice de son pouvoir, n'eut jamais à redouter les obstacles et les restrictions que lui opposait ailleurs une politique humaine, soupçonneuse ou irréligieuse. Elles sont donc bien plus douloureuses à notre cœur, et très préjudiciables aux intérêts spirituels de notre troupeau, ces innovations que, sous le beau nom et le faux éclat de civilisation moderne, et sans aucune soumission au chef suprême de l'Église, on prétend nous imposer par les décrets récents, dans lesquels la liberté de lEglise est profondément blessée,- les intérêts les plus saints et les plus anciens ne sont comptés pour rien, et d'inviolables prérogatives et institutions sont mises de côté ou complètement annulées.

'( Il suffît d'examiner l'esprit de ces décrets pour voir au premier coup d'œil qu'on se propose aussi, dans notre pay.?, de rendre l'Eglise esclave de l'État et de subordonner sa mission divine aux basses visées d'une politique terrestre. Une civilisation éclairée gagnerait en lumière et en noblesse si elle tenaitvcojnpte des maximes de la sagesse divine; jamais elle ne permettrait de renverser l'ordre essenliel des choses, en soumettant le surnaturel au naturel, ni de manquer de respect envers Dieu en plaçant les œuvres humaines avant les œuvres divines. Chaque fois que, dans un pays catholique, l'État a voulu faire de ces transformations, il a soulevé les plaintes unanimes de l'épiscopat et encouru la juste condamnation du siège apostolique; l'esprit religieux du peuple en a été profondément affaibli et toute conscience timorée et honnête en a été troublée; toujours on a déploré ces changements comme un vrai malheur; ils sont devenus, en pratique, une source féconde de disputes et de calamités pour la nation...

« Ces innovations se proclament au nom d'un gouvernement qui, dans son statut fondamental, tient pour seule religion d'Etat la.réligion catholique et semble se proposer de rétablir en Italie les bases de l'ordre moral. C'est là une contradiction évidente; en effet, alors même qu'on ne touche pas à l'inté- Srité et à l'immutabilité dii dogme, on viole les principes de

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