‹ Vie de Léon XIIIChapitre 77 sur 148 · LES LIBERTES DE L EGLISE ET LA FAMILLE CIIRÉTIEM^E. !<S · texte numérisé non relu

LES LIBERTES DE L EGLISE ET LA FAMILLE CIIRÉTIEM^E. !<S

l'ordre moral, si on entame la. discipline an nom d'un pouvoir humain. »

Aussi, pour sauvegfirder les intéréls si sacrés qui leur sont

confiés, les évêques de l'Ombrie élèvent la voix, et, en présence de Dieu et des honimes, ils protestent hautement contre les nouveautés et les dispositions qui blessent les droits et les libertés de l'Eglise, en particulier contre les décrets qui suppri

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ment les tribunaux f-cclésiastiqucs, et assujeltissenl en tout au pouvoir laïque la tribu choisie, le sacerdoce déiHinille de son privilège antitpie cl sacre; qui abolissent rininuuiili^ des lieux saints, le pouvoir d'acquérir et Ar. succéder, l'ini|iii'scriptible droit de recevoir les dîmes efc les (iflVamlf^s jkiiii' une fin religieuse; qui cbargenl de taxes excessives et d'imjjùts extraordinaires les bénéfices et tout le patrimoine ecclésiaslique; qui soumettent à la censure de l'Etat toute provisioji et disposition ecclésiastiques, soustraient à la direction et à la vigilance episcopates les fondations pieuses, défendent aux évoques toute ingérence dans les établissements d'éducation et conlroignent les curés à se priver des registres et des livres indispensables à leur ministère pastoral.

« Oui, disent-ils, nous prolestons, cl toujours avec une plus vive douleur, contre l'oulrage fait au seoliment catholique et à l'inviolable dignité du sacrement, par des règlements étrangers ou contraires au droit canonique sur le mariage civil; contre la spoliation et la confiscation sacrilèges des propriétés ecclésiastiques, contre la suppression elle bannissement des ordres religieux cloîtrés. On ne saurait, sans gémir, considérer la condition lamentable à laquelle on a réduit les intérêts de la religion, dans ce pays chrétien, par une législation de trois mois.

« Nous ne pouvons que dép.lôrer les vexations commises contre le clergé et accompagnées de réprimandes, de menaces, d'emprisonnements, de bannissements. Les autorités ont pris possession d'asiles sacrés; on a séquestré et supprimé le's communautés religieuses; on a semé des germes de dissension et de scandale parmi les membres du clergé; on a employé la séduction pour les détourner de la soumission qu'ils doivent à leurs supérieurs. La licence des théâtres et de la presse, les pièges de toutes sortes tendus à la simplicité des âmes pieuses; le renversement de la foi par le libre cours donné aux libelles infâmes, aux écrits hétérodoxes, aux déclamations des prédicateurs fanatiques de l'impiété : voilà tous les maux qui nous forcent à gémir.

« Si nous faisons ces déclarations, c'est pour ne pas trahir nos droits les plus sacrés, nos serments, les devoirs les plus

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rigoureux de noire charge el de nos consciences. Notre silence semblerait une scandaleuse connivence ou une faiblesse criminelle, tandis que notre parole, se faisant entendre au public par cette protestation, donnera du courage aux fidèles qui, eux aussi, gémissent au fond de l'âme sur l'injure faite à leur mère et la ruine dont elle est menacée.

« La cliarité chrétienne nous recommande de ne point désespérer du repentir et de Tamendement du prochain, et de n'opposer aux attaques de nos ennemis que les armes de la prière. Eh bien! nous prions pour eux; nous supplions Dieu qu'il fasse tourner leui- conversion à l'honneur et au triomphe de l'Église (1). »

La franc-maronnerie dirigeait la révolution, dictait toutes les mesures du gouvernement piémontais et réglait la législation de Turin; attendre qu'elle se repentirait et reviendrait à résipiscence, c'était espérer une impossibilité morale ou une complète invraisemblance.

La. secte accomplissait en Italie contre la papauté et la religion chrétienne', au centre même de sa vie et de son gouvernement, le coup d'essai si longtemps préparé. Les conspirateurs s'arrêteraient-ils au milieu de leur route pour renoncer, de plein gré, à la victoire si ardemment désirée et à ses fruits, c'est-à-dire à l'asservissement de l'Eglise, à l'appauvrissement, à la dégradation et à l'extinction du clergé? rien n'était moins probable. Du reste, le succès en Italie devait préparer la ruine du catholicisme en France et en Belgique, en Suisse et en Allemagne.

Nous verrons, à vingt ans de là, M^"^ Pecci élever la voix des hauteurs du Vatican, pour dénoncer à toute la chrétienté, à tout le genre hmnain, cette efTroyable conspiration contre Dieu et son Christ, et pour combattre les conspirateurs avec l'arme de cette môme parole dont les accents ne furent alors ni écoutés ni compris à cause des passions politiques, du conflit qui se préparait aux Etats-Unis et des intrigues internationales de l'Europe.

Laïciser le mariage et l'enseignement, tels étaient les

(Ij Scella, p. 30J-30J,

moyens l.es plus capables de soustraire le monde moderne à l'empire et à l'influence de la religion. Dans le ([uart de siècle qui s'est écoulé depuis 18G0, les agitateurs ont déployé une habile stratégie, et montré une indomptable persévérance pour atteindre ce double but; en même temps, la guerre acharnée qu'on faisait au clergé et aux institutions religieuses ne s'est pas ralentie.

Le mariage civil fut imposé avec une inflexible rigueur, dans toutes les contrées de l'Italie où dominaient les armes plémontaises. On n'épargna au prêtre catholique aucune mesure tyrannique, aucune vexation de détail. On ne tenait plus compte de l'ancienne discipline. La suppression du contrôle ecclésiastique sur les établissements d'éducation, pour n'être pas aussi complète qu'on le désirait, n'en fut pas moins rigoureuse dans les limites marquées par la législation actuelle. Il y avait un progrès relatif, mais certain et durable. Ainsi l'avaient résolu les conseils du Grand Orient d'Italie.

Des- changements si subits ne devaient pas moins surprendre le clergé et les fidèles de l'Ombriè, que les terribles tremblements de terre qui ont ravagé l'Andalousie et la Murcie en couvrant le sol de désolation et de ruines. C'était bouleverser, dans des contrées catholiques, les institutions fondamentales d'une religion sous laquelle les peuples vivaient depuis quinze siècles. L'édit d'un commissaire royal ôlait au mariage son caractère sacré en le soumettant à l'autorité d'un magistrat laïque; il enlevait aux curés jusqu'au droit d'enregistrer les mai-iages, les baptêmes et les décès de leurs paroissiens. L'admirable économie des sacrements de l'Éghse catholique, sa prudente administration, tout fut aboli, s'il est vrai qu'un trait de plume et la simple proclamation d'une loi sacrilège aien assez de puissance pour cela.

Les témoins de telles révolutions pouvaient se figurer les pays oîi un despote signifiait jadis aux populations de renoncer au christianisme pour retourner au fétichisme de leurs ancêtres.

Toutefois ces innovations ne s'accomplirent pas dans l'Ombrie sans rencontrer la résistance de l'épiscopat. Les archevêques et. les évéques de la province signèrent et publièrent une dé-

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claration, rédigée par le cardinal Pecci. Elle restera comme l'éclatant témoignage de leur zèle pastoral. Mais le cardinalévèque de Pérouse ne se contenta pas de cet acte collectif. Il prévoyait, sans doute, que les ministres du roi et leurs subordonnés ne tiendraient aucun compte de cette déclaration. Il tenta d'émouvoir le cœur du roi, chez qui, disait-on, la foi n'était pas éteinte.

« Sire, lui écrivait-il, l'anomalie extraordinaire du mariage civil imposé aux populations de l'Ombrie par un décret du commissaire sarde, en date du 31 octobre 'I860, n'a pas été d'abord comprise et appréciée dans toute sa force et dans toutes ses conséquences. L'épiscopat de l'Ombrie, témoin depuis un ail de hontes et d'usurpations sacrilèges, a trouvé de puissants motifs de gémir et de trembler, à la vue du sort que réservent à son trou(^eau les tempêtes et les bouleversements actuels. Aussi les évéques n'ont-ils pas tardé à s'en plaindre. Dans leur protestation collective adressée au gouvernement au mois de décembre 18G0, ils ont dénoncé ces Usurpations et ces changements comme ce qu'il y avait 'de plus funeste parmi les innovations faites au détriment de la religion et des intérêts les pkis sacrés de l'Eglise.

« Forcés par les suites néfastes de celte réforme, éclairés d'ailleurs par l'expérience de plusieurs mois, les evêques ont publié dernièrement une déclaration doctrinale, oii ils soumettent celte réforme à un sérieux exai'nen et font ressortir avec évidence les principaux points qui la mettent en désaccord avec l'enseignement catholique.

« Que Votre Majesté m'excuse, si je lui fais parvenir quelques exemplaires de cette Déclaration. Il est d'une extrême importance qu'elle voie dans toute sa lumière im fait de cette gravité, accompli par la volonté d'une administration extraordinaire qui, après l'invasion militaire, vint chez nous dicter des lois au nom de votre autorité royale. Ce fait subsiste toujours et souille continuellement la conscience et la morale publique ; il réclame un prompt remède de celui-là même qui en est le premier auteur.

« Laissez-moi, Sire, non pas en vertu d'un mérite qui me place au-dessus de mes collègues dans l'épiscopat, mais en

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considéralion des engagements que j'ai ronlraclés envers la cause catholique et l'Eglise romaine, mailressè universelle et gardienne des intérêts de Dieu, laissez-moi exposer clairement et en peu de mots l'incohérence et la difformité de cette anomalie, considérée au point de vue de la société et de la religion. L'intérêt du catholicisme et le devoir impérieux de mon ministère me forcent, au nom de mes collègues, a parler-et à déposer aux pieds de votre trône les considérations et les remontrances qui suivent.

(( ... C'est un fait que le mariage purement chnl a été imposé par (léci-et et est encore maintenu dans les seuls diocèses th L'Oriibrie. Pas une autre contrée de l'Italie n'a été soumise à cette malheureuse loi, pas même celles qu'occupèrent les armées de Sardaigne, et qu'administrèrent d'abord des dictateurs ou des commissaires extraordinaires.

« C'est encore un fait qu'on a dû, pour imposer ce mariage, faire exécuter un simple projet de loi pubHé par le ministère de Grâce et de Justice en 1860, et qui reste soumis à l'examen des cours jusqu'à la discussion des chambres législatives. »

Cq projet, comme l'observe le cardinal, diffère peu en substance de celui que le sénat rejeta, en décembre 1852, et que le gouvernement conseilla de retirer.

« Le mariage civil, ajoute M^'^ Pecci, a été imposé dans un motif évidemment frivole : pour dresser les actes de l'état civil ; but qu'il était facile d'atteindre soit en laissant subsister le système déjà consacré par la coutume de plusieurs siècles, soit en sauvegardant, en tous cas, dans leur inviolabilité, la forme du sacrement et les Intérêts de l'Eglise. Ces deux conditions étaient possibles, et, pour ne pas parler des autres Etats de l'Italie, j'en trouve une preuve dans la conduite du roi Charles-Albert, votre auguste père, en pareilles circonstances : sans aller chercher des formes étrangères et contraires aux coutumes catholiques, il introduisit, après un heureux accord avec le saint-siège, l'état civil et le fixa sur la foi des registres ecclésiastiques et avec la coopération des curés... On pourrait aussi invoquer pour preuve le décret de Votre Majesté, en date du 20 novembre 1860, qui sauvegardait bien plus sûre-

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