‹ Vie de Léon XIIIChapitre 8 sur 148 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

progrès pacifique et du développement général soit inauguré solennellement un fois pour tout.

Ses qualités d'hommes d'Etat se sont fait jour sous le plus brillant aspect, au milieu de ces transactions. Il a montré la sagesse du législateur et la calme impartialité du juge. Ces choses ont imprimé à son caractère une grandeur morale et une dignité qui a remis en vigueur l'ancien prestige de la papauté comme arbitre suprême et père bienveillant de toutes les nations.

Le monde n'a jamais suffisamment réfléchi sur le vrai sens de cette heureuse intervention du Pape Léon dans les controverses des Etats modernes. On se rendra compte de sa force et de sa portée, si l'on se rappelle que l'une de ces nations belliqueuses était le puissant empire allemand, exalté par ses récents triomphes sur un peuple voisin, dominé par l'homme d'Etat le plus impératif et le plus heureux de son temps, qui avait mené une campagne désespérée contre l'Eglise.

Ni la victoire de Sadowa ni la victoire de Sedan n'égalait cette solution pacifique. Pour la première fois dans toute son histoire, l'Europe contempla une victoire purement morale. Un million d'hommes sous les armes n'auraient jamais pu accomplir rien de semblable pour le bonheur de l'humanité. Ce n'était pas seulement l'avantage d'une entente sur un point disputé entre nations, mais bien l'assurance donnée au monde que, par la suite, le tocsin de la guerre ne se ferait plus entendre, si le peuple élevait la voix pour réclamer la suppression de ces violences, et si les hommes d'Etat

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reconnaissaient que leur patrie a plus à gagner par la charrue que par l'épée.

Les deux fameuses encycliques : L'Eglise et L'État, et la Démocratie Chrétienne, ne sont pas moins importantes dans leur rapport avec l'ordre politique. Ces documents écartent pour toujours le sophisme favori si souvent avancé contre la papauté : que celle-ci est restée une institution du moyen-âge dans sa conduite en général, dans sa conception du devoir humain et dans ses attitudes vis-à-vis les idées et les conditions modernes. L'Eglise et L'Etat constituait une nouvelle convention sociale et plaçait partout la papauté d'accord avec les nouveaux arrangements politiques de l'époque. Léon posa en principe que ces deux pouvoirs sont co-ordonnés en autorité, suprême chacun dans leur sphère propre, et co-opérant l'un et l'autre au bien-être de l'humanité, par une méthode différente, mais avec un but semblable, en autant que ce monde y est concerné. Il ne réclamait pour r Eglise, aucune prédominance d'autorité sur l'Etat tant que celui-ci n'édicterait aucunes lois contraires à la loi morale, et soutenait, avec vigueur que l'obéissance du citoyen n'est pas moins imperative comme devoir, que l'obéissance à la loi spirituelle, puisque l'Église et l'État tiennent leur autorité de Dieu. N'y a-t-il pas en ceci la date d'un nouveau testament ?

Et La Démocratie Chrétienne, qui suivit, n'était pas d'une moindre valeur, décrivant le champ d'action du nouveau mouvement des esprits. Pour combattre le poison du socialisme, allié de

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l'athéisme, les forces catholiques devaient être mobilisées et utilisées partout ; le travail et la prière devaient s'enchaîner l'un l'autre dans une alliance invincible, comme ils l'avaient été jadis dans la Divine Personne.

Dans l'encycHque sur La Condition du Travail, pubUée en 1891, était contenu un code de règles et maximes pour servir de guide à l'employé et au patron, lequel, si on y adhérait généralement, devait écarter aucun conflit survenant entre ces forces toutes-puissantes. Elle arriva très heureusement, comme solution de l'une des plus troublantes difficultés qui souvent mettent en péril la paix de tout un Etat; et elle a rendu les plus grands services dans d'autres pays, en établissant des relations harmonieuses entre les grands patrons et les classes travaillantes, par là même posant les fondations d'un nouveau temple de la paix.

Le Christ n'est pas venu dans le monde entouré de la pompe et des splendeurs d'une Majesté Royale, mais il apparut comme le fils d'un humble artisan. Il introduisit une auréole dans l'atelier, et anoblit les outils du travail bien au-dessus du sabre et de la lance du guerrier. Si la profession du soldat et du jurisconsulte peuvent être relevées par l'exomple d'un Washington et d'un Taney, combien plus est illustré l'état du simple ouvrier par l'exemple du Sauveur!

Encore, dans les instructions et avis données aux évêques de France et aux monarchistes, ce pape sage rendit chère au monde entier la déclaration que n'importe forme de gouvernement organisé

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doit rencontrer l'obéissance de tons les bons citoyens; et l'on vit qu'il ne faisait aucune distinction ni réserve. Que ce soit un gouvernement catholique ou non catholique, tant qu'il n'outrage pas la Loi Divine, il a droit à être obéi loyalement. L'Eglise dans sa propre constitution, est une pure république, avec un chef régulièrement élu. Comment, alors, pourrait-elle être considérée comme l'ennemie de la forme républicaine de gouvernement? Il n'y a nulle part sur la terre une démocratie comme celle de l'Eglise catholique, où un prince royal porte le même habit que le fîls du chevrier.

Voyez, aussi, chez notre pape, sa sagesse, sa prévoyance si grande, sa patience, dans la noble tâche qu'il s'impose pour rassembler les membres épars d'une Eglise autrefois unie. Son rêve le plus ardent semble être de ramener ensemble pour ne plus se séparer, l'Occident et l'Orient ; et même, dès à présent, il éprouve la satisfaction d'entrevoir, sous une certaine forme, cette vision de l'avenir. Coptes et Nestoriens, séparés depuis mille ans, ont enfin recherché le bercail. Plus significatif encore est l'immense mouvement qui, de nos jours, ébranle l'intégrité de l'Eglise anglaise ; l'impulsion qui le mit à l'œuvre fut la décision opportune concernant les Ordres Anglicans, qui détruisit toute espérance de voir la question se rouvrir dans le sein de l'Eglise catholique.

On comprend, ainsi, que le grand homme d'Etat, le Pape, n'a pas consumé sa patience à édifier des plans irréalisables au cours de ces dernières

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années. Son idéal embrasse un splendide ajustement de part et d'autre, qui concerne à la fois les destinées spirituelles et matérielles du monde ; une conception plus majestueuse en sa manière que celle de son illustre compatriote qui mêla le ciel et la terre, le monde visible aussi bien que l'inconnu, dans le cadre d'un poëme philosophique. Il ne verra peut-être point la plénitude de l'accomplissement de son projet, mais tel qu'il est, il est au sommet de la montagne et jette un coup d'œil anticipé sur le triomphe de ceux qui auront la gloire de recueillir les fruits de son prophétique labeur.

Tandis que la grandeur de notre pontife homme d'État attire partout l'admiration, il ne nous inspire pas moins le respect et la vénération par la belle ordonnance de sa vie, une sainteté constante à travers les grandes phases de sa carrière, de l'enfance à l'extrême vieillesse. Pour nous, catholiques américains, il y a une raison de plus, sinon un motif personnel, à notre gratitude et notre attachement au Pape. Le profond intérêt qu'il ressent pour nous, l'admiration qu'il entretient pour notre glorieuse Constitution et unique système organique, sous lequel l'Eglise a grandie et s'est développée comme le majestueux cèdre du Liban ; la ferveur de l'affection pour sa personne et ses enseignements manifestée par son troupeau américain— tout cela constitue un lien, une unité que rien ne peut rompre ni amoindrir.

Baltimore, ii juin, 1903.

PRÉFACE DE UAUTEUR.

A vie de Léon XIII a été consacrée, après les intérêts divins des âmes, à la culture et au progrès des lettres et de la science. Les résultats qui ont couronnés ses efforts à Pérouse, et partout où son zèle fut libre de s'exercer, seront racontés dans les chapitres suivants. Ce que ses écrits et l'admiration pour son génie et son grand caractère produisaient chez les peuples de l'Ancien Monde et du Nouveau, ont été racontés par des plumes tant Catholiques que non-Catholiques. Ce qu'il eût voulu faire à Rome et dans la France et l'Allemagne sera raconté en partie seulement, car, il faut bien le dire, le Grand Homme d'État et le Grand Pape n'a pas toujours été connu par gouvernements et peuples, ni suffisamment apprécié par ses contemporains.

Et cependant ce pape dont la naissance date du commencement du xixème siècle et qui vient de saluer par une ode triomphale où il dénonce ce siècle qu'il a rempli en grande partie par ses actes et sou nom glorieux, a vécu pour léguer au siècle qui vient de naître le riche héritage d'écrits immortels et de vertus dignes des apôtres.

Disons que Léon XIII se présente à nous en 1903, après 25 ans qu'il a occupé la chaire de St. Pierre, comme l'un des papes les plus cultivés, et l'un des savants les plus illustres du Christianisme. Ses Lettres Encycliques, tout opportunes qu'elles sont, avec leur suprême autorité doctrinale, et la merveilleuse manière avec laquelle elles savent saisir, discuter, et décider les besoins et les dangers de la

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