FÊTES DE FAMILLE. — TIERS ORDRE DE S'-FRANÇOIS
préconisé cardinal dans le consistoire du 19 décembre 1853, et son peuple célébra son élévation aux honneurs de la pourpre romaine, le dimanche 26 février 18oi.
L'allégresse de cette fête n'était pas sans amertume, car, nous l'avons déjà dit (1), la ftimine régnait dans l'Ombrie; les tremblements de terre avaient jeté l'épouvante dani3 les âmes; les événements de 1848 et de 1849 semblaient être les précurseurs de bouleversements plus redoutables et de révolulions plus funestes que les secousses qui ébranlent les montagnes, renversent les habitations et remplissent les villes de décombres.
C'est en de telles circonstances que le diocèse de Pérouse voulut célébrer sa fête de famille. Il était encore sous la domination pontificale, et par conséquent, si la ville et les campagnes connaissaient la détresse, les populations chrétiennes n'avaient pas à déplorer l'usurpation : tant que cette dernière épreuve n'avait pas mis le comble au deuil public, la joie pouvait trouver place dans les cœurs. D'ailleurs l'évêque s'était imposé de lourdes charges pour faire face aux pressants besoins de son peuple, il avait donné l'exemple d'une généreuse charité, organisé une société de secours et procuré du travail à ceux qui ne voulaient pas recevoir d'aumônes. Tant de dévouement l'avait rendu cher à son troupeau, et la pourpre romaine semblait honorer le zèle du bon pasteur non moins que reconnaître le mérite du grand prélat, du diplomate habile et de l'écrivain distingué.
Pérouse se mit donc en fête. Dés l'aurore, tous les chemins (\u\ rendent accessible la crête inégale de-la montagne sur laquelle la vieille cité est assise, étaient remplis des gens de la campagne et des habitants des villes et des bourgades les plus voisines. Tout le monde voulait prendre part aux solennités du jour.
Ce peuple de l'Ombrie est laborieux, intelligent et vertueux. Il reste, à plusieurs points de vue, supérieur aux autres populations de la péninsule et le catholicisme n'a pas à rougir, en ce pays, du résultat de ses quinze siècles d'apostolat. Le car- Ci). cf. cil. IV, pase lai.
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dinal Pecci avait toute raison d'etre fier de son troupeau. Les sept ans qui s'étaient écoulés depuis son élévation sur le siège de Pérouse avaient été employés à développer et à élever la culture des âges antérieurs; et, malgré les influences néfastes de la première moitié du dix-neuvième siècle et les agitations qui régnaient alors dans tous les Étals pontificaux, les populations avaient répondu fidèlement aux: soins généreux de leur premier pasteur. Elles aimaient leur cardinal-évêque; elles étaient fières de lui et voulaient lui témoigner, en ce. beau jour du 26 février 185 i, leur amour et leur reconnaissance.
La ville avait été pavoiséè d'une extrémité à l'autre, et tous les quartiers avaient rivalisé de zèle pour la décoration des églises et des maisons. On remarquait surtout la grande place de la cathédrale et du palais episcopal. Sur là façade, sortie si belle de la main des ouvriers du moyen âge, des tentures en écarlate voilaient heureusement les dégradations que la rage contre l'ogive lui a fait subir. Au-dessus de la porte principale, on lisait une inscription en l'honneur de celui que Pie IX venait d'honorer lui-même et que fêtait maintenant lepeuple de Pérouse (1).
Le clergé s'était efforcé de faire de la solennité religieuse une manifestation digne de son évêque et de la ville épiscopale. L'intérieur du vaste et bel édifice offrait un spectacle imposant. Les décorations présentaient tout ce qi'ie le goût cultivé de la capitale de l'Ombrie avait pu inventer de plus exquis. La foule occupait l'enceinte de la cathédrale, comme la haute marée remplit toutes les parties de la plus vaste baie.' et ce niétait pas simplement un peuple de curieux. Les autorités étaient présentes en costume officiel. Le clergé avait pris place dans le sanctuaire. Tous les regards étaient fixés sur le cardinal qui célébrait lui-môme, en ce jour, le sacrifice divin.
{\) « L'Église de Pérouse se réjouit de ce que son illustre et révéré pontife, Joachim Pccci, a été élevé, par la faveur de notre très saint père Pie IX, à la dignite de cardinal de la sainte Église romaine; et tandis que, décoré de cette gloire nouvelle, il comble par son heureux retour (de Konie) les vœux des citoyens, et agrée leurs félicitations, elle s'empresse de le recevoir dans ses hras avec amour, et prie, en cette (ète soîennelle, le Dieu très bon et très grand pour la longue vie de son cardinal-évèque, au milieu de l'aflluence joyeuse de tout son peuple. Le IV des kalcndes de mars I8j'». -
Sa tenue à l'autel et dans les diverses fonctions de la sainte liturgie est à elle seule une éloquente prédication, tant il semble pénétré de l'esprit de foi et de piété.
Après l'évangile, il monta en chaire et adressa au peuple, accouru en si grand nombre pour le voir et l'entendre, une de ces instructions que gravent à jamais dans l'esprit et dans le cœur d'un auditoire la force des pensées qu'elles renferment et l'onotion pénétrante qui les anime.
Pendant que le cardinal était à Rome pour recevoir le chapeau des mains du pape, des tremblements de terre étaient venus augmenter les souffrances causées par la famine. Le bon pasteur ne l'oublia pas dans cette circonstance. « Il adressa, dit le journal qui rend compte de la fête, des paroles d'exhortation et de consolation paternelle à son peuple, en particulier sur les calamités survenues en son absence et sur la manière d'apaiser la colère divine. »
Après la messe solennelle, le saint Sacrement fut exposé. Il fallait prier encore plus que se réjouir; aussi, durant tout le reste du jour, les fidèles se succédèrertt devant l'autel, suppliant la divine Majesté chacun pour sa propre famille et tous ensemble pour la patrie commune.
Le soir, il y eut vêpres pontificales, suivies du Te Deum. La ville entière fut illuminée, et la fête se termina par un feu d'artifice auquel assistaient encore les contadini (1), désireux de participer jusqu'à la fin aux réjouissances publiques.
Non contentes de pourvoir à toutes les dépenses de la fête, les autorités municipales firent encore distribuer aux pauvres, si nombreux en ce temps de calamités, d'abondantes aumônes. Elles voulurent aussi doter généreusement cinq jeunes filles pauvres que le cardinal eut le privilège de désigner à leur munificence.
Toute la noblesse de l'Ombrie était représentée à cette solennité; elle avait voulu manifester son admiration pour l'éminent prélat qui faisait la gloire du pays, et témoigner sa sympathie à la population de Pérouse (2).
(i) Habitants de la campagne.
(2) En celte même année 183'», eut lieu la proclamation solennelle du dogme de l'Immaculée Conception.
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Une autra tète de famille vint aussi apporter un instant de repos et rie juie au milieu de la lutte de plus en plus acharnée que les catholiques et le clergé eurent à soutenir, après l'occupation de Rome par l'armée piémontaise, en septembre 1870. L'année 1871 était le vingt-cinquième anniversaire de Télé vallon de M*"'"' Pecci sur le siège episcopal de Pérouse. La jeunesse et l'âge mûr du prélat s'étaient consumés, au milieu des bouleversements politiques qui avaient rempli ce quart d^ siècle, dans des travaux incessants et glorieux, et la vieillei^su arrivait au moment oii le vicaire de Jésus-Christ se voyait enlever, avec le reste de son territoire, les derniers vestiges de sa liberté extérieure. Ce n'était pas, sans doute, pour les catholiques, le temps de se réjouir; mais le deuil n'exclut pas toute espèce de joie, et Pérouse ne voulut pas laisser passer cette année jubilaire sans donner à son pontife et père des marques publiques d'une vénération qui croissait avec le nombre des années.
Le 19 janvier 1871, la ville se mit de nouveau en fête. La cathédrale Saint-Laurent, que le cardinal Pecci avait si généreusement contribué à embellir, se revêtit de ses plus beaux ornements. On ne comptait plus, cette fois, sur le concours des autoriti's municipales : c'était la fête du clergé et du peuple. Le cardinal laissa faire. Toutes les satisfactions religieuses que l'on donnait au cœur des fidèles, si éprouvés dans leur foi et leur attachement au saint-siège, ne pouvaient que les ^confirmer dans la piété. Il voulut seulement que, dans la cathédrale, le saint Sacrement restât exposé, comme dans les temps où on a le plus pressant besoin de fléchir la colère de Dieu. Le peuple comprit, et fit de cette solennité un jour de prièré^^ençore plus que de réjouissance. Du matin au soir, la foule deSjadorateurs se succéda sans interruption devant le trône de la divine Miséricorde.
Pendant les vingt-cinq années qui venaient de s'écouler, les générations sacerdotales que le cardinal Pecci avait élevées et cultivées avec tant de soin, avaient porté les plus beaux fruits. Il était difficile d'être longtemps auprès de lui,, d'admirer les grâces de son esprit, les formes classiques de ses ouvrages, sa vie de travail et d'abnégation, sans se sentii' porté à l'inii-