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laissant Victor-Emmanuel s'emparer de Rome sans résistance et sans protestation, en lui permettant d'enchaîner ainsi le seul pouvoir qui, au sein des nations, tient haut et ferme, sans jamais l'abaisser, depuis dix-huit siècles, le drapeau du Christ.
312 LÉON XITI.
Les ftomains, non pas toutes ces liordes d'aventuriers et de révolutionnaires cosmopolites qui ont afflué à Rome sur les pas des armées piémontaises, mais les vrais Romains, ne laissèrent point passer cette fête sacrilège sans protester publiquement et sans faire de solennelles réparations.
Les pieuses sociétés de Rome avaient formé dans les dernières années du règne de Pie IX une union que l'on appela du nom du pontife Federazione Pia. Cette union étendit ses travaux non seulement aux œuvres de charité et de bienfaisance, mais à la protection et à l'avancement de tous les intérêts du catholicisme. Ses nri^embres choisirent la fête de l'Ascension, qui se célébra cette année le 30 mai, pour se présenter à Léon XIII et protester, au nom de tous les cœurs patriotiques de l'Italie, contre la profanation de la ville éternelle par les disciples de la révolution.
Ce fut une scène touchante. Le saint-père et tous les assistants laissèrent voir une vive émotion. Léon XIII répondit à l'adresse des associés en les exhortant, eux et tous les chrétiens, à réparer l'outrage qu'on venait de faire à la divine Majesté par des orgies blasphématoires et impies. Il félicita les représentants de la Rome chrétienne du courage et de l'énergie qu'ils avaient montrés.
D'autres deputations italiennes se présentèrent devant le saint-père pour protester aussi contre la révolution qui s'afTichait au grand jour. Le pape fit comprendre à tous que, le Je temps de l'épreuve étant arrivé, les vrais croyants devaient professer hautement leur foi et souffrir pour elle.
Le6juin, alors que les récentes impiétés semblaient encore obscurcir l'atmosphère de Rome, le général Kanzler et les vétérans de l'armée pontificale^inrent en corps ofl"rir leurs hommages au souverain pontife. Léon XIII pouvait mieux que personne apprécier comme il convenait leur dévouement chevaleresque. Il avait résolu, dans l'intime conviction qu'il avait de la nécessité du domaine temporel po^Ur protéger la liberté de l'Église, d'affirmer sans cesse ses pf-érogatives ^jusqu'au jour où il plairait à Dieu démettre fin à sa captivité. Il be cacha pas ses espérances aux défenseurs de Pie IX.
« Avons, dit-il en terminant, à vou*, glorieux champions
LÉOi\ Mil ET LA RÉVOLUTION.
dos ciro.ts de lajnslice, nous dirons : Persévérez; soyez fidèles
n'imnr ''"''■ ?">"'"" ""''' ''"' '' ^"' ^«"« ^«^^^ d« V-'c n.mpnme une tache à l'honneur de votre passé. S'il plaît à
Dieu d abréger notre épreuve et de nous accorder des jours
plus heureux vous serez à votre poste, prêts à protéger les»
droits sacres de l'Eglise. S'il en est autreLnt, vous aureVla
II;,'. Cl. — Dcfciiseurs du pouvoir Irn-nrir/.! ^1-
consolaliondevoir pris une part dans nos malheurs etd'avoir subi le même sort que nous. »
Ceux qui entendirent ces nobles et courageuses paroles en on,pr.rçnt la portée eten gardèrent le souvenir. Tous les papes comme les Boniface VIII, les Clément XIV, ont défendSl^ pouvoir temporel avec celle énergie. ■ ' oeiendu le
Il y avait à Rome une autre armée ponlincale qui rie pouvait déposer les armes et attendre, comme le général S", ^t
ses saldals, le jour delà bataille. La lutte contre le clergé dure toujours sur tous les points de l'Europe. .\ Rome elle est plus terrible et plus acharnée que nulle part ailleurs. Là, le gouvernement piémontais a privé la milice de l'Eglise de ses vaillants auxiliaires, les ordres religieux.
Rome, depuis le temps du grand Constantin, avait été l'école centrale qui formait à la science, à la discipline, à l'héroïsme des combats, l'élite du clergé séculier et régulier que les papes lançaient dans toutes les parties du monde oij la cause du Seigneur réclamait sa présence. La révolution le comprit; c'est pourquoi elle abolit les monastères, les couvents et les écoles. Ainsi s'altéraient les sources vives de l'esprit apostolique et sacerdotal.
Léon XIII vit le danger et tâcha d'y porter remède dès la première année de son règne. 11 ne considéra pas combien étaient limitées les ressources pécuniaires dont il pouvait disposer; il comptait sur la Providence et sur la charité des fidèles. 11 prit des moyens efficaces pour favoriser les études, afln que la science du clergé, dans la sphère des connaissances sacrées et profanes, fût au moins au niveau de l'enseignement donné dans les facultés les plus renommées. Il facilita l'accès des universités aux jeunes religieux que l'on tolérait encore en Italie, et il contribua avec la plus grande générosité à tous les frais de l'éducation. Nous verrons plus tard comment il réussit.
Le sort du clergé séculier, à Rome, n'était pas à envier. La population avait presque doublé depuis 1870, et le gouvernement se gardait bien de rien faire pour pourvoir aux besoins spirituels des nouveaux venus. Bien loin de là. Tandis qu'on encourageait l'érection d'un grand nombre de temples protestants et l'ouverture d'écoles patronnées par les sociétés bibliques, on fermait ou on démolissait les édifices catholiques, on mettait une taxe énorme sur les chapelles des réguliers qui continuaient à servir d'églises paroissiales, on disposait arbitrairement de tous les revenus ecclésiastiques. On suivait à Rome la même politique que dans le$ provinces : on employait tous les moyens pour rendre difficile le ministère du clergé.
En vérité, dans la Rome de 1878, comme en celle de 1890, le prêtre qui paraît dans les rues en habit sacerdotal, et le re-
ligieux qui ose y porter les insignes de son ordre , font acte de courage. C'est confesser la foi en présence de la foule impie. Le 13 juin, les étudiants du seminario Romano et du seminario Pio, les pépinières du clergé séculier de Rome, furent admis en la présence du pape. Léon XIII n'est jamais plus bienveillant que lorsqu'il se voit entouré de la jeunesse des écoles. Avec celle de Rome, il est d'une bonté touchante^ d'une
Fig. 62.,— Le cardinal Monaco la Vallclla.
familiarité paternelle. Il aime à entendre ces jeunes gens lui parler dans le latin qu'il a cultivé toute sa vie. Son langage, en cette occasion, fut, comme toujours, de l'élégance la plus parfaite. Il parla longuement de l'idéa^l tout divin de la dignité sacerdotale : Prœcelsa sacronim rninistrorum dignilas; il exalta en termes magnifiques le privilège de son clergé qui avait conservé son honneur au milieu de l'abaissement des caractères et du mépris dont on s'elTorçait d'entourer le prêtre, mêni^ à Rome : Romani clerici nomcn ac decus. Puis, à ces
jeunes recrues de la milice sacerdotale, le pape montra l'ennemi contre lequel elles auraient à lutter par la parole et par l'exemple ; Nostrorum lemporum conditio quitus ingens errorum ac pestilens corruptionis lues undique grassatur. Oui , c'est bien là l'ennemi : rerreui;" sous toutes ses formes et la corruption effrénée des mœurs envahissant les générations actuelles et menaçant la chrétienté et l'ordre social, comme les inondations des anciens barbares couvrirent autrefois l'empire romain.
Le 26 juin , le pape écrivit à son vicaire général, le cardinal Monaco la Valletta, afin de lui signaler les mesures que l'administration municipale a voit prises pour enlever aux écoles primaires de la ville tout caractère religieux.
« Nous avons ici, dit-il, une presse licencieuse et des journaux acharnés à combattre la foi par le sophisme et le ridicule , à rainer les droits sacrés de l'Église et à rabaisser son autorité; des temples protestants érigés par l'or des sociétés bibliques jusque dans les rues les plus populeuses, comme une insulte à la religion; des écoles, des asiles et des hospices qu'on ouvre à la jeunesse dans le but, dit-on, d'exercer la philanthropie, mais en réalité pour former une génération ennemie de la religion et de l'Eglise de Jésus-Christ. Et comme si c'était là peu de chose, un récent décret émanant de ceux qui , en vertu des devoirs de leur charge, sont obligés de procurer les véritables intérêts des citoyens de Rome , bannit le catéchisme catholique des écoles de la municipalité. C'est une mesure digne de réprobation que celle qui vient d'abattre jusqu'à cette barrière opposée à l'irruption de l'hérésie et de l'incrédulité, et laisse la route ouverte à une nouvelle invasion étrangère plus funeste et plus dangereuse que les anciennes, puisqu'elle vise plus directement à enlever des cœurs des Romains le trésor précieux de la foi et les fruits qui en résultent (1).
« Nous devons, en vertu de notre ministère pastoral, rappeler, dès le commencemeiit, aux catholiques la très grave obligation que leur imposent et la loi naturelle et la loi drvihe d'instruire leurs enfants des vérités surnaturelles de la foi, et
(1) Voir la note à la fin du chapitre.
LÉOiM XllI ET LA RÉVOLUTION. 317
l'obligation, spéciale pour ceux qui gouvernent une cité catholique, de faciliter aux parents l'accomplissement de ce devoir. »
Léon XIII montre ensuite combien la mesure qu'il' blâme est contraire au bien véritable de la société elle-même. C'est l'enseignement qui a renouvelé le monde, sanctifié et ennobli les relations des hommes entre eux, créé un sens moral plus délicat, formé et perfectionné celte conscience chrétienne à laquelle nous devons la répression morale de tout excès, la condamnation de l'injustice, la supériorité des peuples fidèles sur tons les autres. On dira peut-être que les conditions de la société actuelle rendent cet enseignement inutile ou nuisible. Or, le salut et la prospérité des peuples n'ont pas de sauvegarde en dehors de cette vérité et de cette justice, dont la société actuelle éprouve un si grand besoin et dont le catéchisme catholi(|ue conserva les droits sacrés dans leur intégiilé. Par conséquent les fruits si précieux que cet enseignement a déjà produits, sans parler de ceux qu'on peut en retirer encore, devraient être une raison pour l'encourager de toutes les manières dans les écoles, au lieu de l'en bannir.
« La nature même de l'enfant et les conditions particulières au milieu desquelles nous vivons -exigent cet enseignement. On ne peut assurément pas recommencer en notre siècle, au sujet de l'enfant, le fameux jugement de Salomon (4) et faire une cruelle et irrationnelle division de son être en séparant son intelligence de sa volonté. Tout en cultivant la première, il faut mettre la seconde sur la voie des habitudes vertueuses qui conduisent à la destinée surnaturelle. Quiconque dans l'éducation néglige la volonté et concentre tous les .efforts sur la culture de l'intelligence, fait de l'instruction une arme dangereuse dans la main des mBchants.
« La chose est tellement évidente qu'elle a été reconnue par ceux-là même qui demandent l'exclusion de l'enseignement religieux des écoles. Ils ne limitent pas la culture de l'enfant à l'intelligence seule,, ils l'étendent à la volonté, en faisant enseigner dans les classes une morale qu'ils appellent civile
(1) 111" livre des iîois, icà 28.
ou naturelle, et en exhortant les jeunes gens à la pratique des vertus sociales et patriotiques. Mais outre qu'une morale de celte nature ne saurait guider l'homme vers la haute destinée qui lui est préparée parla divine bonté dans la vision béatifique de Dieu, elle n'exerce même pas sur l'âme de l'enfant une action assez forte pour lui donner le goût de la vertu et le maintenir solidement dans le bien; elle ne répond pas aux véritables besoins de l'homme qui est un être religieux en même temps qu'un être sociable, ayant une âme dont la religion et la foi sont si profondes que nul progrès dans la science ne peut les déraciner.
« Pourquoi donc, si l'on veut former à la vertu les cœurs des jeunes gens, ne pas se servir du catéchisme catholique, dans lequel se trouvent les germes les plus féconds et la méthode la plus parfaite d'une saine éducation? » La réponse était facile; la secte maçonnique dominait l'administration municipale, et son intention n'était nullement de tolérer l'enseignement du catéclijsme catholique, partout où elle pouvail l'empêcher.
Le saint-père développe ensuite avec sa clarté habituelle la thèse que « l'enseignement du catéchisme ennoblit et élève l'homme dans sa propre estime et produit en tout temps le respect de soi-même et des autres ».
« C'est un grand malheur, continue-t-il , que plusieurs de ceux qui condamnent le catéchisme à être banni des écoles aient oublié ou ne veuillent pas considérer ce que le catéchisme leur a enseigné quand ils étaient enfants. Sans cela, il leur serait facile de comprendre que cet enseignement; à savoir : l'enfant sort des mains de Dieu; il est le produit de l'amour libre et infini; tout ce que l'œil peut apercevoir est soumis au Roi et au Seigneur de la création; lui, petit enfant, est quelque chose de si grand aux yeux de Dieu , que le Fils éternel du Père n'a pas dédaigné de prendre la nature humaine pour le racheter; c'est le sang de cet Homme-Dieu qui lui baigne le front dans le baptême: les chairs de cet Agneau divin alimentent sa vie spirituelle; l'Esprit-Saint, en résidant en lui comme dans un temple vivant, lui communique une vie et une Vertu toute divine; il Jeur serait facile, dis-je, de comprendre
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que cet enseignement doit donner ù la jeunesse une impulsion très efficace pour sauvegarder la qualité glorieuse d'enfant de Dieu et l'honorer par une conduite vertueuse.
« Ils comprendraient aussi qu'il est permis d'attendre de grandes choses d'un enfant nourri dans l'étude du catéchisme; en effet, cet enfant sait qu'il est destiné à une fin sublime dans la vision et l'amour de Dieu, on l'accoutume à veiller continuellement sur lui-même et il se trouve fortifié par toute sorte de secours pour soutenir la guerre que hii font d'implacables ennemis; il acquiert l'habitude de la docilité et de la soumission, apprenant à vénérer dans ses parents l'image du Père céleste et dans le souverain l'autorité qui vient de Dieu, et il tire de Dieu même sa raison d'être et sa majesté; il s'habitue à regarder dans ses frères la divine ressemblance de Dieu brillant sur son propre front, et il reconnaît soiis les haillons du pauvre son Rédempteur en personne...
« Ils comprendaient enfin que la morale catholique, ayant pour sanction la crainte du châtiment et l'espérance assurée des récompenses divines, n'expose pas à des risques comme cette inorale civile qu'on voudrait lui substituer. Et ils n'auraient jamais pris la résolution funeste de priver la génération actuelle de ces grands et précieux avantages, en bannissant des écoles l'enseignement du catéchisme (1) .»
Ces extraits nous font connaître Léon XIII. la noblesse de son caractère, l'élévation de son esprit, les formes littéraires qu'il cultive, même dans ses compositions les plus familières, et sa manière d'enseigner la doctrine chrétienne.
Le souverain pontife fait remarquer ensuite que la clause insérée dans l'édit de bannissement, à savoir qu'on n'enseignerait la religion qu'aux enfants dont les parents en auraient fait la demande expresse et formelle, est une clause futile.
Après avoir déploré l'impuissance où il est, lui, le souverain légitime et l'évêque de Rome, d'empêcher cette propagande de perversion et d'apostasie, Léon XIll avise aux moyens pratiques de résister à ces menées antichrétiennes. « 11 est nécessaire que non seulement les curés redoublent de diligence
{ï)Acla, 1,-2 82.
320 LÉON XIIl.
et de zèle dans renseignemenl du catéchisme, mais que Ton prenne des moyens efficaces pour suppléer à la coupable omission ou à la négligence des autres maîtres. Nous avons la certitude que le clergé de Rome ne faillira pas dans cette circonstance encore à l'accomplissement des devoirs sacrés de son ministère sacerdotal... Nous sommes également assuré que les associations catholiques qui fleurissent dans cette ville, avec tant de profit pour la religion, concourront à cette œuvre de zèle par tous les moyens dont elles disposent...
« Et vous, Monsieur le cardinal, employez la sagacité el la fermeté qui vous distinguent à augmenter le nombre des oratoires (de Saint-Philippe de Néri) et des écoles, afin que Ton puisse y recueillir les petits garçons et les instruire dans la religion... (1). »
De quel côté se porteront les sympathies de ceux qui cruienl en Dieu et désirent voir Rome chrétienne rester ce que quinze siècles de catholicisme l'ont faite? Seront-elles pour la municipalité antichrétienne, ou pour l'immortel pontife? La réponse n'est pas douteuse.
(1) Leonis Xlll, P. M., Acta, l, 72-82. — Au fanatisme aveugle des évangélistes américains, qui prêtent à la maçonnerie italienne un concours si elficace pour saper les fondements de toute croyance religieuse, nous opposerons l'acte généreux de l'église congrégationaliste de Washington. Le lévérend docteur Justin Fullon, l'ennemi irréconciliable de l'Église romaine, parcourt depuis quelques temps toutes les villes des États-Unis, prêchant une croisade contre le catholicisme. U s'adressa, en arrivant dans la capitale, à ses confrères et demanda à prêcher dans leur église une série de sermons contre l'Église, le pape, les prêtres, etc. On lui refusa la permission qu'il sollicitait, et le journal congrégationaliste. Christian Union, le plus influent et le plus répandu de tous les journaux religieux des États-Unis, approuva ce refus dans les termes suivants : 0 Nous constatons avec bonheur que l'église congrégationaliste de Washington a refusé l'usage de son temple au docteur Justin Fulton qui voulait y donner une conférence contre l'Église catholique romaine. Quelques grandes, quelques fondamentales que soient les différences qui séparent la foi catholique romaine des confessions protestantes, les doctrines sur lesquelles elles sont d'accord sont plus inii)ortantes encore. Les protestants ont bien autre chose à faire que d'entreprendre une croisade contre une Église qui maintient la loi de Dieu el prêciie l'Évangile de Jésus-Christ, et fait plus que toutes les autres églises ensemble, pour donner une sanction à la conscience et à la moralité parmi des classes considérables de notre population.