‹ Vie de Léon XIIIChapitre 92 sur 148 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LÉON XIII ET lES CHRÉTIENS D ORIENT.

Progrés du catholicisme en Orient, sous les derniers papes. — I.êen XIII et les Slaves : persécutions endurées par les Uniates de Pologne: proposition du gouvernement russe, en 1877 ; contre-proposition du cardinal Simeoni ; rupture entre les deux cours; Léon XIII annonce au czar son avènement au trône; arrivée à Rome des deuv grands-ducs; espérances trompées par la mort de l'empereur; centenaire des saints Cyrille et Méthode, en 1880; encyclique sur leur apostolat; enthousiasme chez les Slaves; pèlerinages; création d'une hiérarchie régulière dans la Bosnie et l'Herzégovine. — Grecs et peuples qui tiennent au rite grec : collège de Saint-Athanase, à Rome; reforme dans les études. — P£uples de l'empire ottoman : sollicitude de Léon XIII; la Porte volt dans l'Église catholique une puissance civilisatrice; confirmation du patriarche deS/Chaldeens; paix en Syrie. — Fin du schisme arménien : sage clémence de Léon XIII envers les chefs repentants; M«' Hassoun est créé cardinal; collège arménien fonde n Rome; éducation chez les Clialdéens. — Projets de Leon XIII (1).

I grande qu'ait, élé la sollicitude du souverain pontife pour conserver et augmenter la foi chex les peuples de l'Europe occidentale, menacés par l'invasion des idées nouvelles, elle n'a pas été moindre pour faire revivre le catholicisme chez les peuples de l'Europe orientale, que le schisme grec avait séparés de l'unité romaine. Elle s'est étendue avec un zèle égal aux anciennes chrétientés de l'Orient proprement dit, c'està-dire à ces vastes contrées où domine le mahométismelurcet persan.

Pie IX, pendant son glorieux pontificat, avait développé le

(1) Sources principales : les Acta Leonis XIII et les Annales de la Propagation de la foi.

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plan de son prédécesseur, Grégoire XVI, et, grâce aux encouragements de toutes sortes, les missions établies dans la Turquie et dans la Perse prirent un grand essor. Léon XIII non seulement hérita de son zèle, mais il forma le projet de ramener à l'unité catholique toutes ces anciennes églises que le schisme en avait séparées, et dont les faibles débris végétaient encore sous le joug de l'Islam. Il exprima, dans son allocution du 28 février 1879, la pensée et les espérances qu'il avait conçues. Les travaux qu'il poussa désormais si vigoureu-' sèment pour réaliser son dessein, et le succès qui les couronna, jie formeront pas la partie la moins intéressante de l'histoire de son règne.

Jetons un coup d'oeil sur les œuvres qu'il a entreprises en faveur des peuples de l'Orient, et commençons par les Slaves.

Les persécutions si cruelles et si persistantes exercées contre les catholiques dans l'empire russe, surtout sous le czar Alexandre II, paraîtraient incroyables si l'on ne connaissait pas les profondes antipathies nationales et les passions religieuses qui ont enfanté le schisme grec et que ce même schisme entretient et transmet de génération en génération.

Pie IX, vers la fin de son règne, avait fait tout ce que son zèle de pontife et son cœur de père pouvaient lui inspirer pour persuader au gouvernement russe d'alléger le joug qu'il faisait peser sur les Polonais et sur les autres catholiques du reste de l'empire.

Les souffrances des Polonais attirèrent l'attention de l'Europe, en 1877, quand le gouvernement anglais publia la correspondance de son consul général en Pologne, le colonel Mansfield, et de son ambassadeur à Saint-Pétersbourg, lord Augustus Loftus (1).

On rappelle sans cesse les dragonnades de Louis XIV et les atrocités commises dans les Pays-Bas par le duc d'Albe; mais on ne dit rien de l'extermination des catholiques irlandais par Cromwell et par ses lieutenants. Quant à l'oppression exercée contre les catholiques de la Pologne, oh en parle peu ou point

(t) Livre bleu, iJCtrlevientairCi public en avril 1877.

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du tout, parce que l'on y voit seuls en jeu les intérêts de la religion.

Alexandre II, qui s'était attiré les louanges du monde civilisé en émancipant les serfs dans son empire, encourageait les horreurs que décrit et dénonce le colonel Manslield. Durant l'été de 1874, le czar visita Varsovie en personne. Les Uniates, Grecs catholiques unis, voulurent lui présenter une pétition sur le traitement barbare auquel on les soumettait, parce qu'ils refusaient d*abjui*er la foi de leur baptême. L'empereur défendit de les laisser approcher de lui. « Dès ce moment », dit le colonel Mansfield, « les massacres devinrent plus féroces, et les Cosaques reçurent ordre de traquer les Uniates comme des bêtes fauves et de détruire leurs récoltes. » De tels ordres furent impitoyablement exécutés.

En 1875, la presse de Saint-Pétersbourg annonça que quarante-cinq paroisses entières, avec~xme population de 30,000 âmes et 26 prêtres, avaient renoncé à la communion romaine pour entrer dans l'église officielle. En Angleterre et aux Étals- Unis, on ajouta foi à ces nouvelles. Mais quand parut le Livre bien anglais, on lut dans la dépèche de l'ambassadeur à Saint- Pétersbourg, datée du 29 janvier 1873, que cette prétendue conversion était l'effet de la plus horrible violence.

« Les paysans furent assemblés et battus avec le nagaïka ou fouet cosaque, jusqu'au moment où le chirurgien militaire déclara que leur vie serait en danger si on allait plus loin. Alors on lès força de marcher à travers une rivière à moitié gelée, ayant l'eau jusqu'à la ceinture; et ils durent entrer ainsi dans L'église entre deux haies de soldats. Là, leurs noms furent inscrits au bas d'une pétition, et on les fit sortir par une [)orte opposée. Eux cependant répétaient tout haut pendant ce temps ; Appelez-nous orthodoxes, si cela vous plaît; mais nous restons fermes dans la foi de nos pères. » Ainsi, la race des martyrs n'a pas disparu de la terre.

Dans le gouvernement de Lublin, 550,000 paysans furent ainsi « enregistrés » comme convertis à l'hétéiiodoxie. Ce fut le résultat de la campagne « religieuse » poursuivie par les autorités et leurs Cosaques en 1873. Mais l/collînel Mansfield, écrivaûLau mois de janvier 1876, affirme que ces braves con-

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vertis niaient éncrgiqueniont (jirils eussent eliangé de religion; ils refaisaient le ministère rie lout aulre prêtre que leur propre pasteur, baptisaient eux-mêmes leurs nouveau-nés, enterraient leurs morts, et ne mettaient pus le pieil clans les églises russes.

Pie IX ne cessait de rcpréscnler à l'empereur combien ces

FiiT. C!». — I,c cardinal Siiuconi.

vexations ('taient iniffucs, impolitif[ues , opposé(>s aux plus chers intérêts de l'empire. (îrégoire XVI avait cite au jugement de Dieu l'empereur Nicolas; Pie IX, le vicaire de Jésus- Christ, disait à son fils : Pourquoi me perséciUc^-vous? Le czar forma l'oreille au cri de ce cœur paternel, plaidant pour la vie et pour l'âme de ses enfants. Il ne savait pas dans quelle voie il marchait et quel châtiment l'attendait au lei-me.

L'occupation de Rome et la chute du p(»uv(»ir t(;m|)oiel enfouragêrcnt-elles le c/.ar a continuer son système ilocouversion?

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On ose à peine le croire. Mais, en 1877, aux premiers jours de juin, l'ambassadeur russe à Rome communiqua au sainl-père, avec les compliments de son maitre,. un nouveau plan pour arranger les difficultés entre Saint-Pétersbourg, et le Vaticart. C'était le moment où la politique conseillait de gagner les bonnes grâces des catholiques dans tout l'empire ottoman. La terrible guerre de 1877 rendait cette mesure absolument nécessaire.

Le 26 juillet, le cardinal Simeoni, secrétaire d'Élat, remettait au prince Ourousoff, le représentant de la Russie, un exposé officiel des griefs que le saint-siège avait conli*e le gouvernement impérial; il y joignit l'énumération des remèdes jugés indispensables. Le document était destiné à l'empereur lui-même. Quinze jours se passèrent sans qu'on accusât réception de ce mémoire, qui fut renvoyé au secrétariat d'État delà manière la plus insultante. Le cardinal Simeoni, dans une lettre du 19 août, fit observer à l'envoyé russe combien ses procédés étaient insolites et sans précédent dans l'histoire de la diplomatie. Le saint-père renvoya le prince OurousofT sans l'admettre en sa présence. Tout cela n'empêcha pîis le fouet des Cosaques de meurtrir les épaules des malheureux Uniates.

Léon XIII, monté sur le trône pontifical, se hâta de renouer des relations avec la cour de Russie, comme avec la cour de Berlin. En 1880, une occasion favorable s'offrit de faire appel au cœur du czar On célébrait, cette année, le vingt-cinquième anniversaire du ceuronnement d'Alexandre II. Le pape, non content d'envoyer des féhcitations officielles par son internonce à "Vienne, écrivit lui-mêine à l'empereur, le 12 avril. « Sire, disait-il, toute la félicité que nous avons souhaitée à Votre Majesté par la voix de notre internonce à Vienne, nous vous la souhaitons de nouveau dans cette lettre, priant de tout cœur le Roi des rois et le Seigneur des seigueurs d'accomplir en tout nos vœux.

« Nous voulons toutefois profiter de cette lettre pour faire un appel à Votre Majesté, et vous supplier de donner une sérieuse attention à la cruelle condition qu'on a faite aux catholiques de votre' vaste empire. Cet état nous remplit d'une

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douleur et d'une anxiéfé continuelles. Le zèle sincère qui nous presse, Nous le pasteur suprême de l'Église, de faire notre devoir en pourvoyant aux besoins spirituels de ces catholiques fidèles, devrait aussi, ce nous semble, pousser Votre Majesté, au milieu de tant de révolutions politiques, de tant de convul-

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