LEON XIII ET LES CHRETIENS D ORIE.NT
tout ce qui pouvait avancer la culture intellectuelle et favoriser l'éducation des masses populaires, sous la direction tulélaire des évêques et du clergé paroissial. Le mouvement ainsi donné ne se ralentit pas avec la fin de l'année 1880; il continua toute l'année suivante. Il dure encore au bout de dix ans, parce qu'il a pour force motrice la foi et le patriotisme.
Le cardinal prince Scinvarzenbcr;
Le cardinal prince Scliwarzenberg, priinat de la Boiiéme, et les évêques de ce royaume écrivirent au pape afin de le remercier au nom de leur nation de ce qu'il avait fait pour l'honneur de leurs npùlres. Le pape leur répondit dans une lettre pleine de cordialité. Il voit, sans doute, dans tout ce mouvement, les signes précurseurs d'un retour général à la communion romaine.
Le 5 juillet, le souverain pontife renouvela pour la Bosnie
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et l'Herzégovine ce qu'il avait fait pour l'Ecosse (I) : il donna à ces deux provinces une hiérarchie épiscopale régulière. Il se réjouit, dans la bulle d'institution (2), .d'avoir pu réaliser et accomplir ce que ses plus illustres prédécesseurs avaient en vain désiré avec ardeur.
Ces faits montrent un retour vers Rome, dans des contrées • que le schisme grec avait si profondément bouleversées durant des siècles. C'est que le bon grain y subsiste toujours et y croît abondamment. Les Grecs ne regardèrent pas ces solennités avec indifférence. Les journaux russes accusèrent hautement la cour de Rome de faire une propagande religieuse et d'encourager les. projets ambitieux de l'Autriche-Hongrie.
Pour contrebalancer l'effet de ce centenaire soLennisé à Rome et chez les Slaves catholiques, on résolut de célébrer, en 188G, une grande fête à Saint-Pétersbourg, en l'honneur (les saints Cyrille et Méthode. Sans doute, un vaste empire, fort de ses res.sources, guidé par un sentiment profond de nationalité, est capable de grandes choses. Mais le résultat de cette fête n'a pas répondu à l'attente de- la Russie.
C'est surtout chez les Hellènes ou Grecs proprement dits, que le fanatisme national et religieux fomente l'esprit de schisme par toute sorte d'artifices. Aussi est-ce principalement chez ces mêmes Hellènes que Léon XIII cherche à recruter les apôtres destinés à préparer la réunion.
La haute intelligence et le noble cœur du pape Grégoire XIII, qui avait fondé la congrégation de la Propagande et son collège, conçut aussi le projet d'établir le collège grec de Saint-Athanase, à Rome. Ce collège, érigé par la bulle In Apostolicx Sedis, du 23 janvier 1577, devait être pour toutes les nationalités du rite grec, pour les Hellènes surtout, ce que la Propagande est devenue pour tous les autres peuples.
Parmi les élèves qui en sont sortis se trouvent plusieurs des noms les plus illustres dans les annales de l'apostolat et de la science sacrée, depuis trois* siècles. Wladimir Rutelhi, par exemple, ramène à la communion romaine l'archevêque
(l)A telle date, Léon XUl, comme nous 1(! verrons bienlôt, avait rctabli la lilciartliie callioliijue en Ecosse.
(•i) Voir la bulle dans les Aclea de Léuu Mil, o juillel 188t.
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(le Polucz, (jui verse son sang pour la foi avec deux millions lie Ruthènes. Personne Jion plus nOubliera les noms glorieux, de Vélamin, de Léon Allalzius, d'Arcudius et de tant d'autres. l)e nos jour-^, M""" Sembratovich, archevêque de Lemberg, vaut à lui seul toute une armée. Il soutient le courage, ranime
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Vue du mont Siiiaï.
le zèle de ses compatriotes contre tous les efforts du panslavisme. Dans la Transylvanie, deux autres élèves du collège Saint-Athanase, NN. SS. Mihaly et Segubo, sont l'àme du mouvement catholique parmi les Roumains.
En Egypte, en Syrie, en Palestine, les apôtres de la foi et de la vraie civilisation sont les élèves du collège fondé par Grégoire XllI. Il en est de même dans la Bulgarie, sur
laquelle en ce moment l'Europe entière fixe les yeux; c'est encore un élève de ce même collège, M^"^ PettkofF, qui s'efforce de ramener à l'unité sa patrie schismatique.
Léon XIII, en travaillant à la même œuvre, n'oublia pas quel bon parti on pouvait tirer du collège Saint-Athanase. Aussi s*appliqua-t-il à y élever le niveau de toutes les études. Et comme ses premiers pas vers la réunion des Orientaux eurent pour effet d'attirer au collège grec de nouveaux élèves, il fît aussitôt agrandir le local
■ Étudions de plus près ce célèbre collège. Grégoire XIII voulait qu'il fût ouvert à toutes les nationalités qui conservent le rite grec. Les élèves viennent en bon nombre de diverses contrées de l'Italie où les descendants des anciens colons grecs tiennent encore à la langue et à la liturgie de leurs ancêtres. lia accourent aussi des autres localités que les anciens gouvernements de l'Italie, à.l'exemple des papes, ont toujours protégées dans l'exercice de leur rite national. De la Sicile, de. la Calabre, de la Corse, de Malte, de Livourne, de Naples, viennent déjeunes Grecs, que le souverain ponlife fait élever et instruire avec un soin particulier. Cette éducation, vraiment supérieure sous le rapport delà piété et celui de la science, contribuera puissamment à rendre fécond l'apostolat de ces lévites partout où ils travailleront.
On voit réunis, dans les classes du collège Saint-Athanase, les Hellènes ou Grecs de pure race, les Italo-Grecs, les Ruthènes, les Roumains, les Bulgares, les Melchites. Le cardinal Simeoni, préfet de la Propagande, est naturellement le plus zélé protecteur du collège. M^'' Cretoni, secrétaire dé la Propagande pour le rit oriental, en est le président. Le vice-recteur et l'économe sont les éminents professeurs Satolli et De Philippis.
Léon XIII ne veut rien laisser à l'arbitraire en matière d'éducation. Il sait combien est puissante pour l'instruction des peuples et pour la controverse avec les hétérodoxes la parole de l'apôtre dont l'éloquence a été nourrie aux meilr Heures sources oratoires. Aussi fait-il exercer les jeunes gens •à la prédication en langue grecque, sous la direction de l'illustre Jérôme Démétriadhes, et leur ouvre-lril les classes