LÉON XIII ET LES CHRÉTIENS D ORIENT
du séminaire romain pour toutes les études supérieures des langues orientales.
Si le souverain pontife n'oublie pas combien les Orientaux sont attachés à leur belle liturgie, il sait aussi que le chant et la musique vocale de l'Italie et des divers pays occidentaux a manqué jusqu'à présent la où prévaut le rit grec. C'est pourquoi il veut que les élèves du collège Saint-Athanase apprennent la liturgie grecque et soient exercés dans le chant ecclésiastique et la.pratique des cérémonies. M^"" Stefanopoli, archevêque de Filippi, est chargé- de leur enseigner la science liturgique; Dom Nicolas Franco préside l'étude du chant ecclésiastique.
Le dimanche 2 mai, fête de saint Athanase, les ofHces du matin et du soir, dans l'église du collège, ont été une surprise des plus agréables pour les Romains, si dilTicilcs à satisfaire quand il s'agit de musique vocale.
Mais c'est là seulement un des centres de propagande et d'apostolat sur lesquels Léon XIII veille avec une sollicitude paternelle. Il faut suivre les prélats accomplis et les zélés missionnaires qu'il envoie sur tous les points de la Turquie et rie la Perse, et raconter les résultats de leurs travaux si on veut entrevoir ce qu'il a déjà réalisé dans les douze premières années de son pontificat.
Les manœuvres qui avaient réussi, lors de la définition de l'infaillibilité pontificale, à créer en Allemagne de si terribles préjugés contre le saint-siège et l'Église catholique, étaient appelées à ranimer conlre la papauté des haines toujours vivaces de nationalité et de secte. Elles furent employées dans ce but à Constantinople cl parmi les chrétientés éparses dans l'empire ottoman.
On sait que « la vieille église catiiûli(iue » du docteur Doellinger et de ses partisans parut, un moment, constituer en Allemagne un schisme sérieux. On se rappelle avec quelle solennité les prélats jansénistes de la Hollande donnèrent la consécration épiscopale au malheureux prêtre qui se di-ait le successeur légitime de saint Boniface. Puis vint le concile ou le congrès des « vieux catholiques », auquel les Anglais s'empressèrent d'envoyer des députés. On invita aussi les
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évêques russes et les représentants de toutes les sectes hérétiques ou schismatiques de l'Orient. Celles-ci, en réalité, procurèrent fort peu de consolation au docteur Doellinger et à ses partisans. Aux yeux des Orientaux ce rassemblement était peu de chose, en comparaison de l'Eglise romaine, que leurs prédécesseurs avaient combattue, mais avec laquelle leurs pères avaient été en communion avant Constantin et sous le règne du pape saint Victor. « Cette vieille église catholique », sortie du cerveau d'un ambitieux désappointé et mécontent, a disparu, comme se fond dans les flots de l'Atlantique, pendant tin seul été, un glaçon descendu du pôle nord.
A Constantinople, on fit croire au gouvernement de la Porte, comme à celui de Berlin, que l'infaillibilité pontificale signifiait la prétention de dominer le pouvoir civil et de mettre la tiare, même dans l'ordre purement temporel, au-dessus de la couronne des rois et des empereurs.
Il y eut un refroidissement entre le sultan et le pape. Disons plus; il se trouva des intrigants qui excitèrent les Arméniens catholiques, les Chaldéens et les autres peuples dépendant de la Porte, à repousser ce qu'on "appelait des « prétentions papales, nouvelles et inouïes». Ils réussirent dans une certaine mesure.
Mais en Turquie, comme en Allemagne, le temps, ce grand révélateur, montra que les prétentions imputées au saint-siège étaient de simples « inventions » des imitateurs de Doellinger, Le schisme arménien disparut comme avait disparu la vieille église catholique de l'évéque Reinkens. La paix depuis s'est faite avec Rome; l'union est devenue d'autant plus étroite, que LéonXlll a reçu les coupables avec une plus cordiale charité.
Le temps a révélé à la Sublime Porte le vrai caractère de la papauté, la véritable mission de l'Eglise. Les encycliques de Léon XIII ont été lues à Constantinople comme à Berlin, et les mahométans eux-mêmes ont compris la vérité des paroles du souverain pontife et reconnu que l'Église catholique est partout, pour les gouvernements et les nations, une force puissante procurant la paix, la sécurité, l'unité et la stabilité.
Déjà, dans l'allocution du 28 février "1879, Léon XIII