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■pouvait communiquer au sacré collège une partie de ces bonnes nouvelles : « Vous vous le rappelez », dit-il. « l'an dernier, l'Église de Chaldée'' perdit son paJriarche, Joseph Audo, qu'C Pie IX avait confirmé et établi dîins sa dignité le H septembre 1848. Ce prélat.., dans les dernières années de sa vie, prêta l'oreille à de mauvais conseils, et oublia son devoir envers le saint-siège. Mais, averti par le souverain pontife, il sut se repentir, donna des preuves de son obéissance à la chaire apostolique, attira sur lui-même et endura avec une résignation toute chrétienne les persécutions de ceux de sa nation. Sur son ht de mort il exprima encore sa douleur, et témoigna jusqu'à la fin son amour et son dévouement à la chaire de Pierre et au vicaire de Jésus-Christ, laissant ainsi derrière lui un grand exemple d'édification.
« Après sa mort, les évèques du rit chaldéen élurent, le •:26 juillet dernier, Pierre Élie Abolionan, évêque de Gézir, pour remplir à Babylone le siège patriarcal des Chaldéens. » Le pape sanctionna solennellement celte élection à la fin du consistoire.
Dans l'intervalle qui s'écoula depuis celle réunion jusqu'au milieu de mai, la cour ottomane, qui avait déjà conçu la plus haute opinion de la sagesse du pape, et deviné son influence salutaire sur les" peuples, aida dé tout son pouvoir les efforts de ses envoyés pour rétablir la concorde entre le saint-siège et les schismatiques, et pour rétablir la paix entre les chrétientés divisées de la Syrie.
La Porte confirma sans délai l'élection de M-"' Abolionan, et lui envoya le firman qui ratifiait l'institution que le saintpère lui avait accordée. Cet acte officiel mettait le patriarche à la tête de sa nation, et. lui garantissait, à lui et aux Chaldéens, une pleine liberté religieuse et politique. On considérait cette affaire comme une grande et pacifique victoire gagnée par le pape. Elle fut presque immédiatement suivie d'une autre qui mit fin à un schisme déplorable, dans un diocèse de la Mésopotamie, celui de Zaku.
L'évêque, qui était un intrus, et ses sectateurs parmi le clergé séculier, les moines et les laïques, firent leur soumission au patriarche, et sollicitèrent du saint-siège le pardon de
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leur faute. « Toutes ces choses », dit le pape, dans son allocution du 42 mai, « nous font concevoir l'espérance bien fondée de voir entièrement finir le schisme qui a si longtemps affligé la Mésopotamie. »
Une nouvelle joie se joignit à celle-là', quand le pontife apprit qu'on avait enfin rétabli la paix entre les nestoriens Jacobites et les catholiques du rit syrien. Le sang avait coulé durant leurs longues querelles,, et même il y avait eu un sérieux malentendu entre le gouvernement impérial et le patriarche catholique. Les nestoriens, sous prétexte de prendre la défense du gouvernement, s'étaient emparés de vive force des églises catholiques, et s'obstinaient à en garder la possession. Le délégué apostolique, qui s'était concilié la faveur de la Porte, demanda et obtint que la question fût soumise à la décision des. ambassadeurs de France et d'Angleterre à Constantinople. Ils prononcèrent en faveur des catholiques.
Les chefs de ces derniers agirent avec tanl de modération, qu'un bon nombre de familles Jacobites renoncèrent à leur secte, et demandèrent à être admises dans l'Eglise catholique; un plus grand nombre encore semblèrent disposées à les suivre.
Le schisme arménien qui remontait au concile du Vatican et à la définition du dogme de l'infaillibilité pontificale, se termina aussi à l'avantage de Rome, grâce à la ligne de conduite tracée par le pape et suivie par son délégué.
Malheureusement, à la tête du mouvement schismatique qui se manifesta parmi les Arméniens, se trouvèrent deux pré lats influents, M-"^ Bahtiarian, archevêque de Diarbékir, et M^" Gasparian, évèque de Chypre. Ils prirent sur eux de donner la consécration épiscopale à des moines et à des prêtres qu'ils avaient entraînés dans leur schisme, et ils les installèrent de force sur les sièges catholiques.
Le plus grave de tous ces faits se produisit à Constantinople même, où les meneurs nommèrent le moine Jean Kupélian, patriarche, c'est-à-dire chef de la nation arménienne au civil ^;eulement, ce qui était une nouveauté. Ils le firent reconnaître par la Sublime Porte. Ils trompèrent indignement celle-ci sur
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la nature et la portée du dogme nouvellement défini de l'infaillibilité pontificale, et ils obtinrent un décret de bannissement contre M»"" Hassoun, l'archevêque légitime.
L'archevêque Bahtiarian, qui avait pris une part principale à ce déplorable schisme, cherchait aussi ses propres intérêts.
l'ig. 73. — Eglise de Saiiit-Démélrius, dans l'ile do Chypre.
En faisant reconnaître Kupélian patriarche au civil, il s arrogea le titre de patriarche au religieux de rArménic, et, en même temps, il demanda à être reconnu pour palnarche de la Gilicie, en qualité d'archevêque de Diarbékir Mais c était à M""" Hassoun qu'appartenait, de fait et de droit, le litre de patriarche ou catholicos dos Arméniens de la Cihcie
La position fausse dans laquelle on avait mis Kupélian lui
360 LÉON xin.
devenait insupportable. M""" Hassoun avait été le chef reconnu de la nation au civil et au religieux, tandis qu'on rendait à l'intrus une obéissance bien imparfaite. Celui-ci, qui avait encore de la conscience, se reprochait vivement sa rébellion contre le saint-siège et son supérieur légitime.
M^' Hassoun fut averti de ces remords, et il entra en communication avec le malheureux schismatique; Le prélat égaré voulait ramener avec lui à l'obéissance ceux qu'il avait entraînés dans sa révolte; c'est pourquoi il tardait toujours à faire sa soumission. Mais, voyant qu'il ne pouvait amener ses sectateurs à imiter son repentir, il alla, le 10 mars 1879, se jeter aux pieds de M-^ Hassoun. Et le même jour il écrivit au grand vizir qu'il renonçait librement à la dignité que le gouvernement lui avait conférée, et rentrait dans le sein de l'Eglise catholique.
M^'' Kupélian suivit le conseil de M="' Hassoun et parfit aussitôt pour Rome, où il arriva le l*^"" avril. Il écrivit immédiatement au saint-père pour lui exprimer son repentir et demander l'absolution de sa faute. Le pape lui témoigna une bontéextrême, lui répéta ce qu'il avait déjà dit publiquement, qu'il n'avait rien tant à cœur que le relour à l'unité des antiques églises de l'Orient. Il permit au schismatique converti de porter le titre et les insignes de l'épiscopat. Il espérait que cette clémence produirait un heureux effet sur d'autres schismaliques; il ne se trompait point.
Dès que M*'' Kupélian eut quitté Constantinople, le délégué apostolique s'entremit auprès des ambassadeurs de France et d'Autriche, et les pria d'obtenir de la Porte que M'"- Hassoun fût reconnu officiellement comme patriarche légitime des .\rméniens. La Porte accorda volontiers le ôero? demandé.
fj'année entière n'était pas écoulée, et M""" Gasparian, l'un des premiers fauteurs du schisme arménien, était, lui aussi, aux pieds du saint-père (1).
Dans le cours de l'été suivant, arrivait la nouvelle de la conversion de M""" Davidian, le chef de ce même schisme au Caire, et de M"' Bahtiarian, qui avait usurpé le titre de pa-
(<) 36 novembre.
l.KON XUl RT I.ES r.llUIMlKNS b OlilKNT
friarchc do l;i Cilicic. Cc dernier, poussé par io remord?^, s'*'l.iit carhé dans le monastère arménien au mont Lil)an, où il
Vf'eiit huit années rnlièrcs sans avoir le couraj^i^ do confesser
KiS. ~'i. — M.^'i' Ilassoiiti. i)aliiai'clic des Anni'iiLcns.
s.a faille et de faire sa soumission. Enfin la nouvelle de l'ex- Irème bonté de Léon XIII toucha son cœur, et, surmontant toutes ses répugnances, il demanda la paix avec Rome et sollicita son pardon.
nioN MU.
56â LÉôN kiH.
Le pape n'attendit pas ces dernières conversions pour manifester à la Sublime Porte la satisfaction qu'il éprouvait de voir avec quelle promptitude on rendait justice à Mg"" Hassoun. i
Le 28 avril, il écrivit une lettre à l'empereur Abdul Hamid, et le remercia d'avoir contribué, pour une large part, à mettre ' fin au nouveau schisme parmi les Arméniens. Ms' Grasselli présenta au sultan la lettre pontificale, qui fit à Sa Majesté un extrême plaisir.
Désormais le concours du gouvernement était assuré au saint-père et à ses délégués en Orient, Les monastères et les églises dont les schismatiques s'étaient emparés furent rendus par le gouvernement aux possesseurs légitimes.
Enfin Léon XIII, dont l'âme s'inspire de toutes les idées vraiment grandes et catholiques, voulut donnernon seulement aux: Arméniens fidèles qui avaient si noblement soutenu et défendu Ms' Hassoun dans son exil et dans ses longues épreuves» mais à ce vénérable prélat lui-même une marque de sa confiance. Il le nomma cardinal dans le consistoire du 11 décembre 1880. C'était aussi faire honneur et plaisir au sultan et à son gouvernement.
« Vous n'ignorez pas, disait le pape au sacré collège, que les Arméniens qui s'étaient en ces derniers temps séparés de ce siège apostolique, se sont repentis de leurs fautes, et, avec l'aide de Dieu, sont revenus à l'obéissance. Or^ dans toute cette œuvre de pacification religieuse, notre vénérable frère, Antoine Hassoun, nous a donné des preuves insignes de son zèle, de sa charité et de sa prudence. Cet homme illustre, qu'on nous permettra de louer selon son mérite, a été élevé à Rome, où il a étudié les lettres et les sciences supérieures. Il retourna ensuite en Orient, où il fut d'abord archevêque, puis patriarche des Arméniens de Cilicie. Durant quarante annéesentières il a rempli avec sagesse et honneur les devoirs de l'épiscopat. Quand le schisme commença, il eut beaucoup à souffrir pour soutenir les droits et défendre la doctrine de l'Église; son courage ne fit jamais défaut. Outre les nombreu- .ses vertus qu'on lui connaît, il s'est toujours distingué par sa foi inébranlable, par son amour et son zèle singulier envers ^ le siège apostolique.
LÉON XIII ET LES CHRETIENS d'oRIENT. 363
« Tel est l'homme que nous avons jugé digne d'être élevé à l'honneur de la pourpre romaine, à la gloire d^ églises de l'Orient, et si longtemps après Bessarion. Dieu fasse qiie la dignité que nous conférons à ce grand homme tourne au bien du catholicisme, surtout au bien de l'Orient. Que ceux qui, dans ces contrées, gardent encore le nom de catholiques s'estiment honorés dans la personne de ce cardinal, et qu'ils y trouvent un encouragement à persévérer dans la foi de leurs pères. Qu'ils acceptent cette preuve de notre amour comme un gage de ce? biens incomparablement plus grands que nous leur promettons au nom et par l'autorité de Dieu même, si jamais ils se décident à s'unir dans la foi et la charité à cette chaire du bienheureux Pierre, prince des Apôtres (1). »
Il ne fallait plus qu'une chose pour couronner l'œuvre que Léon XIII avait menée à si bon terme à Constantinople, fonder à Rome un collège arménien sur le modèle du collège grec de Saint-Athanase. Les Arméniens, en effet, occupent dans la Gilicie une position centrale d'une extrême importance. Travailler à rendre cette nation franchement catholique et y réussir, serait se créer une base d'opérations pour cette vaste propagande que les souverains pontifes ont toujours eu la pensée de poursuivre énergiquement dans l'Asie occidentale.
Créer un collège pour les Arméniens ainsi que pour les Grecs, avait été la pensée de Grégoire XIII, le grand pape bolonais. 11 avait même publié la bulle de fondation, Romana Ecclesiay du 10 octobre 1384. La mort l'em.pêcha d'accomplir ce noble projet. Comme plus tard on accorda une grande place aux élèves arméniens dans le collège de la Propagande, les successeurs de Grégoire XIII ne songèrent plus à donner suite à son dessein. Enfin les évêques arméniens, accourus avec M^' Hassoun à Rome pour le centenaire des saints Pierre et Paul, suppHèrent Pie IX de fonder un collège pour les élèves de leur nation. Il l'aurait fait, si les malheureux événements qui troublèrent la fin de son règne ne l'en avaient empêché. Mais le
il) Lconis XIII, p. M., Acta, II, 18», I8Î.
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V mars 1883, Léon XIII 'eut le bonheur de publier ia buïle Benigna hominum parens Ecclesia, qui établissait à Rome un collège pour les compatriotes du cardinal Hassoun. Celui-ci fut lui-même appelé à résider dans la ville éternelle et à aider la Propagande et le saint-siège de son expérience et de ses conseils.
La bulle Benigna hominum parens Ecclesia, est une des plus remarquables qu'ait écrites et signées Léon XIII. C'est un monument insigne élevé à la gloire de cette vieille race née au berceau même du genre humain. Le collège arménien est aujourd'hui définitivement fondé. Dieu seul peut dire quel bien ses élèves feront pour l'avenir religieux de l'Asie.
Déjà, comme il est dit dans la bulle, le pape avait envoyé les jésuites et les frères des écoles chrétiennes en Cilicie pour y commencer l'apostolat de l'éducation. Il y aura donc dans ces poétiques régions des générations d'hommes instruits, de toutes les classes sociales, prêts à seconder les prêtres accomplis qui viendront désormais tous les ans se mettre à leur tête, pour travailler à faire revivre la civilisation des plus beaux jours du christianisme.
Léon XIII ne négligea pas les Chaldéens et les autres populations de la Mésopotamie, en créant le collège des Arméniens. Il avait envoyé à Mossoul des dominicains, pour y fonder le séminaire patriarcal, qui est déjà dans la condition la plus florissante. •
Les Annales de la propagation de la foi et les colonnes de VOsservalore Romano du mois de mai 1886, font foi des progrès merveilleux dans la littérature, la philosophie et la théologie,, que les jeunes catholiques de ces contrées réalisent sous la conduite des fils dévoués de saint Dominique.
Le gouvernement turc donne aux catholiques la pleine liberté d'enseignement qu'on leur refuse en certains pays de l'Europe. Pendant que la religion est menacée de mort en Italie, la Providence commence à la faire revivre et refleurir dans les régions où elle est née, et d'où le mahométisme semblait l'avoir bannie à jamais. Qui sait si, dans les desseins de cette mênie Providence, Sainte-Sophie ne sera pas rendue. un jour à sa de§jinsition première!
LÉON Xin- ET LES CURÉTIENS d'oRIENT.
Dans le chapitre suivant, nous verrons ce que Léon XIII fait' p.our la foi en Perse et dans l'Extrême-Orient (1).
(») Le saint-pcre désire créer à Athènes et à Constantinople de grandes écoles catholiques. On comprend l'immense portée d'un tel projet»