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CHAPITRE VI

LKON XIII Et LES MISSIONS D'ORIENT. — RELATIONS DIPLOMATIQUES AVEC LA PERSE, LA CHINE ET LE JAPON.

Les élevés de la Propagande et les missions orientales. — Le souverain de Perse; son caractère; ses trois Gis. — Les Kizaristes et les princes. — Lettre du souverain pontife à l'empereur de Chine. — Léon XIII et la cour de Pékin. — Le protectorat français. — Lettre du pape à l'empereur du Japon. — Disposition des Japonais eu faveur du catholicisme. — Le mercantilisme moderne et la propagation de l'Évangile (i).

(^^^i^<^^0 lENTÔT les missionnaires arméniens élevés au col- ■^^ ^/V^ ^^^^ ^® ^^ Propagande -travaillèrent à mainte-- (^ rrîK^^î^ nir la foi chez leurs compatriotes en Europe, en Egypte et en Asie; ils s'effrocèrent aussi de la propager parmi les populations musulmanes au milieu desquelles ils se trouvaient.

L'apostolat est peu encourageant d'ordinaire parmi les sectateurs du Prophète. Chez les masses du peuple, les dogmes théistes, transmis de génération en génération, sont adoptés avec une certaine bonne foi, et la pratique religieuse n'est pas dépourvue de tout caractère de sincérité. De plus, les populalions chrétiennes, divisées entre elles par l'hérésie ou le schisme , dégradées et démoralisées par une longue oppression et par l'ignorance, résultat de l'esclavage, ne font pas sur leurs voisins mahométans une impression favorable.

Élever le niveau intellectuel, moral et religieux des catholiques, c'était, dans la pensée de Léon .XIII, la première con-

CO Principales sources : !es Ada Leonîs XIII et les Annales de la propaga' Hon de la fox.

tÉoN xiii F.r LES MISSIONS d'orient. 367

dition requise pour obtenir le triomphe de l'Évangile chez les peuples orientaux.

Un de ces prêtres arméniens que Rome élève et envoie en Asie pour devenir les apôtres de ces chrétientés découragées, le père Asakélian, était devenu supérieur des Arméniens catholiques en Perse. La renommée de son savoir et de sa piété était parvenue jusqu'au prince, fils aîné du souverain. Jeune homme plein d'intelligence, désireux de procurer à son pays la prospérité et les progrès matériels dont jouit l'Europe, cherchant d'ailleurs à sauvegarder la Perse de l'esprit envahisseur de la Russie, le prince fut heureux de converser avec le père Asakélian. Le confident et conseiller du prince était, d'ailleurs , un Persan d'une rare capacité et d'une culture peu ordinaire, Baghi-Khan , recteur de l'université d'Ispahan. Il recherchait les personnes élevées en Europe, et s'efforçait d'établir des relations plus amicales entre les Peirsans et les Arméniens catholiques, fort considérés à Ispahan comme à Constantinople.

Le prince conçut une grande estime pour le père Asakélian et pour ses coreligionnaires, et il inspira à ses frères ses propres sentiments de tolérance et d'équité. Dans le Kurdistan et dans la province de Téhéran, les missionnaires catholiques et leurs fidèles furent donc protégés par les princes gouverneurs. MS-' Thomas , délégué apostolique en Perse , ne tarda pas à informer le saint père de la bienveillance avec laquelle les deux princes traitaient les catholiques. Léon XIII aussitôt leur envoya les insignes de grand'croix de l'ordre de Pie IX, et il chargea en même temps le délégué apostolique d'exprimer sa reconnaissance à Leurs Altesses.

La présentation solennelle de ces décorations eut lieu à-Téhéran, le 2 et le 5 mars. Le délégué apostolique ne pouvant, à cause de son éloignement de la capitale, des rigueurs de la saison et de sa mauvaise sanlé, présenter les insignes en personne, chargea M. Domergue, missionnaire, de le remplacer.- M. Souhait, l'ambassadeur de France en Perse, prit M. Domergue dans sa voiture , et le conduisit au palais du prince gouverneur, Naïb Sultaneh. Le prince, entouré de toutes les personnes distinguées de Téhéran, reçut la décoration ponti-

fïcale avec une satisfacLion qu'il ne déguisa pas, promit d'écrire lui-même à Léon XIII pour le remercier, et déclara qu'il Ae cesserait jamais de protéger les catholiques et leurs missionnaires.

Son frère, le prince Zel el Sultan, gouverneur du Kurdistan, reçut la décoration trois jours après, avec la même solennité. « Mon auguste père, dit-il dans sa réponse à M. Domergue, m'a toujours recommandé de traiter avec une égale justice tous les habitants de la province qui m'est confiée, sans distinction de religion, et de protéger les chrétiens comme je protège les musulmans. C'est ce que j'ai fait. Et en cela ma tâche m'a été rendue très facile, grâce à la conduite paisible de cette population laborieuse, à sa soumission aux lois et à son dévouement pour Sa Majesté. »

Ainsi le catholicisme est libre en Perse. Là encore la France est respectée comme la nation chrétienne par excellence. Là aussi les noms de Rome et du pape seront désormais mieux connus el mieux aimés, puisque les princes mêmes s'honorent de porter les décorations pontificales et de s'en rendre dignes.

Léon Xill sait se concilier l'opinion publique, et avec l'opinion publique il gagne le cœur des peuples, jusqu'en Perse. Mais cet esprit de conciliation a exercé de l'influence bien au delà de cet empire. Le saint père a également conquis pour lui-même le respect et pour les chrétiens la faveur et la protection des empereurs de la Chine et du Japon.

Le l" février 1885, Léon XIII écrivit à l'empereur de Chine, dans le dessein de soustraire les missions catholiques aux vengeances populaires, qui avaient éclaté sur certains points et s'étendaient à tous les étrangers et à tous les chrétiens, à l'oc?casion de la guerre entre la France et le Tonkin : « Nous suivons l'exemple de nos prédécesseurs, dit le souverain pontife. Ils ont souvent imploré la protection de vos puissants ancêtres en faveur des missionnaires européens et des chrétiens qui leur étaient confies. Ce qui nourrit notre espérance, c'est que A^otre Majesté a donné dernièrement, en dépit des hostilités, plusieurs preuves de bonne volonté envers les chrétiens. On nous a dit que vous aviez prescrit, dès le commencement de la guerre, de ne point troubler les chrétiens et de ne pas même

LÉON XllI ET LES MISSIONS D'oHitNT.

molester les missionnaires français. C'est là montrer un esprit de justice et d'humanité digne d'un grand souverain. Nous le reconnaissons bien volontiers; car tous les prêtres européens résidant dans votre empire ont été envoyés par les pontifes romains et tiennent d'eux leur mission, leur charge ^ leurs ordres et toute l'autorité qu'ils exercent.

« Ces missionnaires n'appartiennent pas à une seule nation. L'Italie, la Belgique, la Hollande, l'Espagne, l'Allemagne

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Couvent des catholiques romains à Ispalian.

comptent chacune un grand nombre de prêtres qui travaillent, en dix provinces de votre vaste empire. Les prêtres de la Compagnie de Jésus et de la société des Missions étrangères, qui exercent leurs fonctions dans les autres provinces, sont de différentes nationalités. C'est là le caractère de la religion' cliréticnne : elle n'a pas été fondée pour un seul peuple, mais pour tous, et elle les recueille en son sein dans une fraternelle charité, sans faire distinction de pays et de races. »

Voici la grande vérité sur laquelle Léon Xill insiste, qu'il s'adresse aux souverains de l'Europe ou à ceux de l'Asie, aux républiques du nouveau monde où à celles de l'ancien : « Les ouvriers évangéliques travaillent pour la grande utilité (^Ç3

États eux-mêmes. Ils ne doivent point, en effet, se mêler de politique, mais consacrer tout leur zèle à prêcher et à cultiver parmi les peuples la sagesse jJe Jésus-Christ. Or, les principaux préceptes de cette sagesse sont de craindre Dieu et . d'avoir en toutes choses un grand respect pour la justice. Aussi doit-on soumission aux magistrats, obéissance aux lois,honneur aux rois non pas seulement par crainte, mais par conscience. Rien n'est plus efficace que ces vertus pour contenir la multitude dans le devoir et garantir la sécurité publique (1). » Le saint père en appelle à l'empereur lui-même : les missionnaires européens ont toujours été les fidèles observateurs des lois et les bienfaiteurs du peuple et de l'État.

On a prétendu que cette démarche du saint père était inspirée par les ennemis de la France. Mais les intérêts du catholicisme en Chine ne peuvent pas dépendre de l'amitié ou de l'inimitié réciproque d'une nation particulière et de l'empire chinois. Ces intérêts doivent être les mêmes en tout temps. Yoilà pourquoi le saint père a entamé des négociations directes avec l'empereur.

C'est le même esprit évangélique de conciliation qui a poussé Léon XIII à correspondre avec l'empereur du Japon. La ruine des chrétientés florissantes que saint François Xavier et ses frères avaient fondées en cet empire, au seizième et au dix-seplième siècle, vint d'abord de la jalousie des Hollandais protestants, puis du dissentiment des catholiques euxmêmes.

Quand le saint-siège traite de puissance à puissance avec un gouyernemient comme celui du Japon ou de la Chine, il n'y a pas lieu de craindre, en cas de guerre, les horribles massacres qui ont ensanglanté le Tonkin et la Cochinchine.

« Malgré la distance qui nous sépare, écrit le pape au mikado, nous savons tout ce que Votre Majesté fait pour augmenter la prospérité de ses États. Ce que vous avez entrepris dans le but d'améliorer l'administration civile et de protéger les mœurs de votre peuple, est la preuve éloquente de votre sagesse de souverain. Vous méritez la louange des hommes (jui

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LEON XIII ET LES MSSIONS D ORIENl".

onl à cœur la prospérité des nations et l'échange mutuel des bien? qui sont les fruits de la civilisation.

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