‹ Vie de Linné, rédigée sur les documens autographes, et suivie de l'analyse de sa correspondanceChapitre 12 sur 50 · I. i. itLiàÈTts. 1737 — t^lfi. i3i · texte numérisé non relu

I. i. itLiàÈTts. 1737 — t^lfi. i3i

ftïtté itéOiôàe , et pourtaûl^ je ptmrrais tdus en (Ùté eût'xyté plitô ; et vous prouver facilement tfûié TOUS morèéies des genréd cpii doivent rester Miroitement unis. Vos remarques critiques sur Pàrràùgemeht alphabétique de VHorhis eUhamén-^ àù y et sur la disposition de mon Caiatoguê ifikèfiifis , dans lequel les plantes soiit arrangées d'àptès Pëpoque de la floraison , ëont très-jùstes^ Toué doutez qu'il y ait des ordres naturels dam le Sifnopiis de Rai* Qu'est-ce donc , dites-le moi ^ que les inousses , les champignons , les composées j les Ottibelliftres , les verticillées , les étoilées et lés aèpérifoliées ? ce sont là certainehèmënt de bien Inëilieutes divisions qde ces classes tiiiféëé àuic cbëvetlx , qui paraissent et disparaissent aiissi vite (^tie des chatnpignons '*'• Je désire Vif eitlént que votis ë:^aminiez de nouveau les ca* îàëtèrès àë vos genres , et que vous me fassiez ëddtiaîire clairetnetit quelle espèce a servi â leè ébblii*. Si vous voulez soigner votre réputation , éoîgti^ Vos ouvrages , et n'allé* pas si vite **. Je àxM Vous déclarer que plusieurs de vos obsetf âtibuis se ttouvent ëU ôjpjiositioh directe àvefe îéà tâiétinës y etc. , etc. >^ ( 17 Août 1757.)

iMliënius a|^roUva k retUs qtie Linné fit de remplir

'^ Madame dé Sévigné avait dit que ftâciiie passet^lt coUmië lé câfê. Le botaniste à frappé aiissi juéte que là

ùmiûs d'ëÉpHt.

'^ DiUéiiîiis aurait dû savoir qik'il y a déttt Sortis d'écrinritû: <^tlx qui travaillent sous H'influenêe du jugement et ceux qui travaillent sous l'influence du génie. Il tant souvent plus d^ i^ps aux premiers pour rassembler les matériaux qu'ii n^n M aux auti-és poilr construire i^ÂiiÉce.

l3s QOBESSPOlfDAirGl DB LQnii. .

la place de médecin des ëtablissemens hollandaii i Surinam; mais il l'engagea , dans plusieurs de ses lettres , à entreprendre quelque grand yoyage ayant de se fixer définitivement. Tantôt il lui indiqua l'Amérique septentrionale ou le Gap de Bonne-Espérance, tantôt la Grèce ou l'Asie, l'assurant bien que les yoyages seuls le mettraient à même de perfectionner son Gênera. Linné a fait sagement ^de ne point entreprendre de longs yoyag;es. Il était persuadé de bonne heure qu'un réformateur , ayant de yastes plans dans la tête, ne doit pas quitter légèrement le pays où ses réformes doiyent s'opérer.

GontinucHis les extraits de cette correspondance.

K Je suis bien éloigné d'être mal disposé contre TOUS , et c'est à tort que yous semblez le croire , écrit Dillenius ( lettre du 28 Novembre 1737 ) , je yous aime et yous estime au contraire beaucoi:^; mais je vous le répète , je n'approuve pas que vous no'ayez dédié votre CrMca botanica , sans m'en prévenir. Auriez-vous de l'humeur de ce que je combats vos opinions avec une franchise qui n'admet point de réserve ? je ne sais , mais il me semble que vous ne supportez pas fort patiemment les attaques de vos adversaires \ quant à moi je ne tiens pas plus à mon opinion qu'à celle d'autrui; et l'on me voit toujours prêt à entendre les remarques qu'on peut me faire dans l'intérêt de la vérité. Vous venez d'adopter tout récemment une foule de noms nouveaux qui ne me plaisent guères. Je ne puis approuver votre manie d'appliquer des tioms anciens à des plantes nouvellement décrites , sans justifier d'aucune bonne raison.

»yous augmentez chaque jour la confodon, A

J, !• BILLElfIVS. 1757 — 1746. l55

nuisible à la science , de sorte que vous faites sentir impërieusement le besom d'un nouveau Pinax.

Lisez attentivement , avant de faire vos descriptions; celles qui ont ëté faîtes avant vous , ëtudiez-les ; et vous vous montrerez â l'avenir plus soigneux. Maïs 9 au nom du ciel y quand vous m'écrirez ( et je dësire que ce soit souvent) , laissez-là cet étalage de vains titres, et abandonnez tous les complimens ; rien n'est plus déplaisant pour moi ; écrivez , je vous prie , conmie un ami écrit à un ami. »

Il est i r^etter que nous ne possédions pas les réponses qui ont dû être faites à toutes ces critiques ; on lit pourtant cette phrase en marge d'une lettre de DiUenius, trouvée à Upsal dans les papiers de Linné : « relativement à ce que vous m'écrivez sur l'emploi qne j'ai fait des noms anciens qui restaient sans usage , et qui m'ont servi de noms génériques , c'est de vous que je l'ai appris ; ne m'avez- vous pas assuré que votre propre draha (Nov. gênera 122.) était diflTérent de Ta plante ainsi nommée par Dioscoride?» La réplique * était vigoureuse et tout prouve qu'elle resta sans réponse.

Dillenius apprend à Linné ( i5 Octobre 1741) qiie son grand ouvrage est enfin terminé. « Ayant conduit à fin mon Historta muscorum y je vais, ditil , répondre à vos lettres en date des 1 1 Septembre et i5 Octobre 1740. Il doit me suffire de vous annoncer la publication de mon livre pour obtenir le pardon de mon long silence. Toutes les planches, au nombre de quatre-vingt-trois , sont terminées 5 et j'ai été à-layfois le dessinateur et le graveur ; i^ j

i94 GoaaESpoiiDAircB pe uunt.

a soixairfe et une feuilles de texte , qui seront inir primées en totalité avant que tous ayez pu i:épQii4ire à cette lettre. »

Nous terminerons là les extraits de cette correspondance. Les lettres de PUlenius ne renferment rien qui ne soit aujourd'hui connu. Les plantes énumérëes portent 1^ noms de Rai ou ceux 4^ Bauhin^ les discussions auxquelles elles 4oimeni lieu seraient maintenant dépourvues d'intëréjt* On ne trouve , dans la correspondance de Dillenius avec linnë, aucune anecdote intéressante sur les jgrand^ naturalistes de l'époque.

Bbekaud de Jussieu.

Du 9 Octobre 1737 , au 19 Février 1751.

Ce nom glorieux est devenu aujourd'hui un nom collectif 9 car il s'applique à cinq botanistes 9 qui tous ont ajouté à l'illustration scientifique de la France. Quelques familles en Europe ont eu l'heureux privilège de perpétuer la science et ^ la rendre héréditaire. Les JEstienne et les Elzevir^y par leurs travaux en imprimerie ; les Vernet y par leurs admirables compositions de peinture ; les C0USOU9 par l'habileté de leur ciseau; les Gassini^ par leur prodigieux savoir en astronomie; et les Jussieu^ par leurs découvertes en botanique. La famille dont ces savans sont issus , est originaire 4e Lyon. Laurent de Jussieu^ apothicaire, y devint père de seize enfans, parmi lesquels trois frères se fixèrent i Paris, au commencement du siècle passée le premier (Antoine ), né le 8 JuUle^t pi686 >

B. JV8SIEU. 1737 — fZ^i. i55

exerça la médecine et proféra publiquement la botanicpie au jardin du Roi , suivant la méthodede Tôurnefort; pn lui doit une savante histoire du café, une dissertation sur le kali, et une autre sijqr le cachou. Les voyages qu'il entreprit dan? pl|asieu|C8 contrées de la France ^ firent connallxe diverses plantes curieuses^ qui avant lui étaient lin pbjet de controverse ; il mourut en 1738^ Le deuxième ( Bernard ) 9 né le 17 Août 1699» fut $iu38i remarquable par ses vertus privées que par 80]Qi mérite scientifique. II voyagea en Espagne pour y récplter des plantes peu connues ; et en Angleterre ^ vers 1727, pour y étudier les collections de Çans Sloane et de Shérard, regardées alors comme classiques. A son iretour , il professa au jardin du roi , d'abord sous son firère , comme démonstrateur 9 puis enfin comme professeur. Il s'eÇbrça de trouver les affinités naturelles « et classa , vers l'anjiée 1750, le jardin de Trianon en soixante-cinq Junilles j d'après un ordre linéaire bien peu différent de celui qu'on a d^uis adopté, ^s plantes jjjpnt les fleurs sont inconnues attirèrent son attention^ ;^ publia un mémoire sur la pilulaire , et un autre sur le lemma ( marsUea )• Bernard de Jussieu a peu écrit, et cependant peu d'honmies atteignirent ^. une aussi grande célébrité. Il n'a trouvé , a-t-on . ^t y dans le cours d'une longue vie ( il mourut . ea 1777? âgé de soixante-.dix-huit ans ), qu'un rival l^ont il objJin.t l'eatime, et pas un seul ennenii. Le jtroisièm,e ( Jose]^ ) 9 né le 3 Septembre ,17049 quitta l'Europe 9 à trente et un ans 9 ppu;^ accompagner j^l. de la .Condamine t 4^? le . y oy âge entrepris au

l96 COBABSPOKDAirCE BE Limii.

degrë du màridien. Il partit en qualité de naturaliste , et donna des preuves d'une haute capachë. Entraîne par une ' ardeur peu conunune , il laissa reyenir les sayans de l'expédition dont il faisait partie 9 parcourut le Pérou dans toutes les directions , leya des cartes et des plans j fit des collections j et ne reparut en Europe qu'en 1771 9 trente-«ept ans après son départ, lorsque la yieillesse et l'affaiblissement de ses facultés annonçaient une fin prochaine , qui arriya en effet peu d'années après. Le quatrième ( Antoine -Laurent ) 9 né à Lyon en 17489 <l'un frère des trois Jussieu dont nous yenons de parler , yit encore ; nonmier Fauteur du Gênera plantarum doit suffire pour rappeler l'une des plus grandes célébrités du siècle; ce fiit lui qui, croyant seulement travailler à assurer la gloire de son oncle Bernard, en faisant connaître la série des familles naturelles , établies par cet illustre parent , fonda la plus solide renommée scientifique de notre époque. Enfin , un cinquième Jussieu ( Adrien ) , fils d'Antoine-Laurent , a d^à attaché , quoique jeune encore , son nom à plusieurs travaux , dans lesquels on reconnaît le mérite héréditaire de la famille.

Linné, lors de son voyage en France , eut beaucoup à se louer de la réception que lui firent les Jussieu. Bernard, entièrement livré aux études botaniques , ne le quitta presque pas ; ils visitèrent ensemble Trianon , Fontainebleau et Saint- Germain 5 on les vit, entourés d'élèves nombreux, parcourir les riches coteaux de Meudon , et cueillir l'él^;ant ophrys , que la nature refiise à la Suède. On raeonte que Linné dit , en voyant Bernard

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nommer ayec la plus grande facilita , toutes les plantes qu'on lui présentait j lors même qu'elles étaient à dessein mutilées par les élèves : « il n'y )> a que Dieu ou notre maître Bernard de Jussieu ^ » qui puisse ainsi reconnaître les plantes : » u4ut Deuêj aut moffister noster Jussieu. Linné garda un souvenir éternel de la réception amicale que lui firent les Jussieu , et leur donna des témoigna^ éclatans de sa reconnaissance dans une foule de circonstances : il leur dédia un genre et des ouvrages , les fit recevoir correspondans de l'ac** demie royale d'Upsal ; et 9 accueillant avec chaleur la recommandation de Bernard en faveur de Q&eTQf fit désigner ce jeune savant conmie professeur de grec , à l'université d'Upsal. Une lettre de Bernard nous le montre plein de gratitude pour cette marque d'attachement.

linné n'eut pas une correspondance suivie avec Antoine de Jussieu; il lui adressa ses ouvrages, et en reçut une simple lettre de remercimens ( 1*' Juillet 1736 ) , laquelle ne renferme aucune particularité digne de remarque.

On a trouvé dans les papiers de Linné neuf lettres de Bernard de Jussieu : toutes sont écrites en latin ; elles embrassent une période de quatorze ans ( 1737 à 1751 ). Ce fut Linné qui ouvrit la correspondance par l'envoi de plusieurs de ses ouvrages. Bernard j dans sa lettre de remercimens , donne . des nouvelles de son jeune firère , parti depuis peu pour le Pérou , et du zèle duquel il attend beaucoup de choses. Il promet à Linné de lui envoyer une partie des trésors botaniques qu'il en recevra. Ce jeune frère était Joseph , compagnoB

^(^ ]La Q^adamine. Ce (^i frappe le plu3 yi^emen^ en j^auf; les letjxes de Bernard de Jifssi^u , ife^X l^^^tième modestJLe que ce gran^ bptaniste fi4t e^^ter. QucMqpue ^on mérite le plaç^^ très-prèa de I^n^ y il semblait 9 en jiui ëcriyant , s'a^f 938^ j^u)4t au maître qu'à Tami» c'est donc bien jup- Jemejnt qu'il eut la réputation d'être le plus modeste d^ botLstes de son siècle. On trouve à ^f^ jp^jl^t des preuves de ce ^e nous avançons dans |fi cop^pondance avec Linné. « J'apprends ^ avec ^p. Sf^ffpà plaisir y lui écrit-il , que vous êtes no^nmé j^^ofessem: de botani^e à Upsal. Yous ffCfwprei maintenant vous livrer entièrement ^n culte de J'iore , pénétrer pljiis loin que yous n'avez pyi ^ faire epcore 9 dans le scAtier que vous ayez 4^^jOpuyert , et donner epfin une méthode najtiirelie de classification que les vrais amis de la science d^irerit si vivement. ( Lettre du i5 Février 1742» ) » Qe passage est très - remarquable 5 il donne la preuy.e que , dans leurs conversations particulières, jinné et Jussieu étaient tombés d'accord que la méthode naturelle valait mieux que toutes les autres , et Bernard de Jussieu se montre convaincu qu'il dépendait de Linné de la trouver. Le professeur suédois y sgngea : il écrivait à Haller, en 1737 , qu'il avait réuni de nombreux matéjriaux sur la méthode naturelle ; on doit donc penser que si la tâche de linné eût été moins grande , il aurait été le fondateur de cette méthode • à laquelle le nom des Jussieu est irrévocablement attaché. Réjouissons-nous , toutefois , qu'un Français ait eu la gloire de fonder, sur des bases solides, la jCla8si£.çation la pl^us philosophique que les hommes

B« jussiitu. 1757 r— 175^- jSg

pussent trouver pour la botanique : les titres àfi Jinné à l'immortalité sont assez nombreux*

Bernard de Jussieu pe man^^e jamais de fairjp connaître à Linné les progrès du système se:siiei en France. « Un de mes amis , dit-il , ( lettre du 30 Juillet 1740 ) qui est en ce moment dans nos jfQBr sessions des Indes orientales y a adopté complètement yo^ idées en botanique; aussitôt qu'il eût connu votre système , il devint linnéen , de toumefofiien qu'i^ ikj^l primitivement ( lettre du 3o Janvier 1741 )• Votre pupille botanique , et non le mien ( M. Missa )y est sur le point de partir suivant le conseil que vou9 lui en avez donné. Depuis le mopaent qu'il a corn.mencé l'étude de la botanique , il a suivi votre sy^r tème avec une grande ardeur , et s'est toujours montré désireux de s'inculquer vos principes. Il va partir pour l'Afrique... » Il y a certainement beaucoup .de générosité dans une pareille annonce; car Bernard de Jussieu professait une autre méthode que Linné, et son amour-propre aurait pu souffrir de ypir ses disciples mêmes adopteir des idées différentes des siennes , et suivre une autre marche que çeUe tracée publiquement dans ses cours.

Les plantes dont Bernard de Jussieu entretient Linné sont : l'arbre auquel on doit l'écorce du Pérou , qu'il place très-convenablement à côté du eoffœa et du rçtndia , dans la famille des rubiacées ; 1^ pilulaire j Pilularia ^lohulifera , le lemma (Marsilea quadrifçlia) dont il avait décrit soigneusement la fructification dans un mémoire lu à l'académie des sciences ; le peloria que Linné voulait établir conune espèce ^ et que Jussieu croyait n'être qu'une monstruosité 4^ Y Anihirrjhiwiifk Imqria , ce

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qui fut 9 plus tard , reconnu même par Linné ; le ciiharexylim , sur lequel il fait des observations curieuses , le phytolaeca , le cardiaca et quelques autres plantes. Des paquets de semences et de bulbes étaient fréquemment adressés à Upsal , de la part de Bernard de Jussieu , comme un témoignage de gratitude et de respect.

Il parait que Bernard de Jussieu n'estimait pas le Prodromus Flarœ partêiensù de Dalibard ; « cet auteur s'est trompé , dit-il , même dans ce qu'il TOUS a emprunté ; cela ne doit pas étonner , car il est peu versé dans les connaissances botaniques y il* ne veut consulter personne , de peur de perdre une partie de sa gloire , et pour mieux s'élever sur les débris de la réputation des autres, ainsi que sur la vôtre. »

Quoique la botanique fasse presque tous les frais de la correspondance de Bernard de Jussieu , la zoologie y occupe quelque place. Il j est question plusieurs fois des lithophytes. « Relativement à l'opinion développée dans votre lettre sur les lithophytes ou plantes marines , comme on les appelle vulgairement , écrit Bernard de Jussieu , je dois vous dire qu'elle fortifie beaucoup les idées que j'ai adoptées. Vos observations donnent un grand poids aux miennes ; combien je suis désireux de voir paraître la dissertation que vous promettez sur les coraux de la mer baltique ! Quant à mon arrangement systématique des vers et des zoophytes y cette notice est plutôt un essai de classification qu'une classification définitive. Je serais fier si elle était trouvée digne d'être ^ publiée dans les mémoires de votre académie. Peut-être devrai-je uni-

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