‹ Vie de Linné, rédigée sur les documens autographes, et suivie de l'analyse de sa correspondanceChapitre 13 sur 50 · B. J17S8IEU · texte numérisé non relu

B. J17S8IEU

qaement cette faveur , comme* plusieurs autres , i rafTectiomsincère que tous avez pour moi. lien sera de cela comme de mon admission à votre académie , honneur que certainement je ne dois qu'à tous, qui seul me connaissez. » ( Lettre du i5 Février 1742* )

Bernard de Jussieu parle assez longuement d^ travaux entrepris pour fixer l'opinion des savans relativement à la phosphorescence des eaux de la mer ^ il rend compte à ce sujet d'un mémoire du médecin Leroi, lu devant l'académie des sciences, et parait convaincu , avec ce savant , qu'elle est due surtout aux phénomènes électriques (19 Février 1761 ) . Depuis cette époque diverses opinions contradictoires ont été émises ; celle qui parait aujourd'hui pré* donûner , l'attribue à la décomposition des corps marins^ et, dans un petit nombre de cas^ aux corps marins eux-mêmes. Bernard de Jussieu parle avec enthousiasme dé la découverte de Leuwenhoek relative au mouvement spontané des zoospermes ^ mouvement constaté par Buffon. On sait que la découverte de Leuwenhoek lui fut contestée par Kartsoker' et que les expériences tentées par Buffon n'ont pu ëclaircir complètement l'histoire de ces animalcules y aigourd'hui bien connus , et parfaitement décrits dans plusieurs excellens ouvrages.

Les personnes contemporaines dont U est fait mention dans la correspondance de Bernard de Julien, sont Antoine et Joseph de Jussieu , Isnard> duquel Bernard dit en écrivant à Linné 5 votr^ ami} le père Laserre, Aubriet ^ la veuve Vaillant et Mademoiselie de Basseporte , qui tous, chaque fois que Bernard écrivait, le chargeaient de les rappeler au souvenir de Lûmé. Qairyauty illustre mathéiuatlr

i44 coa&bsvmdauce bb usmi.

Les lettres de Clollinson roulent en gênerai so^ la botanique et sur l'horticulture; La zoologie y occupe très-peu de place. Elles renferment des renséignémens précieux sur la marche des sciences naturelles en Angleterre ; font connaître les publications nouvelles , et sont semées, çà et là, d'anecdotes relatives aux savans anglais. On j trouve y par exemple (lettre du i*' Avril 1746 ) ,que Lawson^ qui allait explorer la Flandre , fut fait prisonnier par 'les Français , ,et très-promptement échange ^ que le système sexuel prospérait en Aniérique dès l'année 1743 , que Clayton et Clolden le professaient publiquement à New-Yorck , et que Mitchell en démontrait les principes dans, la Virginie. Il lui écrit encore (12 Mars 1744 ) * Your sysiem ii niwKadnUredm north America*. Linné apprit par lui que Miss Golden venait de publier dans le second volume des essais d'Edimbourg , ime dissertation latine où elle se déclare pour le système sexuel : soyez en fier , lui dit-il , mon cher ami, ( 1*' Avril 1737 ). Quoique Hans Sloane eût reçu froidemeat Linné, il parait que celui-ci ne l'avait point oublié. CoUinson lui donne régulièrement le bulletin de la santé de ce vétéran de la science^ et lui apprend enfin sa mort (1753 ) arrivée à l'âge de 93 ans. Hans Sloane disait communément que le meilleur ouvrage de Linné était la Flora lapponica. De tous les hommes qui ont correspondu avec Linné il n'en est aucun qui lui ait plus franchement parlé que CoUinson , et jamais cette franchise

* a Votre système sst fort admiré dans TAmérique aep^ tentriopaLo, »

GOLLIlCSOlf. 1739 — 1767. 145

n'éleva entr'eux le moindre nuage •, il nous serait facile de prouver pourtant que Collinson la poussa quelquefois à l'excès. « Votre Species plantarunts lui écrit-il, ( 20 Avril 1754)? est un ouvrage capital, et qui vous a coûté beaucoup , mais , mon cher ami , vous avez, en changeant la synonymie, considérablement augmenté les difficultés. La botanique devra désormais occuper la vie entière d'un homme; ce n'est plus cette science aimable vers laquelle chacun se sentait attiré ; et nos professeurs pourront à peine espérer de se familiariser avec tous les nouveaux noms que vous venez d'introduire \ je vous aime et je vous dois la vérité. » Dans une autre lettre il lui adresse cette critique : (Juin 1765) <( Un de nos plus célèbres botanistes m'ayant emprunté votre principal ouvrage , me le renvoya avec cette note : j'ai soigneusement examiné le Species plarUaruriiy et me suis étonné que l'auteur ait été assez vain pour se croire appelé à imposer de nouvelles lois botaniques au monde savant. La plus étrange confusion règne dans la synonymie , les mêmes noms ont été donnés à des plantes distinctes , et des noms diflférens à des plantes semblables. Ces fautes graves révèlent chez l'auteur un manque absolu de connaissances positives , et un défaut d'instruction qu'on ne peut pardonner. » Il est difficile de concevoir comment Collinson a pu croire nécessaire d'adresser à Linné une note critique aussi injuste que brutale. On croit que le célèbre botaniste, car l'Aristarque est ainsi qualifié par le correspondant de Linné , est Lord Butes , auteur aujoud'hui totalemeàt inconnu. Ce fut lui qui écrivait à la même époque à Collinson: « Je ne

ptns pardonaer ^àJLinnë le grand nombre à& nom» suédois introduits dans la nouvelle synonymie 9 je suis surpris qu'on tolère en Europe de pajreîUes sottises, d'ici à peu d'années la botanique linnëénne sera un vocabulaire complet de noms propres suédois. Si cela continue nous aurons plus de contusion avec tordre annoncé que nous n'en aurions eu avec b désord^e"^. » Collinsoa , sans blâmer aussi durement son illustre ami , ne lui pardonnait pas toujours se^ innovations. « Les botanistes paraissent tous d'accord (lettre du 10 Avril 1765) pour laisser \e pina^ dans l'oubli , et pour toujours } ce sera vous , roxm digne ami , qui aurez la gloire d'être le restaurateur de la botanique. Votre Speeies plantarutn a iûen commencé cette tâche glorieuse, mais, si vous changez toujoiurs les anciens noms pour des noms^ qui ne donnent aucune idée des plantes auxquelles vous les imposez, il vous deviendra impossible de perfectionner une science pour laquelle vous avez déjà beaucoup fait. » Ainsi ses meilleurs amis, le blâmaient d'avoir opéré une réforme dans la nomenclature botanique , et c'est là pourtant un de ses plus beaux titres de gloire aux yeux des modernes.

'Linné adressait tous ses ouvrages à Collinson, et càui-ci attachait un grand prix à ces marques

* Combien la critique de Butes est injuste. La synonymie des genres linnéens est un vocabulaire suédois, dit*oii) et un Anglais l'assure ; il a donc oublié que Linné a consacré dans son Gênera les noms de Cataesby , Colden , Collinson, Dillen, Grew, Housto^, Lawson, Clayton, Bartram, Banister, Shérard , Stewart, Tr«w, etc. , qui tous étaient Anglais.

GOLLIKSOlf. 1759 — 1767. 147

d'estime cfai lui étaient données par le célèbre Suédois. Il parait que Collinson attendit loùg-téftips kl dernière édition du Systema naiiirœ , et il s'en plaignait. « Faut-il donc que je renonce désormaiis à recevoir ce bel ouvrage ; mes yeux ne seront-ils pas réjouis, avant ma mort, qui ne peut être éloignée, par la vue de ce pinax universel ?» Il eut enfin ce bonheur, et il remercia Linné avec la vivacité d'un éoéur ouvert encore à tous les sensations du jeune âge.

Quelques auteurs ont écrit , et Linné a répété après eux , que les hirondelles se cachaient dans les marais pendant l'hiver, et qu'elles en sortaient au printemps pleines de vie et de santé. Ce préjugé a sa source dans une ou deux circonstances fortuites qui firent trouver , après l'époque des migrations , quelques hirondelles mortes dans des filets de pêcheurs. Collinson s'élève avec raison contrée cette absurdité, dans un mémoire ad Jioc qu'il adressa à Linné ( 20 Mai 1762 ), en le priiint de se rétracter ou de faire dies expériences destinées à trancher la question : il hiî en indique une série ; la lettré de Collinson renferme ce passage remarquable : « Vous faites tellement autorité aujourd'hui , mon cher Linné , que souvent on blâme , sans examen , ce que vous blâmez , et que Pon approuve aveuglément ce que vous approuvez •, cottithent , me dit-on , le docteur Linné déclare cela vrai , et vous doutez de son assertion , je ne sais que répondre 5 réhabilitez-moi de grâce dans l'opinion des savans , et faites qu'on me croie quand je dis vrai. » Linné ne lui donna à ce sujet aucune satisfaction , il avait dit ( Amosnitaies aeademicœ , tom 11 , année 1749 ) V^^^^ automne et à l'approche du froid , les hirondelles , lorsque les itiséctes viennent

l48 GORRESPOITDAirGE DE LlIOfé.

à leur manquer , cherchent un asile au fond des lacs et des rivières , entre les roseaux et les scirptu ; comme elles sont privées de nourriture le mouvement péristalique des intestins cesse , l'appétit diminue peu-à-peu , et bientôt elles n'éprouvent plus la faim. Lister a obs^vé que leur sang mis dans une palette ne se coagule pas comme celui des autres animaux , et que par conséquent il peut circuler à de basses températures "^^ Respectons les grands hommes jusques dans leurs erreurs.

M. Celsius.

22 Février 1742.

Ce M. Celsius , était le descendant à^Olaus Celsius que sa vaste érudition a fait avantageusement connaitre,et qui se déclara le protecteur de Linné,|dès les premiers pas qu'il fit dans la carrière des sciences. On n'a qu'une lettre de M. Celsius 5 elle est écrite de Paris, en date du 22 Février 1742? et ne renferme que des nouvelles locales de médiocre intérêt. Seguier , auteur d'une compilation ayant pour titre : Bibliotheca botanica y sive Catalogus auctorum qui de re botanica tractaverunt ; Neaulme 1740, in-4**5 y est traité fort sévèrement. On l'accuse d'avoir commis de graves erreurs , de s'être montré peu indulgent pour les fautes bien moins graves commises par ses devanciers , etc. Cette lettre annonce, entre celui qui l'a écrite et celui qui Fa reçue , une liaison intime.

* Cette assertion est fausse, et peut-être a-t-elle suffi pour disposer Linné à soutenir une opinion ridicule qu'on lui reproche justement d*ayoir propagée.

J. MITGHBLL. 174/ — 175o. l49

Margk Gatjesbt.

26 Mars 1745.

Simple lettre d'envoi (26 Mars 1745) par le navire Vj4s9urance , capitaine Fischer, d'une collection de végétaux vivans de l'Amérique septentrionale,adre88ée par Lawson , ami de Linné et son correspondant zélé.

J. MiTCHELL.

Du 16 A^ril 17475 au 1" Mai 1750.

Ce naturaliste était ami de Collinson , et botaniste comme lui. Il exerçait la médecine, mais il se livrait par goût à l'étude des sciences naturelles. Ce fut lui qui annonça à Linné la mort de Dillenius , frappé d'apoplexie vers la fin de Mars 1747- H attribue cet accident subit à l'excès du travail , et le donne comme exemple à Linné , pour Fengager à ménager sa santé. Cette première lettre renferme l'expression des regrets de Mitchell sur la non-terminaison du Pinax de Shérard, confié aux soins de Dillenius. « Peu de nouvelles scientifiques sont arrivées à ma connaissance , dit-il , ( lettre du 16 Avril 1747 ) les muses se taisent eflBrayées par le bruit des armes. » Il annonce pourtant que Martyn a donné un abrégé des transactions philosophiques 5 que Cataeshy a terminé VAppendix de son dernier ouvrage-, que M. Hill, apothicaire à Londres , va faire paraître son histoire des fossiles, et que quant à lui il se dispose à mettre au jour une histoire naturelle et médicale de l'Amérique

l5o CO&llE$}»OB)>AKG£ 0£ hlJX^È.

septentrionale. Il termine en demandant à Linné des renseignemens sur les cendres de Russie. Dans sa deuxième lettre, Mitchell prie Linnë de lui faire connaître le mode de préparation des résines dans le Nord de l'Europe. Il donne ensuite à son correspondant quelques renseignemens sur plusieurs polygala peu connus. ( lo Août 1748. )

Steller venait , disait-on , de pénétrer dans le Canada par la Russie , sans traverser le, détroit de Bering ? Linné en écrivit à Mitchell, qui demanda des renseignemens sur ce fait presque incroyable , et désira savoir de quelle personne Linné l'avait appris. La réponse de Linné n'est pas connue. La dernière lettre de Mitchell, en date du i**' Mai 1760, fait connaître 4 Linné que le duc d'Argyle vient de faire un voyage botianique vers l'extréniité septentrionale de l'Ecosse , et qu'il a accompagnjé ce perso))nage. Plusieurs plantes de Suède et de Laponie , mentionnées dans les ouvrages de Linné^ ont été trouvées dans cette excursion , telles sont le Narûiecium ossifragum , Flor. britan, 368 , qui abonde daps les marais , le Toffieldia palustris , ouv. cit. 397, et le Ruhia peregrina Linn. spec. x58.

Linné a consacré un genre au naturaliste dont nous venons d'analyser la correspondance.

CADWA.LLADJSR COLDEIT.

Du 9 Février 1748, au 1®' Février 1760.

Ce savant était gouyerpeur de New-Yorck , et faisait de la bot^que s^s plus chères délices. Il écrivit

CADWALM^ER GOLDEN. 31745 — 1760. l5t

seukmeot deux lettres à Liane ^ l'une est datée du 9 Février 1748, l'autre du i**' Février 1750. Ayant habité rAmérique septeatrionale pendant un trèsgrand nombre d'années, il voulut essayer d'étudier les trésors d'histoire naturelle qui l'entouraient ^ naais l'absence totale de bons ouvrages et la privation d'un guide le découragèrent pendant près de trente ans 5 enfin les ouvrages de Linné parurent , et Colde^n sentit renaître sou ardeur. Il réunit un grand nombre d'objets inconnus qu'il communiqua à ses amis de Londres et à Linné lui-même 9 auquel U écrivit quelques lettres sur un ton fort modeste pour lui demander des conseils, promettant de les suivre rigoureusement. Cette correspondance , que l'éloignement ne permit pas de rendre active , ne renferme rien de bien intéressant. On y défend l'opinion qui veut que le maïs soit originaire d'Amérique , ce qui est maintenant hors de doute. Colden se plaint amèrement des soins auxquels la guerre avec les Indiens-Français l'astreignent j il est forcé de vivre presque toujours renfermé dans les forteresses. La guerre maritime nuit aussi beaucoup aux communications •, les caisses et les paquets qu'il envoie en Angleterre sont souvent pris par les Français avec les vaisseaux qui les portent ; il a su toutefois prévoir cet accident, et pour que la science n'y perde rien , il a soin de mettre une contre-adresse à MM. les professeurs du jardin du roi à Paris» Il attend la paix avec anxiété. Le voyageur Kalm et Alexandre Garden viennent de lui rendre visite à Coldenhamia , mais tous deux pressés de commencer leurs investigations , l'ont quitté bientôt. Colden prie Linné de lui adresser ses lettres et ses^

l52 GORRESPONDANGB DB UICIfÉ.

paquets par Pentremise de M. Benjamin Franklin , maître de poste à Philadelphie,

Linné a consacré le genre Coldenia à ce haut fonctionnaire.

Miss Jeanne Colden , sa fille , se livra avec un très-grand succès à l'étude de la botanique j ce ftit la première dame qui connût à fond le système de Linné \ elle publia dans le deuxième volimae des Essais d'Edimbourg , une dissertation écrite en latin, pour développer et défendre le système linnéen. Collinson la recommanda à Linné, et aurait bien voulu que celui-ci lui dédiât un genre. Mais le législateur de la botanique , ayant déjà établi le genre Coldenia , et refusant d'admettre les diminutifs, ne put adopter le genre Coldinella qni lui fut proposé» Miss Colden décrivit , comme nouvelle , la plante sur laquelle a été fondé le genre fibraurea , mais Linné reconnut que cette plante était depuis longtemps connue ; il convient cependant que les caractères adoptés par Miss Colden étaient fort bien choisis.

Gbjmaldi.

Une seule lettre , datée de 1760.

Linné, persuadé que l'histoire naturelle ne pouvait faire des progrès rapides qu'autant que tous les pays de la terre seraient explorés, cherchait les moyens qui pouvaient faire arriver à ce résultat. C'est ainsi qu'on le vit envoyer des élèves au Cap , au Japon , en Tartarie , dans le Tranquebar 5 et que ses lettres allaient au Mexique , en Pensylvanie , en France , en

GRIMALBI. 1750. l53

Angleterre , au Cap, y rë veiller Fardeur de Mutis, de Garden , de Gouan , d'Ellis , de Tulbagh et de tant d'autres hommes illustres, jaloux de seconder les nobles efforts de leur maître. L'Espagne, seule de toutes les contrées de l'Europe, restait à connaître 5 la Laponie , la Norwège , la Tartarie étaient depuis longtemps parcourues, et la Péninsule ibérique ne l'était point encore ; car cette terre de promission est destinée à marcher la dernière parmi les nations européennes. Les sciences , les arts , la littérature , toutes les connaissances humaines en un mot, veulent, pour fleurir, une liberté sage , et une religion tolérante ; elles fuient les rois despotes et les peuples esclaves. Quoiqu'il en soit, Linné, qui sans doute redoutait une terre si peu classique , ne voulut pas en tenter lui-même la conquête scientifique ; il résolut d'y envoyer l'un de ses lieutenans, et, dans le courant de 1760, proposa LœfiSing, au marquis de Grimaldi, alors ambassadeur du roi d'Espagne à Stockholm. Le noble espagnol lui fit répondre le 7 Janvier 1751, par son secrétaire , M. Raibaud^ que le jeune Lœffling était agréé. On lui faisait 100 ducats de traitement par an, avec l'assurance d'une augmentation, s'il remplissait sa tâche avec zèle et intelligence.

On sait que ce voyage scientifique fut très-fi'uctueux pour l'histoire naturellej; mais les Espagnols , qui avaient alors las Indtas et ses trésors , dédaignèrent d'étudier les productions de la mère -patrie. LœfiELing ne forma donc aucun élève. Les plantes d^Espagne sont encore assez mal connues. Les botanistes qui se sont distingués dans ce pays , ont étudié de préférence les plantes du Mexique. Ruiz , Pavon , Mutis et quelques autres auraient rendu un plus grand

|54 CORRESPOND ANGIB I>S LIlfRÉ.

aeryice A leur pays s'ils eussent ëtudië les plantes de la Péuiasule, si imparfaitement décrites dans /Cfuel-" ques ouvrages jnédiocires , et $urï;out Vils eussaxt swvl le- plan trace par Linné ^ et communiqué au isaarquis de Grimaldi. li s'agissait de faire l'histoii» natijurellè des trcôs règnes , de s'occuper de matière ^lédicale , d'écoi^omie doitiestique , d'agriculture , etc. Mais qu'importe que les champs soient bien ou mai cultivés et que l'Espagne devienne un désert ^ pourvu que le clergé fournisse au besoin un nouveau lILoïse qijii puisse nourrir le peuple avec la majone céleste \ et d'ailleurs, qu,and bien même le miracle se ferait attendre, faudrait-il s'en inquiéter ? non, sans doute.^ L'Espagnol est né s^obre et patient; s'il a un ciel pur^ un soleil ardent , les fruits du Pinus Pinea , ^ ceux du Cic0r arietinum 9 il vivra content.

Duc d'Ayeic.

Une seule lettre, 1®' Juillet 1752-

Le duc d'Ayen , depuis duc de Noailles , et l'un des quatre membres honoraires de la société linnéenne de Londres , auquel Linné dédia le genre Ayenia , fut l'un des serviteurs les plus affectionnés du malheureux roi Louis XVI. Il mourut à l'âge de quatrevingts ans, un mois après le trépas funeste de son maître. Ce grand seigneur réunissait à l'urbanité et à la grâce des personnages français d'un haut rang , un amour éclairé pour les sciences, dont la noblesse avait laissé tout entier le partage à la classe moyenne. Une seule lettre du duc d'Ayen , écrite en latin et de sa main y nous est connue \ on doit lui savoir gré de ut

A^A^rsosT. 1754 — ii758. i55

pas avoir iwté le marquis de Grinialdi qui parut craindre de correspoudre directement avec le Pline du Nord. Le duc remercie Linné de l'envoi du Gênera plantarumei du mémoire ayant pour titre Deplcmtu JiyTyidU ^* il a , dit-il , parcouru ces écrits avec le plaisir qu'U éprouve toujours quand il lit les ouvrages de Linné ^ il exprime le désir de correspondre souvent et pffire d'envoyer en Suède celles des plantes rares qui pourraient lui être agréables, et qu'il aurait à sa disposition. Il l'engage à continuer ses glorieux travaux et s'intéresse vivement à leur publication , car ils ont pour but de rendre les honmies meilleurs : les instruire c'est, dit-il, leiu: donner les moyens d'étrie heureux.

On sait que le duc d'Ayen avait élevé à la mémoire de Linné , dans un des jardins de son palais de St.- . Germain^ un cénotaphe en marbre ofirant en relief, dans deux médaillons , d'un côté la Linnœa y et de l'autre VÂyenia , ingénieux emblème qui tendait à faire disparaître la distance sociale qui séparait ce» deux hommes. On oubliera sans doute ce que la vie 4u duc de Noailles renferme d'évènemens , qualifiés alors d'importans , mais la postérité lui tiendra compte de sa conduite aimable envers Linné , et V^yenia rappellera de doux souvenirs.

Michel âdauson.

Du 28 Juin 1764, au 2 Octobre 1758.

Michel Adanson paquit a Aix , 1^ 7 Avril 1727 ; il mpurut à Paris le 3 Août 1806, Son ardeur pour les sciences naturelles ne d^W^^dût qu'une occasion

l56 CORRESPONDANCE DE LINNÉ.

pour éclater 5 elle se présenta , et il la saisit avec empressement. Adanson partit à trente et un ans pour explorer le Sénégal où il demeura six ans^ il visita les Açores et les Canaries et dut à ce voyage une immense quantité d'objets nouveaux qu'il décrivit ensuite avec une rare exactitude. Son histoire dés familles des plantes, publiée en 17639 lui donna une grande réputation , toutefois il est nécessaire de rappeller que Bernard de Jussieu avait classé dès 17 5g, les plantes du jardin de Trianon d'après un ordre naturel et l'on doit penser qu'Adanson puisa auprès de ce naturaliste, qui était l'ame de tous les grands travaux entrepris alors en France , une foule d'idées ingénieuses dont il tira un parti avantageux. Adanson avait , avec beaucoup de mérite , un amour-propre exagéré , quelques préventions injustes et l'ambition puérile de vouloir paraître extraordinaire en toutes choses. Il vécut en philosophe , dans une médiocrité voisine de l'indigence, cherchant jusqu'à la fin de sa carrière à perfectionner les travaux qui avaient occupé sa vie entière.

On sait qu'Adanson s'est montré l'un des plus violens antagonistes de Linné ; nous examinerons ailleurs la validité de ses critiques et peut-être entrerons-nous dans le secret de l'animosité du botaniste français.

On a trouvé parmi les papiers de Linné deux lettres d'Adanson , l'une écrite le 28 Juin 17645 l'autre datée du 2 Octobre 1768. Dans la première, Adanson, plus jeune de vingt ans que Linné , et commençant alors sa réputation , demande la permission de correspondre avec l'illustre étranger. « Il arrive , dit-il , de la côte occidentale de l'Afrique, après avoir passé six ans^au

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