‹ Vie de Linné, rédigée sur les documens autographes, et suivie de l'analyse de sa correspondanceChapitre 14 sur 50 · DA1I80N · texte numérisé non relu

DA1I80N

Sénégal. Dès sa plus tendre enfance , il s'est livré avec ardeur à l'étude de la philosophie et des sciences naturelles; il vient d'apprendre par Bernard de Jussieu qu'il était pas entièrement inconnu à Linné *, en conséquence il forme le désir, dans l'intérêt de la science j de lui communiquer plusieurs observations. Il a découvert dans ses voyages un grand nombre de genres nouveaux , et s'est assuré que beaucoup de genres adoptés avaient encore besoin d'être mieux connus. » Suivent quelques renseignemens sur l'arbre qui produit le bdellium, hdellifera arbor. Aucun auvrage ne mentionne cet arbre et Âdanson lui-même n'en parle plus dans ses ouvrages imprimés ; l'origine de la gomme-résine bdellium est donc restée inconnue. Adanson termine cette première lettre en se déclarant l'admirateur dévoué de linné.

Dans la seconde lettre (2 Octobre 1758), Adanson accuse réception d'une lettre sans date de Linné , et il paraît que le savant suédois commettait fréquemment de pareilles négligences. Adanson annonce à Linné la mort de son ami Antoine de Jussieu , homme d'une vaste érudition et d'une vertu rare ; appelé à le remplacer dans les cours publics et dans les herborisations 9 il n'a pu, dit- il, ni reprendre la suite de ses travaux particuliers^ ni répondre à ses correspondans. Parmi les observations qu'il a communiquées à l'académie des sciences se trouvent celles qui sont relatives au baobab, dont Bernard de Jussieu a cru devoir faire un genre sous le nom àLAdatir- Sonia. Adanson demande à Linné de vouloir bien lui donner place dans le Gênera plantarum^ s'il le juge convenable 5 et c'est ce que Linné s'empressa de faire, dans l'éditioa qu'il donna de cet ouvrage

i58 co£aËsPoin>Aiic£ bb tiÉiti.

câèbre, en 1764? époque postérieure <Fun aïi à fa publication des familles des plantes , orù Adanson fit hautement éclater sa mauvaiise humeur côtitre Lîmié. B est fait mention dans cette lettre de Vagihaliây {Èahmites ^gyptiœ , Dell. ) dont lés fruits entrent datete la matière médicale d^ Egyptiens, H y est queâtioiût de quelques oiseaux rares et de la' prochaîne JiUbli- CÉXvoù. du second volume de l'histoire du Sénégal, qu'Âdanton annonce devoir être mise ilûicessamment sous preissse, et qui pourtant n^a jamaiis paru. I! termine par des rettiercîmens pomr l'oflfre que Linné lut a fiadte de favoriser son admission à l'académie d^psal', et se niontre extrêmement désireux d'appartenir à ce corps savant. L'admission n'eut pas Keu et sans doute Linn^ dut le regretter, puisqu'il avait montré des dispositions favorables qUe rien alor^ n'avait pu faire changer; pourtant Adanson fut blessé de ce refus et cessa d'écrire à Linné. C'est de cette époque que date l'opposition du botaniste français aux idées réformatrices du savant Suédois. Il serait triste de penser que cette opposition eût eu pour but de servir d'autres intérêts que ceux de la botanique, et que l'amour-propre offensé eût seul guidé le critique; de pareils exemples ne sont pas rares dans l'histoire de la [science, et pourtant nous nous contenterons de faire connaître le fait sans l'accompagner de réflexions. La gloire d' Adanson est une propriété nationale et nous ne voulons pas y porter atteinte.

James Lod.

Du 23 Septembre 1754, au 1756.

J. Lind' était médedn à Édîmboiirg-, il se fit con-

j. LiNi>. 1754 — 1756. iSg

naître da monde savant par la publication d'un ouvrage sur le scorbut 5 il en adressa un exemplaire à Lkmé le 23 Septembre 1754, avec une série de que^ tions sur les particularités que pourraient présenlex' cette ^ave affection en Suède et en Laponie , où Ton sak qu'eUe est presque endémique. Linné, dans sa réponse^ dit qu'en eflfet le scorbut est commun en Suède, stHTtout dans le golfe de Bothnie, parmi les mineurs et les forgerons. Il attribue la fréquence der eette maladie aux salaisons qui forment là base di9 la nourriture du peuple. Les Lapons qui s'en abstiennent sont exempts du scorbut. On le combat avec les crucifères telles que le cresson , le grand raifort , le cocblearia, etc. avec les bourgeons de sapin de Russie , le Sedum aère et les racines du» Rwmea aiqttaticus^ préconisées aussi par Golden et employées avec avantage. Au reste, le scorbut, dans cette partie du monde, ne présente rien de particulier , les symptômes y sont les mêmes que partout ailleurs. Il a remarqué que la teanspiration dés malades était fortement imprégnée de sel.

Linné parle avec une rare bonhomie dé Pouvi^age du docteur Charles Alston ^ médecin d'Edimbourg , connu aussi par quelques travaux sur le scorbut. Cet ouvrage, ou plutôt cette dissertation intit?iilée : On tke 8exe9 qfplulfèièê ( Gendem. Mayaz. t. xxiV^, 1734, p. 465) combat avec plus chaleur que de solidité l'existence des sexes, aujourd'hui regardée conimé uile incontestable vérité. « Le docteur Alston, écrit Linné , ne croit pas aux sexes dèms les végétaux , et cependant j'ai eu dans le jardin d'Upsal un rhodiola femelle qui fut trois ans stérile, et que je i^iidls fécond à l'aide d'un rhoêiola màlé plaidé dans un pot , à- une as^es

l60 COKKESPOICDikirCE DE LIIVJfÉ.

grande distance de l'individu femelle. La même chose est arrivée à un PUtaeia Terebinthtis qui^ pendant vingt ans^ fleurit sans donner des fruits et jusqu'à ce qu'un individu mâle, planté dans le voisinage, vint le féconder. Alstoujcontinue-t-iljse refuse à l'évidence.» Il nous semble voir Linné , pesant dans le silence du cabinet, les objections de ses adversaires jusqu'à ce que s'arrétant près d'une fleur , et ajoutant de nouvelles observations aux observations déjà recueillies , il put s'écrier comme Galilée , avec l'accent de la plus intime conviction : e pur si tnuove*

RÉAUMua.

Une seule lettre du 12 Novembre 1754*

Réaumur , naturaliste et physicien célèbre , est trop connu en France pour qu'il soit besoin de rappeler ses travaux avec quelque détail. Né à la Rochelle en i683 , et mort le 17 Octobre 1757, il employa sa vie entière à découvrir et à perfectionner les procédés relatifs aux arts utiles; on lui doit des observations curieuses sur diverses branches de la zoologie, notamment sur les insectes et sur les oiseaux. Il cher^ cha à introduire en France l'incubation artificielle des œufs des gallinacées domestiques, opération pratiquée avec succès en Egypte. Un nouveau thermomètre porte son nom, et celui de Farenheit ne prévaut qu'en Angleterre. Le thermomètre centigrade, qui a l'avantage d'offrir des divisions plus nombreuses, sera sans doute préféré à tous les deux , car il ojGfre aux savans de tous les pays un moyen de graduer d'une manière uniforme les températures dans les ouvrages scientifiques.

HÉAUMUR. 1754* 161

Nous n'avons qu'une lettre de Réaumur à Linné : elle est relative à l'envoi des œufs des PapUio alpicola ; nous allons la donner textuellement*

Paris 12 Novembre i754«

« Monsieur , c'est un présent bien de mon goût et dont le prix est de beaucoup augmenté pour moi de ce que je vous le dois, que les œufs du papillon que vous avez nommé aJpicola (PapUio ApoUo) -, vous auriez contribué à l'ornement de nos campagnes si je parvenais à le naturaliser aux environs de Paris , et ce sersdt un ornement que sa chenille ne leur ferait pas acheter trop cher , puisqu'elle se contente de peu de plantes. Je n'aurais pas tardé aussi long-temps à vous faire mes remercîmens si j'eusse été à Paris lorsque votre obligeante lettre y est arrivée , j'étais alors en Poitou où je passe régulièrement les vacances j et dont je ne jsuis de retour que depuis peu de jours. Mais , Monsieur , ces œufs pour lesquels je vous fais des remercîmens , et dont je vous remercie comme si je les eusse reçus , je ne les ai point encore. Auriezvous chargé de me les remettre quelqu'un qui ne s'est pas acquitté fidèlement de sa commission ? n'auriez vous point eu intention de les renfermer dans votre lettre et quelque sujet de distraction ne vous l'aurait-il pas fait oublier ? Me voilà inquiet pour leur sort. S'ils étaient perdus par quelque accident , ce serait pour moi une aventure désagréable. Au cas qu'ils soient heureusement restés chez vous , vous pouvez me les envoyer dans une lettre , dont ils n'enchériraient pas beaucoup le port, et qui me serait rendue franche si vous vouliez la mettre sous le couvert de M. de Gerseuil, intendant-général des postes et relais de France.

l62 CO&&ESPÔlfDAllC£ DS LUOCÉ.

)» Les remarques que vous ont donné lieu de faire les insectes apportés depuis peu de la Palestine et d'Egypte, ne me paraissent pas devoir s'étendre aux autres contrées du monde. Parmi ceux qu'on m'a envoyés d'Amérique , d'Afrique , des Indes orientales , de la Chine y etc. y j'en trouve très-peu de ceux de France.

» J'ai à vous demander pardon de vous écrire ei^ français -, mais une lettre en latin serait pour moi un ouvrage, n'ayant rien écrit en cette langue depnis^ plus de quarante ans. Le français ne saurait même me fournir des termes pour exprimer combien j'admire l'étendue de vos connaissances, et que vous puissiez suffire à tant de travaux si utiles aux progrès de l'histoire naturelle , ni pour exprimer la très-grande estime et le parfait et respectueux attachement avec lesquels j'ai l'honneur d'être , etc. »

Alexandre Gakdeit.

Du i5 Mars 1765, au i5 Mai 1773.

Ce botaniste naquit en Ecosse vers l'année 1729 , et fit son éducation à Edimbourg. Devenu un médecin habile , il quitta l'Europe pour se fixer à Charles^Town dans la Caroline méridionale , afin d'y remplir l'engagement qu'il avait contracté d'y exercer sa profession pendant l'espace de trente années. A peine était-il arrivé dans cette partie de l'Amérique, qu'il se livra avee ' ardeur à l'étude des sciences naturelles , notamment i celle de la botanique et de la zoologie , dont il explora quelques parties avec succès. Garden quitta l'Amiëriqitt septentrionale lors du mouvement patriotique qui changea les destinées de cette beUe contrée, et vint

A* 6AE9EN. 1755 — 1773- l65

biter Londres où il mourut en 1791 , àFâge de soixantedeux ans , entouré d'amis nombreu]^ qu'il dut à ses aimables qualités , mais séparé par les mers et par l'opiDion d'un fils qui avait embrassé avec la chaleur de la plus intime conviction le parti de l'indépendance. Garden a été nommé membre correspondant de l'académie royale d'Upsal , et Linné lui a consacré on genre, nombreux en espèces, la plupart remarquables par leur beauté. Ellis,dans sa correspondance arec Liimé , avait le premier fixé les caractères du genre Gardénia , mais le botaniste suédois crut devoir les modifier avant de lui donner une place dans le Gênera. Ce fut en 1755 que Garden écrivit pour la pre-» mière fois à Linné 5 la réputation de ce grand naturaliste avait depuis long-temps traversé les mers , et les sayans de tous les pays cherchaient à puiser dans seâ immortels ouvrages, une connaissance approfondie de la nature, lorsqu'ils ne pouvaient suivre ses leçons; un peJtit nombre d'étrangers placés dans des localité mtéressantes , avaient ouvert une correspondance d'autant plus facile à commencer que jamais Linné ne laîissait une lettre sans réponse; mais pour oser lui écrire il fallait être enflammé d'un zèle pur pour l'avancement des sciences naturelles, ou pouvoir faire des communications d'une certaine importance; Garden était à eet égard dans les circonstanties les plus favorables, aussi la faveur qu'il sollicitait lui fiit-elle accordée avec empressement. Garden se présenta conurie un humble disciple qui sollicite des conseils et tnéme des critiques. Les expressions qu'il empiloîe respirent Fenthousiasme le plus vif pour les services rendus à la scieiïce par Linné; Garden loue sottvent; mais tel était lé mérite dtk saTant auqtcel 1^ loxraûges étaient

l64 CORRESPOND AKGE DE Llimi.

adressées, qu'on ne peut trouver dans tout ce qu'il ëcrit autre chose que de la candeur et de la vérité. Pourquoi faut-il que le docteur Garden ait cru nécessaire de rehausser le mérite de son illustre correspondant en rabaissant celui de Tournefort. « J'ai passé , dit-il, ( i'* lettre-, i5 Mars 1755) trois années en Amérique; la première de ces trois années et même une bonne partie de la deuxième , ont été presque entièrement gaspillées , pardonnez-moi cette expression qui rend fidèlement ma pensée , à étudier Tournefort, » Nous doutons que Linné ait été flatté de lire cette phrase; lui qui se vanjait d'avoir été formé par Tournefort , et qui eut entre ses mains, pour premier ouvrage de botanique , le plus célèbre des ouvrages de ce grand maître : les InstUutiones Rei herbariœ, Linné aura lu sans doute avec plus de plaisir ce que Garden dit des détracteurs du système sexuel ( lettre du 3o Novembre 1758). « Si vos adversaires avaient attaqué dans votre système ce qu'il y a de fautif, dans l'intérêt de votre gloire, vous seriez, j'en suis sûr, devenu leur ami ; mais l'envie et la manie de la controverse les ont seules guidés. Ce n'est pas que je prétende dire que votre système ait atteint toute sa perfection; si je vous le disais , la supériorité de votre jugement vous ferait rejeter cette assertion comme une flatterie indigne de vous , mais on doit reconnaître que personne n'a plus fait pour la botanique ni publié un plus grand nombre d'excellens ouvrages , et c'est de cela que vos détracteurs se gardent bien de convenir. »

A l'époque vers laquelle commença cette correspondance , qui embrasse ime période de dix-huit années f la Caroline comptait plusieurs hommes distingués qui s'occupaient desjsciences naturelles , et Garden les

▲. GARDEir. 1755 — ^77^' i65

nomme tous. « Lorsque j'arrivai à New-Yorck . dit-il, (1" lettre, i5 Mars 1755), je fus Toir M. Golden*, là, par un hasard inespéré, je rencontrai J. Bertram qui revenait des montagnes bleues. Combien je fus enchanté d'une rwicontre si merveilleuse et si inattendue dans ce coin reculé du globe. Que de caresses nous nous sommes faites en nous voyant T que de regrets au moment du départ ! Combien je serais heureux de passer ma vie avec des hommes aussi distingués par leur esprit et leur manière de penser ;

» ArtimcRy quales fieque candidiores Terra tullit. »

La botanique joue dans cette correspondance un rôle moins important que la zoologie. Néanmoins Linné reçut de Garden plusieurs envois de plantes, qui servirent à établir quelques genres nouveaux , notamment ceux connus aujourd'hui sous les noms de stiln lingiaj àe/bihergiUa et de cyrilla ; il en reçut encore le genre hopea, ainsi nommé en l'honneur du professeur Hope , directeur du jardin d'Edimbourg. Ce fiit aussi Garden qui fit connaître à Linné le Zaïnia pumila et le Sideroxylon tenax.

Cet infatigable correspondant adressa à EUis et k Linné des cactiers chargés de cochenilles. Ces insectes moururent quelque temps après leur arrivée en Europe 9 mais ils. furent soigneusement décrits et prirent place dans la partie zoologique du Systema naturœ. La quantité de poissons , de reptiles et d'insectes que Garden communiqua à Linné est immense ; nous n'en ferons pas l'énumération de peur de fatiguer le lecteur. Plusieurs espèces de muliuSy à^utnbla j de spartu^ de perça ^ de labrus ^ de Jistularia ^ de

l66 CORRESPOND ANGE DE IINNÉ.

cùryph€sna\ diverses sortes de tortues, de lézards 9 de serpens, le Siren laeertina, etc. , etc. grossirent bientôt la liste des animaux connus , et comme leur envoi ëtait toujours accompagné de notes remarquables par leur exactitude , Linné put les décrire avec la plus scrupuleuse fidélité. Le docteur Garden a donc rendu de grands services aux sciences naturelles , quoiqu'il n'ait laissé aucun écrit important. On ne^doit pas oublier qu'Use livrait tout entier à l'exercice de la médecine , et qu'il s'occupait surtout de combattre la petite vérole au moyen de l'inoculation; il pratiquait cette opération avec tant de succès qu'il déclare n'avoir perdu que deux enfans sur huit cents qu'il avait inoculés. Garden fit connaître à Linné qu'il employa avec avantage le mode de traitement proposé par Boerbaave dans la petite vérole, et qui consistait principalement à administrer à petites doses le mercure et l'antimoine.

La dernière lettre du docteur Garden à Linné est du i5 Mai 1773.

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