LIVRE PREMIER
Stkkbeohult, berceau des ancêtres de Lionë, est une petite paroissedu Smaland, dans le district de Cronoberg el; d'Abo-Harad, sur la frontière de Scanie ; sa situation est l'une des plus agréables de la Suède. Le beau lac de Moklen s'étend majestueusement à l'Ouest, et forme un étroit prolongement qui ya baigner les murs de l'église^ partout ce sont de fertiles campagnes ou de belles forets de hêtres. Au Nord se montre la haute chaîne du Taxas. Au Sud , et de l'autre côté du lac , l'horizon est fermé par les monts deMoklana, tandis qu'à l'Est de magnifiques cultures, entourées de riches plantations, s'étendent à perte de vue, entremêlées çà et là de charmans bosquets d'arbres yerts.
Samuel Broderson, ù'eul maternel de Linné, arait la cure de Stenbrohult vers le commencement de ce
3 VIE DE unné.
siècle , et ses ancêtres y habitaient depuis plus de cent ans. Son père Pierre, et son beau-père Nicolas Torgeri, occupèrent successiTement avant lui la maison prèsbytoriale* Samuel ëpousa une fille de Joraa Skée , minisitre de Wisseltofta, nommëe Marie; il en eut quatre enfans: Christine, Pierre, Marie et Joran.
Nicolas Linnœus, père de Linnë, naquit en 1674 de Ingémar Bengtson , paysan de Stegaryd , dans le Smaland; sa mère s'appelait Ingrit Ingemarsdotter; elle ëtait sœur d'un ministre de Pietteryd , nomme Swen Tilliander, qui se chargea de l'éducation de son neveu Nicolas. Celui-ci, après avoir passe sa première jeunesse chez son oncle, alla à Lund pour terminer ses études à l'académie de cette ville. Il y vécut dans un état fort précaire, pendant plusieurs années; mais s'étant rendu à Wexio pour y solliciter une place , il fut nommé vicaire i Stenbrohult par l'évéque Gavallius, ami et voisin de Samuel Broderson , qui lui accorda Christine , sa fille ainée , lorsqu'il eut obtenu le titre de chapelain. (1706.)
Les deux nouveaux époux te fixèrent à Rashult, petit village sur le Suderhof , et peu éloigné de Steabrohult. Le caractère de Nicolas était doux et son humeur égale; sa femme Christine avait beaucoup d'esprit naturel, un jugement sain et une grande vivacité dans les manières. Ce fiit à Bashult que naquit Charles leur premier fils. Peu après mourut Samuel Broderson ; le vicaire de Wexio lui succéda , mais ce dernier étant mort dans la même année , Nicolas prit possession de la cure de Stenbrohult où il resta environ quarante ans : il fiit père de cinq enians.
Charles naquit en 1707 , dans la nuit du 19— *-s2 au i3-^33 Mai, époque de l'année où la terre se eouvre
MiMOIEES ▲UTOGmAPMU. — - 1707. 3
de fleurs , et où les oiseaux célèbrent par leurs chuits le retour de la belle saison. Sa naissance faillit coûter la yie à sa mère, qui sembla l'en aimer davantage et le nourrit de son lait. Ce premier fruit d'un heureux hymen grandit à Stenfarohult au milieu des fleurs , pour lesquelles il conçut une passion si Tive que rien dans la suite ne put l'afiaiblir.
Ce fut dans le jardin paternel que Charles se livra aux jeux de la première enfance. Ce jardin était planté d'arbres choisis et renfermait une grande quimtitë de belles plantes; il y puisa le goût de l'étude des végétaux qui commença en lui dès le berceau, et l'on peut dire que cette prédilection pour la botanique était héréditaire. Son père savait les noms latins de plusieurs plantes , et même , pendant ses études à l'université de Lund j il en avait cultivé de fort rares. À peine marié, et avant qu'il vint se fixer à Steid)rohult , il avait établi un petit jardin dans lequel il soignait un très-grand nombre de jolies {dantes-9 rien ne lui plaisait tant que cette culture , dont le seul but était de lui créer d'agréables loisirs. La mère de Linné étant enceinte suivait de l'oeil, «t avec un très-grand intérêt, les travaux de son mari, et quand il lui naquit un fils , elle s'étonna peu de fyAte cess» ses cris en mettant une fleur dans ses mains enfantines. Ce penchant décidé pour les plantes s'aiccrut encore par les observations curieuses que Qiaries entendait sortir de la bouche de son père.
Un jour que celui-ci se promenait avec quelques amîs,etqull les entretenait de diverses particularités rettiarquables de l'histoire des plantes, notamment de la singularité de forme du bulbe des orchis, et de celle des racines de la scabievse sucdae tt dtlâ tcwmentiUt,
#! VIE »« hOmÈi,
de fé^ se^esmiaràdes éelui ({M* donnait te phw d?«8^ piéipftticee ; il' i^nta ittétne c{^e ce jeuiie homme lui? sèmbkil; fi&â pôiiir avenir un}<$â]f , à dëfamt d'un bon. é^elésiastique , Uû médecin très-dMûiguié. Rothmann s^offirit dé le prendre cheelm^ et de faire k^â*ais de son Akication pendant une année , a^trèd laquelle Ghasie»' pourrait se rendre à l'université de Lund^ pour y &:iir ses études ; ce qui fut accepté avee reconnaissanoe. ' Rothmann enseigna d*abord la physiologieà Ghaarks^ et s'assura, après un rigoureux- examen ^que ses leçons il'avaieiit point été' inutiles. Abordant ensuite la botanique , ee médecin éclairé prouva focilemeût à son |eune élève que la plupart des guides dont il suivait fés préceptes étaient iidsabiles , et qu^il fallait en ehan^ ger; il lui conseilla de- commencer par étudier la; fiesur , ainsi que le prescrirait Tournefort , et à ce* effet* il lui confia les figores de plantes dé Yalentini. Charles s'attacha aussitôt à copier ces gravures , et à faire l'a- , nalyse rigoureuse d'un grand nombre de fleurs et de jEniits^ en suivant la méthode de Tournefort.
Vers la fiq,.de l'année, Charles essaya de ranger dans on ordre systématique les plantes qui croissent dans, les environs de Wexio et de Stenbrphult. Il; en est plusieurs qui lui donnèrent beaucoup de peine à dé-, terminer, les auteurs ne les ayant décrites que fort i)nparfaitement. *'
Le momçpt d'aller à l'académie de Lund, avec
. * Linné cite comme exemple les plantes dont suivent les.
npms : Cornus herbacea, Lobelia Dortmanna , Elatine Ifydro^ pfpèr^ Peptis Portula, Linum Ràodiola, Plaritago monanthoSy
isoi^ lacusfris, Anthericum ossifragum , jfphanes aruensis,
Trientalis eurf^pœa , Scheuchzeria palustris , Andromeda poli^., fplia, Calla palusirisj Stratiotes aloïdes etUtrioularia PuJgaris^
tous sea eASUtridiee , était enfin venu. Le vecteuv in GynmasO) Kieola» Krok» lui donna un certificat (TMhttmium m^^emieum) ainsi conçu: <( Lee ^tudi^oie peuvent être compares aux arbres d'une pé^ pinîère*, aenveot parmi les jeunes plants il s'en trouve qui y malf^é ka soins qu'on a pris de leur cultuie y reseepablent absoluBaent aux sauvageons; mais si plus tard on les transplante, ils changent de nature , et portent quelquefois des fruits délicieux. C'est unique** ment daios cette espérance que j'envoie ce jeune homme» à l'académie y où peut-être un autre air favorisera son dévelc^ppement. »
Ce fut avee ce certificat p0u avantageux que Linné «e reofdit i Lund^ il trouva à l'académie son ancien mailre ,Gal»rid Ho^, qui le présenta au recteur Ilégardt, profesae^r et docteur en théologie, conmae un de ses élèves^ Linné fut ainsi dispensé de montra le Te$iùwmium aeademieum du recteur de Wexio , et il entra en qualité de pensionnaire chez Rilian Stobceus.. Ce médecin, qui dans la suite d^evint professeur à Pacad^ie et archiatre, ne découvrit rien dans la i^uve ni dans les manières du nouvel étudiant qui le rendit particulièrement vecommandable à ses yeikx. Il pensa d'abord , en voyant les livres que Linné avait apportés avee lui , que ookl goût l'entraînait vers les sàhences médicales , mais il fut bientôt détrompé. A peine arrivé , Charles acheta la botanique de J. Hodegpus 9 et choisit cet auteur de préférence à. toua les autyeS) parée qu'il renferme Fexposition de la méâiofe de Toura^fort, dont Fouvrage était d'u<n bien aupédbeur à la fiaiblesse de ses ressouircea pi niakes. C&arl;» e«t diez Stc^Meus la jouissance d'un petit mmaéum de productions des trob règnes de In
8 VIE DS UJfJVk.
nature, ainsi que celle d'un herbier de plantes collëes sur papier 9 sorte de collection dont il ignorait jusqu'au nom. Ce mode de conservation lui plut beaucoup , et bientôt il forma , sur le modèle de cet herbier, une collection de toutes les plantes qui croissaient dans les environs de Lund et dans les jardins de cette petite ville» Ses premières excursions furent dirigées vers le bord de la mer, où il trouva beaucoup de plantes nouvelles pour lui.
Stobœus , quoique n^^ladif et disgracie de la nature , avait un esprit ëlevë et des connaissances très-variëes. Sa clientelle ëtait nombreuse, surtout parmi la noblesse , et ne lui laissait que bien peu de loisir. Ayant fait un jour descendre Linnë pour ëcrire une consultation , il trouva l'ëcriture de ce jeune homme si mauvaise qu'il ne songea plus à lui demander de pareils services; nëanmoins il lui permit quelque temps après d'assister au cours de conchyliologie qu'il faisait alors à Benzels et à Retz.
Koulas logeait aussi chez Stobœus; Linnë fit sa connaissance et lui enseigna la physiologie d'après les principes de Rothmann. Koulas, pour lui tëmoigner sa gratitude , lui prêta quelques livres de la bibliothèque de leur maître : ce qui permit à Linnë de travailler avec fruit, et de consacrer plus de temps à l'ëtude. La mère de Stobœus ayant remarque qu'il y avait toutes les nuits de la lumière dans la chambre de Charles, et craignant quelque accident, en avertit son fils, qui, s'ëtant levé à deux heures du matin, surprit le jeune ^udiant entoure de livres de sa propre bibliothèque, m^ livre au travail , lorsqu'il aurait dû être endormi depuis long-temps. Linnë lui apprit comment il s'ëtait procure ces ouvrages; il fiit gronde doucement, se mit
lOÉMOULlS AUTOGEAFIISS. — 1728. J
an lit 9 et reçut le lendemain matin , après de ncmyelles eqilications, une clef de la bibliothèque. Linné re^ doubla d'ardeur pour Tëtude. Stobœus^ voyant que cette grande assiduité au travail ne se démentait pas un seul instant, mit à la disposition du jeune honune tous les moyens d'instruction qu'il avait en son pourvoir; il lui donna des leçons sur les pétrifications et sur les mollusques , lui enseigna les élémens des diverses branches de la médecine, l'envoya quelquefois visiter ses malades, l'admit à sa table, et alla même jusqu'à lui donner l'assurance que , s'il continuait ainsi , il de* viendrait son héritier. Cet honune respectable n'avait point d'en&ns*
1728. — Linné , herborisant dans les environs.de Lund avec Mathias Benzelstjerna, ayant quitté son habit et sa veste à cause de la grande chaleur, fut piqué au bras droit par un insecte nommé Furia infer^ nalù. De retour chez Stobœus, il fut soigné par cet habile médecin, qui, étant , et à son grand regret, forcé de s'absenter, le confia, dans un état presque désespéré, aux soins du chirurgien Snell. Celui-ci, ayant pratiqué une large incision depuis le coude jusqu'à l'épaule, guérit Charles , qui, après son entier rétablissement , alla voir ses parens.
La mère de Linné fut vivement peinée de voir son fils exclusivement occupé, pendant les vacances, du soin de coller des plantes sur du papier; elle vit bien qu'il faudrait renoncer à l'espoir de faire un ecclésiastique de ce fils chéri , et elle s'en afiSigea.
Le docteur Rothmann , qui voyait fréquemment Ift jeune Linné,lui parla de la mauvaise direction donnée à Lund aux études; il lui vanta au contraire beaucoup l'université d'Upsal et ses professeurs , parmi lesquek
10 Tlft I>9 uir9i.
il M plaisait à daigner le sayant Roherg et le grand Riidbcck> illustre botamte. KothmaBn ëaiuanâa le$ ye^sourees que p7ëseD:tait ee vaste ëtablissemeat , parla avec de grands éloges de la bibliothèque et du jardin , et nomma vax grand noi»bre de pauvres^ étudiai^ , qui , afurès avoir été aidés par le gouyernement , étaient devenua d'habiles praticien^ Linné se laissa facUemeat persuader par un homme qui lui avait déjà donné tant de preuves de véritable affection ^ et résolut d'aller 4 Upaal. La lortune des parens de Charles, était Ibrt n^édipere ; ib parvinrent néanmoins à réunir une. cen^ taine d'éeus, et les remirent à leur fik, en Fassoirant qu'ils ne pourraient plus rien faire à l'avenir pour hii. Linné arriva à Upsal pendant l'automne. Le peu de considération attaché au titre d^étudiant en n^ecine, net lui p^mit pas d'employer les ressources dont usaient les élèves des autres facultés pour se soutenir honorablement i l'imiversité "^ ; bientôt son argent s'épuisa ; il Ait forcé de contracter des dettes pour se nourrir, et tel fut l'état de dénuement dans lequel il se trouva, que, faute de pouvoir faire raccommoder ses souliers, il cachait avec de vieux papiers leur triste dépérissement* L'étude de la médecine était alors indignemîent conduite. Les professeurs ne faisaient que peu ou point de cours. Rudbeck allait renoncer à l'enseignement , et Roberg ne prenait aucun intérêt véritable à Linné,surtout depuis qu'il était devenu pauvre. Le besoin se fit sentir, et de plus en plus cruellement. Linné aurait bien voulu pouvoir retourner à Lund; Mnôs il craignait les justes reproches de Stobœus , qu'il
* Linné veut sans doute parler ici de la facilité qu'a»^ Talent les autres étudians de pouvoir se livrer à Tenseignemient.
HftlIOnLlfl AlTTÔCMLàlfffln.. — ^7^9' ^^<
«mte farascpiemeat quiilé, et 8«ni< le pré^Moi» kV$Êf^ urance de son dëpart , comme il aurait, dà. lé fairç. . ij^n^.-^ Cet état de détresee eut pont tant uid tteme :
Labor omnia TÎncit lipBpBrobiis, et dam-urgeini in rclm* egettas-.
Vnw.
Un jour de l'automne > Linné s'occupant à fidre cp^ekqpies analyseB de fleurs dans le jardin de l'académie^ akxrs'fort mal. tenu, vit s'aj^rocher un prêtre rénirable qpii voulut savoir di^où il était ^ et depuis quand il étudiait la botanique. Linné s'enopressa de le sati»- £dre; nomma .,. d'après la. Sjjrnonymie de Tournefort,, les liantes ^ai lui furent désignées ^ et fit connaître^ €gk^ était déjà possesseur d'un herbier* Son interlocur ^ tfixa le pria de venir le voir;,, et de lui soumettre sa; ciolttction naissante ,. sans^ doute afin de juger de ht, sincérité de ses réponses : ce qaiAit aussitôt, exécutée. Cet homme respectable, qui fut pour lui un nouveau? Stoboeus, n'était autre qu'Olaûs Celsius, docteur eOw théologie, qui^ après avoir séjourné plusieurs annéea A,? StooVholitt,. demeurait à Upsal où il réunissait Les matériaux d'un grand ouvrage $ur les ^ntes mention-, nées dans 1^ Bible , et qui parut plus tard sous le nom , de Hierobotanican. S'étant aperça de la profonde indi-. gence du jeune homme, il lui donna une chambre dans sa maison , et le fit souvent manger à sa table- Liimé fiit bientôt admis à seconder Olaus Celûus daiu^ qudLcpies-una de ses travaux , l'accompagna dans se&4 herborisations, et eut à sa disposition une bibliothèque riche en ouvrages botaniques , ce qui lui permit 4'étendre ses connaissances sur la science des végétdpx ,,i la|0i^ il s€^ livra sajt» r&erve. bientôt il eitf.
13 VIS BB innd.
qaelques Aèyes , et leur donna des leçons de bota^ nique ^ de physique et de chimie*
Quelque temps ayant Pamyëe de Linnë à Upsal^ Nicolas Rosen ayait été nommé professeur adjoint à l'académie; mais comme W était absent, et occupé dans les universités étrangères à perfectionner ses études et à prendre ses grades, il fiit provisoirement remplacé par un certain Preuz , qui n'avait pas la confiance des étudiâns; aussi plusieurs d'entre eux prirent des leçons chez Linné, notamment Letstroem, Sohlberg et le fils du professeur Rudbeck ( Jean Olaûs). Ce ûit ainsi qu6 Linné put se prociu*er des souliers et des vétemens.
Pierre Arctgedius , connu plus tard sous le nom d'Artedi , était le seul des étudians qui eût alors quelque i^utation parmi ses condisciples. Quand Linné entra i l'université, Artedi venait de s'absenter pour allet fermer les yeux à son père; mais , à son retour, tous deux se lièrent de la plus étroite amitié ; et cependant la nature les avait fait aussi difiérens au physique <}u'au moral* Artedi, grave, lent et sérieux, était d'une haute stature; Linné, vif, et quelquefois même emporté, était au contraire d'une petite taille. Artedi Aimait la chimie et surtout l'alchimie , tandis que Linné préférait la botanique à toutes les autres sôiences physiques. Ce n'est pas qu'Artedi ne connut les plantes , et que Linné fiit entièrement étranger à la chimie; mais comme les deux amis avaient jugé qu'ils ne pour-^ :iraient s'atteindre dans les sciences de leur choix , cha-» cun d'eux abandonna sagement là partie de l'autre. Ils cultivèrent pourtant quelque temps avec une égale ardeur l'étude des poissons et celle des insectes ; mais y ayant de nouveau mesuré leurs forc^, Artedi eut la possession exclusive de l'ichtyologie, et Linné celle de
KiHOnSS AUT06EAFHB8.— 173g — 173o. l5
l'entomologie. Il ea fut de même pour d'autres bran^ ches de Thistoire naturelle, pour les mollusques, par exemple , dont Linnë s'empara , tandis qu'Artedi se réserya les amphibies. Il existait entre eux une sorte de riyalité qui tournait entièrement à leur profit. Quelquefois ils résolvaient de se cacher leurs dëcouyertes, mais, après quelques jours de tentatives infiructueuses , l'amitié triomphait de la défiance , et leur coeiur se livrait aux plus doux épanchemens.
Rudbeck et Roberg étaient à cette époque professeur^ de médecine. Le premier faisait un cours d'ornithologie, et le second développait les problèmes d'Aristote, d'après les principes de Descartes. 11 n'y avait à l'université ni cours d'anatomie , ni coiurs de chimie, et Linné n'eut jamais l'occasion de suivre un seul COUI8 public ou particulier de botanique. Ce fut après avoir lu un Examen approfondi du Traité de Vaillant sur le sexe des plantes , imprimé dans les Mémaire$ de la S^eiMde Leipgtek, que Linné conçut l'idée de foi^ der un nouveau mode de classification sur les étamines et les pistils. Il s'était assuré d'avance que ces organes ne présentaient pas moins de différences organiques que les pétales, et qu'ils étaient même les parties essentielles de la fleur. Artedi, qui avait renoncé à la lx>taniqùe, après s'être réservé les ombellifères qu'il voulait disposer d'après une division systématique particulière , approuva les nouvelles idées de son ami. Vers la fin de cette même année, Georges Wallin, bibliothécaire de l'académie, mit en avant quelques hypothèses sur là fécondation des plantes (De nuptus platUarutn). Linné ne pouvant encore développa publiquement son nouveau système, puisqu'il n'était pas professeur , écrivit quelques pages sur le rapport
4» texesdam les plantes. Il commiiBiqiia soq mam»- «rit i Celriiis, qui le fit yoir à Rndbeck; celui-ci prit tant de plaisir à lire ce travail, qu'il conçut un Tif désir de fidre la connaissance du jeune auteur.
Cepr of esseur, accablé d'années, avait obtenu de quittai reoselgnemoit, à charge par lui de trouver un suppléant. Pteuz, qui d^à remplaçait Rosen , ftt d'abotd déngné pour fidre le cours de botaniqucT, mais, après une courte hésitation , Rudbeck préféra Linné, quoi* ^11 trouvât peu conv^aaMe de confier Pinsdruction i un jeune homme qui avait à pdne trois années dTétude. Le ]^ofesseur le fit appeler, et Fajrant conduit dans le jardin de l'académie , l'interrc^fea Ion*- ^BÊfm.eùi, et lui demanda ensuite s'il voulait se charger, 450Bamie suppléant , du cours de botanique. Étudiant seolement depuis deux ans et demi, Linné recula d'dknrd eflâra jé devant l'idée de professer publiquement dans la célèbre acadànie , mais ensuite il se soumit, et accepta avec une respectueuse résignation. Il pria le professeur lui-même de le présenter, ce qui fut exécuté. Après avoir été examiné par la faculté, il fut agréé et commença à jncofess^ en présence d'un nom- Inreux auditoire. Rudbedc, saUsâdt, le prit aussitôt ch» lui en qualité de répétiteur des enfans de sa seconde lemme. Le nouveau suppléait fit restaurer le jardin , accrut e<mridérablement le nombre des plantes qu'on youltivait , et les disposa suivant sa nouvelle méthode. La place de jardinier en chef étant devenue vacante, Ri^rg lui conseilla de la demander ; ce conseil fut «nivi , mais Rudbeck , à qui l'on en parla , déclara qu'il le destinait à quelque chose de mieux. Quoique la nouvelle position de Linné, eût mis le jardinier sous ses mbres^ U fut d'abord vivement contrarié de ce refus.
MÉHOIEBS AVTOGBiliMaf. — 173l. %$
De noittbreimes eKCursioiu Aireot ftitet , H îles Dom particaUeis , niiyis par un grand iKHnbre À^Aèwtê^, permirent à Linnë de se vêtir décemment. La bibli^ttfeètfue de Rudbedk lui fiit d'un grand secorars^^ttl tifm bon parti de la riche collection d'oiseaux qu'elle vaibfermait. Le jour ^tait entièrement consacré à VeidÊ^i^ gnement , et la nuit à préparer la rëforœe botanique projetée. Ce fiit fldors que linné conunença à éaïro la BiUioihêea boiamoa^ ks CUuêeg fkmtarum^ le Gênera ainsi que la CrMea betame^ Tous ses înstMi étaient utilement employés.
1731 .«--Le professeur-adjoint Rosen, nouYcUemeirt;
reTom de ses yoyages, après avoir acquis de piofendes
connaissances en médecine , eut presque aussitôt une
gnmde réputation , et beaucoup de Togue. Il se char^
gea d'easeigner Tanatomie, et se flattait, non sans rai-
soBy de remplacer Rudbeck, alors âgé de plus de 70 ans;
un seul rival était A craindre, Rosen le sentit et résokit
de«^empaz«r de l'enseignement botanique afin de Vi*-
carter. Le sage Rudbeck résista, parce qu'il savait bien
que Rosen ne s'était pas spécialement appliqué à l'étude
de cette science. Celiii'H^i changea ses batteries et taoiia
de fidre interdire à Linné la facilité de donner des
leç<Hia pairticulièFes. Il y serait parvenu si Rudbeck
n'eàt encore em^oyé ses bons offices en fiiveur du
jeune professeur. Ainsi, à peine sorti de la misère ,
ÎÀfmé fût un olijet d'envie, et une feule de désagré^^
mens vinrent l'assaillir; il les aurait bravés si la femme
du bibUothécaire Norellius, ccmnue parla légèr^é de
«a conduite 9 ne lui eût nui dans l'esprit de son hôtesse;
Linné vivement affligé résolut de quitter Upsal.
Rudbeck parlait fréquemment de ses voyages en Laponie, et montrait souv^t à son jeune supfrfée&t
l6 tt£ ]>£ ttirirÉ.
Iei8 plantes recueillies dans cette curieuse rëgion; notamment la lÂnnœa horealU et la Lohelia Dortmœnna *. La curiosité de Linné fut vivement excitée «til conçut le désir de visiter ce pays. La Société des Sciences d'Upsal venait de recevoir du roi l'invitation d'envoyer un naturaliste pour explorer la Laponie. L'astronome André Celsius fit désigner Linné pour ce voyage, et il reçut l'ordre de se disposer à partir l'année suivante. Après avoir quitté Upsal et pris congé de Rudbeck, il se rendit dans son pays natal.
1732. — Linné passa quelques jours à Lund chez Stobœus ; il y étudia la minéralogie , qu'il ne connaissait pas , mais comme la collection de son ancien maître ne renfermait que des métaux, elle ne lui fut que d'un faible secours. Il retourna bientôt à Upsal , et resta dans cette ville jusqu'au i3 Mai , afin d'attendre l'époque de la végétation^ il partit alors pour la Laponie , à pied et sans suite , n'emportant que son journal , deux chemises et les habits qu'il avait sur lui, une demi-toise pour prendre des mesures , et un petit porte-feuille , renfermant du papier et des plumes. Là commence une longue série de fatigues et de dangers.
Il visita d'abord Gefle à travers le Gestrikland , le Helsin^Jland et le Medelpat *, de là il se dirigea vers Norby , Knylen , et Hernosand dans l'Angermannland. En escaladant le Schulaberg il faillit être tué^ l'un des guides dont il s'était fait accompagner, fit rouler un énorme fragment de rocher , qui passa à l'endroit même que son pied venait de quitter. Linné retrouva l'hiver dans la forêt de Schula ; le sol
* Elles sont gravées toutes deux dans les Mémoires de la Société des Sciences et des Lettres de Suède, année 1720, pag, 96,et97, fig. 1 et 2.
MBMOiEES AUTOGRAPHES. 1732. I7
humide et marécageux était partout couvert de neige et de glaces. Arrivé à Umna il remonta la rivière jusqu'à Lycksèle y pour la traverser ensuite sur la glace , mais la débâcle étant survenue y il ne put effectuer son passage. Forcé de modifier son itinéraire, il marcha à travers les forêts et les marécages et gagna péniblement Olycksmyra où il s'arrêta, faute de pouvoir aller plus loin , ayant toujours de l'eau glacée jusqu'à mijambe. Il atteignit Umea ^ là , des personnes bien intentionnées voulurent le dissuader d'entreprendre en été le voyage de Laponie , qu'on regardait comme impossible pendant cette saison; mais rien ne put l'arrêter. A peine eut-il quitté Umea qu'il cessa de comprendre la langue des pays qu'il traversait. Une peau lui servait tout à la fois de matelas pour dormir et de manteau pour combattre le froid. Il était seul , toujours à pied , et changeait continuellement de guide; trouvait-il un fleuve il le remontait dans un petit bateau, conduit par un seul rameur, et, quand la rivière cessait d'être navigable , un Lapon portait cette légère embarcation sur la tête. Le pauvre voyageur était à la merci des indigènes , auxquels il ne pouvait demander même de quoi se nourrir; toujours errant au milieu de tristes forêts, entouré de gens grossiers, dont il n'était pas possible, d'obtenir le moindre renseignement utile , n'ayant ni pain , ni sel , ni boissons fermentées , U vivait presque exclusivement de petits poissons desséchés.
Après avoir visité Pitea , il gagna Lulea, où il s'adjoignit , conmie compagnon de route , l'inspecteur des mines Swanberg, qui se rendait à Kjuriw^are. Les deux voyageurs s'embarquèrent sur la rivière de Lulea , passèrent près de Harris et arrivèrent à Quickjock , ce
l8 TIB DE LINNÉ.
fut là qu'ils 86 sëparèrent ^ Swanberg , qui avait pris un yif intérêt au jeune naturaliste , offiît de lui apprendre l'art d'essayer les métaux s'il youlait Tenir le voir à Calix , et il promit de s'y rendre.
Linné obtint à Quickjock, par l'entremise de la femme d'un minbtre de l'église, un interprète avec lequel il escalada la chaîne du Spitzberg , près de Walliwar; il y vit se lever et se coucher le soleil presqu'en même temps : Soient inocciduunt. Linné trouva sur eette montagne un monde nouveau de végétaux rares j qu'il étudia et décrivit. Les observations auxquelles donnèrent lieu les mœurs et les coutumes des Lapons^ lurent aussi nombreuses qu'intéressantes. Le voyageur suivit les versans septentrionaux des monts , toujours à pied , jusqu'à la hauteur du Finmarck de Norwège , traversa cette contrée , et se rendit à Torrfjord , sur les bords de la mer du Nord; là il s'embarqua pour Saleron , mais les vents et les âots ne lui permirent pas d'aller au-delà de Rorstad. Il reprit alors le chemin des montagnes, toujours occupé de récolter des plantes et des minéraux. Un Finois des bords de la mer lui tira un coup de iusil*, Linné, n'ayant pas été atteint, prit aussitôt son couteau de chasse et marcha droit à l'assassin , qui prit la fuite *, peu après il tomba dans tme fente recouverte de neiges épaisses et aussi anciennes que le monde , dans lesquelles il disparut. On le retira avec des cordes , et il en ûit quitte pour une très-forte contusion à la cuisse droite. Notre voyageur traversa de nouveau le Spitzberg, se dirigea vers le Nord , atteignit Kaitom , et revint sur les bords de la rivière Lulea. Il voulut traverser le lac de Purkijaur pour visiter la ville à laquelle ce lac donne son nom ; mais un brguillard épais l'empêcha de pouvoir se con-
HéMOIRES AtJTOOmAlPHKS. 1732. I9
duire; les yeftts et le courant firent dériver la chëtiye embarcation qti'il avait construite , et il fut sur le point de faire naufrage.
Linné arriva à Calix oi!i il avait promis de se rendre^ il Y séjourna , et apprit de Swanberg , en deux jours et une nuit , l'art de l'essayeur. Après s'être reposé de ses longues fatigues auprès de Hoijer , il reprit son voyage par Tornea, afin d'explorer les Alpes, contre lesquelles s'appuie cette ville , mais l'hiver le força de s'arrêter en route et de renoncer à ce projet. Contraint de revenir sur ses pas , il suivit la route maritime de l'Est , visita Kemi , Ulea , Carleby , Wasa , Bjorneborg et entra enfin dans Abo.
Sqlus Hyperboreas glacies Tanaimque nivalem Arra que Rhiphœis , nuDquam viduata pniinis Lustrabat.
VlRO.
n trouva danP cette ville un de ses condisciples, Mennander, évêque , puis archevêque d'Upsal , qui l'aida de son argent , par gratitude pour les leçons d'histoire naturelle qu'il en avait reçues. Après avoir pris huit jours de repos, Linné se rendit par Trajecte dans l'île d'Aland, atteignit Grisselhamn, et enfin Upsal , où il arriva heureusement , en novembre , après avoir fait plus de i ,000 milles à pied. Pendant tout le temps qu'il resta en Laponie , on peut dire rigoureusement qu'il s'était fait Lapon. Linné remit à la société royale des sciences d'Upsal la relation manuscrite de cette longue et pénible excursion , et cent douze écus lui furent comptés pour couvrir les frais de son voyage. Peu après son retour, il sollicita tme bourse gratuite , fondée à l'université par Wrède ( Stipendmfn fFredianuni) , et eut besoin pour l'ob-
Î2"0 Vie de LINNÉ.
tenir de l'entremise du professeur Walrave ; il neTeçut que dix écus pour la première année , et ftit indignement volé par les employés subalternes de l'académie 5 ses ennemis parvinrent à le priver de ce faible secours , quand , après avoir de nouveau quitté Upsal, il eut repris le cours de ses voyages,
1733. — Linné résolut d'enseigner la minéralogie, science qui n'avait jamais été professée à Upsal; il eut de nombreux élèves , et exigea seulement de chacun d'eux , environ les *deux tiers d'un écu de Suède pour ses honoraires. Rosen s'affligea de ses succès ^ et vit dès ce moment que Linné était un rival redoutable; il le pria de lui communiquer ses manuscrits de botanique , mais ce fut d'abord vainement •, il employa la menace, et ce moyen lui réussit mieux. Linné céda, et confia à Rosen ce qu'il avait de plus précieux au monde , mais il apprit bientôt qu'on abusait de ce dépôt. Heureusement il n'avait prêté qu'une partie de ses manuscrits : il refusa obstinément le reste. Rosen en garda rancune , et le prouva. Un de ses élèves , nommé Valérius , auquel il enseignait la médecine , demeurait chez lui depuis environ une année; il résolut de lui faire obtenir, par son crédit, une place -de professeur-adjoint, devenue vacante à Lund. Ce fut inutilement que Linné fut proposé par Rudbeck; Rosen , médecin des eaux de Wiksberg , se faisant appuyer par le chancelier Gyllenborg , auquel il donnait des soins , l'emporta.
Linné , pour se consoler de cette injustice , alla vers la fin de l'année explorer Norberg , Ripsberg , A^estad et Garpesberg. Indépendamment de ces riches districts , ^nné visita encore Davidsberg et Trollbo. Pendant son séjour à Fahlun, il descendait durant
MÉMOIEES AUTOGRAPHES. ly^^» ^1
le jour dans les mines , et passait la nuit dans les usines , auprès des fourneaux. Il fit dans cette petite ville la connaissance du baron de Reutherhohn y qui lui proposa d'entreprendre à ses frais un voyage en Dalécarlie. Linné accepta , mais sans beaucoup compter que Reutherholm donnerait suite à cette proposition.
1734. — Sur ces entrefaites, Linnë revint à Upsai pour y classer les minéraux qu'il avait recueillis dans ses voyages 9 et disposa le Systema lapidum qu'il venait de commencer. Olreich , qui professa plus tard à Lund , était alors l'un des élèves de Linné.
Le professeur Rosen ayant épousé la nièce de l'archevêque d'Upsal , obtint du chancelier Cronhjelm , au moyen de cette alliance , qui lui donnait une assez, grande influence , un ordre pour interdire à l'avenir l'enseignement aux personnes étrangères à l'académie. Linné , qui n'était pas même agrégé , perdit dès lors tous ses moyens d'existence , et Rosen pensait bien qu'il ne se relèverait pas du coup qu'il lui portait. Il n'en fut rien 5 peu de jours après cette interdiction 9 Reutherholm envoya une lettre pressante et des fonds suffisans pour commencer le voyage en Dalécarlie. Les préparatifs furent bientôt faits. Personne n'avait osé accompagner Linné dans son voyage en Laponie; mais lorsqu'il parla de visiter la Dalécarlie , un grand nombre d'étudians se présentèrent pour l'accompagner; il choisit sept jeunes gens de Fahlun, fixa l'emploi de chacun *, se mit en route
* Nasmann^ géographe, fut inteqircte; Clewberg, physicien, secrétaire; Fahlstedt, minéralogiste, écuyer j Sohiberg, botaniste, quartier-maître; Emporelius, zoologiste, pourvoyeur; Heldenbiad et Sandel, domestiques, économe e( caissier.
i2 VIE DE LINNÉ.
et explora la Dalécarlie et ses montagnes jusqu'aux mined de cuivre de Roras en Norwège , ainsi que la Dalëcarlie occidentale, jusqu'à Fahlun, terme de cette excursion. Linné s'empressa de remettre à Reutherliolm le journal fidèle de ce voyage, et les observations importantes qui s'y trouvaient consignées.
Linnë se lia à Falhun avec Jean Browallius , aumônier et prbfesseur des enfans de Reutherholm auxquels il enseignait l'histoire natinrelle. Cet ecclésiastique, qui devint plus tard professeur, puis évêque d'Abo , le pria de lui donner des leçons de botanique et de métallurgie; c'est pourquoi Linné résolut de se fixer à Fahlun et d'y ouvrir un cours de minéralogie. Ce fut dans le cabinet même du directeur des mines qu'il le commença , au grand plaisir de ses auditeurs. Il s'était adonné à l'étude de cette science d'une manière toute spéciale à son retour de Laponie, et avait visité avec le plus grand soin les mines les plus importantes du pays. Aucune localité n'étant plus convenable pour se livrer à ce genre d'étude que Fahlun , il parvint facilement à fonder une classification particulière , d'après laquelle il professa. Les employés des mines suivirent ce cours avec beaucoup de zèle et d'assiduité.
L'existence de Linné i Fahlun était pour lui aussi douce que nouvelle; tout le monde le chérissait, et se plaisait à lui donner des encouragemens. Il eut bien* tôt une clientelle médicale qui suffit à son ambition. Browallius lui persuada néanmoins de se faire recevoir docteur en médecine, afin de fixer irrévocable-' ment sa destinée, et de travailler à sa fortune. Il fallait de l'argent pour exécuter ce sage projet , et Browallius conseilla à Linné de chercher une épouse
HÉMOIEES AUTOGRAPHES. — 1735. 33
richiC qui put l'aider à prendre ses grades, après r(d>tentioQ desquels il s'occuperait de la rendre heureuse. La chose plut beaucoup à Lioné; maisy quoiqu'il eût déjà fait un choix , il hésita long-temps ayant de commencer les démarches nécessaires. Il se décida pourtant à les tenter. Jean Moraeus, docteur en médecine et praticien estimé, avait acquis quelque fortune dans l'exercice de sa profession ^ mais quoique sa clientelle lui devint à charge , il voyait les succès de Linné avec étonnement, et même avec quelque dépit. Malgré ces dispositions, et lorsque Linné, simple étudiant, se présenta à Morseus pour lui demander la main de sa fille ainée , il fut agréé , à son grand étonnement et à celui de tout le mondes la mère seule se montra quelque temps contraire à ce mariage.
1735. — Vers le commencement de l'année, et après s'être assuré le cœur de sa future épouse 9 Linné partit pour les pays étrangers , accompagné de son camarade Sholberg. Il vbita StenbrohuU, et alla pleurer sur le tombeau de sa mère, morte depuis environ six mois , à l'âge de quarante-cinq ans. Artedi voyageait alors en Angleterre.
linné se rendit d'abord à Lubeck par Helsingborg , et arriva bientôt à Hambourg. L'avocat Sprekelsen, qui possédait un jardin de la plus grande beauté , le professeur Kohi, ainsi que Janitsch, docteur en médecine, le reçurent à bras ouverts. Il éprouva un grand plaisir à visiter les jardins et les musées, surtout celui du bourgmestre Anderson, où il vit la fameuse hydre à sept têtes , décrite et figurée par Séba. Les têtes de ce monstre étaient portées sur autant de cols distincts^ il avait deux pieds, et son corps, sans ailes ni nageoires, ressemblait à celui d'un serpent.
â4 Vl£ DE ll55é.
linnë, ayant inspecté les dents de cet animal, recon-' nut aussitôt que cette prétendue merveille était un grossier produit de l'art. Il réduisit donc à rien la valeur considérable de l'hydre^ de Séba, et les frères Anderson en conçurent une violebte colère. Linné, contraint de quitter Hambourg en toute hâte pour échapper à leur vengeance, s'embarqua dans le port d'Altona pour Amsterdam; il essuya dans ce court trajet une horrible tempête, et le vaisseau qui le portait manqua de périr. Après avoir séjourné fort peu de temps dans la capitale de la Hollande, il se rendit à Harderwick^ où il fiit reçu docteur le i3-24 juin; sa thèse avait pour titre : De nova hypothesi fkhrium inter" mittentium,
Linné n'avait emporté que six cents écus pour payer les frais de sa réception; elle épuisa ses ressources. Dans sa détresse , au lieu de s'adresser à son futur beau-père , dont il connaissait l'avarice , il eut recours à Sholberg, qui s'empressa de l'aider; il se rendit de nouveau à Amsterdam, puis à Harlem et à Leyde, où il fit la connaissance de Van-Royen et celle de Gronovius , savant infatigable , auquel il montra le manuscrit du Systema naturœ. Gronovius oflfrit de le faire imprimer à ses frais, ce qui fut accepté. D'après le conseil donné par son nouvel ami, Linné alla voir Boerhaave. Ce savant médecin lui fit une aimable réception, et le conduisit dans son jardin des environs de Leyde où il lui montra difiérentes espèces d'arbres et de plantes rares , afin de juger le jeune Suédois , qui développa de grandes connaissances en botanique , et se montra fort ériïdit. Boerhaave l'engagea à se fixer en Hollande; mais . comme Linné voulait absolument retourner en Suède
XÉHOIEES AtTOGRAPHtS. 1735. sS
par Amsterdam, il le pria d'aller y voir Burmann de sa part , ce que le jeune voyageur ne manqua pas de faire peu après son arrivée. Burmann lui ofifrit le logement et la table, il accepta; mais pour un hiver seulement. Ce fut alors que parurent le Fotin damenta lotanica et la Bihliotheea botanica, commences tous deux chez Rudbeck en 1730. Linnë lut avec plaisir le Thésaurus zeylanieu$, ouvrage inédit de tcm hôte , et se complut à étudier les plantes du jardin médicinal. Il y avait à peine un mois que Linné demeurait chez Burmann , lorsque le riche banquier CUfiort , sur la recommandation de Boerhaave, le pressa de venir demeurer chez lui 5 il accepta, avec le consentement de Burmann, et vécut dès lors dans une grande aisance.
Cliffort avait un goût décidé pour la botanique. Son jardin, situé à Hartecamp, entre Leyde et Harlem, lui coûtait annuellement douze mille florins*, mais aucun autre ne pouvait lui être comparé. Il fut émei^ veillé quand il vit Linné reconnaître , par la seule inspection de la fleur , et en comptant les parties qui la composent, les plantes les plus rares de l'Inde, celles même qu'il voyait pour la première fois. Chargé du chmx des livres et des plantes qui manquaient à la bibliothèque et au jardin , Linné fut à même de travailler fructueusement à la botanique ; aussi le vit-on s'adonner nuit et jour à cette étude avec la plus grande ardeur. La Flora lapponiea étant terminée Alt imprimée aux frais d'une société dont Linné et Burmann étaient les membres les plus assidus et les plus laborieux.
Sur ces entrefaites, Artedi arriva de Londres; il eut le bonheur de rencontrer Linné & Leyde, et reçut
26 VIE DE LIISHÉ.
de lui quelques secours en livres, en habits et en argent. Sëba, pharmacien allemand, ûxé à Amsterdam, avait re'cemment prié Linné de concourir à l'achèvement du troisième volume de son Thésaurus , celui où il traite des poissons. Le naturaliste suédois^ qui n'avait jamais aimé l'ichtyologie, refusa, et présenta Artedi comme la personne la plus capable de remplir la tache qu'on voulait lui imposer. Artedi fut agréé et sa fortune devint meilleure. Il ne restait plut que six poissons à décrire , lorsque ce malheureux jeune homme, sortant un soir de chez Séba, tomba dans le Gracht et se noya. Linné inconsolable se rendit à l'auberge où logeait son ami , pour y réclamer ses manuscrits, que l'hôte ne voulut point donner, prétextant une dette de deux cents florins. Séba refusa de les payer et Linné ne put c^tenir de lui que cinquante florins pour les frais d'enterrement; mais Cliffort, plus riche ou plus généreux , dégagea les manuscrits sur la prière qui lui en fut faite par Linné , et celui-ci s'occupa aussitôt de les mettre en ordre.
1736. — Cliffbrt ayant procuré à Linné l'argent nécessaire pour voyager en Angleterre, celui-ci arriva bientôt à Londres 5 il y visita l'incomparable musée de Sloane, puis les jardins de Chelsea et d'Oxford, où il recueillit une grande quantité de plantes nouvelles. Il se lia avec les savans les plus distingués du pays, et notamment avec le docteur Shaw, qui avait exploré une grande partie des côtes d'Afrique , et qui se mettait au rang des élèves de Linné , à cause des grands avantages qu'il avait retirés du Systema* Shaw l'accueillit à Oxford avec beaucoup d'empressement et d'amitié; mais Dillenius le reçut d'abord assez mal, dans la croyance où était ce grand botaniste que le
MÉMOULBS AUTOGRAPHES. ^7^7 • ^7
Généra ayait été ëcrit pour combattre ses doctrines scientifiques; revenu de son erreur, il garda le voyageur un mois entier , et se sépara de lui les larmes aux yeux f ajN^ès avoir essayé , mais en vain , de le retenir. Au moment du départ , Dillenius lui donna le Pimuo de Shàrard, destiné à continuer le célèbre ouvrage de C. Bauhin.
linné revint en Hollande avec de belles collections de plantes vivantes dont il enrichit le jardin de Cliffort; l'impression du Gênera planiarum fut poussée avec ardeur pendant cette année. Il écrivit aussi VHariuê eliffbrUanus; mais , persuadé que beaucoup de gens s'étonneraient de la grande quantité de nouveaux noms créés , il se mit à composer aussitôt le CrMea hoianiea , dont il avait tracé le plan chez Rudbeck; et se délassait en travaillant à VHortue eUf^ /brUoÊmê, U faisait à la même époque imprimer la Flora btppaniea commencée chez Rudbeck ainsi que le Gênera plantarufn. Ces quatre ouvrages furent publiés en 1737, ainsi que celui qui a pour titre /^trtdarium d^aridanum*
Le 3 octobre, Linné reçut le diplôme de membre de l'académie impériale des curieux de la nature, sous le nom de Viaeeorideê êecundtis.
Boerhaave proposa à Linné de voyager au cap de Bonne-Espérance , et dans les colonies d'Amérique pour y récolter des plantes , lui promettant qu'à son retour il lui ferait obtenir le titre de professeur. Linné reftisa alléguant sa santé; né dans le Nord, il ne pourait, disaitr41, supporter une température élevée, mais le véritable motif de ce reftis c'est qu'il voulait retournai dans son pays , où il était fiancé.
1737. <•«- Linné, traité par Gliffort comme un vérir
â8 VIE Dfi linhé.
tfible filB y arrangea les herbiers ^ augmenta et coor-' donna les plantes du jardin , et mit en outre la dernière main à VHortuê eUffbrHamui ; ce travail , que tout autre n'aurait pas achevé en plusieurs années^ ftit compose dans les heures de loisir que lui laissaient des occupations plus sérieuses. Linné acheva aussi le Critiea hotanica qui fut plus tard imprimé à Leyde ^ mais ces travaux altérèrent tellement sa santé qu'il sentit l'imposibilité de rester plus long-temps en Hollande , où .pourtant il jouissait de tous les biens de la terre. Libre d'aller à Leyde , aussi souvent qu'il le désirait , pour y entendre le grand Boerhaave , il avait deux chevaux pour faire ce voyage, et parcourir Amsterdam et ses environs. Cliffort lui avait donne des domestiques , un cuisinier , de beaux appartement dans le château de Hartecamp, avec la faculté d'y recevoir qui bon lui semblait , mais rien ne put le retenir* Cliffort voyant que Linné voulait le quitter , promettait de le garder indéfiniment , afin qu'il pût suivre à loisir les cours de botanique de Boerhaave , et promettait qu'après la mort du vieux professeur Serrurier, il lui ferait obtenir la chaire d'Utrecht. Linné, malgré ces séduisantes promesses et la considération dont il jouissait auprès des naturalistes Hollandais , qui le regardaient comme leur oracle , se décida à prendre congé de Cliffort. 11 soupirait après le repos , et sentait bien que le climat de Hollande ne convenait pas à un Suédois. Il reçut en quittant Hartecamp cent ducats pour YHortui cliffbrtiantiê,
Linné ayant résolu de visiter la France , voulut avant de se mettre en route aller à Leyde , pour y prendre congé de ses amis. Yan-Royen vivement affligé de cette résolution , essaya de le retenir pendant
quelques mois , afin de s'en faire aider pour mettre en ordre le jardin de l'académie , et pour obtenir de lui des démonstrations publiques de sa nouvelle méthode; il lui faisait entendre que ses doctrines, exposées devant un brillant auditoire, se répandraient avec rapidité lorsque sa nomenclature serait adoptée dans l'un des plus célèbres jardins de la Hollande. Linné se décida donc à rester à Leyde , et Qiflfort , qui lui avait présenté de si grands avantages pour demeurer à Hartecamp, fut sensiblement afiUgé de la préférence qu'il donnait à Van-Royen. Linné chercha à s'excuser en alléguant divers motifs, et notamment le désir qu'il avait de vivre quelque temps encore auprès de son illustre maître Boerhaave.
Le jardin de Leyde était classé d'après la méthode de ce digne médecin, et Van-Royen désirait changer l'ordre établi pour y substituer le système sexuel. Linné s'y opposa formellement de peur d'affliger un homme qu'il regardait comme son bienfaiteur , mais comme Van-Royen voulait absolument une disposition nouvelle , Linné l'aida à fonder une classification particulière , et acquit des droits à l'amitié de Van- Royen , sans perdre ceux qu'il avait à l'afièction de Boerhaave.
Gronovius, soutenu des conseils de Linné, qui le .voyait très-fréquemment, publia une Flora virgtntca^ ainsi qu'un Hortus leydensis ; ces deux ouvrages , établis d'après le système sexuel, parurent à la même époque. L'impression du CoroUarium generum , celle du Methodus sexualis et des cinq parties de FIclirtyologie de son malheureux ami Ârtedi , se poursuivaient avec activité. Pendant la nuit Linné travaillait à ses Classes plantarum.
3o YIE BS LIRNÉ.
. 1738. •— Il y avait alors à Leyde une société dont étaient membres les docteurs J. C. Gronovius , Van- Swiéten et Linné. Lawson, voyageur infatigable, iiomme d'un esprit supérieur , tendrement attaché à Gronovius , et admirateur passionné de Linné , cjue souvent il forçait de puiser dans sa bourse ; Lieber- Kuhn 9 né en Prusse , esprit lent dans ses conceptions , mais habile constructeur d'instrumens de physique , et possesseur de microscopes incomparables , en faisaient partie. On y voyait aussi J. Kramer , Allemand plus que négligé dans sa mise ,mais qui , doué d'une mémoire prodigieuse , étudiait toutes les sciences avec un égal succès ; et enfin Bartsch , jeune homme d'une humeur enjouée , fort*zélé pour les sciences naturelles et d'un esprit très-méthodique. Dans ces téunions intéressantes , chaque membre traitait quelque sujet de l'une des sciences qu'il cultivait de préférence : ainsi Gronovius parlait de botanicpie et Linné d'histoire naturelle. Cette douce familiarité avec tant d'hommes distingués, et les encouragemens qu'il devait à leur amitié rendirent à Linné le travail agréable et facile •, ce fut alors qu'il publia les Cloises plantarufn ainsi que F Ichtyologie de feu Artedi , rédigée, non sans beaucoup de peine , sur les notes autographes laissées en mourant par cet ami fidèle.
A cette époque l'illustre Boerhaave offrit à Linné qui suivait fort assidûment ses cours publics , et qui l'accompagnait dans ses visites au lit des malades, la place de médecin ordinaire à Surinam , en lui disant que son prédécesseur y avait fait en moins de cinq ans une fortune considérable. Linné refusa ces offires quoiqu'il songeât combien de belles plantes il pourrait récolter dans cette région, si riche en productions
MÉHOIKES AVTOORA9HK8. 1738. 3l
naturelles. Boerbiaaye le pria de designer un mëdecinnaturaliste pour remplir cet emploi. Il fit agrëer son ami Bartsch de Kœnigsberg , à qui il avait enseigne la botanique et Fentomologie ; Bartsch se rendit à Surinam, mais ce fut pour y mourir.
Linnë sur le point de quitter Leyde alla prendre congë de Boerhaaye. Ce grand homme, atteint d'une hydropisie de poitrine qui le forçait à se tenir constamment assis dans son lit pour ëviter d'être suffoque, ne voulait recevoir personne , mais il admit Linnë à lui faire ses adieux, et à lui baiser la main. Boerhaave rassemblant le peu de forces qui lui restaient porta la main de Linnë à ses lèvres en lui disant: « J'ai rempli ma carrière, et tout ce qu'il m'a ëté donne de pouvoir faire, je l'ai fait ; que Dieu te conserve , toi à qui il il reste encore ime plus longue tâche à remplir. Ce que le monde savant voulait de moi il l'a obtenu, mais il attend bien plus encore de toi , mon cher fils; adieu , adieu, mon cher Linnœus !....» Le lendemain Linnë reçut un exemplaire de la chimie de Boerhaave.
On peut juger par toutes les particularités que l'on vient de faire connaître , de l'immensité des travaux entrepris par Linnë , pendant le séjour de trois années qu'il fit en Hollande. Il avait à cette époque de sa vie plus écrit , plus découvert et plus réformé que les auteurs qui avaient employé au travail la plus longue existence; aussi de très-grands botanistes , Gronovius, Van-Royen , Burmann , Serrurier, Andry , Lawson et une foule d'autres savans se plaisaient-ils à le visiter dans le jardin de Cliffort, quelquefois seuls et quelquefois réunis , sans s'être donné rendez-vous. Linné , agrégé dans la célèbre académie de Leyde , avait la satisfaction d'entendre professer publiquement sa
32 VIE DE LIICNÉ.
méthode ^ et soutenir ses principales idées de réforme. Aussi chaque élève, en le voyant passer, le désignait comme l'objet de l'intérêt général» La nature ellemême sembla le favoriser en faisant fleurir pour la première fois en Hollande un musa qu'il avait cultivé de ses mains. Les habitans des pays voisins accoururent pour admirer cette merveille , et une foule de personnages de distinction se rendirent à Hartecamp pour demander une analyse raisonnée de cette plante, immortalisée aux yeux de la postérité par un petit traité connu sous le titre de Musa cliffbrtiana ^ dans lequel Linné décrivit les procédés de culture qu'il avait suivis. L'herbier de plantes d'Afrique et de Ceylan de Burmann , à Amsterdam ; celui de Gronovius , à Leyde, si riche en plantes de la Virginie ^ étaient à sa disposition. Van-Royen lui donnait pour Gliffort les végétaux les plus rares , et Amsterdam , Leyde , Utrecht, ne renfermaient pas un seul jardin qu'il ne visitât au moins une fois par mois; quant à celui d'Hartecamp , il lui donnait des soins particuliers et suivis.
Le temps s'écoulait à Leyde au milieu de ces occupations variées, lorsque, vers le commencement du printemps , Linné apprit qu'un perfide ami cherchait à lui ravir sa fiancée. Il résolut de hâter son départ; mais la fièvre le prit et le mit à deux doigts de la mort. Van-Swiéten lui donna des soins et le guérit heureusement. A peine convalescent, Clifibrt vint le voir et lui fit de nouvelles instances pour le retenir; mais ce fut en vain qu'il lui offrit un équipage et de forts émolumens. Après avoir passé le temps nécessaire pour se rétablir complètement , Linné quitta ce généreux Hollandais , et partit pour la France*
■iHOI&BS AUtOGRAPHBS. 1758. 35
£b flonivaDt dans le Brabant, il se sentit comme dëbarrasfë'd'un poids éoionne , et respira plus librement.
liimé en prenant congë de Yan-^Royen , reçnt une lettre de recommandation pour Antoine de Jussieu , professeur de botanique i Parb; elle était conçue en -
ces termes :
Ftro clarUsimo AnUmio de JusêieUy medico eape^ tieniifnmo, botanices prqfessari eeUberrimo eî acadtmdœ regiœ sûieniiarun^ in GaiUcii soeio et tnembro dégtmmnOy #. p* d. Â. Fan Roy en.
En Curolum lAmuBuniy êcienUœ hotanieœ (si fuem n0i9mm)/aoih prineipeni y qui fUêcriptiê innotuerii, eaperimeniie mnûieêcaL Hic inphrisque hiiionrim na^ ÉnraUê parais veneUiêsimuê , hasoe êibi tradeê Utie^ voêm Hune péri doetunmy erudiium et kunuMmesimum tiki tmoffue eurœ eommendo y ut per te y quantum poteÊtfieri, epportunitatem, habeat omnia y quœ ad hoe n€g0êimmpeoiant y periuêtrandi $ quidquid autem ei fieeriê te9^Jhii, mi/U, aùm per aliquod tempuê inU" m^êjmtyjfaetum reputabo» FcUe , fratremque eum nokr D. Dufajfy nèeo nominey scJverejube.
Habam Leydœy die 7 Maji 173&.
Ce fiit après avoir acquis dëjà quelque cëlëbritë et perfectionné ses connaissances botaniques , cpie Linné se dirigea vers Paris. Il passa par Anvers^Trëfontaines, Malines , Bruxelles et Mons ; traversa ensuite Valencicnnesy Cambrai^ Përonne, Roye et Pont-Ste-Maxence. Le A^abant, comparé à la Hollande, qu'il venait dç quitter^ lui parut un pays médiocre, riche en pâturages j mais où les hommes étaient pauvres , et les maisons misérableç^ les belles constructions d'Anvera contrastaient' avec le grand nombre de mendians qu?on iKiyaît dans les Tues. ârux^es^^ ^nbelli par de
34 VIE DE LinilÉ.
jolies fontaines, lui plut davantage; il y vit la sœur de l'empereur d'Autriche , admira l'arsenal, et la cathédrale où le culte catholique est célébré avec une pompe imposante. Il ne pouvait se lasser de contempler cette belle cité, du haut des remparts qui s'élèvent vers la partie occidentale; la langue française commençait alors à s'y répandre.
On visita soigneusement ses bagages à Mons; quoicpi'il fut défendu de laisser entrer en France les voyageurs avec plus de cinquante livres toiurnois, il passa cependant avec plus de cent ducats. Mons est une ville peu considérable , qui compte pourtant onze pharmaciens. On exploite dans les environs de riches houillères, et l'on y extrait beaucoup d'ardoises. La malle du voyageur renfermait une assez grande quantité de livres neufs; car Linné avait emporté un exemplaire^ de chacun de ses ouvrages imprimés ; elle fut plombée avec soin à la frontière. Les riches campagnes de Flandres lui rappelèrent les plaines fertiles du Schonen. A Cambrai , Linné vit une horloge curieuse : ce sont des automates armés de marteaux , cpii frappent les heures sur un timbre extérieurement placé. La route est pavée avec une pierre d'un grès mêlé de marbre primitif. On emploie dans le pays , pour la bâtisse , une sorte de pierre intermédiaire entre la craie et le calcaire.
Linné vit très-fréquenmient à Paris les deux Jussieu ,. examina les herbiers deTournefort , de Surian et de Vaillant , ainsi que la bibliothèque d'Isnard. Bernard de Jussieu lui fit faire des excursions botaniques à Fontainebleau et jusqu'en Bourgogne , où il fiit accompagné pair Laserre*, ce qui le mit à même de bien connaître les plantes des environs de Paris. Il n'est sorte
niSHOIAES AUT06&APHBB. ' — 1738. 35
de politesses et de services qu'il n'ait reçus des Jussieu. Linné se mit en relation avec Rëaumur,Aubriet, habile dessinateur et compagnon de Toumefort pendant ses voyages , Laserre , la veuve de Vaillant et mademoiselle de Basseporte y dessinateur au Jardin du Roi.
A sa prière Dufay le fit assister , le i4 Juin , à run.e des séances de l'académie des sciences; quand elle fut finie on apprit à Linné qu'il venait d'être reçu correspondant. On lui demanda s'il consentirait i se faire naturaliser Français , dans le cas où on lui donnerait, avec une pension, le titre de résidant; mais un penchant irrésistible le poussait vers la Suède, sa chère patrie : il refusa.
Linné visita Versailles et ses sites charmans , les deux Jussieu furent ses guides assidus, le défrayèrent de toutes ses dépenses et lui montrèrent les bibliothèques publiques, les musées et les collections particulières les plus cél^lires , joetamment celles de Réaumur.
Lin|X@ songea à retourner en Suède sans autre délai , car lé temps lui semblait trop précieux pour le passer à s'occuper d'étudier les mœurs et la langue des Français. Linné n'avait pas le génie des langues , jamab il ne put se familiariser ni avec l'anglais , ni avec le français , ni avec l'allemand , ni même avec le lapon. Il eut les mêmes difficultés pour le hollandais , quoiqu'il fut resté trois ans en Hollande, ce qui ne l'empêcha pas heureusement de se faire comprendre partout. Après avoir vu ce que Paris renfermait de plus curieux, Linné se rendit à Rouen pendant les jours caniculaires. Il s'embarqua pour.le Kattegat par un vent favorable, traversa heureusement le Sund et entra dans le port d'Helsingborg. Aussitôt il alla visiter son vieux père à Stenbrohult; il s'y reposa quelques jours , et partit
36 VIE BE hUifUÈ»
pour Falbua : il n'y trouva plud 8oa ami BrowalUos f qni^ ayant été nomme profe^^eur de physique à Abo^ s'était fixé dam cette dernière ville. Aprèa avoir ëtë fiancé en forme avec sa prétendue , il ae rendit à Stock-» holm où il arriva en Septembre. On Paccueillit conmie a'U eût été étranger à la Suède. U essaya d'exercer la médecine ; mais il était inconnu à tout le monde et personne ne voulait bii accorder la moindre confiance; u peii^e éùt-on alors consenti aie charger de donner ses soins à la plus vile des créatures; ainsi , et tandis que l'Europe le saluait du nom de prince des Botanistes , il délibérait s'il pourrait vivre au sein de sa patrie, et s'il ne lui faudrait pas renoncer à la Suède ou l'attachaient de doux liens ; peut^tre, s'il n'eût été retenu par Famour , aurait-il repris le cours de ses voyages pour se fixier dans les pays étrangers. Xa seule faveur qu'il détint de ses compatriotes fut d'être nommé membre de l'académie des sciences d'Upsal, qui s'était réunie à Stockholm le 4 Octobre 1738 , sous la présidence du comte Boirde.
1739. — Désespérant de pouvoir se faire une clientieUe 9 Linné alla dans les restaurans les plus fréquentés de Stockholm; il y vit de jeunes gentilshonmties épuisés par de longs excès ^; ayant conversé avec eux, il leur conseilla le vin du Rhin, et promit de les rétablir en peu de jours. Deux d'entre ces jeunes gens, fatigués d'avoir essayé en vain jusques-là les moyens qui leur avaient été indiqués, le crurent sur parole, se mirent Qntre ses mains , et fiirent très-promptement guérisp En moins d'un mois , il eut la pratique de ces jeunes étourdis; cela le fit connutre, et lorsque les
* Jn ca$tri9 VenerU.
HÉHOI&ES AUTOQ&AFHBS. ^7^9' 3^
varioles et les fièvres catarrhales se déclarèrent ^ sa clîeàtelle se trouya déjà fort considérable.
LÛEH^ se lia étroitement avec le capitaine Triewald^ qui eut la gloire d'introduire en Suède la physique espàntneoftide. Cet homme, généralement estimé, avait une très-haute capacité. Ayant formé le projet de Amâer à Stockholm une académie pour le per*feetionnement de la langue nationale, il en parla au haron de Hopken, à Linné et à^ Alstroem. Les bases de la société furent adoptées, et l'académie dtéfimtiyement fondée. Au mois de Mai , on choisit les dignitaires, et Linné devint président.
Cette circonstance fortuite lui donna quelque crédit. Le conte de Tessin , maréchal de la diète , c[ui alors éWôt en session, et dont il connaissait les bonnes dis^ positions, demanda à Linné s'il ne désirait rien 'ob^ tenir de cette assemblée, l'assurant qu'ion s'empresserait de âivorker un Suédois qui avait déjà beaucoup ftît pour la gloire du pays , en terminant de longs et pénibles voyages. Linné déclara d'abord ne rien vouloir; mais le comte lui ayant donné yingt^piatre heures pour réfléchir, il prit les conseils du capitaine Trie waM, et demanda la place de professeur à l'école des mines, alors vacante-, elle rapportait environ cent ducats. Son {NTOtecteur présenta la pétition , et quelques jours Kptèsj l'ayant invité à diner, il lui apprit que la place lui était accordée. Linné fut chargé de faire chaque année deux cours publics , savoir : la botanique pendant Vété, et la sarïnéralôgie pendant l'hiver.
Boy, médecin de l'amirauté, étant mort , le comte de Tessin fit des démarches auprès de ramit*al Ankarkrona pour faire nommer Linné à cette place. Le comte réussit, et le 3 Mai de cette même année, la