VIE DE LinirÉ
commission lui fut expédiée ; ainsi , en moins d'un mois, il avait obtenu la place de professeur à l'école des mines, avec un traitement annuel, celle de médecin de l'amirauté qui lui valait aussi un traitement fixe,et celle de président de l'académie,qui lui donnait une grande considération. Le comte de Tessin offrit à linné un appartement dans sa maison, et l'admit fréquemment à sa table. Là se trouvaient souvent réunis les personnages influens de la diète j et les nouvelles liaisons qu'il fit augmentèrent beaucoup son crédit. Deux partis s'étant formés dans le sein de l'assemblée nationale: celui des chapeaux et celui des bonnets, on donna en plaisantant à Linné le nom d'archiatre* des chapeaux. Sa clientelle s'étendit de plus en plus , et lui rapporta jusqu'à neuf mille écus r c'était autant, et plus peut-4tre, que le montant des honoraires de tous les médecins de Stockholm.
Cet état prospère le décida à se marier^ ce qu'il fit le 26 Juin, à la campagne de son beau-père, le docteur Moraeus. Après avoir passé environ un mois à Falhun , au milieu des fêtes , il retourna à Stockholm pour j reprendre le cours de ses occupations. 11 quitta la présidence de l'académie au mois de Septembre , et {MTononça , suivant l'usage établi par les statuts de la nouvelle compagnie, un discours connu sous le titre de : de Memorabilibus in hueclis^ qui fut imprimé par ordre de l'académie.
1740. — Linné donna cette année un cours public de botanique , qui dura tout l'été. Il fit pendant l'hiver un cours de minéralogie. L'académie des sciences , les cours publics, le service de l'amirauté , dont il était
* Premier médecin.
mëdecin , et une clientelle fort nombreuse 9 ne lui laissaient aucun relâche.
Olaùs Rudbeck étant mort vers le printemps de cette année , Rosen y Linné et Yalérius se mirent sur les rangs pour le remplacer. Dans cette circonstance Linné fut vivement appuyé par le Comte de Tessin qui, dans un voyage fait à Paris tout récemment , avait pu ji^er de l'étendue de la renommée de ce naturaliste. Le chancelier comte de Gyllenborg , protecteur avoué de Rosen , prit un moyen terme : il donna à Rosen la chaire vacante, et promit à Linné la survivance de Roberg qui , en raison de son grand âge , demandait sa retraite. Il fut convenu que les deux nouveaux professeurs échangeraient leurs fonctions, afin que Linné pût avoir la chaire de botanique. Le Roi, malgré toutes ces dispositions de convenances, penchait pour Linné , qui fut sur le point d'être nommé de préférence à Rosen. Roberg eut sa retraite , et pourtant , malgré les bonnes dispositions et les promesses de ses protecteurs, Linné eut beaucoup de peine à avoir cette place tant attendue et si solennellement promise. On fit naître mille difficultés, et l'année s'écoula sans qu'on eut pria un parti définitif. Valérius qui n'avait pas perdu tout espoir, combattit publiquement les doctrines linnéennes afin d'afifaiblir le mérite de son comipétiteur-, heureusenient Klingenberg et Béronius, qui plus tard fut arichevêque , dévoilèrent tout l'odieux de cette conduite.
i74i. — L'afiaire fut portée devant la diète, Valérius, jugé comme il méritait de l'être , encourut le blâme universel et rentra dans l'obscurité. On décida que Linné , illustré par tant de travaux terminés glorieusement, soit dans son propre pays, soit à l'étranger,
4Ô TIB DB LIlfirÉ.
serait mis en tête de la présentation , ce qui fût fait.
Linnë deyint père d'un fils auquel il donna le nom de Charles. Cet enfant naquit le 20 Janvier.
La guerre ayant éclaté entre la Russie et la Suède, et linné craignant d'être forcé de partir comme médecin de l'amirauté se fit donner une mission scientific^ pour rOëland , le Gottland et le West-Gottland , afin d'étudier les productions naturelles de ces provinces; ce voyage fut entrepris aux firais du comptoir des manufactures. Linné s'adjoignit six jeunes compagnons^ pour l'aider dans ses recherches.
Pendant ce voyage , Linné manqua de se briser la jambe en descendant dans une fosse d'alun ; peu 4e temps après il faillit rester enseveli sous la neige près de BlakuUa , et essuya une violente tempête qui mit ses jours en danger, pendant la traversée du Gottlaâd à Upsal.
Il y arriva vers la fin de Septembre , fit une paix sincère avec son collègue Rosen , et lui proposa Poubli du passé. Ils convinrent amicalement des branches de la science que chacun d'eux professerait ; on doitcitet la chimie parmi celles qui tombèrent en partage à Linné. Il occupa le 5 Mai la chaire de professeur en remplacement de Roberg,et prononça à cette occasion, devant un concours nombreux , un discours sur la né* cessité de voyager dans sa patxie : dePeregrmatiomhuiÊ intrcb patriam. Vers la fin de l'année scolaire Rosen et
* Voici leurs noms ainsi que les sciences auxquditeiï ils tte livraient : J. MoraBUs, la minéralogie. — Gottfr Dubois, la zoologie.— Fried. Ziervogel, la pharmacie. ^Sara. Wendt, la botanique. — P. Adlerheim, la physique. —H, J. Gahn , les science économiques.
lUÉMOIEBS AUTOOmAFHSS. — 1744* 4^
lui firent rédkftiige de fooctioQs, qui d'aVàQ^earaitëté convenu. Le premier • professa ranatomièylaphysitH* logie, l'étiologie et la pharmacie; il eut en outre la surintendance de Thoepice. Lintië enseigna la matière médicale , la botanique , \k diététique, la séméiotique «t l'histoire naturelle ; il fut chargé de la direction du jardin.
1748* — Linné fit restaurer la maison du concierge, et l'on s'occupa immédiat^uent de bâtir une orangerie. Le baron de Harletnànn fournit une grande quantité der plantes pour le jardin, qui fut agrandi et nivelé. On creusa des bassins , on aligna de belles et nombreuses avenues, etc. La maison du vieux professeur 0. Rud^ becky qui n'avait pour charpente que des arceaux de fer^ et qui ressemblait de loin à un vieux nid de hibou, foi abattue, reconstruite d'une manière plus conve-* nable et rendue digne de recevoir un professeur* Ro* bei^ ^tant décédé le 21 Mai de cette même année, linnë eut le traitement complet de sa place et fit imprimer à Upsal son discours de réception qui Ait plus tard réimprimé à Leyde.
1743. — De nombreuses acquisitions de plantes enri* cbirent rapidement le jardin. L'orangerie fut agrandie, lioné professa la diététique avec beaucoup de succès; ayant acquis par ses voyages et ses lectures une massé considéraUe de faits , il intéressa vivement son audi-*toire, qui fiit nombreux. Le 3i Mai, il fiit nommé membre correspondant de l'académie de Montpellier, et le 14 Juin, il lui naquit une fille, qui reçut le nom d'ÉUsabeth-Chrbtine.
1744* Linné travailla à termàiner plusieurs ouvràget d'utilité locale. Le jardin fut dispgsé d'après le sy«* tëme «exiiel^ et l'on im^ima i Leyde la discours de
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TeUuris habiiabuis incremento , prononce Pann^e précédente à l'ouverture des cours.
- S. A. R. le prince Frédéric ayant visité Pacadémîe pour la première fois, les professeurs lui furent présentés. André^ Celsius et Linné reçurent à cette occasion là qualification de lumina academiœ , à cause de leur vaste érudition et de leur grande réputation. Quelques mois plus tard , ce même prince fut reçu à son arrivée à Upsal par le recteur et quatre professeurs , parmi lesquels était Linné , qui seul fut prié de suivre le prince à Ekhèlsund, où il eut une audience particulière. Le 25 Avril suivant , mourut l'astronome André Celsius, ami intiuie de Linné, qui en ressentit un violent chagrin.
' On peut juger de ce que fit Linné pour améliorer le jardin botanique , quand on saura que le nombre des graines qu'il y sema s'éleva en 1742 à cinq cent soixante-sept espèces , en 1743 à six cents , et en 1744 àplus de mille. Les principaux botanistes qui lui donnèrent des graines furent : Dillenius , Gronovius , Van- Royen , Bernard de Jussieu , Collinson , Barrère , Sauvages , Gessner, Haller, Gmelinet Amman 5 il en reçut aussi, comme on sait, de Louis XV,et le baron S. Bjilke, qui venait de Russie , lui apporta une grande quantité de plantes récoltées en Sibérie par Messerschmidt , Gerber, Gmelin , Heller, Heinzelman , etc. 5 la plupart étaient inconnues. 11 reçut cette même année de Hollande \e rmisa, plante qu'il posséda avec un grand plaisir.
'. Naissance , le 8 Septembre , du troisième enfant de
Linné ^ ce fut une fille , qu'il nomma Sara Lena ; mais
cette tendre fleur s'eflfeuilla promptement : sedflos
fuU isU cadu&iis; elle mourut le 23 du même mob^
Le 12. Octobre , on le nomma secrétaire de l'acadé-
MÉM0IEB8 AUTOGAAPHBS. — 174^* 4^
mie y en témplacement d'André Celsius , professeur d'astronomiie^ et le 24Noyembre9 inspecteur d'hygiène pour la population de Smaland , en remplacement de ce même professeur.
1745. — Pendant le cours de cette annëe , Linné fonda un musée d'histoire naturelle à l'orangerie d'Upsal. S. A. R. et le comte de Gyllenborg fournirent les prenlières collections d'animaux. Les correspondans de Linné, et Linné lui-même, accrurent rapidement ce musée, qui devint bientôt l'un des plus riches de Suède.
La Flora et la Fauna guectea, ouvrages indispensables au pays , et auxquels Linné avait travaillé pendant quinze années , parurent vers la fin de l'autcmine ^ ainsi que la Relation du voyage de Gottland et d^Oëland.
Son beau-père étant décédé vers la fin de 1744 > Linné se rendit à Falhun pour recueillir l'héritage , dont il abandonna la plus grande partie à la veuve.
Linné exerçait à cette époque de sa vie , avec une grande considération , l'emploi pour lequel il était vraiment né. Il se trouvait sujSisamment riche , et sa fortune était honorablement acquise. Il avait une femme qu'il chérissait , de beaux enfans , et un nom qui n'était pas sans gloire. La maison qu'il habitait et que l'académie avait fait construire, était vaste et commode , et chaque jour il voyait le jardin s'accroître et s'embellir. Qu'aurait donc pu désirer de plus un naturaliste dont la ciuriosité était toujours excitée et toujours satisfaite? Il possédait de riches collections de minéraux , de plantes , d'insectes et d'animaux , et une bibliothèque nombreuse composée d'excellens ouvrages. Les murs de son cabinet étaient ornés par les por-
44 vos BE LlIOé.
4rciit8 des deux Rii&eck , ses estimables prédécessem's ^ jsi ressefrtblans qu'il ne leur manquait que la parole. On y voyait aussi ceux des botanistes les plus cëlèhtes , et notamment Tournefort , Rajus , Morison , ilivilu^ , Vaillant , Bôerhaave , Burmann , Plidcenet , Breyniué y €olumna , Jungermann , Koenig , Simon Pauli y Gamerarius , G. fiauhin , Ttlly et Sloane.
ty^G. — Le 3 de Juin, IL. AA. RR. visitèrent Vm^àémie, Linné eut l'bonneur de les accompagner^ et leur fit voir le musée et les serres , ainsi que les plantes les plus rares qu'on y cultivait. Chaque professeur reçut une médaille d'or en souvenir de cet événement^ mais Linoé , par faveur spéciale , en eut deux.
Le voyage en Wester-<Jottland * fut exécuté pendant la bdle saison. Linné partit le 12 Juin*,ii en écrivit la relation dans le courant de l'automne , et He livra ensuite tout entier à là composition du Spedes jo/oMtoTH^m^ ouvrage aussi long que difficile à composer.
Le comte de Tessin obligea la compagnie des Indes Orientales , qui venait de renouveler son marché , d'envoyer chaque année en Chine , et à ses frais , un jeune étudiant pour s'y occuper d'histoire naturelle. Tern-^ stroem , que Linné avait envoyé dans ce pays l'année précédente, mourut m€dheureusement en route.
Les barons Harlemann , Hopken , Palmstjerna , et le «comte Ekeblad , firent frappa à leurs ûrais une médaille en l'honneur de Linné et du comte de Tessin* Elle portait d'un côté, avec Feffigie de Linné, ce» mots : Cwtol. LkmœuBy Jf . D. B^. P^ofi Ups. œU Sg;
* Par Oerebro, Marlasted , LiJkoping , Skara, Skofde, Falkoping, Boras, Alingsas, Golhenburg , Bohus , MarsTraud, Uddewalla, Wenmcrsbo)g, Amal, Carîstad, ï>hi-
^ dd Pèutrt : Car. Guii. Tessin ei immartaliUiU êfftgièm Car^k lÀnncn CL Ekeblad, Jlnd. Hopken , N* PmhnHjfima et Car. Harleman, Dio. 1746.
1747* — Le 10 JanTier, S. TA. accorda à Linnë, et it son bi8U, le titre de premier médecin. On le nonmia, le 14 Février, membre de l'académie de Berlin, àPépoque de sa restauration; il fut le seul Suédois auquel o» fil cet honneur.
Ia professeur Hermann, de Leyde, qui, dans le courant du siècle dernier, avait été envoyé à Pile de Gejlaii et aux Indes pour y étudier les plantes à épiées , étaïkl mort peu de temps après son retour, ses collections ftorenft à la veille d'être perdues. Heureusement eHes tombèrent entre les mains de Gunther, pharmar eien de Copenhague , qui , voulant connaître le nom dea plantes renfermées dans ce précieux herbier, l'envoya d'abord en Hollande ; mais comme on lui répondit cpis le seul Suédois Linné pourrait le satisfaire, l'herbier fut adressé i Upsal.
Linné éprouva une très-grande joie de pouvoir fisûre connaître au monde savant ce trésor si long-temps pevdu; il s'occupa nuit et jour à déterminer et à cla»< 8^ ees plantes , dont Les fleurs étaient desséchées depuis plusieurs années. Il vint à bout de terminer ce tjravaij bcarculéen , et la Flora zeylajmôa parut cette S^|il)ée, ea ménie temps que le voyage dans leGottland OQ^d^^tal.
lie dbiancelier Lœwenhjelm prononça devant le diète Hl^ di^cou^ sur Futilité de l'étude des sciences naturaUes ei^ gifoérol , et en particulier sur li^ avantagea <|Ki^ le paijp^ pouvait retirer des vastes connaissances dé y^nné.
Sftllii fut çQVoyi^/dàftt If^Ainiriqaeatpteatrionale sttr