‹ Vie de Linné, rédigée sur les documens autographes, et suivie de l'analyse de sa correspondanceChapitre 4 sur 50 · VIE BB LINNÉ · texte numérisé non relu

VIE BB LINNÉ

la recommandation. de Linné, dont il était l'ëlève. Ce voyage était depuis plusieurs années l'objet de la soUi-. citude de ce professeur. Kalm obtint, ayant de partir,. la chaire d'économie publique à Âbo.

1747. — Grâce aux efforts de Linné, l'étude des sciences naturelles fut relevée dans l'opinion. Les cours qu'il avait faits à Stockholm et à Upsal , les nombreux ouvrages qu'il avait publiés , la fondation d'une aca-. demie des sciences dans la capitale de la Suède , et celle d'un jardin et d'un musée à Upsal , produisirent cet heureux résultat*, mais Linné ne trouvait pas que ce fût encore assez. Il obtint des états-généraux , au moyen des nombreux amis qu'il y avait , de faire mettre au concours un prix sur l'utilité des cours d'histoire naturelle dans les écoles et les gymnases. Les états décidèrent en outre que personne ne pourrait être reçu professeur sans.avoir été au préalable examiné par Linné.

On agrandit cette même année l'orangerie pour y établir une nouvelle serre et un musée.

1748. — Publication de VHorttis uptaiiensisy et de la sixième édition du Systema naturœ. A cette époque , la botanique était cultivée à Upsal avec une ardeur sans pareille. Les élèves étaient comptés par centaines. On faisait de fréquentes excursions pour trouver des plantes , des insectes , des oiseaux. Les mercredi et les samedi de chaque semaine, on herborisait depuis l'aube du jour jusqu'à la nuit. Les élèves , portant des' fleurs sur leurs chapeaux , rentraient en ville , et , précédés des instrumens rustiques , accompagnaient leur professeur jusqu'à son jardin. Ce fut là le dernier degré de splendeur de l'aimable science. Une ordonnance' du gouvernement parut , qui défendit aux nationaux de rien faire, imprimer en pays étranger , ce qui était

MilIOIEBS AUTOGEAPHIS. I748. 47

éTidemment dirigé contre Linné , le seul qui fut dans le cas préyu^ il eut donc les mains liées-, de dépit , il jeta sa plume au loin , et jura , dans sa mauvaise humeur, de cesser toute publication , et de ne plus entreprendre de grands ouvrages.

Ce fut à cette époque de contrariétés que Fick essaya^ par d'odieuses calonmies, de lui nuire dans Tesprit de ses concitoyens. Linné s'affligea beaucoup de cette conduite , car Fick lui était cher. Il reçut peu après une lettre de Harlem qui lui coûta presque la vie ^ il ne put en dormir pendant deux mois*. Ce n'est pas tout encore : ayant fait paraître la dissertation de Curio" siiate naturali in laudem creaioriêy Halenius, son meilleur ami, le combattit publiquement, quoiqu'il eût vu et approuvé cette même dissertation, avant qu'elle eût été mise au jour.

Une petite satisfaction d'amour^propre fut cependant offerte à Linné : Missa vint de Paris pour prendre à Upsal des leçons de botanique. Il ofi&it le premier exemple d'un élève venu de France pour étudier en Suède. Les travaux que Linné publia pendant le cours de cette année, sont connus sous les titres de Tœdia, Pan, Horologium Florœy etc. Cent quarante élèves suivaient alors ses cours. Le comte de Gyllenborg , Âlstrom, conseiller de commerce, Sagramosa , chevalier de Malte , et plusieurs autres personnes de distinction l'accompagnaient dans ses herborisations.

linné reçut de Gmelin un riche herbier de plantes

* Linné ne fait pas connaître le nom de la personne qui lui écrivit cette lettre, ni le motif qui )a lui fit adresser. Les recherches que nous avons entreprises pour éciaircir cette circonstance de la vie du naturaliste suédois , ont été sans résultat.

4$ Y» BB LIHIIÉ.

de ISbërk; il* en avait prëcédemment reçu deux au^ Ires , Fua de Gronorius , composé en entier de plantes dfi la Virgiaie ^ et Fautre de Sauvages , formé surtout è& plantes du Languedoc.

1749. — Publication de la Materia tnedica^ uni-» quaaent écrite pour satisfaire aux exigences de sa place. C'est sans contredit le meilleur ouvrage qui ait paiTU sur cette partie des sciences médicales.

Le 39 Avril , départ de Linné pour la Scanie *. Ge fiit la diète nationale qui ordonna de faire ce voyage. k son retour^ Linné visita Stenbrohult. Son p^e n'é^ tait plus : la mort l'avait ravi à sa tendresse -le 1 2 Mai de l'année fMrécédente. Samuel j le second de ses fils , le femplaçait dans sea fonctions de pasteur.

Lmnë , nommé recteur pendant son absence , entsra en fonctions vers la fin de l'année. Il envoya Montinea Laponie 9 Hagstroem en Jamtland , et Hasselquitz en Egypte. Ge desmier élève était entretenu aux fi*ab de Facadëmie.

Le 2 Décembre de cette année , naquit la troisième fille de Linné, nommée Louîsa.

1760. -^ Linné remplit avec zèle ses fonctions de recteur, et continua ses cours particuliers avec la même ardeur; malheureusement, il fut atteint d'un violent rhumatisme qui mit sa vie en danger , et le finrça de se dém^tre de ses fonctions de recteur. Il se guérit en mangeant une grande quantité de fraises. II tomba malade le i5 Juin, et perdit ses forces avec tant de rapidité , qu'il eût à peine le temps de remettre ses fonctions de recteur à un suppléant. Linné garda le lit

'^ Par Ghristianstad , Gimbrishamn ^ Ystad , Tralleborg , Falsterbo , Skanor; Malmo, Lund , Landscrona , HelsiDgbor^ et Engelholin.

MÉMOiABs AUtoo&^nnss. — 1750. 49

pendAntltii Kiois; et, le 16 Juillet, on dësespërait de sa vie. Cependant il en fut quitte pour devenir goutteux.

Les cdrrespoodans de Linnë le pressaient, depuis ph»ieuis années , de publier la PhUoêophia hoUmiea , et de n'en fiôre qu'un seul corps d'ouvrage avec la terttiinol(^ et les principes fondamentaux^ il sentit la nécessité de céder à ces instances, autant pour ré* pondre au désir des botanistes que pour faciliter les progrès de ses élèves*, Fouvrage fut donc livré à Fin^ jjNressioD , et parut l'année suivante , en même temps que le Voyage de Séante : il était urgent de faire eonnaitre au péblie ce qu'U renfermait d'observation» utiles.

Le jardux de Facadémie, enrichi d'une foule de nou* felks plamtea, rivalisait avec les principaux jardin» acadéiuqfo^ dé l'Europe. Linné se fît adjoindre un aide , demanda et obtint un garçon d'orangerie , vingt joumaiiecs pour faire les gros travaux, et cent mesure» de bois pour chauffer les serrer.

Limiéfutifoittmé membre de l'académie des science» de To«doQBe. Osbeck , l'un de ses élèves , partit pour la Chine en qualité de missionnaire. Hasselquist , qui s'é* tait plaint de manquer chargent , reçut de Linné et de 8€ss proprss deoiiers , cent écus. Une souscription ou-* verte par ses soins au profit de ce voyageur produisit q«atEé mille éeu» tf argent* Tou» les hommes dignes (Fapprétier le» ctttreprises généreuse^, qui demandent de grands efforts de courage et de vertu , s'empresse^ t9ut de concourir à cette œuvre méritoire.

Littnd ,. sfff l'invitation qui lui fut faite par un naioistre dn soi d'Espagne de désigner un naturaliste pour explorer la péninsule , fit choix de Lœfling : c'éUôt^k nuntttfor élèra qtf U eut alors.

5o TIt BB usmÈ.

1751. — Le 4 J^uiTier, une quatrième fflle de Linnë^ nomiiiëe Sara , yint au monde.

Kalm reTjnt da Canada ayec de riches collections , dont nne partie était destinée à Linné. Celoî-ci , retenu dans son lit par nne violente attacpie de gontte , se leva et fiit gaéri : Faspect de ces trésors botanicpies suffit seul pour loi rendre la santé.

Enrichi de tontes les plantes qui croissaient sur le sol de la Saède et sur celni de la Laponie, grossi des régétaox rares qu'on cultiyait dans les jardins d'Hartecamp , de Leyde , d'Oxford , de Chelsea , d'Upsal et de Paris, agrandi par une foule de plantes de la Virginie, da Kamtschatka , de la Sibérie et du Languedoc , reçaes des mains de GronoTitis, de Demidoff, de Gmelin et de Sauvages, l'herbier à^ Linné pouvait soutenir dès cette époque la comparaison avec les plus beaux herbiers connus.

Le roide Danemarck confia aux soins de Linné l'éducation d'un jeune étudiant nommé G. Tycho Holm, qui , après un an de séjour à Upsal , retourna à Copenhague , où il exerça les fonctions de professeur , de manière à honorer son maître et sa patrie.

Lœfling , arrivé en Espagne , correspondit exactement avec Linné , auquel il devait l'avantage inappréciable de faire ce voyage.

Hasselquist , qui , cette année , parcourut la Terre- Sainte, recueillit une foule d'observations intéressantes qui rendirent son nom célèbre.

La reine de Suède , c[ui avait pris un goût très-vif pour l'histoire naturelle , acheta de belles collections de coquillages et d'insectes des Indes. Linné reçut l'ordre d'aller à Drottningholm pour j décrire ces productions. Il fut alors forcé d'étudier la conchyliologie ,

iribiouLis AUToa&AMiné — 1753. 5i

ëtode qu'il entreprit sans guide , et à laquelle il n'arait jamais pense. Pendant son séjour dans cette réttdence » il eut le plaisir de converser journellement arec leurs majestés , et devint courtisan , métier pour lequel il nfavait aucune vocation.

Le Genêta , le plus important de tous les ouvrages de botanique j et qui était destiné à faciliter l'étude de cette science , étant terminé ^ Linné s'occupa du «^eeiesplaniarum. Il était à cette époque le seul honmie qui eàt à sa disposition les matériaux nécessaires pout entreprendre ce grand travail. Son herbier, conmie nous l'avons dit , était immense , et personne n'avait TU un aussi grand nombre de jardins et de collections que lui. A l'aide du livre méthodique dont on vient de parler, chacun put reconnaître les plantes déjà décrites par les auteurs et celles qu'on ne connaissait que d^uis peu de temps, ou qui étaient tout-à-fait DOiiYelles. Linné travailla deux ans consécutif à ce speeiêêf ce fut alors qu'il sentit les premières atteintes de la pierre, suite ordinaire d'une vie trop sédentaire el d'une pression long-temps exercée sur les viscères du bas-ventre.

1753. — Ebaselquist, après avoir visité la Pales^ tine, mourut àSmyrnele 9 Février; ses collections forent mises sous le séquestre. Linné , a£9igé , mais non découragé par ce revers, proposa aussitôt au roi de fidre YO js^r Koeler au cap de Bonne-Espérance : ce qui fut accordé. Koel^ venait d'obtenir, sur la recommandation de la reine , une bourse gratuite. L'ambassadeur suédois Haag demanda au gouvernement batave l'autorisation nécessaire; elle fîit refusée. Qui eut pensé jamais, lorsque les sciences fleurissaient en SoUjBmde il y a cinquante ans^ que, dans ce même

52 VIE ftE LVXJit,

pays, on interdirait, quelques années plus tara, k lin savant la facilité de voyager dans une colonie hollandaise pour faire connaître à Pmnivers entier queU qoes nouvelles merveiltes de k création.

Bergius fit, dans le courant de cette année, le royeige du Gothland oriental , et Tidstroem celui du Gothland occidental ; ces deux voyages ftureiiit entre^ IMCfts aux firais du comte de Tessin.

Osbeck, de retour de ses voyages, fit hommage à linné de son herbier, composé de six cents plantes à% la Chine.

1753. — Linné , raj^elé à la cour et chargé de décrire les productions naturelles renfermées dans les cabinets de sa majesté et dans Ceux du ceinte de Tessin , reçut du monarque une bagiœ précieuse , et du comte une montre en or, ainsi que le bel ouvrage de Rumphius , intitulé : Herharium anibotneme, dOût la valeur est de cent platers. Mais ce qui le toucha le ph» vivement fht l'assurance donnée par la reine que,8ison fils montrait des dispositions pour l'histoire naturelle , d^le le f<^rait voyager à ses frais dans toute l'Europe. Cette princesse éclairée , sur la demande de l'archiatrc Baëk , intimie ami de Linné , fit lever le séquestré mis à Smytne sur les collections de Hasselquist , et paya à cet efifet ta isomme de quatorze mille écus : <;onduite admii^le pour une princesse. Linné était reçu chez le roi et ch^ la feine comme toutes les personnes du rang le plus iéievé. On ne fitola bient6t plus à la cour que d'histoire naturdile. Le comte de Tessin aimait beau-> coup ciette science , surtout la partie qui traite des minâ*aux et des coquilles. La i^omtesse ellcHméme cultivait la botanique avec succès. Ainsi Linné sut élever ks scfeaoes oatureUes au plus l^amt dlej^é de splendeur,

MiMoi&Es autogràphu. — 1753* 55

et ea rendit l'étude attrayante , même pour les tétea couronnée» et les grands de la cour : tel est le pouvoir du travail et de la per^ëvërance*

Le lecteur a du déjà remarquer que Linné devient déplus en plus avare de délaiU^ eeê mémoires , vers les dernières années de sa vie ^ ne sanf plus qu'une sorte de mémorandum , destiné seulemeni à fixer la date de quelques circonstances intéressantes.

Dans le courant de cette même année (17 53), Linné reçoit d'Espagne et de Portugal des plantes qui lui sont adressées par Lœfling.

Il est décoré, de la main du roi^ de l'ordre de l'Étoile polaire , distinction qui , jusqu'à lui , n'avait été accordée à aucune autre personne de sa profession , et dont les chambellans eux-mêmes ^ quoique nobles y ne pouvaient être honorés*

L'impression du Muse^um tessinianum y commencé à Stockholm , est terminée. Le comte le dédie à Linné et y fait mettre ses armes , comme une haute marque d'estime.

Linné se remet à l'usage des fraises pendant les jours caniculaires , et s'en trouve bien.

Kbeler voyage en Italie, avec la bourse gratuite dite ffredienne, fondée par le comte Ekeblad \ elle lui est accordée par le roi sur la recommandation de Linné.

Lœfling reçoit du roi d'Espagne l'ordre de voyager dans l'Amérique du sud et de faire des collections pour la cour et le premier ministre , le roi de France , }â reine de Suède et Linné.

Aidé de ses immenses collections , Linné fait pa-

54 VIS SB LINiré.

raitre en automne le Speeies plantarum ^ il ëpnise dans la composition de cet ouvrage, en deux yolumes, toutes les ressources de son génie. Aucun livre n'est plus utile y et ne prouve plus de connaissances dans les matières qu'on j traite.

La vie sédentaire de Linné lui donne de nouvelles douleurs néphrétiques y qui disparaissent avec le temps par l'usage des fraises.

1 754. — Le 7 Avril , à trois heures après-midi , naissance d'un sixième enfant : c'est un deuxième fils, il est nommé Jean*

Cinquième édition du Gênera planiarum ; le Mu-^ BCBum A. Fredericiy écrit en entier sous les yeux du roi , est mis sous presse.

Départ du lieutenant-colonel Dalberg pour Surinam. Linné le prie de prendre avec lui Rolander , élevé dans sa maison. Ce jeune honune s'était surtout adonné à l'entomologie. Linné désirait obtenir de lui des mollusqpies vivans. Onze jeunes gens , élèves de Linné , avaient parcouru depuis dix ans différentes parties de la terre *.

1755. — Deuxième édition de la Flora Sueciea,

* Voici leurs noms :

Tersntroem, voyage aux Indes orientales, part en 174^ et meurt à Polocondor, en 1746- — Kalm, explore rAmérique septentrionale, part en 1747 et revient en 1751. — Hasselquist, Toyageà Smyrne en 1749 «en ^gyp^^ ^^ 17^0, dans la Palestine, en 1761 , et meurt à Smyrne en 1763. — Montin, parcourt la Laponie, en i749*«— Hagstroem, i^ Jemtland, en 1749. — Osbeck, la Chine, en 1760 et revient en 1763. — Lœfling, voyage en Espagne, en 1761, dans F Amérique méridionale, en 1754) et meurt en 1756. — Bergius, va en Gothland, 175a. — Tidstroem , en Westgothland , ^1752. — Koeler , en Italie , 1753. — RoUnder ^ à Surinam

, jj7oa,

uteoimu AUTOGRAPHES. — 1756. 55

daiislac[uellelinnë indique les propriëtës e'conomiques et médicales des plantes indigènes.

L'académie des sciences de Stockholm ayant fond^ un prix consistant en deux médailles d'or de la valeur de dix ducats chacune , pour le meilleur mémoire sur les moyens de fertiliser la Laponle , Linné remporte le prix. Il n'était pas possible de s'occuper de cultures régulières dans ce pays; mais Linné, ayant étudié les plantes des autres contrées , qui croissent sur les montagnes de semblables latitudes, proposa d'en importer plusieurs qui pourraient améliorer l'économie rurale de ce pays, chose à laquelle on n'avait pas pensé jusqu'alors.

Le ^9 Septembre , l'ambassadeur russe apporte à Linné le diplôme .de membre de l'académie de Saint^ Péterd[x>urg; H reçoit en même temps celui de membre correspondant de la société de Florence. Manetti , qui fut d'abord l'un de ses antagonistes les plus fougueux , lui témoigne de vifs regrets de sa conduite.

1756. ^— L'année entière est employée à préparer la dixième édition du St/stema naturœ y dans laquelle trouvèrent place toutes les espèces d'animaux nouvellement connus de Linné.

Rolander lui adresse des cactus couverts de cochenilles vivantes ; le jardinier qui les reçut s'avisa de les ikétoyer et de les mettre en terre. Les insectes périrent, et Linné, qui alors était absent, ne put même 1^ voir ; il en conçut un chagrin si vif qu'il fut atteint soudain d'une violente céphalalgie. Ainsi l'espoir de naturaliser en Suède la cochenille fut détruit , et pourtant rien n'eût été plus facile que de faire multiplier les cactus dans une orangerie. Ce fut là tout ce que Linné reçut de Rcpnder-, cet élève manqua de recon-

56 ViE DE LIHirjB.

naisswee eav^^ ^n maître , et le cidoinnia partoiti.

Linnë est anobli^ et (juitte le nom de LUmœus fonr {Mcendre celui de lifmé*

1757. — Son deuxième fils, nomme Jean, décède le 7 Mars , à l'âge de trois ans.

Li^në publie , le 24 Juin , le voyage d'Hasselquist.

Le 7 Mars, il perd Lœfling, qui meurt ai Amérique. C'était , de tous ses élèyes , cdui qui donnait les plus brillantes espârances, et il lui dut un ^and noinfare 4e choses remarquables. Cest lui que Linné avait en«- Yoyé au roi d'Espagne. Il était resté deux ans daaas lu pàiinsule , et il y avait fait une foule de découvertes importantes. On l'avait envoyé ensuite dans rAmAri"que du «ud; mais, ^uisé par la fièvre tierce, il 7 mourut d'hydropisie , en 1766.

Le docteur Koeler revient à Upsal, après avoir pas^ couru l'Italie et la Calabxe ^ il rapporte de nombreuses collections.

Linné travaille encore pendant le cours de eetteaiuiiëe à la dixième édition du Systemay ouvrage destiné à renfermer la description de toutesles productions naturelles connues jusqu'alors; l'impression en est commencée.

Naissance, le 8 Novepabre , à huit heures du soir ,de sa fille nommée Sophie. Elle vient au monde dans un état complet d'asphyxie ; mais , au bout d'un quart-<tf heure d'insufflation , on la rendit à la vie. On la baptise le jour suivant; ses parrains sont les deuxAurivilliers, l'un recteur de l'académie , et l'autre médecin du roi, et les marraines la femme de lillienberg , préfet des études, et la dame Bottiger.

Î1758. — Le comte de Tessin lui offre une médaille qu'il venait de faire frapper en commémoration de la d^cacé du J^èmier volume de la dixième édition du

inbfoiJiss AUTOORAPiiis. -^ 1763. 5^

SjfMiBma nmiêirœ; elle porte d'un câtë le bnste ée lAïuii y et de Tautare la devise itttutraiy avec trois cour ronnes : la première renferme des têtes d'animaux , U seeo&de des &eur9 , la dernière des cristaux et des minéraux^

liimé piddie VUer kUpanieum , pour perpétuer la oaénoire de Lœffling , son digne élève.

n ac^te Saija et Hammarby pour la somme de quatre-vingts mille écus.

1759. — lie fik unique de Linné est nonnné dér mOQ^trateor au jardin botanique.

PublieatioD du deuxième et dernier volume du Sy^ tema et du quatrième volume des Amctnitatei acadé^ miomp linné hiarangue LL. MM. et les princes y qui vieiMient i Upsal pendant l'automne. Il était en ce jPQoment; recteur à l'académie.

xj6o» -^ Il obtient le prix de cent ducats que i'aca- 4émie de StrPétersbourg avait proposé sur la question i d0 Sesm phmtarum.

Burmann et Schreber viennent à Upsal pour y suivre t8ealeç<Hi8.

Publication de la Fauna suectea.

i7€i. — iiinné fait un cours d'histoire naturelle aux Busses Demidoff , et reçoit d'eux un cadeau de trois mille cinq cents écus.

Le docteur Kuhn , plus tard premier professeur de médecine i Philadelphie, vient exprès d'Amérique pour prendre des leçons de Linné^fait unique dans les fastes Ae l'académie.

176:2. — Réception des lettres de noblesse antidatées 4e (piatre ans. Lorsqu'il est question de reconnaître les titres et defixer les armoiries , Linné propose à la diète U» trois champs de la nature , noir^ vert et roi^ ^ sur-

58 VIE DE LINHé.

montes cl'nn œuf dissèque , et sur le cimier la plante nommée Imnœa. Le garde-de^^ceaux Tilas change entièrement ces armoiries.

La diète ayant appris que Linné avait trouvé le moyen de faire naître les perles à volonté , le mande devant elle, et Linné fait connaître le moyen qu'il emploie. Bagge , négociant de Gottembourg , lui at^faète ce secret 18,000 écus de cuivre ; mais Linné se réserve le droit de le transmettre à l'un de ses élèves.

Nouvelle édition du Speciet plantarum.

Linné agrandit Hammarby. Il est nommé, le 5 Décembre , membre étranger de l'académie des sciences de Paris, et succède à Bradley, célèbre astronome. C'était le plus grand honneur qu'on pût faire à un savant , et jusqu'ici aucun suédois n'en avait joui. Le nombre des membres étrangers de l'académie des sciences de Paris est limité à huit. Voici le nom des personnes qui étaient alors revêtues de cette dignité académique : Morgagni , BernouîUî, Euler, Macclesfield , Poleni , Haller, Van-Swieten et Linné.

1763. — Linné fils , à peine âgé de vingt-un ans , est nommé professeur et suppléant .de son père. Ainsi la riche bibliothèque , les belles collections et les manuscrits trouvent un digne successeur , et leur conservation est assurée.

Linné reçoit le thé vivant de la Chine , après plusieurs années d'essais infructueux et d'espérances déçues. En arrivant en Europe, les graines perdaient leur faculté germinatrice , et les jeunes arbrisseaux exportés mouraient en route. Linné prescrivit de mettre les semences en terre au départ , et de les arroser fréquemment en route. Ce moyen réussit , et il eut ainsi l'honneur d'introduire le thé en Europe. Ce fut Ëkeberg qui

MiMOimiS AUTOGRAPHES. 1765. 5q

dirigea cette opëration. Linnë se flattait de tarir la source par où tant d'argent sort d'Europe pour n'y plus rentrer.

1764* — Linnë est atteint, le 3 Mai, d'une forte ]^eurësie; il reçut les soins empresses du docteur Roaen , qui le sauva d'une mort certaine. Il conçut dèslors pour ce confrère l'affection la plus sincère. Il passa toute sa convalescence à Hanunarby, où il célébra, le 9 Juillet , le vingt-cinquième anniversaire de son mariage"^. .

Il marie , le i3 Juillet sa fille ainée , Lise Stina , avec le lieutenant Bergencrantz.

La sixième édition du Gênera y augmentée et corrigée , parait vers la fin de l'automne.

Forskhal , professeur à Copenhague , et l'un de ses élèves les plus distingués , meurt en Arabie. Linné en conçut un vif chagrin , et pensa avec douleur à la perte que les sciences venaient de faire. Il se propose aussitôt de sauver son nom de l'oubli. C'est ce voyageur qui a découvert l'espèce d'amym à laquelle on doit VopobalsamufHy ou baume de la Mecque , dont on avait si longtemps et si vainement cherché l'origine.

1765. — Douzième et dernière édition du Systema naiurœ.

Linné travaille au Clavis medieinœ , ouvrage qui demande la vie d'un homme pour être suffisamment médité et complètement compris.

Il est appelé à Drottningholm pour y rémettre en ordre le csd)inet de S. M. ; il fait paraître le premier volume du Systema ^ et reçoit du roi de Danemarck deux superbes ouvrages : la Flora danica et le Mti^ seufn conchyliarum.

* Le texte dit ses noces d'argent.

6o VIS DE UBSS.

Q est le premier savant étranger nommé à l'académie de Dronth^im.

1767. — Linné est nommé membre de la soâété économûiue de Celles.

Il fait paraître la deuxième partie du premier ¥0* lame et le deuxième volume du Sy$tema naiurm.

1768. ^^ Il publie le troisième volume du Sjfiiêm^ fuUurœ j dont l'introduction ne saurait être trop mé^ dîtée.

1769. — Linné fait terminer la construction d'un musée à Hanunarby, sur une colline élevée ; ou y jouit d'une vue magnifique. Ses différentes eoUecticHis y a^iit placées, et les curieux s'empressent de les y visiter. Les murs des salons de sa maison de campagne , idnsi que ceux de sa chambre à coucher , sont couverts de peintures à fresque représentant les plantes les plu» remarquables des deux Indes. Linné reçoit du cap et de Maderaspatan des plantes curieuses, des oignons , et des graines qui lui sont envoyés par le gouverneur Tulbagh et par Kœnig.

1770. — Dans le mois*de Juin, il est appelé de noi}r veau à Drottuingholni , par ordre de S. M. , pour coordonner les objets d'iiistoire naturelle déposés au musée.

Au mois d'Août de cette même année , il est visité par F. Cal vert et par lord Baltimore , gouverneur du Maryland; le prince royal, qui fut plus tard Gustave III , lui fait aussi une visite.

Lord Baltimore ayant reçu de Linné , pendant une ^ule matinée , une leçon d'histoire naturelle , le grar tifie d'une superbe tabatière en or avec 100 ducats; il lui donne en outre un nécessaire de douze mille écus*

Linné fait en Septembre une maladie grave; mais il se rétablit assez promptement. •

KiMOI&SS AVTOG&AmS. — ^77^* &1

n est nomme membre de la sociëtë de Philadelphie.

17^1.— 'Le roi de France, Louis XV, fkit demander, par llambassadeor de Suède , des nouyelles de sa santë. Yoici en quels termes le conseiller'Kl'ëtat C. F. Scheffer toiTlt de Paris le 25 Février 1771 :

« Pendant mon séjour à Yersailles , le roi de France sfest initomé plusieurs fois de la santé de Farchiatre. Indépendamment de cette marque de bienreillance , il a tûuhi savoir dans quel état se trouvait le jardin botanique. Ce n'est pas tout , S. M. ayant recueilli de sa . propre main diverses graines , m'a prié de les faire patT^nir à Upsal en me disant : <( Je crois que cela fera plaisir à M. Farchiatre , je vous charge de les lui en- Tôyer. )» Linné les reçut en effet. Il y en avait cent trente espèces; différentes plantes vivantes les acanmpagnaient.

Des cours particuliers sont fidts aux étrangers dans le muséum de Hammarby : ils durent huit heures par jour»

Publication du deuxième Maniissa.

Solandesr, son mdlleur élève , qu'il avait chaudement reconmiandé à ses amis de Londres , revient en Angleterre après avoir fait un voyage de trois ans aufcttr du monde avec Cook et Bancks.

Il est nonmié membre des sociétés savantes de Fiesringue eit de Rotterdam.

1773. Linné est recteur pour la troisième fois *, pendaiitt six moi$ que durèrent ses fonctions , la conduite dés ^bSres tat exempiaire,et il ne s'éleva contre eux au* cmne pfadnte fondée , jamais semestre ne Ait plus tranquille. A l'expiration de ses fonctions , les étudians de toutes les natbns hii enroyèrent des députations pour lé prier d'agréer Fexpressiou de leur vive reconnais-

62 VIB DE LINNÉ.

sance , et lui demander la permission de faire imprimer son discours de recteur. Thunberg et Sparmann y ses élèves , lui expédient des plantes du Cap ; mais l'ingrat Solander ne lui adresse ni plantes ni insectes des terres australes. Forster, qu'il n'avait jamais vu , lui envoie de la Nouvelle-Zélande sa collection d'insectes des lies Canaries. Hill lui fait hommage de son 5y«lema phmtarufn , ouvrage immense formant vii^ttrois volumes in-folio , et d'une valeur de huit cents ducats.

L'académie d'Oxford lui fait parvenir la nouvelle édition de la Conchyliologie de Lister. Miller lui donne s6n Botanical prinis y rempli des plus belles gravures qu'on pût voir y et classées d'après la méthode linnéenne*

Linné est nommé membre honoraire du coll^ d'Edimbourg le 3 Novembre.

Le roi d'Angleterre fait disposer le jardin de Keir d'après la méthode sexuelle, méthode déjà adoptée par le roi de France pour celui de Trianon.

1773. — Linné est malade d'une angine épidémique et fort souffrant de douleurs lombaires , qui se terminent par une ischiatique.

Il est appelé à Stockholm comme membre d'une société biblique.

Linné reçoit une foule de belles plantes qu'il doit à plusieurs de ses élèves voyageurs. Il essaie de naturaliser dans son jardin les plantes de Sibérie , dont les graines lui avaient été données par divers botanistes étrangers. Il espérait ainsi faire quelque heureuse acquisition pour la Suède.

Il est nommé membre de l'académie de Sienne.

La princesse de Bade-Durlach fait faire les dessins

MÉIIOI&SS AUT0G&APBE8. — r 1774* 6^

(^leones) de toutes les plantes décrites par Linnë. Les frais de cette entreprise dépassèrent quatre-vingt-dix mille ducats; jamais roi n'avait encore fait autant pour les sciences naturelles.

1774. — Le pape 9 qui d'abord avait défendu les ëcrits de Linné dans les états de l'Eglise y donne l'ordre de suivre les méthodes linnéennes dans l'enseifpiement des sciences naturelles.

Bufibn , antagoniste de Linné , que toujours il avait combattu , est obligé , bon gré y mal gré (^nolenSy vo^ Uns) j de feire arranger les plantes du Jardin-niu-Roi d'après le système sexuel; cela se pratiquait du reste dans la plupart des jardins botaniques , et dans les jardins particuliers des rois de France et d'Angleterre.

L^académie des sciences fait faire le portrait de Linné pour le mettre dans la collection de portraits de tous ses membres ; il est fort ressemblant , ainsi que celui ùli par Akrell.

Linné est appelé de nouveau à Stockholm comme membre de la commission biblique; mais il j donne fort peu de temps , et revient à l'étude de ses sciences favorites. Chaque fois qu'il allait à Stockholm, il logeait chez Baëk y son meilleur ami , qui le recevait comme un frère.

Au commencement du mois de Mai, en donnant une leçon dans un de ses cours particuliers , il a une l^ère attaque d'apoplexie, dont il ne pourra sans doute jamais se rétablir.

Mutis lui envoie de la Nouvelle-Carthagène et de la Nouvelle-Grenade , des plantes rares , collées et dessinées soigneusement , ainsi que des oiseaux très-bien conservés.

Vers Noël , le roi lui fait parvenir quatre voitures

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de t)lante8 conseryées dans de l'esprit de vin ^ atw^ des» fleurs et des fruits; il y avait en outre d'autres objieQ^ d'histoire naturelle venant de Sumatra; le tout se coo»* posait de deux cents boites ou caisses* Il se sentit retivte et se ternit au travail , afin de classer et de décrire ces riches productions pendant les fêtes de Noël.

1775. — ' Le peintre Roslin , qui ne faisait guète dé portraits à moins de mille platers ^ entreprend gralte celui de Linné : c'est le plus ressemblant de tous.

Le 12 Août, le roi vient exprès de Eckelsundà UjMâl pour voir Lk^né , et reste avec lui tout un après-midi.

Linné est proclamé membre de la société jt^roj^ÂI^^ et reçoit encore du Cap ^ de ses élèves Thunber^g et Sparmiann , une très^belle collection de plantes.

Kœnig lui adresse aussi une grande quantité de plantes des Indes.

Linné boite, marche à peine, se fait compreiidM difficilement , et peut à peine écrire^

1776.-11 reçoit du roi une lettre autographe*

Linné demande sa retraite. Le roi ne veut pas y

consentir.. Son traitement est doublé , et on lui dontité

deux grandes fermes pour lui et ses enfans.

L'impératrice de Russie lui accorde , en qualité de membre de l'académie de Saint-Pétersbourg, la Tûnè^

dsâlle en or relative à la paix conclue avec les Turcs.

Cette médaille avait une valeur de vingt ducats.

Horrebow et Berger, tous deux Danois , et Gmno^

de Hambourg, viennent à Upsal en qualité d'élèves^ J

maie» Linné est si malade qu'il peut à peine leur

parler, car la fièvre tierce se joint à la paralysie, et

sa faiblesse est extrême. • . « • « «

66 yiE DE LINIïé.

est pleine de sens et de raison. Ce n'est guères que vers la fin de 1777 qu'il perdit lé libre exercice de ses facultés, et l'on peut s'étonner qu'il en ait joui aussi long-temps.

Aucun savant n'eut une plus longue carrière scientifique que Linnë. La publication de son premier ouvrage , VHortus uplandicug, remonte à l'année 1751 , et celle des Plantœ surinamenses à 1775. Il existe donc un intervalle de quarante - quatre ans entre ces deux publications. En 1776, il fit paraître huit thèses 9 et écrivit encore , l'année suivante , et de sa main , le protocole des cours de la faculté ; enfin j quoique ses forces physiques déclinassent sensiblement , il continua néanmoins ses fonctions de recteur, et présida à la thèse d'Acharius , intitulée Planta aphyteia ^ mais , pendant le cours de cette année , sa mémoire s'affaiblit beaucoup , et son écriture devint illisible ; il alla pourtant à la cour pour défendre les droits de la faculté d'Upsal contre les empiètemens du collège de médecine de Stockholm. Il vit le roi , qui lui accorda aussitôt , et avec une grande affabilité , l'objet de sa demande.

Peu après ce dernier voyage, Linné éprouva une nouvelle attaque , et fut paralysé dn côté droit-, 11 devint d'une maigreur excessive 5 ses sens étaient presque complètement émousscs; sa mémoire s'effaça au point qu'il oubliait les choses les plus faciles à retenir. La fièvre ne le quittait presque plus 5 il écrivit pourtant encore quelques lettres, et la dernière fut adressée A son ami Baëk le 9 Décembre 17765 on y trouve ces mots presque illisibles : « Dieu a résolu de briser tous les liens qui m'attachent aux choses terrestres. » Au .icommencement de 1777, il- habitait Upsal, pronon-

TIS DE LITUVi* 67

çait des paroles sans suite et quelquefois même inintelligibles ; il avait , assure-t-on , oublié jusqu'à son propre nom. Il jouissait pourtant encore de quelques momens lucides ; lorsqu'il voyait quelques-uns de ses ëlèves les plus distingués , ou qu'on lui parlait d'histoire naturelle , sa figure s'épanouissait à l'instant y et l'intelligence venait animer ses traits. Si l'on mettait devant lui ses propres ouvrages , il les feuilletait avec plaisir , et faisait entendre qu'il serait heureux d'être l'auteur d'ouvrages aussi utiles.

La saison étant plus avancée 9 Linné fut conduit à sa campagne de Hammarby , distante d'un mille environ d'Upsal, et il y demeura tout l'été. Lorsque le temps le permettait , on le transportait dans son jardin ou dans son muséum , afin qu'il pût voir ses collections et ses livres; après quoi on le reconduisait dans sa chambre; il paraissait plus gai d'avoir vu ses richesses.

Sa santé s'étant un peu améliorée en automne, il quitta la campagne et revint à Upsal; mais le mieux ne se soutint pas ; aussi , quoiqu'il eût fait mettre sur le programme des cours de la Faculté qu'il désirait se rendre utile à l'Académie , autant que ses forces délabrées le lui permettraient , son fils prononça à sa place le discours d'ouverture comme professeur ordinaire.

Vers lé commencement de l'hiver de l'année 1777, et peu de mois avant sa mort , Linné sortait encore de temps en temps; mais le cocher avait ordre de ne pas le conduire au-delà des barrières. En Décembre , il se fit placer sur un traîneau , et força son domestique de le transporter à SaQa , qui n'est qu'à une lieue environ de la ville ; celui-ci , s'étant refusé à le satisfaire , encourut de vifs reproches , et se vit contraint d'obéir. La famille ne voyant pas rentrer Linné à l'heure ae->

68 VIE DE LïlHJUt.

coutumée , conçut de vives inquiétudes , et eûvoyà à sa recherche. On le trouva A Safja , ëtendu sur la couverture de son traîneau , fumant tranquillement sâ pipe dans la cheminée du fermier. On eut de la peine à le ramener à Upsal, où il rentra fort tard. Ce fut là le dernier acte de cette volonté forte qui lui fit entreprendre et finir un si grand nombre d'ouvrages importans. Peu de semaines après, Linné n'était plus; il expira le 10 Janvier 1778 , à huit heures du matin , à Page de soixante-dix ans , sept mois , dix-sept jours. On donne comme cause principale de sa mort une ulcération de vessie; mais on peut dire, avec plus de vraisemblance^ qu'il mourut de vieillesse.

Linné emporta dans la tombe , avec les regrets de ^es concitoyens, l'admiration des savans de tous les pays. Upsal fut dans le deuil le jour des funérailles. Le roi de Suède fit frapper une médaille en son honneur et lui fit élevet un tombeau dans la cathédrale d'Upsal. Dirons-nous que ce généreux monarque l'avait anobli? La postérité dédaignera de s'en informer; mais elle redira avec attendrissement qu'il lui rendit un hommage unique dans les fastes de la science , en exprimant , dans le discours qu'il prononça aux États , l'année même de la mort de ce grand homme , de touchans regrets sur la perte qui venait d'affliger la Suède.

Linné était d'une taille au-dessous de la moyenne; mince , mais bien fait ; sa tête était large ; sa physionomie firanche et ouverte. Ses yeux , vifs et perçans, avaient une expression de finesse très-remarquable. Il avait une santé robuste ; dormait en été depuis dix heures jusqu'à trois , et en hiver depuis neuf jusqu'à six ; il quittait le travail toutes les fois que son esprit

me paraissait plus dispose à seconder ses intentions. Le caractère de Linné se devine aisément par la nature de ses goûts ^ il désira la gloire et aima la louange^ mais quel homme y fut jamais insensible? Il n'eut qu'une passion, celle de l'étude; qu'un désir , celui d'éclairer les hommes; indulgent envers la jeunesse , il n'oublia jamais qu'il avait senti long-temps le besoin de s'appuyer sur des protecteurs; aussi prodigua-t-il aux jeunes étudians, et ses conseils > et son argent. Son cœur était fermé à la haine; attaqué comme auteur systématique , la seule vengeance qu'il tira de ses adversaires fut de donner leurs noms à des végétaux hérissés d'épines , à feuilles couvertes de piquans, à fleurs peu apparentes , épigrammes innocentes qui ne pouvaient flétrir la mémoire de ses critiques, auxquels il dédaigna de répondre. Il disait ordinairement : « J'employerai les années qui me » restent à faire des observations utiles, et non àré- » pondre à mes adversaires^ Les erreurs en histoire » naturelle ne peuvent se défendre , les vérités ne » peuvent se cacher ; c'est donc à la postérité que j'en % appelle.» Tous les sentimens bienveillans trouvaient place dans son ame; il oubliait l'injure, mais non le hienfait. Son racconamodement avec Rosen fut aussi sincère que durable. Qifibrt lui dut l'immortalité ; Linné se plut à attacher le nom de son Mécène à plusieurs grands ouvrages qui passeront à la postérité IsL plus reculée. Vivement sollicité par Van-Royen de se fixer à Leyde pour y prendre la direction du jardin botanique^ on le vit obstinément refuser cette offire, quoiqu'il f«t alors dans le besoin , parce qu'on exigeait de lui qu'il classât d'après le système sexuel liîs plantes du jardin ^ rainées suivant la méthode de

^0 ^lE DE LINllé.

Boerhaave; sacrifiant ainsi son amour-propre et Pespoîr d'une existence heureuse et paisible , à ce qu'il croyait devoir à la mëmoire de son bienfaiteur. L'amitié le trouva aussi fidèle que la reconnaissance. On sait qu'il publia les travaux d'Artedi sur les poissons , et que , dans une préface , qui doit être citée conmie un modèle de bonne latinité , il déplora la mort de ce malheureux condisciple 9 et parvint attirer de l'oubli ce nom qui M fut cher.

On sait aussi combien sont touchantes les notices qu'il publia sur la fin prématurée d'Hasselquist , mort à Smyrne en 1762, et sifr celle de Loefling, mort à Cumana en 1766. Esprit supérieur et profond, Linné sut allier à d'immenses connaissances en histoire naturelle , le respect des dogmes religieux , et parla de la Divinité comme en parlèrent Bayle , Haller , Locke et Newton. On lisait écrit au-dessus de la porte de son cabinet : Innocue vivite , Numen adest, « Vivez dans » l'innocence , Dieu est présent. » Les premières lignes écrites par ce grand homme , dans son système de la nature, sont une admirable profession de foi. «Éternel, )) immense , sachant tout , pouvant tout , que Dieu s^ «laisse entrevoir, et je suis confondu; j'ai recueilli » quelques-unes de ses traces dans les choses créées 5 et » dans toutes , dans les plus petites même , quelle » force ! quelle sagesse ! quelle inexplicable perfection ! » Les^ animaux , les végétaux , et les minéraux em- » pruntantet rendant à la terre les élémens qui servent » à leur formation ; la terre emportée dans son cours » immuable autour du soleil dont elle reçoit la vie; » le soleil lui-même tournant avec les autres astres, et » le système entier des étoiles suspendu et mis en mouy> vement dans l'abîme du vide par celui qu'on ne peut

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