‹ Vie de Linné, rédigée sur les documens autographes, et suivie de l'analyse de sa correspondanceChapitre 35 sur 50 · linné dut à la botanique ses jouissances les. plys · texte numérisé non relu

linné dut à la botanique ses jouissances les. plys

38o tîinnÈ

Traies pendant la prospérité, et ses plus douces ces- «olations dans lé malheur. J.-J. Rousseau qui j comme linné, eut beaucoup à se plaindre des hommes , et qui eut à s'en plaindre bien plus long-temps , troura aussi dans la botanique un allégement à l'infortune. Ce n'est pas sans attendrissement qu'on lit ces phrases du plus éloquent de nos écrivains : « Je dois ma yie aux plantes } ce n'est pas que je leur doive du bonheur, mais je leur dois de couler encore avec agrément quelques intervalles au milieu des amertumes dont elle est inondée. Tant que j'herborise , je ne suis pas malheureux^ et je vous réponds que, si l'on me laissait faire ^ je ne cesserais d'herboriser du matin au soir. J'herboriserai, mon cher hôte , jusqu'à la mort et par-delà; car, s'il y a des fleurs aux Champs-Elysées , j'en formerai des couronnes pour les hommes vrais, francs, et tels qu'assurément j'avais mérité d'en trouver sur la terre. »

4^ • Linné a dit et écrit qu'il n'avait pas l'honneur de la découverte du sexe des plantes , et , en effet , elle est antérieure àThéophraste; il vUe s'attribuait pas même celle des organes sexuels, que l'on croit lui devoir-, il sut néanmoins se l'approprier par les admirables applications qu'il en a faites.

Tout le monde sait que Linné a écrit un mémoire fort intéressant dans le quatrième volume des AnUnir tés académiques y sous le titre de Somnus plantarum, .1755. Mais ce que l'on ignore généralement, c'est le nom de la plante qui fournit à Linné la première observation^ relative à la disposition que prennent les folioles de certaines plantes pendant la nuit ou dam l'obscurité. Cette plante est le Lotus ornUhopodioides, qu'il avait reçu du docteur Sauvages de Montpellier.

Mini&ALOGItTS. 381

43*La méthode naturelle ne paraissait à Linné qa^rn but éloigné que les botanistes ne pourraient atteindre cpie fort tardivement; il disait : Née tperarefàê quod noêtra œtat êyttema quoddwm naturale vident et vùf seri nepotes. Le génie des botanistes français devança l'époque probable de l'établissement de la méthode naturelle , et nous leur devons le système le plus philosophique que puissent jamais inventer les hommes.

43. Avant de terminer le S^eeies plantarum , Linné déclare avoir analysé plus de dix mille espèces de fleurs y dont un grand nombre l'ont été plusieurs fois.

LllflTÉ MINi&ALOGISTB.

44* Le système de Linné , conmie géologiste est peu connu; nous croyons qu'il est intéressant de le présenter sommairement.

«Le globe, couvert en entier par les eaux,s'est insensiblement desséché; les continens ont paru; les mers ont été resserrées dans leurs bassins. Les traces de la retraite lente et successive de l'Océan se voient partout; les traces du déluge universel ne sont apparentes nulle part. L'eau, la terre et les sels sont les seuk principes qui ont concouru à la formation des animaux et des v^étaux, réduits , après une vie plus ou moins courte, en une substance terreuse propre i la formation de nouveaux corps organisés, qui devront périr de nouveau. Les précipités que les eaux de la mer ont formés dans son bassin donnèrent naissance à l'argile. Les sables accumulés sont l'effet du lavage des eaux pluviales et de la cristallisation qui s'en est sui-* vie. La concrétion des sables^ mêlés à l'argile endurcie, quelquefois talqueuse^ avec des intervalles ocçu-

383 jJRjai

fés par des cmtaux de quartz , de spath et de mica , constituent ces masses de rochers, qui ont autant de solidité que de profondeur, et qui forment la charpente du globe. Ces rochers sont disposés par couches, eit l'on trouve dans cet arrangement une preuve de leur origine et de leur ancienneté comme dépôts formés par les eaux. C'est là que gissent les métaux les plus précieux. Les marbres et les calcaires doivent être attribués aux débris des êtres organiques qui ont existé depuis l'origine ou la première création de ces êtres. Ia forme qu'affectent les dépouilles organiques est assez variée ; on les trouve à l'état fossile ou de pétrification , plus ou moins décomposées , quelquefois imprimées en creux ou en relief, et servant de base à d'autres matières qui en ont pris la place.

» Les couches superficielles de la terre doivent être toutes attribuées aux eaux de la mer, ainsi que le témoigne la nature des corps organiques qu'on y trouve. Ces dépôts, qu'une longue suite d'années a formés , ne peuvent être l'effet d'une révolution subite arrivée au globe. Voici comment ils sont arrangés : une couche inférieure , formée de grès ou de pierre meulière , sur laquelle s'applique une couche schisteuse recouverte de marbres et de calcaires. Sur cette troisième couche, se trouvent encore des schistes, qui supportent une cinquième et dernière couche de rocher.

» Voici comment ces couches peuvent avoir été formées :

» L'Océan , agité jusque dans ses abîmes les plus profonds , s'est enfin calmé , ce qui a donné lieu à une cristallisation et à un précipité aréneux : voilà la première couche. Le détritus formé par la destruction successive des plantes marines constitua la deuxième.

AUTEUE SYSTÉMATIQUE ET KOXEITGLATSini. 385

Les vers , les mollusques, les zoophytes et les poissons f(»rment , après une longue suite de ^nërati(»is , isoe troisième couche ou sédiment argilleux, qui a couvert peu-à-peu ces detrUm à des niveaux diffërens^ jusqu^à ce que cette masse ^ progressLvemait ëleyi^e, lût paru i la surface de l'eau, et l'ait contrainte à se retirer des parties de son bassin successivement comblées. De là la formation des, plages et des côtes de la mer contice lesquelles l'onde amère n'a point cessé de rejeter de» Jucui détruits et devenus terreux, jusqu'à ce qu'enfin une couche de terre sablonneuse se soit formée ^pour constituer ime dernière couche, qui s'offire sous l'aspect d'un sable mobile ou d'un rocher solide , suivait ^'il y a ou non solidification.

» C'est donc ainsi que toute l'épaisseur des. parties de la terre, voisines de sa surface, et que les hoixuaes ont pu sonder, s'est formée, et qu'après le travail de la^pétrlfiçation, qui a durci certaines parties, lié et uni inibuement d'autres , les n^ontagnes ont été .taillées àw» ces masses. Ce travail n'a pu être exécuté qi^e dans.uixe longue suite d'années. »

A l'époque où Linné donnait cette théorie 9 dans la* quelle tout ne doit pas être aveuglément condamné , il n'existait rien de bien satisfaisant sur la formation du globe. Ce système a le défaut conmiun à tous les systèmes , celui d'être basé sur la généralité de quelques faits particuliers, dont les analogies n'ont pas été suffisamment analysées.

LlBIVÉ AUTEUR STSTÉHATIQUE ET TCOMEKCLATEUR»

45. Ce fiit à l'âge de vingt-trois ans seulement que linné posa les fondemens de son ingénieuse méthode

Page 1