‹ Vie de Linné, rédigée sur les documens autographes, et suivie de l'analyse de sa correspondanceChapitre 36 sur 50 · LINNÉ · texte numérisé non relu

LINNÉ

sexaelle. Il publia en 1731, dans VHarius uplandp-^ eus y une classification des plantes basée sur les organessexuels.

46. Le premier ouvrage établi sur les nouvelles idées de Linné, qui parut en Europe sur la botanique, est du i Clayton.

47* Linné se plut à porter ses idées de réforme jus* ques sur la division du temps; il partageait botaniquement l'année en :

HiEMS. — Brumalù. -'^ GlaoicdU. — Regelationiê.

Vee. — Germinationis. — FrondescenUœ. — /%resceniiœ. ^

Matas. — Grossificationis. — MtUurationù. — Messie»

AuTUMNUs. — Disseminationis. — DefoliaUonis — Congelationù.

Nous ferons remarquer que l'on trouve dans cet noms nouveaux: Brumaire, Frimaire, Germinal, Prairial , Floréal, Fructidor^ Messidor , et Nivôse. Linné aurait-il donc fourni l'idée de la division de l'année républicaine? Nous sommes assez disposés à le croire.

48. Linné et ses sectateurs , a-t-on dit , sont d'arides nomenclateurs pour lesquels la nature inanimée a seule des charmes; leur cœur est souvent fermé aux douces impressions ; car tout par eux est soumis à l'analyse. Quelle injuste accusation ! n'ont-ils donc jamais rien appris de la vie de Linné,ces hommes prévenus. Bartsch, LœfSing , Hasselquitz, Zoéga , et vous surtout , malheu* reux Artedi , venez nous dire si Linné vous aima et s'il pleura votre mort; faites-nous connaître si , comblé de biens et d'honneurs, il négligea de vous payer la dette de l'amitié. Témoignez de la noblesse de soa

xuTBua ststéhatique et bohekclatsuA. d85

'«œur, TOUS qu'il immortalisa, Rudbeck, Stobœus, Oifibrt, de Tessin; apprenez-nous s'il ftit reconnaissant ou s'il ftit ingrat; et tous Adanson, Siegesbecky BulOfon ; montrez-moi y dans les ouTrages qu'il publia, les ëpigrammes dont il paya tos critiques amères.

4g«« Cen était fait de la botanique, dit le citoyen de GenèTC, si les anciennes règles établies par la nomenclature aTaient été suiTies. Rien n'était plus maussade ou plus ridicule , lorsqu'une femme ou quelqu^un de ces hommes qui leur ressemblent, demandait le nom d'une herbe ou d'une fleur de jardin, que la nécessité de cracher, en réponse, une longue tirade de mots la^ tins qui ressemblaient à des éTOcations magiques. »

5o. Linné raisonnait assez souTcnt ses dédicaces de plantes; on sait , par exemple, qu'il nomma Bauhmia un genre de plantes à feuilles bilobées, à cause des ieim frères Bauhin, également célèbres et néanmoins amis^ Xtpma^nne plante toujours Terte, parce que RiTin sut acquérir l'inunortalité par ses ouTrages,* CommeUna, une plante dont la fleur montre trois pétales , deux fort grands et un troisième presque imperceptible 9 parce que , de trois frères , deux seulement parTinrent à illustrer le nom de Conunelin; PUonia , une plante hérissée d'épines, en mémoire de Pison^ critique acerbe et souTent injuste; Phikenetia, une plante extrêmement irrégulière dans sa forme , i cause des idées bizarres du botaniste Plukenet , etc.

Dans sa nomenclature épigrammatique , Linné n'oubliait pourtant jamais la justice, et ses antagonistes ont souTcnt été traités aTCC générosité. Le genre Ustête^ ria, par exem{de , renferme des plantes épineuses , joçiais dont le port ne manque pa$( d'âégance. l^Sie^

:>86 hmni

f/eêhê^da arienialis est une fort belle plante , VAian* Mohia Tttn des phis beaux arbres de la crëatioo , les fleurs du Poniedetia sont charmantes , etc.

5i. Browall , disciple de Linné, puis son ami , pois son riTal, puis enfin son adversaire , se distinguait entre tous ses émules par l'espèce de culte qu'il vouait & son illustre maître. Linné voulant récompenser quelques -succès que ce jeune naturaliste avait eus dans ses études, lui consacra un genres mais il voulut que cette dédicace fut en même temps une leçon , et que la plante qu'il lui dédiait rappelât quelque trait de son caractère y ou vit donc paraître, dans Vfforfuê Ciff- Jbrtianuêj un BrawaJlia demiêsa (abaissé vers la terre) ', Browall n'en resta pas moins un modèle apparent d^humilité et de modestie. Il était dans les ordres; d'abord il obtint une cure, puis un décanat, puis enfin un évéehé. Ce fot alprs que Linné fit paraître le BrowaOim «data, comme pour rappeler l'essor rapide dusim]^ î^^tre; mais celui-ci, fier de sa haute dignité, oilblk ce qu'il devait à Linné. Aussi arrogant qu'il avait été Soumis , il osa s'établir juge des glorieux travaux de son maître, et s'oublia même jusqu'à le critiquer avec amertume. Linné, voyant ce changement étrange, se tut; mais ayant trouvé une troisième espèce de Braitùffiay aux formes bizarres et dont les caractères sont flïlibigus,il la qualifia à^alienata; ces trois espèces sont eiîicore aujourd'hui les seules que l'on connaisse, l^ diatribes de Browall contre Linné n'eurent pas d'autre réponse. J.-J. Rousseau, qui admirait la modération de Linné enviers ses critiqua , s'écria, dans un moment d^abandon? « Que n'ai-je imité le professeur d'Upsal: j'y aurais gagné quelques jours de bonheur et des au-» nées de tranquiUité» »

AUTEUE STStÉMATIQUB ET NOMElfCLATEUB. 287

52. On a reproché à Lionë d'avoir nommé Bufonia une plante auprès de laquelle aime à'se cacher le plu8 hideux des reptiles , afin d'outrager, par un rappror chement injurieux , celui de qui l'on a dit : Majesiati naturœpar ingenium. Une foule d'auteurs ont répéta cette assertion mensongère que nous ne chercherions pas i réfuter, si plusieurs contemporains n'avaient paru y ajouter foi en lui donnant place dans des ouvrages qui sont entre les mains de tout le monde.

Cette imputation odieuse a pris naissance dans la di£férence de mérite des deux grands honmoies.

Un savant aussi méthodique que Linné devait mal apprécier le principal mérite de Buffon. Le naturaliste firançais doué d'une imagination brillante avait un style enchanteur dont un étranger ne pouvait goûter les charmes. De son côté, Buffon dédaignait des trar> vaux qui semblaient vouloir mettre des entraves au génie , et faire substituer des phrases synoptiques ou d'arides descriptions à ces expressions éloquentes qui le placèrent si haut comme écrivain ; mais , quoique suivant des routes différentes , ces deux hommes eurent une ame trop élevée pour qu'on puisse supposer que l'un d'eux pût commettre une injure grossière^ et que l'autte pût croire qu'elle fût rédlement ccMnmise.

Nous avons appris d'un savant suédois> M. de Rosén^ vieillard octogénaire, compatriote de Linné et son disciple dans les dernières années de sa vie , qu'il s'indignait avec tout lé feu de la jeudeéée de ce que l'ozt pouvait croire à la possibilité d'iiH outtage dont Bufibti aurait été l'objet. « Buffon, disait Linné y n'a point reculé les bornes de la science, mais il sut la faire ai>aaer; et c'est aussi la servir utilement. » Il\iy<kiltit

S88 UKHÉ

cpie, s'il n'avait pas cru devoir dédier une plaûte à l'un de ses antagonistes*, du moins n'avait-il jamais voulu l'injurier. Le caractère honorable) du vieillard de qui nous tenons cette anecdote , et celui du savant illustre dont il est fait mention, nous disposent j^croire que cette dénégation était sincère^ et nous l'accueillons. La gloire des grands hommes appartient à la postérité tout entière ; et quand il s'agit de venger leur mémoire, il serait odieux d'entendre demander qudle fiit leur patrie. En travaillant à agrandir la sphère des connaissances humaines , ils sont devenus citoyens du monde.

53. Il est difficile de se rendre compte de l'oubli dans lequel Linné a laissé le nom du comte de Tessin qu'on cherche vainement dans la nomenclature linnéenne. Il serait pourtant injuste de taxer Linné d'ingratitude^ il dédia à son illustre protecteur le Sysiema naiurm, le plus important de ses ouvrages.

54* Si quelquefois la nécessité de nommer les plantes fut pour Linné l'occasion de lancer le trait de l'épîgramme , plus souvent elle lui fournit un moyen de payer la dette de l'amitié et celle de la reconnaissance. Voici comment, par exemple, il parle da jeune Bartschius, auquel il a consacré un genre de la famille des rhinanthacées qui a des congénères en France. « J^ai appelé cette plante Bartsia, pour consacrer la mémoire de J. Bartschius , jeune homme doué des avantages extérieurs les plus séduisans , et né pour être un jour l'orgueil de la patrie. Je fis avec lui une

* La plante dont-il s'agit s'orthographie Bufonia et non Suffbnia ; on peut s'en conyaincre en lisant la première édition da Gênera,

AUTEUR STSTÉMATlOtJE ET BOMENGLATEUE. btt^

^bniiaiséailtè intime pendant mon sëjotllr en ÎEtoilandei et je fus assez hetireu:^ de pouvoir lui ins]pirer le goût de l'histoire naturelle, pour laquelle il développa une intelligence merveilleuse ; elle éclatait surtout dans l'examen des parties les plus délicates des végétaux et des insectes.

» J'avais obtenu par les soins de l'illustre Boerhaave la place de médecin ordinaire de la compagnie hollandaise de Surinam^ mais, né dans un clims^t glac^ je refusai de partir pour ces zones brûlantes. Boerhaave m'autorisa à choisir mon remplaçant. Le jeune Bartschius , que l'amour de la botanique subjuguait entièrement, parut désirer cette place; je la demandai pour lui à Boerhaave, il l'obtint et partit. A peine arrivé , cet inifoHiihé jèùiie Kôtnmë se trouva en ibùtté aùk persécutions clé jb ké sais (|uël gôùverdéur^ qtu ne lui laisèâ aucun mohiënt de loisir. Trompé âkns ses èspéràncies lès plus ohèrês, Bàrtschius succdînba au bout dé six mdk , iibn à l'influence Aineste du cliînat , niais aux inàùvàis tiàitéinèns dont on l'âccâi)lait. Il était digiié d'tiii meilleur sort. Les let^eè qii'tt m^écrivit àe Surinam étëiënt remplies d'observation^ iiidpoftàntés , et sa disâériàtibn sur la ciiàieiir cloniiè ià mééùre Ae son mérite. >>

Lihiié à dédaigné dé livrer au ihépris dé la postérité le nom du gouverneur qui ài>réùvâ Bartsclûiis de dégoûts , et qui fiii là sèiilé càiise dé sa noiort. Nous ii'imitéfbns pas cette réservé. I^bus urôiivons dans le âC^daè àé Kdjfies et j. Crawfum, page 339 de là tra- Vbiibn française publiée à Bruxelles, in-ij^^, là liste cnrbnbibgiqùe dés gouverneurs àe l'Indè, et îibus y voyons que Adrien valckemer eut le gouyernement geîoS^ai dés ëiablîssëm&iis îiônàndaTs ctàns l'Inde, depuis

Fannée 1757 jiisqa*en if4^- Bartschios partit en i^SS tt rnooriit dans les premiers mois de i^Sg-

56. Le langage de Linné est ingénieux et singulier (a ditCavier),il attache par sa singolaiité même; toat, jusqu'à ses titres , ofifre des expressions figurées j mais ordinairanent très-expresÛTes. Veut-il parler des iimi m dirers par lesquels la nature assure la reproduction des végétaux , ce sont les noces des plantes; les changemens de position de leurs parties pendant la nuit, leur sonundl; les époques où elles fleurissent dans Tannée forment le calendrier de Hore y etc.

57. Linné était né poète. Ses ouTrages trahissent i chaque instant son goût pour les métaphores et les ei^ressions figurées. Écoutons4e décrire Yamhromeim. « Andromède est une jeune Tierge dont le col est édar tant et éleré. Le rif incarnat de son teint et celui dé ses lèvres surpasse l'éclat du plus beau fard de Vénus; elle est prosternée sur les genoux et attachée par les pieds; l'eau Fenitironiie , et, sur le rocher qui la reretient enchaînée , elle est exposée à d'horribles dragons ; son front triste est incliné vers la terre , et ses bras innocens sont tendus vers le ciel , comme pour se plaindre de la rigueur de son sort. Enfin l'aimable Persée (le soleil), après avoir vaincu les monstres (les autans) qui la menaçaient, enlève la jeune vierge, brise ses fers, et l'arrache aux flots impétueux; par lui, elle devient une mère féconde A lève bientôt vers le ciel ça tête majestueuse. » Ce style figuré, dans lequel il serait sans doute fâcheux qu'on écriyît l'histoire naturelle , cache une descrlp-

ÉCRIYA^IN. jgi

tion fort exacte de Vandromeda. Delwiû n'aurait-il pas pris dans ce passage l'idée de son poème des Amourt de* plantes y entièrement ëorit dans ce style?

58. Voici comment Linné trace ailleurs Phistoire des progrès de la botanique. Il la représente comme ime plante unique livrée à des cultivateurs plus ou moins intelligens.

« La botanique peut être comparée à ces plantes qui ne fleurissent que tous les siècles. Tels sont , par exemple, certains palmiers. Sous le règne d'Alexandre, on la vit pousser seulement des feuilles séminales. Après la guerre de Mithridate contre les Romains, les vainqueurs la transportèrent à Rome, et des feuilles radicales commencèrent à paraître. Mal-, heureusement , personne ne s'occupant de la cultiver, la plante resta stationnaire. Elle quitta le ciel de l'Ita'» lie, et vécut en Asie et en Arabie jusqu'au douzième siècle, puis elle languit en France pendant près de trois cents ans*, aussi les feuilles radicales commençaient à se dessécher, et la plante allait périr^ Enfin, vers le seizième siècle , elle donna une fleur ( Césalpin ) , mais petite» et telle que le moindre vent paraissait de-^ voir la détacher de son grêle support-, cette fleur qo^.J pprta aucun fruit. Vers le dix-«.eptième siècle, la tige , qui avait été si long- temps à paraître , s'éleva superbe, mais cependant ses feuilles étaient éparses, et aucun bouton n'annonçait une fleur. Mais • ô bonheur^ au premier printemps de cette heureuse époque, et lors- * qu*\me douce température avait succédé aux glaces de Fhiver, cette tige donna une nouvelle fleur, à laquelle succéda un fruit (C. Bauhin) qui parvint presque çi la . maturité. Peu après , cette tige glorieuse fut entourée de yerticilles, d'où sortirent des fleurs nombreuses, etc. » ,

igit CRITIQUES

69. C'est Linné qui , le prender, employa ces titres de Flores, de Faunes, de Pans, donn^ aux livres 4j[ui traitent des plantes, des animaux ^ des arbres forestiers, etc. On sait combien ces titres sont aujourd'hui répandus.

6o» La concision , qui fait le caractère principal du style de Linné , va quelquefois jusqu'à ^obscurité , et c'est un reproche assez fondé . que lui adressent ses critiques.

CàitiQUEs DE LiiTirift»

61 • Il est des détracteurs de Linné qui lui reftiseot dtt génie pour ne lui accorder que de la patience. Yùki comment G>ndorcet leur a répondu dansison éloge dé Linné , prononcé devant l'Académie des sciences, «'(tt se dispense souvent , dît-il , d'estuner ces irarauk iÛH iûenses (ceux des natttralistes) en disant qu'ils ne ëel'* mandent que de la patience et du temps; mais la ré^ de ceux qui exécutent ces grandes entreprises e^neSlè plus longue que celle des autres hommes? Linné n'avaît pas trente ans , et déjà son ouvrage était presque terminé. Quel était pour lui ce secret de doubler la durée du temps? N'était-ce pas quelque chose de plus que da l'assiduité et de la patience. )>

62. Les plus grands hommes ont paru dédaigner âé répondre à leurs adversaires, et c'est fort judicieuses ment que Linné pensait que la déjfense était superflue quand il s'agissait de sciences fondées sur des faits. Siégesbecket Adanson n'ont rien reçu de Linné qui pût leur faire croire qu'il avait lu leurs critiques ; seiûement 41 se permettait d'y répondre dans ses lettres familières» On a une lettre 'àè Linné, adressée à'6ouâ'n (37 il'uàlet

1764)9 dans laqaelle on trouve une critique appro* fondie de l'ouvrage d'Adanson.

65. Dillenîus avait ip caractère difficile : il fut loin de payer l'affection de Linné d'un attachement sans âiélange* Les termes dans lesquels il écrivait i Haliqr (i5 Octobre) en sont une preuve :

« Je n'ai jamais lu la Flore de Suède de Linné. II n'est pas donné à un seul honune de comprendre dans ses écrits le règne entier des végétaux.... (Nous supprimons quelques injures.) Vous le combattrez facilement y mais je crains que vous ne le battiez pas complètement, car il est homme à se défendre. Je ne veux rien dire de plus. Il m'écrit une fois à-peu-près chaque année et toujours pour avoir des plantes, quoiqu'il ne m'en envoie jamais. Je lui en ai expédié plusieurs , et je ne sais si je dois les lui faire payer. Il est si avide de posséder de nouvelles espèces, qu'il demande, dans son ignorance de la botanique , beaucoup plus de semences et de plantes que nos contrées n'en produisent; il a des connaissances peu étendues sur les espèces. )>

64* L^ principaux détracteurs de Linné sont , en France, Adanson, Buffon et Lamethrie. Ce dernier ^ en critiquant amèrement le naturaliste suédois de ce qu'il rangeait l'honune parmi les mammifères , dans la même classe que le cheval et le porc , s'écria de-^ Tant Voltaire : « Cheval toi-même. » On cite comme un bon mot cette réponse du philosophe de Ferney : « Vous conviendrez que , si M. Linnseus est un cheval , c'est le premier de tous les chevaux. »

65. On a vivement reproché i Adaoson l'injustiçft de ses critiques s^r les travw^ de lixmi* î^es sp^t , fj^

!2g4 CRITIQUES

est vrai , fort multipliées. Voici les réflexions que leur lecture nous a suggérées.

Le botaniste français ne pèse le mérite de Linné que comme auteur systématique. Il lui semblait que plus une classification conservait de familles naturelles, plus elle était irréprochable. (7est pourquoi il mettait la méthode de Toumefort avant toutes les autres, parce qu'elle en conserve un assez grand nombre. Élève et admirateur de Tournefort, né Français comme lui 9 Âdanson eut peut-^tre des préventions , mais qui donc pourra s'en étonner ! N'avaient-elles pas pour objet un botaniste à jamais célèbre , dont Linné même n'a jamais parlé qu'avec la plus grande vénération. Et, d'ailleurs, Adanson a-t-il refusé de reconnaître le génie de Linné? « Nous accordons avec plaisir , et même avec complaisance , dit-il, toute la justice due i la célébrité des ouvrages de M. Linnœus; mais la vérité nous oblige de dire que le système sexuel est fort audessous de ce qu'en dit M. Van Royen , et nous connaissons trop la supériorité de l'illustre Tournefort pour ne pas désapprouver, et le jugement de M. Van Royen , qui est si juste en toute autre occasion , et les éloges qu'il prodigue à M. Linnseus aux dépens du plus grand botaniste qui ait encore paru. » Mais comme Adanson semble craindre qu'on ne le taxe de partialité dans ses critiques, il ajoute bientôt « : La préférence que l'on a donnée aux méthodes , dans le choix des études, n'a pas toujours été en raison de leur bonté. L'esprit national (et Adanson en a-t-il été bien exempt) y a souvent plus de part que le désir de trouver la vérité... Ce que nous disons de la méthode de Tournefort établit seulement la supériorité sur toutes celles qui ont paru jusqu'ici , mais non sa perfection...........

DE LINI9É. 295

Nous ne sommes d'aucun pays quand il s'agît de décider en matières de science.' TVm JRutulus vejuant

nuUo discrimine siinto Quoique nous donnions

à Tournefort la première place en botanique parmi les méthodistes , il ne faut pas croire que nous méprisions les travaux des autres ; nous rendons toute la justice qui est due à leurs méthodes. » Ainsi, c'est uniquement comme auteur systématique que Linné a été jugé par Adanson , et ce n'est là qu'une faible partie de la gloire de ce grand honmie.

Adanson a adopté plusieurs des réformes proposées par Linné. Il dit que les meilleurs genres sont ceux de Tournefort , de Linné et de Haller^ que les descriptions de plantes les plus complètes sont dues à Lécluse^ à Linné y à Haller, etc., etc. La préface du célèbre ouvrage sur les. familles des plantes n'est donc pas un libelle contre Linné ^ ainsi qu'on a voulu le faire croire* Adanson fut un trop savant botaniste pour ne pas connaître une partie de ce que valait Linné. On critique au reste d'autant plus les hommes qu'on les craint davantage. Adanson crut devoir s'établir le champion de Tournefort ; mais Linné ne songea jamais à ternir l'éclat de sa gloire. Il est plus d'une place au Temple de Mémoire.

66. Bùffon est aussi compté parmi les antagoniste ife Linné', ayons le courage dé dire que ses critiques .sont beaucoup plus spécieuses que solides.

tlne vérité devenue incontestable , en histoire naturelle , c'est qu'on ne peut espérer de trouver un système ni une méthode sans anomalies. Mais doit-on en conclure avec Buffon qu'il ne faut ni méthodes ni systèmes ? Npn , sans doute. Quel but se propose-t-on dans la création des arrangemens méthodiques? De fa-

sqS ghitiquibst

eiliter les études ou plutôt de le$ rendcç possibles. Que* l'on se contçnte de faire l'histoire des j^tres en suiysoit nue marche arbitrabre , et les sciences naturelles de-- Tiendront statioxmabres ; car qui youdrait consentir à lire toutes les descriptions de plantes ou d'animaux pour s'assurer si un animal ou une jdante doit aug^ menter la liste des ét^es organisés. Les méthodes e^r lifikîielles sont donc inc[ispensables, et personne aujouj^ ^m n'oserait soutenk le contraire. Cela admis ^ ne voyons dans toute disposition systématique qu'un moyen: commode trouvé par le géuie de l'homme pour mettre la science à la portée de tous» La nature ne pieut se plier à Tétroitesse des méthodes j il faut que celles-ci suivent au contraire la nature dans toutes les" modifications de forme dont elle reyét les corps. Dp là FimpossibiUté matérielle de le faire partout et avec m» ^;al çuccès. Rappelons-nous que les classifications çpnt iH^es Ipng-teinps avant que les êtres qu'elles doiveut grpuper fusseiit çonnus> et nous aurons trquvé l'uned^ principales causes de lein: imperfection et de^ nombrçur ses anomalies qui les déparent ; mais cela ne peut durer toujours. Supposez un instant , par exemple y que toutes les plantes soient connues^ puis laissez méditer pendant vingt ans un Tournefort , un Linné ou un Juçsieu sur ce grand ensemble de végétaux, et vous verrez éclore une méthode qui satisfera les esprits les plus exigeans^ mais alors même ne pensez pas qu'elle puisse être parfaite.^

La nature a créé des êtres qui semblent s'isoler tes uns des autres, et interrompre la chaîne insensible qui lie entre eUes les juroductions les plus dissemblables. Poui^ quoi cela? Est-ce caprice ou déviation de règles qu'elle suit dans la création des corps orgismisés ? Non y san»

DE LimifÉ» 297

doute, c'est que les êtres intermédiaires qui s^rv^ieut de lien ont disparu, tantôt à la suite des grandes réyolutions du globe, tantôt, et ceci est particulier au règne animal, victimes d'ennemis plus forts et mieux i^rpoiés». Prëvenus de cette vërité , voyons avec plus de résignation riosulfisance des méthodes, et attendons leur perfectionnement d'un plus grand nombre d,e faits conque et d'un plus grand nombre de découvertqçi nouyeU^$.

Deux classes d'hommes semblent se pa^ f agei: Iç jmt^ domaine des sciences naturelles* L'une d'elle^ te^d i^ faire admirer le créateur dans le tableau qu'elle se plaît à tracer de l'économie merveilleuse de chacun de^ êtres; l'autre déroule sous les yeux Tétonnante série, de ces mêmes êtres succinctement décrits , mais admi-> rablement groupés. Les savant qui comppsent ce^ di- Terses classes ont des qualités qui leur sont proprçç. S'ils cb^geideut de rôleç , on verrait la sécheresse du style présider aux descriptions qui doivent faire aimer la science, et les hypothèses brillantes succéder à l'exposé naJif de$ faits ; laissons donc chacun à sa place. Linné et Bufiba ont tous deux un grand mérite, m^is un i^érite dififérent qui permet d'établir des différences phj^tôt que des comparaisons.

67. Le premier de ceux que Linné eut à redouter dç* compter parmi ses ennemis , et qu'il eut plus tard àç puissans motifs de reçonnsutre copoinie ^n aipi sioçè^re de sa personne et de ss^ gloire^fut le baron Haller. Lino4 entama le premier une correspondance suivie avec ce ni^turaliste; elle continua juçqu'en 1760, troiç an$ après que Haller eût quitté Gottingue pour retourne^ à Berne, sa patrie. Une cpUection de mémoire^ criti-r ques, que Haller fiM publia contre Linné pendant quçh tre an^ 9 et dont la â%te remonte jusqu'en 1750^, pQm<^

398 CBITIQtES

rait bien avoir été la cause qui mit fin à cette cor-' respondance.

L'estime personnelle et l'attachement qui existaient entre ces deux grands hommes étaient fréquemment troublés par les discussions littéraires et scientifiques. Si l'on considère la différence de leur génie et la carrière qu'ils avaient embrassée , on doit s'étonner qu'il en ait été ainsi •, le poète, qui chanta dans des vers pleins d'une haute philosophie, la vanité des honneurs, n'a pas toujours suivi le chemin de l'honneur pour arriver à la réputation. Quant à Linné , la gloire était Famé de tous ses travaux et l'idole de toutes ses affections. Il ambitionna le titre de prince de la botanique et désirait qu'on lui rendit un hommage universel. Haller suivit sa propre méthode dans les sciences , et il se pourrait peut-être que l'origine de leur désimion se trouvât presque tout entière dans cette indépendance mutuelle.

« Linné a , dans le cours de peu d'années, brouillé toute la botanique , dit Zimmermann , élève et ami de Haller auquel il fut attaché par la plus grande intimité, et il a élevé son propre système sur les ruines de ses prédécesseurs. En rejetant tout ce qui est étranger à ses propres préceptes , il semble renvoyer tous les botanistes à l'école , afin de leur faire apprendre d'abord la signification des mots qu'il avait créés, ainsi que les lois de son système. »

« Hallei^ contemplait d'un œil tranquille ce puissant réformateur qui se portait en avant : il n'était pas insensible à l'idée de la nécessité d'une réforme, mais il voyait avec chagrin que Linné allait trop loin. Il le suivit aussi long-temps que celui-ci prit la vérité pour guide; mais il l'abandonna quand il se

DE LIWWÉ. 299-

lança dans les hypothèses. La fiertë de Lmnë ,- quand il s'agissait de botanique , son autorité qu'il maintenait exclusive , ses critiques rigoureuses et peu amicalesr excitaient la mauvaise humeur de Haller et semblaient la justifier. »

Haller ayant été traité sévèrement par Linné , en 1745 , dans la préface de la Flore sué^doise , s'exprima comme il suit, dans une revue qu'il fit peu après de la Faune suédoise ouvrage du même auteur : <c L'insupportable domination dont Linné s'est emparé pour le règne animal a été désagréable à plusieurs personnes* Il se considère comme un autre Adam et donne des noms à tous les animaux d'après leurs caractères distinc-tifs, sans avoir les naoindres égards pour ses prédécesseurs ; fl ose à peine décider que l'homme n'est pas un singe, et que le singe n'est pas un homme. » Le même Haller , dit ailleurs : u Linné se plaint toujours qu'on lui reproche durement ses fautes •, mais n'a-t-il pas exposé son mérite à être déprécié, en supprimant, à trèspeu d'exceptions près, tous les noms botaniques donnés par les auteurs anciens ; même lorsque leurs dénominations étaient évidemment meilleures que les siennes? Il h'ajamais tenu compte des découvertes des autres, lorsque ceux-ci ne suivaient pas ses règles , et il a omis de mentionner les plantes qu'ils avaient trouvées, ou ne les a adoptées qu'à ta dernière extrémité. N'a-t-il pas jugé trop sévèrement des hommes distingués, lorsque ceuxci n'étaient pas ses compatriotes? N'a-t-H pas refiiséd'adopter^, aussi long-temps qu'il l'a pu , plusieurs espècesde plantes qu'il décliarait être de mauvaises espèces^ et n'en a-t-il pas enfin adopté plus tard un certain nombre? Nous souhaiterions que Linné avec sa grande habileté et son génie vivifiant pût dompter son carae^

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